Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je reçois une multitude de courriels déprimants chaque matin. Du monte-escalier “qui change votre vie” qu’on m’impose tous les deux jours, aux “rhumatismes articulaires sévères” en passant par “la prostate, cet organe méconnu”, je ne sais plus où donner de la tête, ni de la souris .
Heureusement, “Padre” m’écrit aussi régulièrement pour me faire des révélations secrètes. Il a des dons merveilleux et il connait mon ange gardien “avec lequel il a un contact précieux”. Cela tombe bien. Celui-ci doit me donner gratuitement “Trois Secrets Angéliques” avec une garantie “sacrée à 100%”. Ce sont des révélations inouïes à propos de mon avenir, que j’aimerais bien connaître, sérieusement, car on me propose également “l’assurance obsèques adaptée à mes besoins” pour 2,75 euros par mois. “Anticipez l’avenir , il y a de fortes chances que vous n’y ayez pas pensé !” Non, c’est vrai franchement, je n’y avais pas pensé. Ce n’est pas ma façon d’anticiper l’avenir. Ce courriel là est collant comme la poisse, il sort des poubelles et des boites d’indésirables. Par ces temps de pandémie, c’est un peu indélicat. Du coup, un autre mail plus joyeux attire mon attention :” Un placement qui porte ses fruits, commencez à investir dans le whisky !” Et un autre genre de placement, le site de rencontres après 50 ans “Disons demain”, me semble plus prometteur que celui des maisons de retraites Korian, qui “dispose de places libres”.
Le marketing s’est adapté à toute vitesse au confinement : “La tenue idéale pour le télé-travail, à la fois chic et décontractée”. On voit bien que c’est vraiment une tenue pour les vidéoconférences. Mais la palme de l’adaptation revient aux sites de sex-toys, qui rivalisent d’imagination pour nous occuper : ” Vous allez devoir jouer les prolongations, jusqu’au 11 Mai, aussi nous vous avons concocté un coffret spécial confinement!”. Le site “Pardon-voisins”, qui se présente comme un “store spécialisé dans la luxure depuis 1978”, propose également “un confinement sexy” avec “Furious Rabbit”. Tout un programme!
Cette appellation imagée m’a, je dois vous l’avouer, beaucoup amusée et m’a rappelé que j’avais rendez-vous pour un “zoom” avec ma petite fille de Singapour, pour lui raconter les histoires de “Doudou Lapin”.
L’histoire est étrange et pourrait nous donner à imaginer qu’il existe des connections entre ciel et terre, en temps de confinement.
A la veille de la date d’anniversaire de mon père, nous avons retrouvé à la cave, dans une boite en bois, de vieilles cassettes audio qui trainaient dans le grenier de nos mémoires. “Te souvient-il de nos cassettes anciennes ?”
Le problème, c’est qu’il n’y a plus de lecteur de cassettes qui fonctionnent au bout de trente ans sans servir. Faute de quoi, nos cassettes inutiles dormaient sous la poussière dans un coin sombre, en compagnie de lecteurs inutilisables. Le temps offert par le confinement nous a permis de restaurer l’un d’entre eux. Nous avons donc écouté religieusement une première cassette oubliée.
Bingo ! Heureux hasard ou signe des cieux, ce fût un cadeau aussi inattendu que merveilleux!
Le récit de la naissance de mon père, né le 25 avril 1909, par ma grand-tante, née en 1887! L’enregistrement en lui-même datait de 1982. Il avait été réalisé à l’occasion de la naissance de mon fils. On y entendait aussi la voix claire de ma Maman, quelques mots amusants de mon Papa, comme s’ils avaient été assis près de nous, au soleil, sous la glycine de la terrasse. Immense moment d’émotion que de les entendre si proches, eux qui nous ont quittés il y a trop longtemps.
Par ailleurs, le récit en lui-même était vivant, drôle et évidemment très touchant !
Nous avons été ravis d’envoyer ce morceau d’anthologie à toute la famille dès le lendemain pour fêter l’anniversaire de mon papa qui aurait 111 ans aujourd’hui . Nous avons aussi encore écouté quelques autres cassettes de repas de famille, de poésies inventées, de chansons traditionnelles, de mots d’enfants et de poèmes charmants. Ces moments joyeux saisis sur le vif, ont coloré notre journée de souvenirs et de fous rires.
