Place au vert ! Tous en terrasse !

Vendredi 29 Mai 2020,

Silence, on déconfine ! Cela commence à s’arranger, on rouvre les bars et les restaurants, les parcs et les bouteilles. Place aux verres en priorité ! On va rendre piétonnes quelques rues parisiennes pour augmenter la surface des terrasses de café, et aider les bistros …. Pourquoi pas les Champs Elysées ?

Mais surtout, nous les bons citoyens, nous allons aussi devoir venir y boire et y manger par solidarité, en gardant nos distances et un solide appétit. Les irréductibles Parisiens “rouges” virent à l'”orange” mais doivent rester en terrasse ! C’est l’effet “gilets jaunes” sans doute, mais le gouvernement n’ose pas l’avouer! C’est pour cela qu’il faut coloniser massivement les rues et les offrir aux restaurateurs. Quelques gilets jaunes pourraient d’ailleurs se rendre utiles en participant au déménagement des tables sur les trottoirs.

Cela va être convivial après le 2 juin, mais il faudra raison garder et son masque aussi, entre les repas et entre deux verres. Attention, il faudra avoir des réserves, car au delà de quelques apéritifs, votre masque ne sera plus valable. A prévoir également, entre deux bières, une petite bouteille de liquide hydro-alcoolique, à ne pas boire, mais destinée à un lavage de mains discret sous la table.

C’est la fête ! Comme dans un bal masqué, on pourra rencontrer des partenaires inconnus et inédits.

Pas plus tard que ce matin, alors que j’allais masquée, comme il se doit, chez mon dentiste, qui est charmant mais c’est une autre histoire, un homme m’a interpellée bruyamment en traversant la rue.

-“Bonjour, comment vas tu ? Cela me fait vraiment plaisir de te voir. !” Il avait l’air vraiment très heureux et comme il était accompagné d’une petite fille, j’ai essayé vainement de me souvenir de lui. J’ai répondu que cela allait bien, pour gagner du temps. Il insistait : “Je t’ai envoyé plusieurs messages, mais tu ne m’as jamais répondu ! “

L’affaire se corsait ! J’ai répondu “Vraiment ?” d’un air innocent, en pensant que j’affrontais peut-être les prémices d’Alzheimer.

Il continua, en soulevant son masque: “Je suis désolé d’avoir oublié ton anniversaire , il y a quinze jours !”Les nuages d’Alzheimer s’éloignèrent alors de mon cerveau: “Mais, mon anniversaire est en Juillet !”

-“Ah! mon Dieu ! N’êtes-vous donc pas Bénédicte de Collignon ?” On se serait cru dans une pièce de Molière !

-Non, pas du tout ! ” Ai-je répondu dignement, avec la noblesse attendue.

-“Excusez moi, Madame, c’est le masque, mais vous lui ressemblez terriblement ! Même silhouette , même habillement, même coiffure, j’ai cru la voir…” . Et moi, j’ai lu tant de regrets dans ses yeux que j’en fus toute émue! De plus, je n’imaginais pas que quelqu’un puisse avoir la même coiffure que moi.

Bon trêve de diversion ! Retour à l’essentiel des annonces d’Edouard. Toute la France passe au vert sauf les Parisiens rouges qui deviennent oranges, à cause du Val d’Oise mais il ne faut pas le dire, ainsi que Mayotte et la Guyane où la situation reste ingérable mais il ne faut pas les vexer. Et puis, nous allons pouvoir utiliser l’application StopCovid, qui fort intelligemment, et sans nous géolocaliser comme Facebook ou Google qui ont déjà de toutes les façons toutes nos données, nous indiquera si nous avons croisé sur notre chemin un “Covidien”, éventuellement contagieux.

Nous n’aurons plus à calculer les distances à vol d’oiseau, malgré la poésie de la méthode. Toutes les routes de France nous attendent sans restriction, pour sillonner la zone verte qui s’étend jusqu’aux frontières. Tout roule donc.

