Ma sœur Françoise est morte le dimanche 6 août dernier. Elle aurait aimé peut-être mourir un dimanche, mais elle aurait détesté mourir au mois d’août. Il y a eu une annonce dans le Monde
Elle a du bien rire en se demandant qui pouvait bien lire le "Monde " au mois d’août (à part son mari).
Ma sœur Françoise a été enterrée le jeudi suivant. Elle aurait détesté être enterrée au coeur de l’été.. Heureusement il ne faisait pas aussi beau ni aussi chaud qu’à l’habitude en Sologne au mois d’août. Nous avons tant pleuré qu’il a fini par pleuvoir, elle aurait préféré. On a du creuser l’emplacement qu’elle avait choisi au cimetière et sur lequel elle avait dansé. On a retiré la pancarte « concession réservée », je l’ai gardée et plantée pas trop loin pour moi, un jour.
Elle aurait aimé que le remplaçant du curé qui était en vacances en Afrique, l’appelle Madame Françoise comme si elle avait été tenancière d’une maison close. Elle aurait aimé que nous soyons si bronzés. Mais, franchement elle aurait détesté mourir. Surtout si vite, avant l’heure, sans fêter avec ses sœurs son dernier anniversaire. En plus, on s’était dit que l’on se donnerait des codes au cas où on pourrait, une fois partis, correspondre avec les vivants.On avait déjà loupé le coche avec les parents et là on n’ a même pas eu le temps.
Ma sœur Françoise était déjà grande quand je suis née et elle m’a toujours étonnée..
Quand j’ai eu 9 ans, elle en avait 22, elle a expliqué à mes parents qu’elle était invitée en Nouvelle Calédonie et qu’elle allait en profiter pour faire le tour du monde ! A l’époque, c’était à peu prés l’équivalent que de partir dans l’espace. Mes parents lui ont fait remarquer qu’il fallait pour cela gagner de l’argent, elle a donc le soir même installé dans l’entrée une tirelire pour les mécènes de passage, et s’est mise à la peinture pour exposer ses oeuvres dans le couloir. Quelques invités touchés par sa bonne volonté plus que par son talent lui achetèrent pour quelques francs ses œuvres mais comme il était clair que c’était insuffisant pour ses grands projets, elle trouva un job au ministère des rapatriés où les gratte-papiers la trouvèrent trop rapide…. Cela la fit beaucoup rire car elle-même étant assez lente, elle nous disait toujours qu’elle comprenait pourquoi les rapatriés avaient tant à attendre leurs dossiers. Au bout d’un an, elle avait gagné l’argent nécessaire pour embarquer sur un cargo mixte en partance pour Tahiti et la Nouvelle Calédonie via le canal de Panama, avec un retour par Adélaïde, Bombay et Port Said…tous ces noms de ports lointains me faisaient rêver. Ma grand- mère s’en mêla et fit remarquer que Françoise étant très distraite et se perdant au changement de métro à Franklin Roosevelt, on ne la reverrait jamais ! De toutes les façons une jeune fille de bonne famille ne partait pas au bout du monde sans chaperon, entourée par ailleurs de matelots ivres qui allaient soit la violer soit la laisser à une escale et qui sait la vendre. Ma sœur Françoise partit pourtant et je l’accompagnai à Marseille avec ma maman, sans doute un peu anxieuse…. Je me souviens très bien de notre visite à Notre Dame de La Garde qui était censée protéger ma grande sœur pendant cette longue année de voyages. Je portai ce jour une petite jupe écossaise, qui je le pensai faisait étudiante et des chaussettes blanches et j’ai prié de toutes mes forces. Quand son énorme bateau, le Tahitien, quitta le port de Marseille et que je ne vis plus qu’un bras qui s’agitait sur le pont tandis que les sirènes chantaient le départ …TUT TUT …Je compris que ma sœur Françoise était une vraie aventurière comme dans les films et qu’elle allait sans doute rencontrer le beau capitaine Troy dont les péripéties dans le Pacifique fascinaient les jeunes téléspectateurs….
"Voyages …Voyages…Au bout de l’Océan…."
Mourir , c’est partir beaucoup …
Je ne savais pas en montant samedi à Notre-Dame de La Garde pour dire aurevoir à Françoise à ma manière, que je ne faisais que suivre tes traces à quelques années de distance. Et que le navire qui quittait alors le port de la Joliette n’était peut-être qu’une “réplique” de celui qui l’emportait. Qui sait si, depuis le pont, elle ne te faisait pas signe? On agrandira la photo.
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Françoise a toujours eu des arrangements spéciaux avec la Sainte Vierge. Je suis bien contente que tu sois venue là, samedi. Il y a meme un film ou on me voit courir sur les marches…Il faudrait le retrouver.
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Toutes mes condoléances Mme. Pamadoli à la perte de votre soeur. Je pense à vous maintenant…–Pam
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Ils emportent avec eux des morceaux, voire des pans entiers de notre vie mais c’est en nous qu’ils continuent de vivre,
et tant qu’il y aura quelqu’un pour se souvenir d’eux, ils resteront vivants, ceux qui nous ont quittés…
Toutes mes condoléances Madame Pamadoli et sache que tu peux toujours compter sur mon amitié.
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