Les affres de la proprioception

Dimanche 20 Novembre 2022,

Comment ? Vous ne savez pas ce que c’est?

Pourtant, vous faites de la proprioception comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans vous en apercevoir ! De mon côté, il a fallu que je m’y mette après ma chute l’année dernière.

Test de Fukuda à l’université de Caen

Sachez que le sens de l’équilibre et la marche dépendent de trois facteurs :

  • la vue, ou, pour faire plus chic, le “système visuel”,
  • l’oreille interne, à savoir le “système vestibulaire” qui donne la perception du positionnement du corps dans l’espace comme le fait l’accéléromètre dans votre iPhone pour capter vos mouvements et par exemple compter vos pas,
  • la mystérieuse “proprioception”…

La proprioception désigne la perception, consciente ou non, de la disposition des différentes parties de son corps. C’est une sorte de septième sens qui mobilise une panoplie de capteurs sensibles à l’étirement et à la pression disséminés dans notre peau, nos muscles, nos os, nos tendons et nos ligaments. Ces sentinelles enfouies transmettent des données de position au cerveau qui les synthétise en permanence. Incroyable! On appelle cela aussi la “sensibilité profonde” de son corps.

Les accidents de la vie, traumatisme crânien, AVC, opérations des membres ou simple vieillissement affectent souvent cette faculté essentielle pour préserver son équilibre et adopter une posture de marche satisfaisante.

La bonne nouvelle est que la proprioception se travaille et peut se développer significativement avec l’entraînement.

Autrefois il était classique de penser que douze mois après un accident genre traumatisme crânien ou AVC, un plateau était atteint et les perspectives de récupération supplémentaires étaient faibles. Maintenant, il est acquis que le cerveau est comme un muscle, qui se travaille comme un autre, et peut développer en permanence de nouvelles connexions pour se reconfigurer. Et ceci pour les cerveaux jeunes ou adultes et même “seniors”!

Les sportifs font de nombreux exercices de proprioception pour développer la conscience de leur corps et améliorer ainsi leur capacité de positionnement dans l’espace.

Le cosmonautes en font également, parce que la contribution de l’oreille interne et leur proprioception se réduisent dans l’apesanteur, et ils ne tiennent plus en équilibre quand ils retrouvent la pesanteur de la terre.

Un article récent du Monde a décrit l’intérêt de la NASA pour des expérimentations menées à Caen avec des patients atteints de déficit du système vestibulaire de l’oreille. Ces patients apprennent à développer leur proprioception pour compenser leur déficit vestibulaire. Grâce à quoi, les premiers constats sont éloquents: « Sur certains tests, les patients font mieux que les astronautes de retour de mission ».

Du coup, avec mon entraînement quotidien en quasi apesanteur, je commence à rêver d’aller sur Mars !

Car je dois faire des exercices une grosse demi-heure par jour à la maison, en plus de ceux du kiné bien entendu !

Le plus évocateur est le suivant ; il faut marcher comme Rudolf Noureev traversant la scène de l’opéra Garnier, en ayant conscience de tout le déroulement de sa marche! Mon étoile s’y révèle chaque jour! Mais c’est vrai que j’ai pris conscience de muscles et organes dont je ne soupçonnais pas l’existence.

Le pire est l’exercice du “flamand rose”. Ce nom traduit une perversité certaine, pour présenter positivement mes exercices de souffrance. Il consiste à garder l’équilibre 20 secondes successivement sur chaque pied, puis faire de même les yeux fermés et enfin le refaire sur un tapis dit “d’équilibre”, qui est en fait un tapis de déséquilibre.

Je vous passe l’exercice “Assis – Debout” dont le titre seul vous laisse deviner la finalité, un pur exercice de torture pour remuscler mes jambes, sans aucune finesse proprioceptive!

Et j’allais oublier l’exercice de la “demande en mariage”, qui me force à mettre mon genou gauche à terre, puis à redresser et renvoyer en arrière ma jambe droite dix fois de suite. Quelle ironie dans cet hommage, et ceci alors que les demandes en mariage s’étiolent et que les hommes en font en moyenne moins d’une dans leur vie.

Le sujet de ce blog, je le reconnais volontiers, est un peu rébarbatif! Mais, s’il est intéressant pour moi, il l’est aussi pour tous ceux qui sont confrontés soit eux-mêmes soit dans leur entourage à des problèmes de marche et d’équilibre. En fait, cela se travaille et peut se récupérer, au moins partiellement, et c’est un message d’espoir!

L’âne et l’éléphant

Dimanche 13 Novembre 2022,

Ces deux animaux sont bien connus des électeurs américains, sans doute autant que le Père Noël ou l’oncle Sam. Cependant peu d’entre eux sont familiers avec leur origine et l’histoire de l’homme qui les a rendus célèbres, Thomas Nast.

Né en Allemagne en 1840, le jeune Thomas partit vivre à New-york avec sa mère à l’âge de six ans. Il montra très tôt un grand intérêt pour le dessin, mais pas beaucoup pour l’école qu’il quitta à 15 ans.

Il fit ses premières armes d’illustrateur avec la campagne militaire de Garibaldi pour le “Illustrated London News” et suivit la guerre de sécession pour le “Harper’s Weekly Journal”. Ses dessins des champs de bataille le firent connaitre. Il fut qualifié par le président Abraham Lincoln de “notre meilleur recruteur”.

Dessinateur anti-conformiste, il savait croquer avec précision non seulement les personnages publics mais aussi des animaux qu’il intégrait dans ses critiques acerbes du monde politique. Il affichait un mépris narquois pour les hommes malhonnêtes et une grande compassion pour leurs victimes. Ses historiens pensent que son approche de la caricature s’inspirait de son enfance difficile.

