
Mardi 30 Juin 2026
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L’adorable petit port d’Hermione niché dans le Péloponnèse est sûrement l’un de mes mouillages préférés en Grèce! Il est dissimulé derrière une presqu’île joliment plantée de pins, qui cache en fait une très longue histoire.
C’est Homère, qui évoque le premier, Hermione, dans “Le catalogue des vaisseaux”, un chapitre célèbre de l’Iliade, qui énumère les navires partis pour prendre Troie. Vous pouvez vérifier, ils étaient plus de 1200 vaisseaux et près de 140 000 soldats, donc une joyeuse bande pour aller récupérer la belle Hélène! Pour rappel, les textes d’Homère sont écrits au VIIIe siècle avant JC et la guerre de Troie est située vers le XIIIe siècle avant JC environ.

A l’origine, Hermione était la fille de Ménélas et d’Hélène, ainsi nommée en hommage au créateur de la ville, Hermion, le fils d’Europos qui donna son nom, comme chacun sait, à notre belle Europe. “Tout est lié”, dirait mon fils! Pausanias, cet infatigable globe-trotter, raconte qu’une grande fête s’y déroulait tous les ans en l’honneur de Poseidon et organisait différentes compétitions nautiques, dont les premières régates qui semblent bien avoir été crées dans ce cadre enchanteur.
La ville d’Hermione fut une grande puissance navale. Elle participa à des batailles primordiales dans l’histoire du pays, comme celle de Salamine et celle de Platée! Pausanias la décrit comme extrêmement “riche en monuments”, car en plus de Poseidon, le dieu de la mer, de nombreuses autres divinités y avaient leur temple attitré, comme la vénérée Déméter, la séduisante Aphrodite, le joyeux Dionysos et le séduisant Zeus toujours prêt à l’aventure!
Quelques ruines subsistent encore de cette période sur la presqu’ile d’Hermione, bien cachées sous les pins.

La ville était fort riche! Car Hermione était également réputée pour son industrie de la teinture, qui valait plus cher que l’or à cette époque. Ses artisans maitrisaient les techniques pour exploiter le murex, un coquillage étonnant qui une fois brisé, passe du violet au rouge et peut ensuite être utilisé pour obtenir la couleur pourpre. Tenez-vous bien, il fallait dix mille coquillages pour teindre une seule toge, forcément réservée à des sommités! On y a retrouvé des ateliers où des millions de coquillages étaient concassés.

Ainsi, quand Alexandre le Grand s’empara de Suse, l’une des capitales de l’empire Perse en 330 avant J-C, il y découvrit le légendaire trésor royal de Darius!
Plutarque nous indique qu’« Alexandre y trouva 5000 talents de pourpre d’Hermione qui, bien que déposé 190 ans plus tôt, gardait encore sa couleur vive et fraîche »! Il en équipa alors sa célèbre cavalerie Macédonienne. et demanda aux cités Ioniennes de lui fournir du précieux pourpre marin pour les tuniques de ses soldats.
Pour Alexandre, il s’agissait non seulement d’affirmer sa puissance avec un produit précieux, mais aussi de s’approprier les insignes du pouvoir perse en tant que successeur de Darius, plutôt que comme un simple conquérant étranger! Ce geste avait une dimension politique importante pour fusionner les deux cultures afin que Grecs et Perses se perçoivent comme des égaux et non comme des ennemis. Plus signifiant encore, Alexandre lui-même commença alors à adopter les coutumes perses comme le port de de la tunique traditionnelle perse pourpre et blanche, et celui d’un diadème !

En cette période de négociation, entre les Etats-Unis et l’Iran, il est intéressant d’observer ces sensibilités politiques qui prévalaient à l’époque. Rappelons que c’est Aristote qui avait veillé à l’éducation d’Alexandre le Grand. Il lui avait enseigné la diplomatie, ce qui manque peut-être à certains dirigeants actuels.
Le Président Xi, plus cultivé ou mieux informé, a évoqué le risque du “piège de Thucydide”. Trumpy, de son coté, en était à découvrir où était le détroit d’Ormuz. S’il s’était intéressé à l’histoire, il aurait pu apprendre d’Alexandre Le Grand comment combiner avec succès, stratégie de force et diplomatie fondée sur le respect.
Par ailleurs, j’ai eu la surprise d’apprendre que lors de récentes fouilles, un groupe d’archéologues suisses avait découvert des ruines sous l’eau dans la baie de Kilada, pas très loin d’Hermione dans le Péloponnèse. C’est un vrai village englouti où ils ont identifié des restes d’ateliers où était également fabriqué du pourpre, dont l’origine remonte à plus de 30 000 ans! Incroyable! Dans la baie tranquille où hiverne notre bateau! Nous connaissons bien l’endroit! C’est juste à coté de la grotte de Franchthi qui date du Paléolithique supérieur, 38 000 avant JC! On peut la visiter facilement ! C’est même gratuit!

Les hommes ont évidemment cherché depuis d’autres moyens pour fabriquer de la teinture. Le murex n’a pas suffi, et sa surexploitation dans l’antiquité a conduit à une quasi extinction de sa population! Cela m’amuse que mon fils consacre une partie de son dernier livre “Reset fashion” à l’industrie de la teinture, grande consommatrice d’énergie fossile et qui émet plus de gaz à effet de serre que la totalité du transport aérien! On y découvre que de multiples start-ups développent des produits de teinture plus respectueux de l’environnement. Ils seraient sans doute surpris de découvrir avec cette brève histoire du pourpre que leurs efforts s’inscrivent dans une perspective multi-millénaire de l’histoire humaine.































