
Samedi 25 Mai 2024,
Certains d’entre vous doivent se souvenir de cette histoire que je vous ai racontée en détail. En débarquant à Los Angeles où j’habitais il y a déjà quelques années, j’ai pris un taxi dont le chauffeur était afghan. Non seulement il parlait couramment français, mais encore avait fait des études de droit à Assas. Il m’avait expliqué qu’il surveillait les vols d’Air France pour avoir l’occasion de parler le français.
A la suite de cette rencontre insolite, j’ai inventé une belle et longue romance qui a passionné mes lecteurs romantiques. Le chauffeur de taxi était en fait un réalisateur de cinéma incognito, qui avait du quitter son pays répressif, et qui cherchait un scénario, comme cela est courant à Hollywood. Un événement récent m’a rappelé cette nouvelle, qui en avait fait rêver plus d’un: https://blogcafe.video.blog/2020/12/06/le-temps-des-jacarandas/

Cette année au Festival de Cannes, les marches ont vu monter Mohammad Rasoulof, un réalisateur iranien talentueux. Il vient de fuir son pays après y avoir été condamné à huit ans de prison. Côté régime politique et répression, l’Iran fait concurrence avec l’Afghanistan! Il a du marcher pendant une trentaine de jours dans des conditions dangereuses et éprouvantes, dans un secret absolu, pour arriver à Cannes hier. Il ne pourra pas rentrer dans son pays.
Son film précédent “le Diable n’existe pas” avait déjà gagné l’Ours d’Or au festival de Berlin en 2020. Il a présenté hier à Cannes son dernier film : “Les Graines du figuier sauvage”. Malgré les difficultés, il était au rendez-vous du monde, seul, au milieu de la foule du palais des festivals:
“Je ne voulais pas retourner en prison. J’y suis allé. J’ai été à l’isolement pendant quarante jours dans une pièce grande comme ce canapé. Puis dans des cellules à peine plus grandes. Pas de tortures physiques – ils évitent avec les gens qui ont accès aux médias- mais d’autres trucs comme de pas laisser aller aux toilettes pendant des heures , qui fait que vous n’osez, plus boire, plus manger. On coupe les doigts des voleurs, comme le préconise l’islam…. et on les regreffe ensuite…”
“Les graines du figuier sauvage” raconte l’histoire d’un juge d’instruction, face au poids de ses décisions, à l’heure d’une révolte populaire.
“Comment cet Etat peut il exercer une répression tellement féroce et systématique, sur des personnes qui ne font rien d’autre que participer à l’élaboration d’une œuvre d’art? On est en train d’empêcher les gens de vivre parce qu’ils racontent des histoires”…
Son film est en lice pour la Palme d’Or. Souhaitons que le jury du festival donne une nouvelle résonance à cette aspiration fondamentale “Femme, Vie, Liberté”.