Il s’attaqua aux politiciens véreux, comme William Tweed, un sénateur New Yorkais corrompu surnommé le Boss. Ce dernier lui proposa un pot-de-vin de cinq cents mille dollars pour qu’il abandonne une campagne de dessins menée contre lui. Nast refusa. Tweed fut arrêté à Cuba, reconnu grâce à un dessin de notre talentueux dessinateur!

Prenant modèle sur des auteurs de l’antiquité comme Esope, il utilisa les animaux avec talent pour décrire les dérives des hommes et les arcanes des politiciens.

Ainsi en 1874, il fut le premier à dessiner un éléphant un peu bête pour évoquer le parti républicain, et un âne déguisé en lion pour désigner les démocrates! Il avait l’habitude d’ajouter des légendes pour éclairer le lecteur et devint le premier caricaturiste à proposer un dessin satirique efficace.

Il savait manier une critique acerbe aux dépens des politiques de tous bords, et devint ainsi le premier grand caricaturiste américain.

Il représentait la politique américaine pour ce qu’elle est encore sans doute, comme une grande ménagerie désordonnée, un véritable cirque, comme celui de Barnum qui avait fait son apparition trois ans plus tôt.

Le “Harper’s Weekly” et Nast jouèrent un rôle essentiel dans les élections présidentielles pendant un quart de siècle, dont notamment celles d’Ulysse Grant en 1868 et 1872. Le président Rutherford Hayes, élu en 1876, affirma que Nast était « la plus puissante des aides » qu’il avait reçues.

Après la mort du fondateur du journal, dont il était proche, ses contributions diminuèrent et il finit par s’en aller. Un journaliste a écrit à l’époque: “En quittant le Harper’s Weekly, Nast a perdu sa tribune; en perdant Nast, le Harper’s Weekly a perdu son influence politique!”

Mais les animaux de Nast ont continué leur chemin et symbolisent encore aujourd’hui les deux principaux partis politiques américains. C’est amusant de penser qu’ils évoquent à travers l’histoire de ces symboles, des animaux stupides, malléables et confus… Le monde politique a t-il tellement changé aux Etats-Unis?

Comment Trumpy qui mérite définitivement son nom en référence à l’éléphant républicain, serait il représenté par Nast aujourd’hui?

Pourrait il être dessiné comme une baudruche qui se dégonfle enfin, affublée de l’étiquette de “loser”?

Affaires de poisons

Samedi 5 Novembre 2022,

Cette année, malgré une débauche d’achat d’hameçons et de leurres attirants, un vent très présent nous a empêché de beaucoup pêcher! Pour sauver la face avec nos petits enfants, nous nous sommes rabattus sur quelques oursins, mais nous avons quand même réussi à attraper quelques maquereaux suicidaires !!

Et puis deux dorades coryphènes délicieuses se sont prises dans nos rets. A Tahiti , c’est un régal de chef, qui s’appelle le “mahi-mahi ” en Polynésie!

Certains pensent qu’elles ne vivent que dans le Pacifique et dans les Caraïbes, et qu’elles n’ont pénétré que récemment en Méditerranée. Elles figurent pourtant sur des fresques de Santorin qui datent de deux siècles avant Jésus-Christ, mais elles restent ici un poisson peu connu et mal apprécié, à tort!

Un jour, la ligne de traine sembla prise de folie furieuse et se mit à tirer à un rythme infernal sur l’appât. Etait-ce un thon, une daurade, ou encore juste une bonite? Les pronostics allaient bon train, pendant la remontée laborieuse de ce qui semblait une grosse prise quand même!

Nous avons enfin hissé à bord, en nous brisant les reins, ce poisson rétif et capricieux. Il ressemblait à une sorte de grosse “vieille” et n’était pas extrêmement sympathique. Comme nous ne le connaissions pas et qu’il avait l’air un peu fourbe, nous avons cherché à en savoir plus!

Merci à internet qui nous a sauvé la vie en trouvant rapidement l’identité de cette prise: un “Lagocephalus sceleratus” de la famille des Tétraodons, un poisson très venimeux! La bestiole s’est mise à gonfler comme une baudruche et s’est révélée être une cousine du fameux Fugu, délicieux mais mortel! Au Japon, seuls les maîtres sushi qui possèdent un formation et une licence accordée par l’état, peuvent cuisiner ce plat raffiné et très cher. Car il faut bien le préparer pour retirer le poison qu’il détient, sinon la mort intervient dans un délai de 4 à 6 heures, sans antidote possible. Une centaine de personnes en meurent chaque année au pays du soleil levant!

Notre poisson charmant mais scélérat est d’une espèce invasive qui a traversé le canal de Suez et qui envahit progressivement la Méditerranée. Des décès dus à sa consommation ont été répertoriés en Israël, au Liban, en Turquie et en Grèce…. Des spécimens ont été retrouvés dans l’Aude et même à Belle-Île.

Alors “faites gaffe!” vous conseillerait mon petit fils, Ulysse, très malin comme son prénom l’indique, et spécialiste pour donner des conseils avisés.

A la suite de cette aventure, nous sommes retournés sagement chez le poissonnier de Kilada, qui ressemble au roi Nestor et qui vend des “Saint pierre”, ces fameux poissons qui portent la trace d’un doigt divin sur leurs flancs, et qui s’appellent ici “χριστοψαρο” ou le “poisson du Christ”. Au moins, ce doigt lève toute ambiguïté et on peut espérer en plus gagner une place pour le paradis!