La fin des héros

Jeudi 15 Octobre 2020,

Il est bien loin le temps des héros américains tombés sur les plages de Normandie pour nous sauver !

Quand “Le jour le plus long “est sorti, j’étais encore petite et quand j’ai vu le film, j’ai aussitôt voué une admiration sans borne pour le soldat de l’Oklahoma qui n’avait pas hésité à venir débarquer à Arromanches pour libérer mon pays. Mes soeurs ainées m’avaient aussi raconté comment ces généreux combattants distribuaient aux enfants des chewing-gums et des bananes qu’elles dévoraient avec la peau, faute de connaître ce fruit exotique !

J’avais même réalisé pour leur marquer ma reconnaissance éternelle un cahier spécial dont la première page était le dessin laborieux d’un casque solitaire abandonné sur une plage de sable, comme sur l’affiche du film.

Un peu plus tard, j’ai pleuré l’assassinat invraisemblable du beau président Kennedy, si souriant, et partagé la peine de son élégante épouse en tailleur rose… Beaucoup plus tard encore, j’ai chanté avec Joan Baez, et les Beach boys, habité dans une maison bleue en Californie, sillonné les USA en minibus Volkswagen, joué “On the road again” dans la vallée de la mort, campé dans les parcs nationaux, vécu sur un campus et j’ai adoré tout cela.

Mais, les temps ont bien changé et les enfants aussi.

Ce matin, j’ai passé comme toutes les semaines, une heure de zoom, à jouer et à rire avec ma petite fille de cinq ans, Cléophée, qui habite Singapour et que cette satanée pandémie m’empêche de voir. Après avoir colorié, mimé des mots rigolos et pris des nouvelles de ses doudous qui sont fatigués en ce moment, notre conversation a pris un tour plus sérieux au hasard d’un dessin de Donald Duck :

-Tu sais, Mamido, moi, j’aime pas Trump !

-Pourquoi donc, ma jolie ?

-Il veut défoncer son pays. Il est complètement fou ! Il n’a pas le cerveau pour diriger ce pays. Il est cinglé. Il tire au fusil sur son pays. C’est que la folie pour Trump, cela touche le monde entier, ça m’inquiète pour mon parrain (qui travaille aux USA)!

-Mais ton parrain vit à Paris et ne va plus là-bas.

-Ah! Ouf ! Mamido, tu sais aussi, Trump, il dit des “fausses nouvelles” ! (Bilingue, elle traduit “fake news” automatiquement)! Il ne gère pas ce qu’il fait, quoi!….”

Quel contraste entre mes souvenirs émerveillés des sauveurs américains et l’avis catégorique d’une petite fille de cinq ans d’aujourd’hui. Quel symbole du déclin de l’image et du “pouvoir de convaincre” des Etats Unis (softpower pour les intimes), dramatiquement accéléré par Trumpy et son concept d'”America First”!

“Nous sommes devenus les parias du monde!” constatait hier amèrement un lecteur du New-York Times.

En fin de conversation, philosophe, Cléophée se veut rassurante :

– ” C’est la vie, Mamido ! Mais ce n’est pas NOTRE vie !”

Ensuite, elle passe à l’actualité sportive. Il n’y a pas de télévision chez elle mais la famille regarde les matchs sportifs importants sur internet, en replay la plupart du temps.

– ” Au fait, tu as vu comment Nadal a défoncé Djokovic ? Comme un bourrin ! “

Je ne sais pas si je vais continuer à parler aux doudous de Cléophée. Leur temps est passé…

Le retour de la panthère noire!

Vendredi 9 Octobre 2020,

La municipalité de Caen a décidé de féminiser le nom des rues du centre ville, la plupart du temps dédiées à des hommes. Histoire de changer! Il y a quelques jours une nouvelle plaque a été dévoilée sur laquelle est inscrit: Rue Jean McNair – Black Panther et médiatrice de quartier à Caen – 1946-2014-.

Cette information m’a plongée d’un coup dans la machine à remonter le temps…

Il fut une époque (pas si lointaine) où j’étais étudiante et entre deux partiels à la Sorbonne, et d’innombrables verres au Champo, café où nous avions nos habitudes, nous militions joyeusement pour toutes sortes de causes. Quelques-uns de mes lecteurs se reconnaitront !