Mais à minuit et demie, nous avons été réveillés par des chants dans la rue. C’était surprenant par ces temps de confinement ! La rue d’ailleurs était déserte. Nous avons fait une petite enquête dans la maison pour trouver d’où venaient ces voix puissantes. C’était visiblement un duo, un homme et une femme chantaient. Les voix des fantômes semblaient venir de la terrasse. Très intrigués, nous avons ouvert tout doucement la trappe qui monte là-haut et là… stupeur, un vieil homme et une femme chantaient à tue-tête dans la nuit parisienne : “Les vieilles de notre pays ne sont pas des vieilles moroses , elles portent un bonnet rose, un fichu couleur de maïs ….”
Nous en sommes restés bouche bée ! C’étaient les voix de mon grand-oncle et de ma cousine Simone morts tous les deux depuis des dizaines d’années.
Comme une machine à remonter le temps, le lecteur de cassettes, posé dans la cuisine de la terrasse dévidait imperturbablement une bande magnétique que nous n’avions pas encore écoutée ! Ainsi, “les vieilles de notre pays” résonnaient sous la lune et redonnaient vie comme par magie à ces visiteurs d’un soir.
Ce confinement apporte bien des soucis, ma bonne dame. Si la nature reprend ses droits, ce qui est bien sympa pour les oiseaux et les loups, les cheveux et bien-sûr les poils poussent allègrement. Beatles masqués et femmes aux cheveux de toutes les couleurs commencent à apparaitre sur les trottoirs. ” Je suis coiffée comme Cruella dans les 101 Dalmatiens ” constate ma soeur horrifiée au téléphone.
Quant à moi, j’ai la crinière d’un lion en cage car, pour une fois, je n’avais pas oublié de prendre mes vitamines pour cheveux. Quelques fils d’argent éclairent l’or de mes boucles. “Avant le confinement, on ne voyait pas que tu étais vieille!” remarque Pénélope avec le sourire éblouissant de sa jeunesse.
Des problèmes épineux de cheveux, pourtant secondaires par les temps qui courent (lentement), reviennent de plus en plus souvent dans les conversations. C’est qu’on nous conseille tout azimuts de ne pas se laisser aller. Il ne faut pas trainer en pyjama, mais se laver, se désodoriser avec un produit bio fait maison, se parfumer , s’habiller correctement , surtout si on a une “visio-conférence” (au moins le haut), faire de la gym, se doucher de nouveau après. Attention, les Français confinés se lavent moins, changent moins de sous-vêtements (surtout les hommes ). Loin des yeux , loin du bain ! Il y a eu des sondages, des sondés ont répondu qu’ils se lavaient moins. Pas moi, on ne me sonde jamais.
A quand le retour des barbiers et des Figaro ? “Figaro! je suis là, Figaro ici, Figaro là, Figaro en haut, Figaro en bas” Quand “courras-tu encore comme l’éclair de clients en clients?” Je prévois une reprise exceptionnelle des salons de coiffure, une fois déconfinés.
En attendant, des réseaux secrets s’organisent : “Le cousin de mon beau-frère qui habite à coté est coiffeur à la retraite, je lui ai dit de passer à la loge, pour tondre mon fils et mon mari” me révèle Mme de Santos, gardienne d’immeuble de son état.
En ce qui concerne les idées courtes, c’est toujours Trumpy le champion toutes catégories. Cette nuit, il a annoncé qu’il avait trouvé un moyen radical de se débarrasser du Covid 19. Il suffit de se désinfecter l’intérieur du corps avec un produit style javel, soit par injection soit par ingestion et de faire ensuite une séance d’UV, interne ! On passe par devant ou par derrière pour l’injection d’ultra violet ?
Truculente affaire ! Cette technique inédite imaginée par Donald devrait nous débarrasser de quelques électeurs extrémistes! Hélas, le comité scientifique fédéral a mis le holà et les fabricants d’eau de javel et autres désinfectants ont signalé haut et fort que leurs produits n’étaient pas fait pour être ingérés ou injectés. A mon avis, quelques uns vont essayer quand même. A suivre !
La terre a encore tremblé dans la nuit californienne, c’est la quinzième fois de la semaine.
Et je n’y suis pas cette fois ci, pour raconter l’ambiance. L’épicentre était au sud de Los Angeles, South LA pour les intimes. Le coin n’a pas très bonne réputation, c’est là où sévissent les gangs qui s’entretuent régulièrement. Est-ce que cette série annonce le fameux “Big One” qui séparera une partie de la Californie du reste des Etats-Unis ?