Le désormais célèbre R zéro, qui est devenu un vrai sujet de conversation, est inférieur à 1, contrairement à certaines provinces allemandes.

Et la liberté va redevenir enfin la règle. Mais trouverons nous un moment pour pleurer collectivement tous les morts auxquels nous n’avons pu dire adieu, et pour réparer les vivants ?

Pourquoi ne pas leur rendre un hommage collectif aux Champs Elysées où, comme chacun sait, séjournent les héros et les âmes vertueuses ?

Echappées belles

Mardi 26 Mai 2020,

Nous sommes toujours dans le rouge. On peut sortir sans permission, avec une grande laisse de 100 km à vol d’oiseau. L’évocation du vol d’oiseau, c’est déjà partir un peu, prendre de la hauteur, regarder le paysage comme avec ces caméras placées derrière la tête d’un aigle royal.

Comment calculer la distance à vol d’oiseau ? C’est simple, me dit-on, tu regardes sur Internet. Bon, après une étude sur internet d’une dizaine de pages à lire, je demande à un polytechnicien de passage. Il m’indique qu’il faut préférer Google Maps à la méthode des logarithmes. J’en suis convaincue. Cela reste moyennement simple. Il faut placer un repère sur votre maison puis aller voler dans le menu “repères”, cliquer sur “mesurer une distance” et placer un deuxième repère sur le lieu d’arrivée, sans trembler. Normalement, l’oiseau fictif ainsi projeté dans la nature, donne aussitôt le nombre de kilomètres qu’il a parcouru. En général, il y en a moins que par la route.

Derrière la zone rouge de tous les dangers, il y a la riante zone verte où paissent des vaches, sûrement non contaminées. Il n’y a pas de zone bleue, qu’on pourrait gérer avec un carton rond, comme autrefois.

Dans mon cas, après tous ces calculs, je dois quand même sortir de ma zone rouge, mais j’ai une raison familiale absolument impérieuse. Il va falloir une autorisation béton et une attestation pour passer la ligne de démarcation. En plus, il me faut aller dans une zone bien verte, cela va faire louche. Tiens à propos de rouge, tu m’en sers un verre!

Nous sommes sommes finalement partis en zone libre, nantis d’un laisser-passer sérieux et documenté , pour accomplir les 40 derniers kilomètres. Nous n’avons malheureusement pas été contrôlés, j’aurais aimé montrer mon dossier de bonne citoyenne aux gendarmes et converser un peu pour vous raconter. Certains rigolos ont été pris en flagrant délit à 250 km de chez eux alors qu’ils se rendaient dans une chambre d’hôtes réservée la veille et à la distance établie. Ils ont expliqué que la notion de vol d’oiseau était trop “ambigüe”, pour leurs cervelles de moineaux sans doute. La peur du gendarme ne leur avait pas donné d’ailes, et ils n’ont pas échappé à la double amende et au retour à la case départ.

Nous voilà donc dans la zone verte, merveilleusement verte, où les bois fleurent bon la girolle et le genêt. C’est mon pays. Nous sommes chanceux, les asperges sont tardives et il y a encore des fraises dans les champs de Dany, qui a réussi à faire venir “ses Bulgares ” début mars “puisque que les Français ne veulent pas travailler, même ceux qui sont au RSA! “.” Il a vendu toutes ses récoltes sans souci: “Dame, les gens du coin, ils pouvaient pas aller au restaurant, ni sortir, alors ils ont cuisiné ! C’était de la folie ! La gariguette, on l’a pas vu passer!”. Nous parlons aussi avec Fredo, un artisan qui a travaillé pendant tout le confinement: ” Du boulot, il y en a, en veux-tu en voilà, c’est les travailleurs qu’on n’a pas !”

La Sologne reste toujours le pays des légendes, des rebouteux, des sorciers, des coupe-feu, et autres guérisseurs.

