Lundi 27 Février 2023,

Il existe, en ce monde étonnant, un étrange fossile qu’en Amérique du nord, les anglo-saxons appellent le “Horseshoe crab”. Cet animal est tout à fait extraordinaire! Pouvez-vous imaginer qu’il s’agit là d’un rare descendant direct des dinosaures! Il ressemble, à mon avis, plus à une sorte de casque à pointe posé sur le sable qu’à un “fer à cheval” comme son nom l’indique. Je me souviens de ma stupeur quand j’ai découvert les premiers sur une plage de Montauk, à Long Island près de New York!
Dans la réalité, l’animal est étrangement cuirassé et semble tout droit sorti de la préhistoire. Il est doté d’un éperon rigide qui lui permet de se retourner en cas de mauvaise chute. Il a six pattes locomotrices plus une en forme de pinces pour broyer ses proies. On lui donne parfois le nom du cyclope Polyphème, car il possède en toute simplicité neuf yeux, dont l’un est unique. Son aspect reste peu appétissant, et il ne se mange pas, sauf en Asie.

Mais ses oeufs très gras régalent les oiseaux comme les bécasseaux maubèches, qui font un arrêt pique-nique au printemps dans la baie du Delaware à coté de Washington. C’est une étape indispensable à leur long voyage débuté en terre de feu dans le grand Sud lors de l’été austral, pour se terminer dans le grand nord arctique où a lieu leur fécondation.

Ce drôle d’animal porte le nom de limule en français. Il servait autrefois d’appât aux pêcheurs pour attirer les bulots et les anguilles.

Mais il s’ est révélé dans les années 70 être un produit rare! En effet les scientifiques ont découvert qu’il possédait une qualité très précieuse pour l’homme. A la place de l’hémoglobine, son sang d’un joli bleu est doté d’hémocyanine qui réagit rapidement et coagule en présence de quantités infimes de contamination.
A partir de ce constat, les chercheurs ont réussi à créer un test pour trouver des traces de contamination bactérienne dans tout ce qui doit être injecté ou placé à l’intérieur du corps humain. Cette caractéristique primordiale a donc des applications innombrables dans le domaine médical, de l’injection des vaccins aux stents coronaires et aux prothèses de hanches.

Au départ, cette source de réactif semblait quasiment illimitée, car le recensement des limules montrait une grande abondance de l’espèce et les spécialistes de la conservation ne semblaient pas inquiets. Mais peu à peu, les données ont changé. Leur retirer “seulement 30 %” de leur sang, avant de les remettre à l’eau pour les “préserver”, leur est en vérité souvent fatal et les femelles ont de plus en plus de mal à reproduire. Les interdictions ponctuelles d’utilisation des limules par les pêcheurs en Amérique du Nord sont peu respectées. En Asie, les limules ont continué à être mangées après avoir été vidées de leur précieux sang bleu. Elles ont pratiquement disparu des côtes chinoises et vietnamiennes.
La demande de sang de limule continue à augmenter rapidement pour ses applications médicales, avec un pic atteint pour la production des vaccins contre le Covid. Le prix de cet élixir est passé à 14.000 euros le litre ! De quoi susciter bien des convoitises, et les prélèvements de limules continuent donc à progresser! Comme le panda, la limule est désormais répertoriée comme une espèce vulnérable, car 60% de sa population a disparu.

L’effet est par ailleurs dévastateur dans l’écosystème. Les fameux bécasseaux maubèches, qui ont besoin de leurs oeufs pour se nourrir, voient leur nombre régresser régulièrement et sont également en danger d’extinction.
Actuellement, il existe des test synthétiques, qui pourraient sauver les limules de la disparition, si seulement ils étaient autorisés par la législation des pays concernés. Ces tests ont commencé à être autorisés en Europe en 2016. Bio Mérieux a racheté une start-up allemande ce qui lui a permis de mettre sur le marché un substitut de synthèse en 2018. Mais la généralisation aux USA est actuellement bloquée par un comité d’experts qui vient d’être dissous parce qu’influencé par de trop nombreux conflits d’interêt !
Les lobbies ont la main lourde! Ni les Etats-Unis ni les pays d’Asie n’ont encore trouvé de solutions pour sauver les limules … au sang qui vaut de l’or ! Si les tests synthétiques ne sont pas généralisés dans les années qui viennent, les experts craignent une disparition pratiquement irrémédiable des limules… et des bécasseaux maubèches!
Cette histoire des limules est intéressante dans la mesure où elle est un cas d’école de l’importance de la biodiversité,… et des difficultés à la préserver, entre défenseurs des traditions, lobby industriels et interêts financiers. Dans ce cas précis, pour protéger le monde animal et humain, les industries pharmaceutiques ont besoin d’une source illimitée d’un produit qui ne dépende pas de la nature!