La séparation des idées est déjà bien avancée. La Californie a confiné son petit monde (qui arriverait à la quatrième place économique mondiale à lui tout seul) bien avant les autres Etats. On y teste maintenant déjà les asymptomatiques qui exercent des métiers à risques, car ils peuvent être de sérieux propagateurs de virus en avançant masqués !
Du coup, j’ai repris la lecture du Los Angeles Times, mon quotidien préféré, qui rappelle toutes sortes de précautions à prendre dans ce pays tremblant. C’est une vraie liste à la Prévert. J’en ai retenu quelques-unes :
– Accrochez votre télévision et votre four à micro-ondes, et fixez avec de la cire les vases sur les tables.
– SAUVEZ LE VIN en rangeant individuellement les bouteilles et les confinant soigneusement dans des porte-bouteilles appropriés, près du sol.
– Apprenez à couper le gaz à la main (prévoyez de placer une clé à molette au bon endroit).
– Posez près de votre lit, que vous aurez préalablement éloigné de la fenêtre, une vieille paire de lunettes de sécurité et une paire de chaussures usées pour pouvoir faire le tour de la maison en marchant sur les bouts de verre après le séisme.
– Apprenez à vous orienter dans votre quartier, à repérer les rues, à trouver des chemins alternatifs SANS utiliser votre téléphone portable. Apprenez ou réapprenez à lire une carte en papier et en acheter une.
– Supprimez carrément les cheminées, c’est trop dangereux. Elles ont un mauvais track record!
– A chaque fois que vous rentrez dans un magasin, repérez toujours ce qui risque de vous tomber sur la tête en cas de séisme (Je déconseille Ikéa!)
– En cas de séisme, si vous êtes près du rivage, marchez rapidement à l’intérieur des terres pendant trois kilomètres et montez 30 mètres au dessus du niveau de l’eau, sans attendre de signal. Ne prenez pas votre voiture.
– Prévoyez un kit de nourriture et de médicaments pour 72 heures sans oublier votre animal de compagnie ni du beurre de cacahuètes bien nourrissant, un ouvre-boite et des dollars.
Mon conseil : prévoyez aussi quelques bouteille de rhum et du citron vert et un tire-bouchon.
Du coup, nous nous sommes remémorés avec “mes colocataires de confinement”, notre plus gros tremblement de terre à Los Angeles. C’était sans doute un week-end car il y avait foule au BestBuy où nous allions acheter des DVD (si, si, cela existait, à l’époque !). Pénélope et son père avaient filé discrètement au rayon des ordinateurs, extrêmement dangereux à tous points de vue. J’errais dans un rayon quand soudain, le sol s’est mis à vibrer furieusement en grondant comme un éléphant en colère. A ce bruit, que j’ai trouvé effrayant, s’est rajouté un concert invraisemblable d’alarmes variées, car toutes les voitures de la ville, méchamment secouées, se sont mises à hurler en même temps. J’avais du mal à marcher tant le sol était flou et les rayons de DVD tremblaient, mais j’ai réussi à atteindre les ordinateurs et j’ai constaté que ma famille avait filé.
Je les ai retrouvés sur l’énorme parking au milieu des hurlements de klaxons. Mon mari m’a expliqué qu’il avait cette fois-ci choisi de sauver sa fille, car la dernière fois (à l’accouchement), il avait dit au toubib : “Sauvez la mère !” Le médecin avait rétorqué qu’il espérait bien sauver les deux. Bref, sauvés tous les trois, nous avons été vérifier nos kits de tremblements de terre, celui pour l’école de Pénélope, et celui de la maison auquel nous avons rajouté une bouteille de whisky.
Pendant ce temps-là, certains Trumpistes se déconfinent en hurlant, et militent pour avoir le droit de mourir du Covid 19. Ce sont les mêmes qui militent pour le port des armes, lourdes de préférence.
Steve Lopez, mon éditorialiste préféré du Los Angeles Times, n’en peut plus de ce Trumpy qui “canonise ceux qui veulent retrouver le droit divin d’aller manger des gaufres à la Waffle House en infectant tout le monde”.
Aussi, il proclame qu’il est temps de faire sécession et de séparer les USA en deux, comme cela a été fait pour l’URSS il y a une vingtaine d’années. D’un côté, “les fans de Trump, résidents du royaume de Mar-a-Lago de la Republic of America First et du Commonwealth of God and Guns*” et de l’autre, le Sanctuaire Fédéral des Etats éclairés autour de la Californie et de New York.
Cela, pour le coup serait un sacré tremblement de terre, et pourrait changer le monde !