Dans la jolie cour de ma soeur, nous évoquons les jours joyeux d’avant les confinements, sous la treille. C’est alors que Francette, une femme du pays qui passe donner un coup de main, fait une remarque stupéfiante sur “les lâchers de vipères”, dont il faut se méfier. Je la questionne et la réponse me surprend: ” Tout le monde sait cela ici, il n’ y a plus assez de vipères en Sologne, alors ils en jettent par hélicoptères, comme c’est une zone humide ! (Encore une zone!) C’est pour les scientifiques, et puis pour faire des antidotes avec le venin. La vipère, elle, elle est protégée. On a le droit de se faire mordre mais pas de la tuer. Demandez au garde-champêtre de Neung !”

“-En hélicoptère ???

-Oui, parce que cela peut rester bien stable. Je le vois bien quand Monsieur Bouygues vient dans sa propriété en hélico.”

En voilà un qui n’aura pas de mal à calculer la distance à vol d’oiseau.

Nous essayons de vérifier l’information avec Dany, le roi de l’asperge fondante : ” Ah oui, j’en ai entendu parler. C’est un coup des écolos ! Ils jettent des sacs en plastique avec des vipères, à partir d’un hélicoptère ! ” Deux procédés qui ne nous semblent pas très écolos.

Je mêne l’enquête. Depuis 1976, les histoires de lâchers de vipères, sont colportées par des “mauvaises langues” innocentes qui alimentent la rumeur. Cette légende, très active au début des années 80, au moment où la protection des espèces sauvages menacées s’est développée, est encore très ancrée dans l’imaginaire des Français de certaines régions.*

Dans la réalité, en Sologne, pendant la saison de chasse, on pratique surtout “le lâcher de patrons”, par hélicoptère évidemment !

Mais la légende est plus évocatrice!

( *”Une légende française contemporaine : histoires de lâchers de vipères” Véronique Campion -Vincent PUF)

La loi du marché

Vendredi 15 Mai 2020,

Allons jusqu’au marché de tous les dangers, malgré l’absence de Pangolin frais ! Nous attendions ce jour avec l’impatience de gourmands frustrés. C’est si bon de sortir sans permission !

Au marché d’Auteuil, où nous arrivons tard et tout joyeux, c’est la fête. Tous les commerçants semblent nous attendre comme lorsqu’on guette avec délice les nouveaux arrivants à une réunion de famille. Nous sommes accueillis à bras ouverts, malgré les bras fermés et les flacons de gel désinfectants flambants neufs qui trônent sur les comptoirs. Les yeux pétillent, au dessus des masques, qui n’empêchent pas le verbe haut comme à l’accoutumée : ” Les voilà ! On est vraiment si heureux de vous voir !” C’est qu’on a créé des liens, mine de rien, sur la place du village d’Auteuil !

“Cela fait trop longtemps, vous nous avez manqué ! Si on avait su qu’on ne se reverrait pas avant deux mois !” Les marchandes de légumes roucoulent, en saluant Patrick qui plaisante en riant devant tant de succès : ” Vous aussi, vous m’avez manqué, je vous ferais bien la bise, mais on ne peut plus”. Devant tant d’enthousiasme, nous sommes obligés de faire affaire avec deux maraîchers différents pour ne vexer personne, prêts à acheter tous les primeurs de la place, dans l’émotion du moment des retrouvailles.

Je fonce vers mon boucher préféré, pourvu d’une visière de cosmonaute. Il retire avec soin les plastiques qui momifient l’étal. Nous sommes les derniers à arriver. – ” Bonjour, mais, vous ne fermez pas déjà ? “Il tourne la tête et me regarde avec des yeux de velours: – ” Mais non, Mado, je vous attendais !” Il m’appelle Mado , ce qui crée une sorte d’intimité, depuis qu’il a fait connaissance avec mes petits-enfants qui, séduits par ses bonbons, lui ont révélé mon nom (Mamido), un peu déformé. Du coup, j’ai l’impression d’être une tenancière de maison close ! Mon boucher, lui, s’appelle Bruno et sa vocation était d’être “nez”. Quand on faisait la queue serrée d’avant la distanciation, il devinait le parfum de chacune de ses clientes avec délectation avant la prise de commande, et ne se trompait jamais.