Nous chantions “Chile , Chile, Solidaridad” et nous réclamions à grand cris la libération d’Angela Davis, l’égérie des Black Panthers, dont un poster géant décorait ma chambre à coté de celui de Baudelaire.

Il se trouve que j’ai assisté en ce temps- là, à la pièce de théâtre la plus extraordinaire qui soit, intitulée “Libérez Angela Davis !”.

Un de mes bons amis m’y avait invité. Nous étions installés confortablement dans des fauteuils rouges et bien placés, donc ravis. Le rideau s’est levé sur un metteur en scène échevelé qui nous a annoncé que le spectacle allait se dérouler en fait, dans les caves du théâtre, et qu’auparavant il allait déterminer la couleur de notre peau : il commença alors une longue litanie : Toi tu es noir, toi tu es blanc, toi tu es noire, toi tu es blanche,… en ordre et sans un sourire.

Bien-sûr il s’avéra forcément que j’étais noire et mon ami blanc, comme nous étions côte à côte. Ensuite, nous dûmes quitter nos sièges moelleux et nous avons été séparés, les blancs à droite, les noirs à gauche, pour descendre dans la cave. J’ai vu tout de suite au regard désespéré de mon copain, qu’il n’avait pas lu le résumé du spectacle, et que ses plans pour la soirée étaient très différents de ceux du metteur en scène.

Comme j’avais été désignée “noire”, une fois dans la cave, j’ai dû rentrer, avec mes compagnons d’infortune sidérés, dans une sorte de prison, où nous pouvions à peine nous asseoir à deux sur une caisse de coca-cola en plastique. Le symbole était clair, et heureusement la Covid n’était pas encore d’actualité. Ensuite, une terrible gardienne moulée dans un uniforme de maton d’Alcatraz, est venue nous ordonner en hurlant de nous serrer plus, et a fermé à clé la porte notre cage avec un bruit sinistre. Je rêvais d’avoir été plutôt invitée à l’Opéra Garnier …

Puis sont arrivés, penauds, les spectateurs “blancs”, dont mon copain, qui l’était vraiment, comme un navet. Il me faisait de discrets petits signes avec un air catastrophé. Ensuite les “blancs” censés être des gardiens racistes ont dû taper comme des sourds sur notre cage, en nous criant des injures du style “ta gueule, sale negro, ” entourés des vrais acteurs excités.

Cet exemple de théâtre vivant était censé nous confronter à la terrifiante réalité que vivait Angela Davis et tous les noirs en prison. Tout le reste du spectacle était du même style et nous n’avons pu sortir de notre cage qu’après deux heures de brimades , avoir signé une pétition pour la libération d’Angela et donné une obole pour sa caution. Mon copain a passé une très mauvaise soirée et j’ai bien ri intérieurement car l’impressionnante garde-chiourme de gardienne avait l’oeil sur moi.

En 1972, un groupe de Blacks Panthers fût plus efficace que le théâtre des Amandiers pour récolter de l’argent pour la cause, il détourna le vol Détroit-Miami, libéra sans un coup de feu, tous les passagers moyennant un million de dollars, fit le plein à Boston et partit à Alger. Les Algériens rendirent l’argent de la rançon et laissèrent partir les pirates au bout de quelques jours . Ceux-ci vivaient tranquillement en France quand ils furent arrêtés en 1976. Ils ne furent pas extradés malgré la pression des USA mais jugés équitablement dans notre pays. Ils y ont purgé leurs peines et vécu une belle autre vie à Caen, dans un quartier appelé “La Grâce de Dieu”(cela ne s’invente pas) où ils étaient si appréciés que l’une d’entre eux , Jean McNair, une éducatrice de rue très active, vient donc de donner son nom à une rue de la ville.

Malheureusement, si les Blacks Panthers ont perdu leurs griffes, la situation des noirs aux Etats-Unis, malgré les années, est loin d’être résolue, d’où la force du mouvement “Black Lives Matter”!

Sacrées Panthères Noires !

Le bureau des vanités

Dimanche 4 Octobre 2020

Alléluia !

La bonne nouvelle nous a tous saisis dés l’aube vendredi … avec un rebondissement dramatique le soir même où la production n’a pas hésité a sortir les grands moyens : l’hélicoptère Marine One, les marines et la garde républicaine, pour parcourir les 8 miles qui séparent La Maison blanche du centre Medical militaire Walter Reed. Ils ont quand même le sens du spectacle, dans l’équipe du président, s’ils n’ont pas celui de l’économie d’énergie. Cela conforte l’électeur populiste dans une idée de toute puissance. Un peu plus, on avait le droit à “La chevauchée des Walkyries” comme dans la scène mythique d'”Apocalypse now.”