* La Caroline du nord et du Sud, le Texas, le Tennessee, la Georgie, la Floride
(Pour le vrai récit en Californie, c’est dans “Los Angeles Café” aux Editions Amalthée)
Tenue de sortie de confinement élégante, avec masque et distanciation intégrés
Lundi 20 Avril 2020
J’ai assisté consciencieusement à la conférence de presse de notre Premier Ministre, Dimanche soir. La barbe d’Edouard blanchit de jour en jour. A la prochaine, j’ai bien peur qu’elle ne soit toute blanche.
Ce que je retiens : “Patience les gars, on déconfine toujours, progressivement, à partir du 11 mai, après la fête de la Victoire, malheureusement après les longs week-ends du joli mois de Mai.” La bonne nouvelle, c’est qu’on pourra sortir à n’importe quel âge. Avec quelques précautions quand même, surtout pour les centenaires. Nous devrons être responsables, avancer sans doute masqués, en gardant nos distances, entre deux lavages de mains. Ma soeur va être contente (j’en ai encore 2) :
– “Je priais pour que les vieux ne soient confinés qu’à partir de 80 ans. Sinon, j’étais dans le lot des recalés ! Il est beau garçon, cet Olivier Véran ! ”
Bon, maintenant, tout le monde est dans le même lot. Le lot des futurs “déconfinés responsables”. Ma soeur est un peu inquiète quand même :
-“Le coiffeur, il doit réouvrir quand ? J’ai les cheveux comme la barbe du premier ministre.
-Tu peux peut-être te faire un shampoing colorant ?
– Je te remercie, la dernière fois que j’ai essayé, je suis sortie avec les cheveux orange comme Trump. Ce qui m’inquiète aussi, c’est d’être arrêtée par un gendarme.
– Mais, même maintenant, tu as le droit de faire tes courses.
– Je ne te parle pas des vrais gendarmes, je te parle de mon fils qui me surveille. Il me fait plus peur que les vrais !”
Bon, on ne rigole pas quand même. Même si on a bien travaillé en restant bien confinés, on a quand même un nouvel objectif clair. Il faut encore réduire notre R0 ! Avant le confinement, notre R0 était à 3 et après le confinement grâce à vous et moi, à la distanciation sociale, et tout et tout, notre R0 est à 0,6 et il nous faut encore nous améliorer et faire en sorte que notre R0 reste égal ou inférieur à 1. A ce point de la démonstration, je sens que je perds quelques-uns de mes lecteurs :
“-Allo, Marie-do, c’est quoi le R0 ? J’ai rien compris.
– Ma soeur chérie, c’est le nombre de personnes contaminées par un malade.
-Aaaaah ! Et il n’y aura pas d’examen au moins pour sortir le 11 Mai ? C’est quoi l’histoire du téléphone qui sait où on est allé ?
-Ton téléphone portable sait où tu vas de toutes les façons. Là, si jamais tu es malade, il va le dire à ceux que tu as croisés dans la journée.
-Comment il va le savoir ?
– Tu le préviendras. Si tu es d’accord pour le faire.
-Mais comment ? Je n’arrive même pas à écouter mes messages. Et puis, je vais pas prévenir tout le monde que j’ai le corona machinchouette !
– Pas tout le monde, les gens que tu as croisés sur ton chemin. Ceux-ci iront alors se faire tester, pour savoir s’ils sont malades ou non. Et toi aussi, tu seras prévenue si tu croises quelqu’un porteur du virus. L’idée c’est d’arrêter la propagation du virus. Tu pourras aller te faire tester.
-Certainement pas, j’ai horreur des piqûres et je ne veux pas non plus du coton tige de géant qu’on vous enfonce dans nez jusqu’à la glotte.”
Pas facile d’être pédagogue !
Serons-nous prêts à temps pour déconfiner ?
Résumé : La situation s’améliore mais il n’y a pas d’immunisation générale, pas de vaccin, pas de traitement. Nous avons plein d’idées et le gouvernement se donne bien du mal. “On doit faire des choix sur des incertitudes, sachant qu’il n’y a pas de certitudes “. On sentait les deux ministres un peu nerveux. Une certitude tout de même, c’est que cet Olivier Véran est beau garçon et sensible avec cela. On peut aller voir avec lui comment tous ceux qui sont concernés travaillent nuit et jour.
Il va y avoir une crise économique sévère. Une récession historique… C’est donc compliqué. Ah ça, je n’en doute pas.!