-“Alors Mado, vous avez changé de parfum, aujourd’hui c’est “La Vie est Belle “de Dior ! J’adore !” Cela va être plus dur maintenant car il faut garder les distances. Ce matin, Bruno est inquiet, le marché est petit, les étals ne sont pas assez distants, les clients du quartier désobéissants. La police est déjà passée. – “Il ne manquerait plus qu’on nous referme. Et sinon votre bateau, vous allez pouvoir y aller ? Je croyais que vous vous étiez confinés dedans, moi ! Quand est-ce que vous passez me voir à Royan ?”

Tandis que Patrick remplit un autre panier chez Marie-Jo et Manuel, “Au paradis des fruits et légumes”, je fais un tour chez le volailler qui est un rigolo :

– “Moi, qui étais un homme de contact, j’ai plus le droit d’en avoir. Alors, on m’a mis au paiement par carte sans contact. Je n’ai plus le droit de servir. Autrefois c’était le bon temps, j’avais même des clientes qui me payaient en bisous.” Cette monnaie n’a plus cours hélas. C’était sans doute la version française des bitcoins! Et il n’y a plus de fraises, chez Manuel, qui s’excuse d’avoir été dévalisé. “On ne savait pas si les clients seraient au rendez-vous comme vous. Il y a en a plein qui sont restés dans leur résidences secondaires. Vous connaissez le quartier ! Pas commode pour les commandes”…

Alors Patrick court vite chez le premier maraîcher, plus cher ; ” J’avais oublié les fraises ! ” Les vendeuses sont ravies et pouffent de rire dans leurs tabliers brodés “Isabelle et Diego”:

– “Alors, finalement on revient ! C’est plus de l’amour c’est de la rage !”

Le poissonnier qui ne perd pas le Nord , et qui travaille avec son fils, son clone en plus jeune, nous court après : -” Eh ! Prenez ma carte, on ne sait jamais ! Si on nous reconfine, vous commandez et je vous livre chez vous”. Il nous avoue, en aparté :” Pour nous, cela a été , car j’avais quand même facile quatre mois de trésorerie!” Il prend un air de trader aguerri. Normal, sur une place de marché. “On partira en vacances cet hiver. Le soleil brille toujours quelque part!”. Il nous confie sa carte de visite très chic, personnalisée pour le marché du jour: ” A la marée d’Auteuil”. C’est clair, l’homme a les moyens ! Espérons que son rejeton lui succédera: ” Le problème, c’est les horaires, les gamins y veulent plus se lever tôt. Mais pour partir en voyage de noces aux Maldives, je lui ai dit, il faut bien! ”

Sous le soleil, au marché, la Vie est Belle , comme l’effluve d’un parfum de Dior !

Hauts les masques !

Lundi 11 Mai,

Premier jour de “déconfinement”

Il a plu toute la nuit. Le matin était froid et gris, contrarié sans doute d’être déconfiné. Le vent était mauvais, comme si le ciel s’attendait à être de nouveau pollué. Imperceptiblement, on sentait que quelque chose avait changé. On entendait de nouveau la rumeur sourde de la ville. C’était la fin du silence.

Frileusement, je me suis réfugiée l’espace d’un zoom dans la chaleur tropicale de Singapour, avec les jeux de mes petits enfants dont je peux ainsi assurer la garde, bravant les distances et les fuseaux horaires.

Ensuite, comme deux souris craintives, nous sommes sortis de notre logis, en flairant à travers nos masques, la rue de la liberté.

Des gens sortis d’on ne sait où, masqués pour la plupart, étaient magiquement revenus sur les trottoirs. Ils marchaient avec des enfants à vélo, couraient vers un bus ou rentraient dans un magasin tranquillement. Des voitures passaient, s’arrêtaient aux feux, klaxonnaient. Comme si un régisseur fantôme avait crié : “Silence, on tourne” et d’un clap sonore, avait redonné vie à la rue.