C’est incontestable ! Les Américains sont les grands maitres des séries addictives. Celle-ci est déjà suivie dans le monde entier. Trumpy doit être content de son audience.

Je ne peux pas résister à l’envie de faire un peu d’humour noir, car j’imagine que le bazar l’est à la Maison blanche !

Il faut croire que les Dieux n’aiment ni les orgueilleux ni les leaders populistes, après Boris Johnson de la perfide Albion, et Jair Bolsonaro pris de “grippette”, c’est au tour de Trumpy-le-fourbe d’être rattrapé par l’ennemi qu’il voulait ignorer, au péril de la vie de ses concitoyens. Une équipe américaine de chercheurs de l’université de Cornell a analysé quelques 38 millions d’articles et déterminé que le président avait indéniablement joué un rôle dans la propagation de fausses rumeurs sur la pandémie ( les Echos 2/10/20). Et on ne compte pas, la propagation physique à laquelle il a contribué largement dans ses “meeting” démesurés, ses recommandations contraires aux mesures sanitaires et ses remarques désobligeantes à ceux de son entourage qui avançaient masqués.

Nouvel épisode de la série avec un flash -back, qu’on pourrait intituler le Cluedo de la Roseraie. On connait déjà le lieu du crime (the Rose garden), l’arme du crime : le virus, mais il nous manque encore le nombre des victimes ( il y en a déjà 7). C’était lors de la petite cérémonie charmante pour la juge Amy Coney Barrett qui n’aurait jamais dû avoir lieu avant les élections si les républicains avaient eu un poil d’éthique. Bref, tout ce petit monde ne portait pas de masque et ne respectait pas la distanciation sociale comme le président lui-même. Le fantôme de Ruth Bader Ginsburg devait hanter le jardin car le destin n’aime pas qu’on le provoque.

Durant le débat lamentable, où Donald a cancané largement en ne cherchant qu’à créer le chaos, à coup d’entorses aux règles établies, de mensonges éhontés, et d’interruptions injurieuses, il s’était bien moqué du “grand” masque de son concurrent pour le ridiculiser. Le destin a le sens de l’humour.

Trumpy a affirmé aussi, entre autres déclarations délirantes, avoir réformé entièrement l’administration américaine. A ce sujet, j’ai une petite remarque personnelle. Nous avons reçu à Paris deux chèques signés de Trumpy, alors que nous ne sommes pas américains, que nous ne votons pas aux US et que nous avons quitté les Etats-Unis, il y a près de 20 ans. J’ai peur que l’administration fiscale ne soit pas encore tout à fait au point.

“Ce débat était une honte pour notre pays ” ont commenté justement les vrais journalistes outre-atlantique, y compris le modérateur, qui est pourtant de Fox news, consterné par le comportement de Trumpy, indigne de sa fonction.

Alors tu disais encore dernièrement, bouffi, que “la fin de l’épidémie était en vue, et que l’année prochaine serait l’une des plus belles de l’histoire du pays”. Si c’est sans toi, peut-être.

A noter, que dans ton tweet, le nom du virus a miraculeusement changé. Ce n’est plus le Democratic hoax, , ni le Kung flu, ni le China virus, mais, puisqu’il te touche, la Covid 19 . Espérons que ce n’est pas une fourberie pour te faire plaindre. On peut imaginer que, comme toutes tes équipes et tes fanatiques avancent sans masque, pour te plaire ou marquer leur allégeance, la Covid va les rattraper peu à peu.

Déjà onze personnes de ta protection rapprochée sont aussi touchées et protestent du peu de cas que tu avais l’habitude de faire de la distanciation sociale, au péril de leur santé !

Breaking news : Il semblerait que tes équipes ont déjà fait une super série de photos de toi, samedi, en train de soi-disant “travailler” dans de multiples endroits de l’hôpital, pour les diffuser peu à peu tout au long de ton séjour, afin que ton électeur te croit en bonne santé. La première a été diffusée aujourd’hui… A suivre !

Ce n’est pas pour rien que les libéraux t’appellent “Super Liar “. Encore du cinéma !

A quand le prochain épisode ?