
Vendredi 18 Octobre 2024,
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C’est une toute petite île des Cyclades d’une couleur minérale et entourée d’une mer intensément bleue. Son exceptionnelle chora (terme qui désigne la capitale de l’ile), forme un étonnant maillage de maisons blanches, qui s’accroche le long de la montagne.

Sa population n’est plus que de 1400 habitants. Pourtant, son destin discret sort du commun ! Tout a commencé , comme il se doit, par la mythologie!
Il y a bien longtemps, un oracle avait prédit au roi d’Argos, Acrisios, qu’il serait tué par son petit-fils. Du coup, celui-ci enferma prudemment sa fille Danaé dans une tour d’airain pour la protéger des avances d’un séducteur trop pressant. Mais ce dernier s’avéra, une fois de plus, être Zeus lui-même, qui se métamorphosa sous forme de pluie d’or pour parvenir à ses fins, que l’on imagine facilement! Cela ne s’invente pas!
De cette union étonnante, naquit un fils, Persée. Comme quoi, il faut se méfier des pluies d’or entreprenantes! Le roi en fut si contrarié qu’il jeta la mère et son bébé à la mer, dans un coffre fermé. Mais, porté par les flots, celui-ci atteignit une plage de Sérifos. Les naufragés trouvèrent alors refuge chez un pêcheur nommé Dictys, qui éleva Persée comme un fils.
Mais Polydecte, le roi de l’île, tomba amoureux de la belle Danaé. Pour se débarrasser de Persée, son encombrant rejeton devenu un homme avec le temps, il l’envoya tuer la Gorgone Méduse, ce qui était un impossible challenge. En effet la Méduse avait un regard terrible qui pétrifiait quiconque la regardait ! Sous l’égide des dieux, Persée lui montra finement un miroir à son effigie pour la “méduser” à son tour, et, grâce à cette ruse, lui trancha ainsi la tête .

Du sang de la Méduse, naitront le célèbre cheval ailé, Pégase, et le géant Chrysaor. Ensuite, Persée continua des exploits si nombreux qu’ils feront l’objet d’un autre blog, mais la prédiction de l’oracle se révéla juste.
L’endroit était connu dans l’antiquité pour abriter des Cyclopes qui résidaient dans de gigantesques cavernes et élevaient des moutons. On y retrouve d’ailleurs aujourd’hui des murs cyclopéens, comme à Tirynthe et à Mycènes. Les cyclopes attrapèrent les matelots d’Ulysse qui leur volaient des moutons pour se nourrir, et les enfermèrent. C’est alors qu’Ulysse rencontra Polyphème, le cyclope à l’oeil unique, auquel il dit s’appeler “personne”!

Mais au delà des mythes, l’île vécut bien des aventures!
Dés la période cycladique, elle est connue pour être très riche en gisements de cuivre et de fer ! On l’appelle même Metallia. Au VI siècle avant JC, Sérifos frappe déjà sa propre monnaie. Des pièces représentant Persée, Méduse et une énigmatique grenouille, ont été retrouvées et témoignent de sa prospérité.

Le médecin philosophe Claudius Galien dit le Sophiste, disséque d’ailleurs de nombreuses grenouilles pour développer son traité fondateur sur la circulation sanguine qu’il publie en 130 après JC! Il y fait référence à la multitude de grenouilles muettes qui habitent sur l’ile. Est-ce une allusion au mythe de la “grenouille de Sérifos” que les philosophes antiques utilisent pour désigner les faiblesses de certains en rhétorique?
Pendant les guerres médiques, l’île rebelle refuse de se soumettre à Xerxès et se range du coté des grecs de l’ouest ! Elle devient romaine en 146 av.JC et les empereurs romains l’utilisent alors comme lieu d’exil pour des criminels d’état, affectés aux mines de fer. Après la christianisation de l’empire Romain d’Orient, pendant la 4ème croisade (1204), c’est Venise qui s’empare de l’ile et continue l’extraction de minerai de fer, suivie par la suite par les Ottomans.
A l’issue de la guerre d’indépendance , l’île de Sérifos rejoint le royaume de Grèce. L’exploitation des mines est concédée à une entreprise minière avec des investisseurs français. Un réseau extensif de rails et de wagonnets est installé et relié à un quai de chargement dans la baie de Megalo Livadi.

Un superbe bâtiment néo-classique est construit pour la direction de la mine.

Mais les conditions de travail sont épouvantables, avec des journées de plus de 16 heures. L’étayage des galeries est très insuffisant, ce qui entraine de nombreux éboulements mortels.

Pendant la première guerre mondiale, le site est le théâtre d’un conflit retentissant. En 1916, la compagnie refuse de ré-embaucher des mineurs démobilisés. Quatre cents mineurs se mettent en gréve. Les directeurs de la mine font venir la maréchaussée de l’île de Kéa et refusent toutes concessions. Les gendarmes tirent sur les mineurs, la population riposte et attaque ceux-ci à coups de fusil et de pierres. Il y a des morts des deux cotés, et le gouvernement grec doit intervenir. Cette révolte permet finalement d’instaurer une journée de travail de huit heures et l’embauche reprend dans de meilleures conditions. A cette époque, plus de 4000 personnes habitent alors l’île.

Les ressources de minerai commencent à s’épuiser dans les années 50, et l’exploitation s’arrête dans les années 60.

De nombreuses galeries encore accessibles truffent les collines alentour et l’on peut entrevoir plusieurs cavernes à moitié effondrées . Il est prudent de ne pas s’y aventurer sans guide.

Deux touristes françaises ont disparu au mois de juin dernier. Elles étaient parties faire une randonnée. Aucune trace qui pourrait expliquer leur disparition n’a pu être retrouvée, malgré de nombreuses recherches. Auraient-elle pu tomber dans la caverne des cyclopes, rejoignant ainsi les mythes et l’histoire?