Les journalistes posent alors des questions : Quand est ce qu’on pourra prendre nos billets pour aller en vacances ? Où pourra-t-on aller ? La France est recommandée absolument, il faut réanimer aussi le pays. Ok, mais quand est-ce qu’on rouvre les restaurants, quand pourra-t on boire un verre dans les bistrots ? Pourquoi ils ont plus de tests en Allemagne ? Partez en vacances en Allemagne et vous comprendrez qu’ils sont sérieux eux (c’est moi qui rajoute) !
La conférence de presse était longue et a un peu mordu sur l’heure de l’apéro où, pris dans l’action, nous avons failli préparer un cocktail avec du gel hydroalcoolique, ce que je vous déconseille.
Ce matin la presse était bien entendu portée sur la critique systématique, comme d’habitude. Quoiqu’il dise, quoiqu’il fasse, le gouvernement de ce pays de franchouillards a toujours tort. Je me demande vraiment comment il y a encore des candidats aux élections.
PS: On devrait quand même inviter sur la Riviera, ce chercheur allemand visionnaire, Christian Drosten, alias Pr Corona, qui a été à l’origine de l’avance allemande sur les tests, afin qu’il vienne “vivre comme Dieu en France” et qu’il y reste!
Ce matin, à l’heure où blanchit la campagne, la radio annonça la mort du chanteur de mon premier 45 tours. J’ai dû tourner une nouvelle fois la page de mon adolescence vagabonde. Je me souviens que Christophe qui dessinait sur le sable le doux visage d’Aline qui lui souriait à longueur de soirée, était alors en sérieuse concurrence avec Hervé Vilard qui, lui, avait lui perdu sa copine à Capri. Une chanson également gravée profondément dans nos coeurs de minettes romantiques. Qui peut aller à Capri sans chanter : “Capri c’est fini et dire que c’était la ville de mon premier amour, Capri c’est fini, je ne crois pas que j’y retournerai un jour”? Cela aurait été bien dommage, quand on connaît enfin Capri, qui restait pour moi, à l’époque, dans une nébuleuse italienne.
Bref, je ne pouvais m’offrir qu’un seul 45 tours, car “je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître”. J’ai choisi Christophe car les plages étaient plus proches de mon univers que les îles mystérieuses. Et j’aurais aimé être cette “Aline au doux visage” qu’on dessinait sur le sable mouillé, et disparaître éventuellement dans un orage. J’aurais adoré surtout qu’un jeune homme crie mon nom comme un fou pour que je revienne, et pleure “car il avait trop de peine” ! De plus jamais, jamais, aucun jeune homme ne m’a fait la surprise de s’asseoir “auprès de mon âme”, sinon je ne me serais en aucun cas enfuie, sans lui laisser aucun espoir pour le guider. Pourtant, dans ma vie j’en ai arpenté des kilomètres de plage, les cheveux au vent, en prenant des airs romantiques, et guettant les orages et les artistes. Cela ne m’est jamais arrivé cette histoire là ! Je me demande où ils vont chercher leurs paroles, les chanteurs. C’est franchement pas réaliste! J’aurais peut-être du choisir “Capri, c’est fini” comme 45 tours, finalement… et puis cet été, je vais peut-être retourner à “Capri, où tu m’as dit : je t’aime !”.
Ce soir, j’ai un coup de blues ! Aussi, après les applaudissements pour les soignants, sur la terrasse, nous avons mis à plein tube, “Aline”, et nous avons chanté et dansé pour qu’elle revienne. Je vous le dis tout de suite, malgré nos cris , et nos pleurs, elle n’est pas revenue. Notre jeunesse non plus !
Manifestion de pro-Trumpistes contre le confinement: zoomez pour voir les armes omniprésentes!
Vendredi 17 avril 2020,
Donald Trumpy est énervé, empêtré, acculé par les faits. Son incompétence et ses mensonges sont démontrés et étayés de preuves tangibles. Ses déclarations filmées, dans lesquelles il proclamait que son instinct infaillible lui prédisait la fin de la grippette pour Pâques, ses dénis répétés du virus sont patents aux yeux du monde entier.
Et puis, il y a déjà presque 32.000 morts et 22 millions de chômeurs. Les Américains sont déjà les champions du monde de la pandémie. Tout cela fait un peu désordre !
Alors sous la pression, Donald devient de plus en plus… Dingo ! Il s’en prend à tout le monde.
“Dingo Trumpy” donc, se démène comme le méchant diable qu’il est, et cherche désespérément des boucs émissaires , “scapegoats” en anglais car le bouc devient “chèvre” en traversant l’atlantique (Enrichissons notre vocabulaire!)
