Eternelle Villardelle,

Jeudi 1 Juin 2023,

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La Villardelle se retrouva donc en mauvais état après les deux guerres mondiales. Mon grand-père, dit pépé Pierre qui l’avait rachetée dans les années 30, continua néanmoins à s’en servir comme “maison de campagne” pour y recevoir ses amis artistes à la bonne franquette.

Une vigne vierge fut plantée pour cacher les cicatrices des tirs d’artillerie qui défiguraient sa façade. et mon grand- père installa aussi quelques chambres simples et sans prétention. Il n’y avait ni eau ni électricité mais l’ambiance était festive. La mode était alors aux parties de campagne et le parc suffisait au bonheur des invités qui étaient souvent aussi des artistes. C’est ainsi que s’y retrouvèrent sous les ombrages des chênes, écrivains, sculpteurs, musiciens et d’autres amis talentueux de mon grand père, lui-même peintre, à ses heures.

Lors du décès prématuré de celui-ci en 1952 , sa succession fut longue et complexe. ar comme ma grand-mère, il s’était remarié, ce qui était assez rare à l’époque ! Cet épisode fera le récit d’un autre chapitre !

Aussi quand ma mère et ma tante débarquèrent un jour à la Villardelle, il ne restait plus grand chose!

Maman se consacra alors à une première opération d’envergure : faire venir le téléphone car il en existait un du temps de monsieur Vezin et de la splendeur de la propriété. Même après la guerre de 14, il y en restait encore un exemplaire ! Aussi, il n’y avait pas de raison que la maison en fut privée, d’autant plus que son mari, mon père, était ingénieur des télécommunications ! Papa ne voulait rien avoir avec les récriminations de son épouse qu’il jugeait inadaptées. Maman finit par avoir gain de cause, sans doute parce qu’elle expliqua à l’administration des PTT que de nombreux enfants allaient passer leurs vacances dans ce lieu isolé au milieu d’une grande forêt.

Les gardiens qui logeaient à l’origine dans une aile de la maison, déménagèrent dans la “maison des chasseurs” et les deux soeurs s’ installèrent dans la maison, chacune de son coté, autour de l’escalier central. Elles s’efforçaient toujours dans “leur partie,” chacune d’imiter l’autre quand c’était possible. C’est ainsi que sont nées les deux baies vitrées donnant sur le parc par la suite, deux cuisines, deux bibliothèques et deux sculptures de mon grand père etc ….

Il n’y avait pas non plus l’eau, ni même l’électricité. “Qu’à cela ne tienne, les enfants, cela va être très amusant!”. Quand la nuit commençait à tomber, il fallait rapidement allumer les lampes à pétrole, les bougies et préparer pour les petits des lampes torches électriques. Maman avait cinq filles et ma tante, dite Marraine, trois fils, cela faisait une joyeuse bande !

Pour l’eau, il était nécessaire alors de faire chauffer l’eau froide dans la cuisine , de la porter dans un broc à l’étage, de la verser dans une bassine en porcelaine, puis de redescendre l’eau sale dans un sceau pour le vider en bas ! C’était essentiellement pour la toilette de ma grand mère, qui logeait au deuxième étage, et pouvait charger la gardienne de cette corvée.

Nous, les enfants, nous nous contentions d’une petite toilette de chat, avant de courir galoper dans le parc et de construire des cabanes avec nos cousins dans les bois. Seule la cloche qui sonnait le déjeuner avait le pouvoir de nous faire rentrer, poussés par la faim.

Heureusement, le gouvernement détermina un jour que les français ne se lavaient pas assez par manque de salles de bain et proposa de mettre en oeuvre une politique agressive pour y remédier, en accordant des avantages fiscaux à ceux qui investiraient dans les lavabos! Maman en fut ravie et téléphona tout de suite au plombier de Dormans qui n’était pas au fait de cette initiative et le mit au courant de cette bonne nouvelle. Elle prit rendez vous avec lui, et lui expliqua qu’il lui fallait poser une vingtaine de lavabos au minimum. Ce chiffre effraya sans doute le futur prestataire qui expliqua alors doctement que cela allait lui coûter fort cher en eau.

“Cela n’a aucune importance ” lui répliqua maman dignement, “car nous n’avons pas l’eau !” Le brave homme en resta sidéré !

C’est ainsi, qu’avant d’avoir l’eau, nous eûmes des lavabos en quantité qui étaient remplis par un broc de la citerne du rez-de-chaussée, dans un lavabo dont l’eau était vidée rapidement par un conduit approprié. Nous avons gagné, grâce à cela, la moitié des trajets de l’eau.

L’eau courante arriva à la Villardelle beaucoup plus tard, avec l’électricité!

Inoubliable Egée

Vendredi 19 Mai 2023,

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A la manière de …

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Hier à l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je suis partie,

Vois-tu, je savais que Cipango m’attendait au pays des Dieux.

