
Mardi 18 Février 2025,
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Permettez-moi de glisser entre les histoires de mes grands-pères, une information consternante qui vient de tomber sur nos écrans épuisés de mauvaise nouvelles!
La voix des Afghanes vient d’être étouffée à nouveau dramatiquement. Les talibans ont supprimé la diffusion de “Radio Begum » une radio réalisée par les femmes et pour les femmes. Pour les Afghanes, c’est une fois de plus une véritable descente aux enfers.

“Radio Begum”, qui veut dire “Radio Princesses”, a été créée par une journaliste, Hamida Aman. Elle diffusait des programmes éducatifs pour aider les jeunes filles et les femmes afghanes à continuer à étudier chez elles. Elle proposait également des sujets sur la santé, et des sessions psychologiques pour soutenir le moral des nombreuses auditrices, privées d’éducation depuis le retour des talibans. Dernièrement, la répression par les « agents du vice » avait forcé la station à fonctionner depuis l’extérieur de l’Afghanistan, y compris à partir de France. Les derniers employés qui assuraient un relais sur place, notamment technique, ont été suspendus et emprisonnés la semaine dernière.
N’oublions pas que l’Afghanistan est le dernier pays au monde où l’éducation est refusée aux femmes! Cette politique arriérée lui a valu de perdre les aides humanitaires auxquelles il pouvait prétendre. C’est d’autant plus grave pour ce pays profondément ravagé par la succession de cinq guerres sur les cinquante dernières années.
Les jeunes filles à partir de douze ans n’ont plus l’autorisation d’aller à l’école ni à l’université et sont cloîtrées dans leurs maisons! Les entreprises de construction ont même été priées de diminuer la taille des fenêtres, pour qu’on ne puisse pas apercevoir les femmes chez elles à partir de la rue! Retour aux harems!
Cette obstination à réduire et occulter la place des femmes est difficile à imaginer à notre époque. Radio Begum tentait de remédier à ce scandale en proposant des cours à de petites classes, auto-organisées secrètement dans les villages.

Un réseau d’écoles publiques pour les garçons avait été progressivement développé depuis plus d’un siècle. Le célèbre lycée français de Kaboul a été créé en 1922 par l’Emir Amandola. C’est là que des générations d’afghans, de l’ancien roi Zaher Shah au général Massoud, à Attik Rahimi, prix Goncourt, ont fait leurs études !
Pour les filles, il n’y avait pas d’écoles publiques et le développement de la scolarité des filles a suivi un parcours atypique. C’est encore l’émir Amandola, assez moderniste qui, sous l’influence de sa femme Soraya, a ouvert une école de filles en 1921 dans une maison privée appelée « Mastourat », ce qui veut dire « Cachée »! En 1926, elle accueille 300 élèves, et en 1928, on trouve sept écoles de filles à Kaboul en plus de Mastourat , mais toutes de statut privé.
Le souverain abdique en 1929. Son successeur le roi Nader ouvre une école d’infirmières dans l’enceinte du palais. En 1942, une école de filles est ouverte dans un nouveau bâtiment du lycée Français. Elle s’appelle “Malalai”, une héroïne Pachtoune de la résistance.
Sur cette photo des années 60 on voit que les jeunes filles n’étaient pas voilées et pouvaient étudier au lycée.


Depuis les années 70, les guerres successives ont fait régresser le pays en profondeur , et la situation des femmes empire de nouveau avec le retour au pouvoir des talibans.
A l’heure actuelle, les jeunes filles et les femmes n’ont plus accès à l’éducation. Elles ne peuvent plus sortir dans la rue sans être accompagnée d’un « marham », un gardien, et doivent respecter un code vestimentaire rigoureux. Elles ne peuvent plus aller dans les parcs, ni aux bains publics, ni évidemment dans les cafés ou les salons de beauté qui ont été fermés, ni même passer leur permis de conduire! Elles doivent être complètement voilées. Plus de liberté d’expression, de droit de réunion ou de participation à la vie publique! En cas de protestation, elles sont fréquemment battues, torturées ou emprisonnées !

Le vice-ministre des affaires étrangères des Talibans avait quand même osé dire que « Priver les femmes d’éducation ne lui semblait pas conforme à la charia », mais il a du s’enfuir pour éviter d’être jeté en prison.
Si vous voulez en savoir plus sur ces courageuses « princesses » de Radio Begum, parcourez le site https://begum.ngo/ . Sa présidente Hamida Aman y affirme: “Les militantes afghanes sont extrêmement seules! ».

Vous pouvez également leur faire un don dé-fiscalisé:
https://www.helloasso.com/associations/bow-radio-begum/formulaires/1