Au début, tout était simplement de la faute de Mexicains, qui, clin d’oeil ironique de l’histoire, refoulent maintenant prudemment les Américains de leur territoire. Mais avec le virus de Wuhan, ce sont, bien-sûr, les Chinois, les premiers coupables. Ensuite, la désorganisation notoire d’un système de santé bancal est maintenant due aux gouverneurs des états. Ceux-ci sont réduits à faire allégeance “au roi Trumpy” pour grappiller des ventilateurs des réserves fédérales, où à acheter aux enchères des masques, en concurrence les uns avec les autres . “C’est vrai quoi, ce n’est pas à l’Etat Fédéral de gérer l’achat des fournitures!” a précisé le président. Ensuite les gouverneurs, sentant arriver le cataclysme, ont commencé à s’organiser entre-eux puisqu’il n’y avait pas de pilote dans l’avion. Dingo y a vu aussitôt les prémices d’une sécession: une vraie “mutinerie”. A quand la guerre civile ?
Dernière “chèvre émissaire” de Dingo, l’Organisation Mondiale de la Santé qui, d’après lui, a mal géré la crise, et déclaré la pandémie trop tard. Alors Dingo étrangle elle-ci, en suspendant sans délai les subsides américains. Du jamais vu. Des milliers d’américains seraient pourtant encore vivants si Trumpy avait écouté les recommandations de l’OMS, mais celui-ci se méfie de ces organisations internationales qui lui pompent de l’argent.
Il a déjà réussi à supprimer pas mal de ces accords gênants et inutiles. Tiens, il voudrait bien aussi supprimer les séances du Sénat, car il peut vraiment décider tout seul , il a un instinct sûr pour les nominations. Le Congrès le gêne aussi, car il y a là trop de Démocrates, c’est fâcheux.
Et puis, il faut que l’économie reparte, coûte que coûte. Car l’électeur républicain ne veut pas rester confiné. Pire, il manifeste. Pire encore, il est armé jusqu’aux dents Il n’a pas peur de la maladie, il a peur pour son porte-monnaie. Pourtant Trumpy a demandé qu’on donne un chèque 1200 dollars aux plus vulnérables. Evidemment l’envoi a pris du retard, car il voulait absolument qu’on y appose son nom. C’est bientôt les élections quand même. Ensuite, il lui a fallu annoncer un plan de reprise économique, en trois phases, qui donnent un air de sérieux à l’ensemble dans lequel il n’y a rien de précis, si ce n’est que ce sont les gouverneurs des états qui doivent s’occuper de tout.
Les gouverneurs seront ainsi les prochains boucs émissaires!
Ma grande soeur Colette sera enterrée aujourd’hui dans le petit cimetière du Charmel que je connais bien. Je ne pourrai pas lui dire au revoir.
C’est comme ça quand on meurt au temps du Corona. Elle sera entourée de ses enfants et c’est bien. Mais les soeurs ne font pas partie des ascendants ni des descendants. Les soeurs sont sur la même ligne de vie et de mort aussi.
Bien sûr, elle nous avait déjà un peu laissés tomber pour partir dans son monde à elle. Un monde joyeux où, nous semblait-il, elle vivait ses rêves et nous parlait de ses exploits. Elle y conduisait des hélicoptères, elle y était médecin, exploratrice, ou parachutiste. Elle s’occupait d’enfants abandonnés qu’elle avait repérés à la télévision, elle était héroïque, et menait la vie intense dont elle avait, à mon avis, toujours rêvé.
Lui ai-je dit à quel point je l’ai aimée ?
Elle nous a quittés le dimanche des Rameaux. Elle aurait aimé partir le dimanche des Rameaux, c’était le dimanche préféré de Papa. Il a dû lui faire signe : “Viens ma fille, c’est ton heure. Tu vois bien le bazar qui règne sur la terre, mon Toto. Tu seras mieux là-haut avec nous. Ta mère, ton mari, ta soeur Françoise … tout le monde t’attend.”
Ma soeur Colette n’avait pas toujours été une vieille dame un peu confuse. Elle avait été superbe, séductrice, entraînante. Egérie des chefs scouts, lumineuse dans ses projets, infatigable cheftaine. Devant les feux de camps, quand elle entonnait “Ô Nuit, qu’il est profond ton silence”, tout le monde frissonnait.
Il va être très profond le silence de la nuit désormais.