Première étape, la pharmacie, où miraculeusement il y avait des masques. Des hygiaphones très design avaient été installés pour remplacer les cartons chargés de faire respecter la fameuse distanciation sociale. La ville de Paris, dans sa grande générosité, nous a envoyé un bon pour un masque par personne, qu’on pourra retirer la semaine prochaine. Merci Mme Hidalgo ! Ensuite, nous avons un peu marché, pour le plaisir de voir les magasins qui nous attendaient. Encore peu, c’était un lundi.

Au coin de notre rue, le tapissier, chez lequel il n’y a jamais personne, avait curieusement ouvert sa porte. Une queue d’individus masqués attendait patiemment sur le trottoir. L’affaire était étrange. Qui donc était si pressé de faire recouvrir ses fauteuils au premier jour du déconfinement ?

Nous avons fait notre petite enquête, et aussi la queue, pour découvrir notre tapissier émergeant à peine d’une montagne phénoménale de masques en tissu, tous différents. En toile de Jouy ou en Madras, à rayures ou à pois, en passant par toutes les couleurs de l’arc en ciel, du liberty au velours, du masque branché au romantique , il y en avait pour tous les goûts. C’était la caverne d’Ali Baba du masque ! L’homme, masqué comme il se doit, qui tenait la petite boutique, nous a expliqué que comme il s’ennuyait un peu pendant le confinement, il s’était mis à coudre frénétiquement en regardant des séries. A mon avis, il a de quoi survivre à un retour de pandémie.

Nous sommes repartis, gais comme des pinsons sortis de leur cage, avec des masques de gala dans notre sac. Maintenant, comme “il faut se croiser avec les yeux”, ne négligeons pas les accessoires pour avoir “les yeux revolver” ! Mieux vaut être tué par un regard que par un virus.

Un ami est passé prendre l’apéritif. On avait perdu l’habitude. Pas de l’apéritif, je vous rassure, mais de la visite impromptue comme une joyeuse surprise. Nous avons préparé trois petits bols de cacahuètes pour suivre les instructions gouvernementales sur les diners en ville. Mais quand on a servi les zakouskis au saumon fumé, la rigueur sanitaire a un peu dégénéré. Nous avons parlé de menuiserie et de sculpture, et des vacances que nous ne pouvons pas encore trop organiser. Mais l’air devient plus léger !

A quand le prochain bal ?

Paroles de confinés

Génération Zoom

Dimanche 10 Mai 2020,

Voilà combien de jours , voilà combien de nuits , voilà combien de temps que nous sommes confinés ?

Je perds la notion du temps, enfermée dans mon cocon douillet. Voilà que nous allons être “déconfinés” et je n’ai rien fait de la longue liste de ce que j’allais pouvoir faire. Je n’ai même pas rangé mon bureau. J’ai procrastiné en route…, j’ai lu, j’ai écrit et j’ai profité d’un temps qui m’a semblé agréablement infini. Mais demain c’est fini, les heures seront de nouveau comptées. Aussi, il est grand temps que je publie la liste des réflexions qui m’ont fait sourire ou émue, pendant cette parenthèse :

“Mes petits-enfants déposent des fleurs devant ma fenêtre comme si j’étais déjà morte !” ( ma soeur)

“A mon âge, je vais être confinée jusqu’à ma mort! ” (ma voisine)

“The wrong man , in the wrong job, at the wrong time, l’opposé de Winston ” ( à propos de Bojo, The Guardian)

“Je ne suis pas docteur, mais je suis quelqu’un qui a un bon “vous savez quoi “. (Trumpy)

“Madame la ministre, est-ce que vous avez prévu une indemnisation pour les paniers repas et les heures supplémentaires que je dois faire en plus, parce que je garde ma fille de 4 ans ? (Un auditeur de France-Inter -29 Avril )