J’ai survolé les montagnes et traversé aussi la mer infinie,

Je ne pouvais pas demeurer loin de lui plus longtemps.

Je suis partie les yeux rivés sur mes pensées, rêvant de la couleur

De l’inoubliable Egée, guettant mes souvenirs de son éternité .

Je regarde de nouveau l’or du soir qui tombe,

Les voiles au loin qui descendent vers les iles.

Ici, le printemps respire à plein poumons,

Les oliviers sont en fleurs et l’air est doux !

L’histoire mouvementée de la Villardelle

Lundi 8 Mai 2023

Il y a bien longtemps, à la fin du 19 ème siècle, naquit dans la forêt de Ris, un “modeste” rendez-vous de chasse destiné aux amateurs de gibier, de joyeuses tablées et de galanteries champêtres. Ce fut la jeunesse de “La Villardelle”, une propriété du comte de Barbe de la Barthe Saint Loubert, ainsi nommé en toute simplicité.

En 1910, un nouveau propriétaire ambitieux, monsieur Vézin, qui avait fait fortune dans les travaux publics au Maroc, décida de la transformer en une “belle demeure”. Il la doubla carrément de surface, rajouta un étage puis la coiffa comme une princesse d’un petit dôme carré, orné de pics décoratifs.

Ce fut un âge d’or pour la maison et le parc naissant, qui furent alors choyés par des troupes de jardiniers. La source de l’Ourcq qui passait par là fut aménagée pour fournir de l’eau qui était acheminée à la Villardelle dans un château d’eau. Mieux encore, cette eau stockée en hauteur était utilisée pour faire tourner une dynamo qui alimentait la maison en électricité le soir sans faire aucun bruit. L’eau récupérée dans une citerne en dessous était ensuite remontée dans le château d’eau le lendemain. Incroyable pour l’époque!

Il y avait douze garde chasses et quinze employés pour l’entretien de la maison et des bois. De plus un élevage de truites et un autre d’escargots de Bourgogne y furent créés, ainsi qu’une cressonnière à la source de l’Ourcq. Toutes ces installations étaient particulièrement innovantes, et la propriété était florissante.

Malheureusement la guerre de 14-18 passa par là et la deuxième bataille de la Marne détruisit presque tout sur son passage. C’est dans cette région que l’armée Américaine fut engagée pour la première fois, dans des combats féroces qui expliquent les nombreux cimetières présents dans les environs.

Des batailles d’artillerie intenses et de nombreux combats terrestres eurent lieu dans la forêt de Ris et le domaine de la Villardelle fut très endommagé. Monsieur Vézin mourut peu avant la fin de la guerre, et son fils unique, handicapé, quitta alors les lieux.

La Villardelle fut rachetée par un Luxembourgeois étrange, qui, selon les gens du pays, aurait été un espion allemand. Il revendit la maison vers 1935 à mon grand-père, le Dr Gérard, qui n’avait plus peur de rien car il avait été médecin sur le front pendant toute la guerre de 14-18. L’espion présumé qui lui avait vendu la Villardelle était vraiment un margoulin puisqu’il avait omis de payer ses impôts, que mon grand-père dut régler à postériori. Cela lui couta aussi cher que le montant d’achat initial! Le fisc n’oublie jamais rien!

Mon grand-père en fit une maison de campagne, où il pouvait retrouver ses nombreux amis artistes. Lui-même était un excellent peintre et un violoniste accompli. Ses compagnons comprenaient entre autres le sculpteur animalier Charles Dehlommeau, l’écrivain Henri Queffelec et la première femme chef d’orchestre Jane Evrard. Les souvenirs familiaux le décrivent comme un homme brillant et désopilant, un grand séducteur.

Mon grand-père n’eut guère le temps d’en profiter car il fut à nouveau mobilisé en 1939 comme médecin. La propriété fut alors occupée successivement par un régiment français, puis un détachement allemand et enfin un état-major américain. Ces occupations successives et les nouveaux combats qui y prirent place, ne furent pas les plus propices à l’entretien de la maison!

Après la guerre, mon grand-père fit pousser de la vigne vierge sur la maison pour essayer de dissimuler les nombreux éclats d’obus qui couvraient la façade.

Il mourut malheureusement assez jeune, en 1951, longtemps avant ma naissance.

Quand ses héritières, ma tante et ma maman, arrivèrent à la Villardelle, il n’y avait plus qu’une grande table, deux bancs et de nombreux graffitis dans toutes les langues, qui évoquaient les visiteurs variés qui y avaient séjourné. Il n’y avait pas l’électricité, ni l’eau courante.

Maman, toujours moderne, décida que la première priorité était d’obtenir le téléphone.

C’est ainsi que la saga de la Villardelle commença avec le 16 à Ronchères, car le téléphone était bien sûr encore manuel à la campagne, avec toutes les mésaventures qui allaient en résulter!…