Dans sa vraie vie, ma soeur Colette était accueillante, fantaisiste, artiste, généreuse, créative, et toujours pleine d’idées. Conformément à ses techniques d’éducation, je donne toujours à mes petits-enfants des responsabilités importantes : responsable du couvert, de la vaisselle, de la balayette, de la liste des courses, de la télécommande du guindeau. Cela fonctionne très bien. “Les grands responsables” aiment à être reconnus.
Précurseuse et écologiste de la première heure, Colette avait lancé une vaste campagne “forêts propres” dans le département de l’Essonne et embarqué dans l’aventure, Léo Hamon, le député du coin à l’époque. Cet exploit lui avait valu un passage à la télévision remarqué, par la famille du moins. Elle avait certainement dû nommer Léo Hamon président d’honneur de l’opération. Toujours prête à se battre pour des causes inédites, toujours ouverte, elle nous étonnait sans cesse, elle avait fait mille métiers. Elle avait toutes les audaces. Elle participait à un concours hippique avec le poignet cassé, devenait bilingue par magie pour trouver un job, pouvait être styliste ou couturière quand c’était nécessaire. Elle volait pour un week-end à New-York pour identifier les dernières tendances du business, quand c’était encore le bout du monde. Elle débordait d’énergie et n’avait peur de rien.
“Ah ! Qu’il est donc long ce printemps ! “aurait-dit ma soeur Françoise. Elles doivent bien rigoler toutes les deux maintenant, là-haut.
Il est bien loin le temps où les enfants de choeur allaient de ferme en maison en chantant pour réclamer un sou, ou un oeuf pour leurs services: ” La vieille là-bas, là-bas dans son trou, qui n’a pas voulu donner de sous, le diable l’emportera. Alléluia…. Alléluia… ”
Le diable l’a emportée sans doute et le monde avec. Il n’y aura ni messe de Pâques cette année, ni jeunes asperges, ni salade de pissenlits sauvages. Les églises et les temples ont été vidés par le coronavirus. Certains prêtres ont même posé les photos des paroissiens sur les chaises. C’est plus convivial ! Il faut prier confinés et par écran interposé. Je me souviens d’une petite église sur une île grecque qui indiquait l’adresse mail de Dieu. J’aurais dû la noter.
Nous n’irons pas non plus dans les jardins chercher des oeufs avec des enfants excités. De toutes les façons, Dieu doit être bien occupé à trier les nouveaux venus qui arrivent par troupeaux entiers. Qui ira au purgatoire, qui sera admis direct au paradis ?
Le diable se frotte les mains : qui aurait pu imaginer un tel chaos ? Les évangélistes américains le mettent en joie. Ils veulent quand même se rassembler. Chanter, dansez, embrassez qui vous voudrez ! Les hommes sont si bêtes ! Et Trumpy qui proclamait que le coronavirus était un canular. Il est impayable celui-là ! Orgueilleux en diable. Quel allié de choix !
De notre côté, notre dimanche de Pâques a été bien occupé. Nous avons été réveillés par notre ami de Nouvelle Calédonie qui voulait nous saluer du bout du monde avant de se coucher et converser un peu. Du coup, je n’ai pas eu le temps de suivre le cours de Pilates avec Ponce. Nous avons à peine eu le temps de prendre un café, avant le rendez-vous hebdomadaire pour le Scrabble familial avec Singapour et Chars. La partie a été ardue, mais Paris a fait deux “scrabbles” coup sur coup, qui nous ont rendus imbattables.
Ensuite, nous avons filé à Rome pour écouter le Pape qui a donné quelques instructions simples claires aux hommes : Remise des sanctions internationales, remise des dettes des pays les plus pauvres, arrêt de tous les conflits, cessez-le-feu mondial et immédiat. Vaste programme ! Je ne sais pas si tous les gouvernants étaient à l’écoute mais j’espère bien que le Saint Esprit l’était et donnera un coup de main. “C’est le plus efficace des trois” disait mon père. Après cette injonction papale bien sentie, arrive la bénédiction “Urbi et Orbi” . “Et boum !” aurait dit mon fils .
Nous n’allions pas rater cela. Le Pape était si petit dans l’immense nef de St Pierre de Rome. Cela donne une idée de la mesure de l’homme en général. Impressionnant. Ensuite, nous avons filé sur la terrasse pour préparer un repas pascal traditionnel mais avant nous avions un apéro virtuel, “Zoom”, avec une dizaine d’autres membres de la famille pour fêter Pâques comme si nous étions comme d’habitude en Sologne. C’était vraiment drôle et sympa . Nous avons trinqué, bu ensemble et chanté aussi quelques hymnes familiaux dont tous nos voisins ont profité.