“J’ai été frappé par le nombre de commentateurs qui savaient ce qu’il fallait faire à chaque instant” (Edouard Philippe)

“Quand je dis sans doute, c’est certain !” ( Edouard Philippe)

“Moi, je n’ai pas le temps de me raser pour passer à la télévision, j’ai trop de travail” (Philippe Martinez de la CGT, après le discours du premier ministre et la conférence de presse qui a suivi, le 7 Mai)

“L’avenir n’existait plus.” (Nina Bouraoui)

“Le confinement ramollit le cerveau .” ( Hotel la Perelle, qui ne savait plus les dates des vacances)

“Il faut bien te laver les mains, Mamido, car tu es quand même très très vieille” (Cléophée, 5 ans)

“Satisfaction en 48h maximum…..Je répare les ordinateurs à distance, par télépathie, résous aussi les problèmes de plomberie mais surtout je suis un grand spécialiste du coronavirus ! “(Maitre Sako Ndiaye, Grand Marabout )

“Si j’étais en Ephad , je serais mort depuis longtemps ! “(Un papi anonyme)

“La maitresse me gâche mon confinement! ” ( Lucas, 11 ans )

“Je suis enfermée comme un rat dans sa cage” (Une septuagénaire dans une grande maison avec un beau jardin)

” Tout va bien. Evidemment, le soir, on picole un peu ! (Une amie italienne)

“J’espère que vous allez bien pendant le confinement. Et je vais faire un autre zoom demain avec vous , parce que, là moi, je suis toute seule, j’aime pas être toute seule, ma maman elle travaille toute la journée et mon père aussi hein, il travaille tout le temps. Moi, je suis en vacances alors je n’ai pas de devoirs par la maitresse. Bapou, j’espère que tu ne travailles pas trop hein, et Mamido que tu fais des jeux et que tu lis des livres. C’est pas bien d’être toute seule chez toi si tu es petite. Je vous souhaite un bon confinement et je vous ferais des petites blagues pendant le zoom. … Je vous fais des gros bisous , surtout à Mamido.” ( Cléophée, 5 ans )

Trumpy trompe-la-mort

Gentils manifestants anti-confinement, “good people” pour Trumpy!

Jeudi 7 Mai 2020,

Trumpy devient vraiment nerveux. les sondages prédisent qu’il perdra les élections en Novembre si l’économie du pays n’est pas sérieusement relancée !

Le nombre des malades et des morts continue à grimper à l’inverse du Dow-Jones. Que faire alors ? Trumpy veut rouvrir l’économie en dépit des risques encourus. Sa stratégie est simplissime:

Première étape, il faut supprimer les indemnités des rares travailleurs qui en touchent, comme cela ils n’auront d’autre choix que de revenir travailler dans le genre marche ou crève. S’ils refusent par crainte pour leur santé, cela sera considéré comme une démission.

Ensuite, il faut clairement cacher la vérité. Personne ne sait combien d’américains sont contaminés, car l’administration fédérale traîne les pieds pour aider les états à augmenter la capacité de tests. Environ 6, 5 millions de personnes ont été testées sur 200 millions. La Floride qui a été l’un des premiers états à réouvrir a arrêté de publier les statistiques médicales, car le nombre de victimes du Covid était supérieur aux données officielles. La censure n’est pas toujours chinoise.

Le Dr Fauci n’est pas d’accord , il faut combattre le virus avec des données exactes et on vraiment prend un très gros risque à réouvrir sans tester plus. Exit le Docteur Fauci! Sans surprise, il n’ira pas témoigner à la chambre des représentants.

Ensuite, on invoque la liberté de chacun, sacrée aux Etats -Unis. “Je veux être libre d’attraper le Covid 19 et de contaminer les autres ” proclament les manifestants trumpistes anti-confinement. Grâce à cette merveilleuse liberté, on peut être armé jusqu’aux dents pour manifester “pacifiquement”, pour aller à l’école mitrailler ses petits camarades de classe ou prévoir une tuerie de masse, très tendance ces temps-ci. C’est vrai qu’il y a tellement de morts par balles aux USA qu’on n’en est pas à quelques milliers près. La NRA est un sponsor sur lequel on peut compter, et Trumpy également, qui encourage les manifestants en dégainant régulièrement ses tweets insensés : “Liberate Michigan”. Il faut soigner les grands donateurs pour les élections.

L’attorney general demande même au département de la justice d’attaquer les états qui préconisent le confinement, “au nom de la liberté”. Que signifie la liberté si on n’a d’autre choix que de risquer sa vie en travaillant ? Notez-bien que le système de santé en lui-même n’est pas celui d’un pays libre et civilisé, mais c’est une autre histoire.

Pour pousser à la réouverture des abattoirs, qui étaient largement contaminés, ce qui force à rationner la vente de viande dans les supermarchés, Trumpy veut utiliser une procédure extraordinaire, le “Defense Production Act”. En plus, les amis de Trumpy au Sénat veulent empêcher toute poursuite des employés ou des consommateurs infectés par le virus. Comme cela, on n’est pas gêné aux entournures !

L’objectif est de relancer l’économie de gré ou de force pour récupérer des électeurs en novembre. Pourtant, en l’absence de traçages et de tests, il risque d’y avoir une nouvelle vague de pandémie et une crise économique plus sévère, préviennent à la fois le centre de contrôle et de prévention des épidémies et le comité d’ experts de la Maison Blanche. Pas de problème, on met au placard le rapport du premier et on va restructurer le second, après avoir menacé de le dissoudre.

Place aux “gentils warriors”qui vont attaquer le virus les armes à la main !

God save America but not Trumpy-the-Kid! Puisque c’est le Far west, pourquoi ne pas pendre celui-ci haut et court !

Clics à gogo

En ce temps là, les lettres étaient de mise!

Lundi 4 Mai 2020,

J’ai l’impression que les confinés ne s’expriment plus que par clics et transferts. Ils ont perdu la voix. Ils ne téléphonent plus, alors que le temps de la majorité d’entre eux est moins compté qu’à l’habitude. Ils regardent des vidéos, drôles ou non, lisent des maximes fines ou pas, les sélectionnent, malheureusement pas toujours, et les transfèrent à d’autres confinés dont je fais partie, qui les “recliquent” et les retransfèrent à un rythme d’enfer.

Heureusement que le Covid 19 ne va pas si vite, les hôpitaux n’auraient pas survécu à l’arrivée massive de ces gags à gogo. Nous serions tous morts emportés par “des vidéos devenues virales”. Le buzz nous aurait tués!

Aussi, alors que nous allons être bientôt libérés, j’ai des regrets.

Nous avons peut-être loupé l’occasion de nous envoyer de vraies missives joliment tournées, des lettres d’amour ou d’amitié, des récits de souvenirs lointains, de vie quotidienne au temps du confinement, ou de rêves de vacances prochaines. De belles lettres, comme celles des écrivains lues par Augustin Trapenard sur France Inter le matin. Nous, les confinés, nous qui avions le temps de prendre la plume, de peser les mots pour les alléger, de les choisir et de les affûter, pour mieux raconter des histoires pittoresques ou déclamer notre amour du printemps, l’avons-nous assez fait ?

L’occasion a-t-elle fait assez de larrons ? Serons-nous un jour de nouveau heureux comme “larrons en foire”? La foire risque hélas quelques mois d’interdiction.

Comme j’adore ce mot de larron, permettez-moi une digression. Le larron à l’origine était un mercenaire grec. De mercenaire à brigand, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Pardon pour les Grecs que j’aime absolument.

Il fut un temps pas si lointain, où j’habitais sur un campus californien. En ce temps là, les avions n’arrivaient pas directement à San Francisco, il fallait changer. Mais oui, vous aviez oublié ! En ce temps là, le téléphone était cher, Zoom n’existait pas et les grand-mères ne jouaient pas au Scrabble avec leurs petits enfants à l’autre bout du monde.