Nous irons plus aux bois, mais nous irons quand même ce soir applaudir les soignants, du haut de nos balcons. Maintenant il ne fait plus si froid, la nuit s’est dissipée et les jours sont plus longs. Espérons que du chaos sortiront des étoiles. C’est quand même le jour de la résurrection !
“Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
– Cela a un très beau nom, Femme Narsès … Cela s’appelle l’aurore”.
Non, la tête noire n’était pas en or comme certains lecteurs l’ont suggéré, mais bel et bien en bronze.
Après un nettoyage sérieux avec les moyens du bord en cette période difficile….
La statue nettoyée et passée rapidement à la cire, mais encore sans socle
Sherlock, mon partenaire de confinement, a découvert une signature sur l’arrière de la tête et un tout petit cachet sur le bas du cou. Deux chiffres, un nom de ville sont également apparus sous la saleté. La signature illisible dans un premier temps, se révèlera progressivement à nos yeux étonnés. Le nom, nous ne le connaissions pas, et je n’en donnerai que les premières lettres, pour que les amateurs d’enquête puissent faire des recherches comme nous l’avons fait. C’est assez excitant en ces temps où il est bon de se déconfiner la tête Je donnerai quelques indices, tout au long du récit. Nous appellerons, donc l’artiste DoGo. A coté du nom, était inscrit 6/8 et Paris.
La signature du bronze, avant nettoyage
Le cachet du fondeur grossi dix fois, à décrypter!
DoGo est une Lettonne d’origine, à la vie turbulente et passionnante. En 1911, encore adolescente, elle s’installe avec sa famille en Estonie, à Tallinn, où elle fréquente des artistes du mouvement “Jeune Estonie”. C’est là, qu’elle commence sa carrière artistique participant à une exposition de la société estonienne d’art où elle présente deux sculptures de têtes (c’est sa spécialité). Elle participe ensuite à d’autres expos avec des artistes russes piégés par la révolution et la guerre civile. Elle enseigne en parallèle la sculpture à l’Ecole nationale d’art et d’artisanat.
A l’automne 1924, elle vient étudier la musique et les arts à Paris … Elle loge à la maison des étudiants du Boulevard Raspail. Elle fait la connaissance d’Aristide Maillol, que j’adore pour son goût pour les femmes voluptueuses.
DoGo travaille pour le pavillon britannique des arts décoratifs, ce qui lui rapporte assez d’argent pour couler un bronze pour l’expo de la société des Beaux Arts en 1925. Un bronze de la tête d’un philosophe chinois lui vaut des critiques enthousiastes en 1926. “Comme Byron, un matin elle se réveilla célèbre”. Elle voyage et vole de succès en succès. Entre 1929 et 1935, elle réalise plusieurs commandes pour l’hôtel de ville de Singapour. C’est la première commande de sculpture d’art jamais passée par les autorités de Singapour à l’époque, et en plus passée à une femme!
DoGo se fait construire une maison-atelier à Boulogne Billancourt par les frères Perret en 1929, qui est devenue un musée aujourd’hui. DoGo est un personnage, téméraire, elle aime la grande vie et est dotée d’une voix à la Zsa Zsa Gabor. Elle se rend à Singapour où elle arrive après un mois de navigation et loge chez le sultan de Johore. C’est une belle adresse où elle rencontre son premier mari, le Chief Medical Officer de la colonie. Elle prend alors la nationalité anglaise, puis divorce et repart à Londres où elle épousera un aristocrate anglais Richard Hare. Le couple fait construire alors une énorme maison à Kingston, la maison Dorich. DoGo continuera à voyager , en Russie, en Malaisie et à Singapour. Elle travaillera même à Hollywood et visitera les Etats-Unis, tout en y donnant de conférences. Notre talentueuse artiste s’éteint après un carrière bien remplie à l’âge de 96 ans dans la maison Dorich, devenue désormais un musée.
Bon, vous avez trouvé qui est-ce maintenant ? C’est facile ! A vos ordis !
Le premier qui trouve la solution doit l’écrire dans “les commentaires” et gagne une bouteille de Clos Roquine, un petit rosé corse, spécial confinement.
Voilà comment une petite balade innocente dans la rue des brocanteurs chinois nous a permis de découvrir une oeuvre d’art originale, superbe (Tirage 6/8), exposée à la Tate Modern (Tirage 8/8) .