En ce temps là, nous écrivions de longues lettres hebdomadaires pour décrire le quotidien à nos proches, qui nous répondaient avec une belle écriture en pleins et déliés. Qui écrit encore avec des pleins et des déliés, même au stylo à bille ? Je pense que ma grand-tante, institutrice il est vrai, était la dernière.

Bref, on ne battait pas la mesure du temps de la même façon, et le matin j’aimerais parfois recevoir une lettre d’une autre époque, comme ce pastiche de Madame de Sévigné, qui a tourné sur nos portables à la vitesse de l’éclair.

Mes amis, à vos plumes, vous qui les avez légères, avant qu’il ne soit trop tard, et que le quotidien ne devienne ordinaire!

Le blues des soixante-huitards

Samedi 2 Mai 2020,

La génération des anciens de Mai 68 avait gardé dans son coeur une jeunesse qu’elle pensait éternelle.

Quand on a interdit d’interdire, qu’on a fait l’amour plutôt que la guerre, qu’on a vu sous les pavés la plage, qu’on a mis l’imagination au pouvoir, il paraît impossible de vieillir sérieusement. Les soixante-huitards ont fait du sport pour avoir un esprit sain dans un corps svelte, ils ont gardé leurs blousons de cuir et leurs jeans, dernières étincelles de leur look de révolutionnaires, et coloré leurs cheveux. Ils ont souvent choisi des métiers qu’on exerce longtemps, journalistes, psychanalystes ou écrivains. Si bien que certains travaillent encore. Quand ils ne travaillent plus, ils militent encore dans des associations de toutes sortes. Ils ont voyagé à travers le monde, au gré d’une humeur toujours vagabonde. Ils s’occupent de leurs petits-enfants qui les appellent par leurs prénoms quand leur emploi du temps chargé leur permet.

Ils étaient résolument jeunes dans leurs tête. Ils “faisaient jeunes” comme on dit et aimaient à l’entendre susurrer par les amis de leur progéniture.

Mais le Covid a frappé et leur a donné soudain un sacré coup de vieux. Le carrosse est devenu citrouille. L’imagination n’est plus au pouvoir, et les seniors dynamiques sont devenus des “ainés vulnérables”.

On les a catégorisés comme fragiles, comme “vieux” en clair. Erreur judiciaire, ils n’étaient pas encore vieux. Les vrais vieux étaient dans des maisons de retraite, ou au Sénat. Leurs propres enfants les ont trahis, en voulant les protéger : “Vous êtes dans la catégorie à risques, il faut faire attention ” n’ont-ils pas hésité à dire à leurs protecteurs de toujours. Car quelque soit l’âge des enfants, ils restent des enfants ad vitam aeternam pour les parents. “Restez chez vous”. “On a senti la bascule du pouvoir, on est devenus les enfants de nos enfants”. Les gaillards soixante-huitards se sont sentis infantilisés. “Un coup de massue !” pour Marianne, une veuve dynamique de 75 ans qui fait du Pilates sur Zoom pour ne pas perdre ses bonnes habitudes.

Ils sont nombreux à être montés au créneau, faute de barricades pour protester.

Alain Minc (71 ans) a annoncé “une révolte des cheveux blancs”. Pascal Bruckner (71 ans) a crié à “l’Ehpadisation des plus de 65 ans”. Ils refusent d’être mis sous cloche et parlent de ressortir les pavés de 68. Certains ont appelé à reprendre le maquis. Devant tant de révolte, il a été finalement décidé que tout le monde sortirait en même temps du confinement. Ils n’allaient pas se mettre tout ce beau monde sur le dos. Mais la pandémie a mis en lumière ” l’âgisme des Français”, analyse Hervé Hamon. En deux mois, les septuagénaires ont eu le sentiment de beaucoup vieillir….

Personnellement, je ne me sens pas vraiment concernée, je suis de la génération d’après, je n’ai que 66 ans !