Le sentier des douaniers

Vue plongeante du sentier des douaniers

Lundi 3 Août 2020,

Il reste des coins de paradis sur terre pour oublier les guerres. J’en connais un depuis longtemps puisque j’y ai appris à faire mes premiers pas, contre vents et marées. C’est sur la côte du Finistère, à la fin de la terre comme son nom l’indique, entre Plestin-les-Grèves et St Jean-du-doigt. Des noms comme cela, cela ne s’invente pas. C’est un village immuable, resserré autour d’une solide église en granit, et d’un petit port charmant. Le grand hôtel des Bains, fidèle au poste depuis les années 20, semble toujours sorti d’un film . Il regrette les rires canailles de mes enfants à l’heure du dîner et les rêves d’ado de Sophie Marceau !

Devant l’église St Jacques, il y a comme il se doit, un jardin de curé, qui fleure si bon que les abeilles du pays s’y retrouvent en bourdonnant pour les processions. Selon la légende, un jour ou peut-être une nuit, les marins virent une barque étrange de la forme d’un pétrin et qui avançait entourée d’un halo lumineux. Elle arriva sur la rive sans voiles, et sans homme d’équipage. Ils s’approchèrent et virent alors un homme couché au fond du bateau en habit de pèlerin. “Ceux qui avaient voyagé” reconnurent aussitôt Saint Jacques, dit la légende! Le pèlerin devait avoir sa photo sur Facebook.

“Cela tombe bien, dirent les marins, traitons-le avec respect, il vient dans notre paroisse pour y faire des miracles et notre saint à nous, Kirek, devient très vieux”. Même les saints bretons vieillissent et deviennent moins performants! L’église changea donc de patron. Je ne sais pas si Kirek eut droit à quelques indemnités. St Jacques, lui, avait le sens du marketing, outre son arrivée spectaculaire, il s’est débrouillé pour que l’église devienne un point de départ pour Compostelle, avec une borne en pierre officielle qui décrit le matériel nécessaire ( un bâton de pèlerin et une coquille St Jacques) et la distance (1927 km).

Ici, les crevettes que je pêche avec mon petit Ulysse, sont roses, et les homards sont bleus. A l’arrivée dans le village , on peut lire l’annonce de recrutement la plus sympathique qui soit : ” J’ai besoin de toi pour pêcher ce homard bleu de Bretagne”. Je vous envoie l’annonce pour ceux que cela intéresse !

Après le port, l’hôtel des Bains et l’église, on emprunte le délicieux chemin de la pointe, bordé de haies de chèvrefeuilles et cher aux amoureux, qui serpente entre mer et rochers, . C’est la partie villageoise du sentier des douaniers, qui après la plage de Poz Biliec , s’attaque à la montée de la pointe du Corbeau et continue vers les Sables Blancs.

Ensuite, c’est la partie que je préfère, le chemin devient sentier. Il retrouve avec allégresse sa nature sauvage et devient indocile, il grimpe brusquement sur les rochers, se transforme en promontoire, puis dévale les pentes entre les bruyères mauves et les boutons d’or, dérape sur la mousse, dévoile au marcheur à chaque pas un nouveau paysage inédit, encadré de liserons sauvages, de fougères ou de roches roses qui dévalent vers une mer turquoise.

Mis en place au XVIII ème siècle, le sentier devait permettre aux douaniers de cheminer tout le long du littoral pour repérer les trafiquants de sel, alors taxé par la gabelle, et les pilleurs d’épave. C’est pourquoi on appela les douaniers des gabelous.

Heureux donc les gabelous qui devaient suivre le sentier pour repérer les contrebandiers ! Leur cadre de travail était inoubliable !

Le village Impérial

Le château de la Ferté Beauharnais

Mercredi 8 Juillet 2020,

Je reviens de mon tout petit village familial, niché au coeur de la Sologne, entre étangs et bruyères, que je préfère, comme du Bellay, au mont Palatin et qui s’appelle la Ferté Beauharnais. Il ne s’est pas toujours appelé comme cela. C’est le marquis François de Beauharnais qui, d’un coup de marquisat, lui donna ses lettres de noblesse et fit de la roturière Ferté Avrain, la noble Ferté Beauharnais. Ensuite, son fils Alexandre de Beauharnais, y fit venir sa charmante épouse, Joséphine qui lui donna deux enfants : Eugène et Hortense, future mère de Napoléon III.

Alexandre était très cavaleur et Joséphine très malheureuse, ils se séparèrent donc à l’amiable. Alexandre, après de nombreuses conquêtes, séduisit même Delphine de Custine au sein de la prison où il était enfermé, juste avant d’être guillotiné en 1794.

Joséphine passa entre les gouttes de la Terreur. Elle séduisit quelques hommes illustres dont le jeune général Hoche avant qu’il ne devienne une avenue, et se remaria en 1796 avec un certain Napoléon Bonaparte, fou amoureux d’elle. Elle devint ainsi Impératrice des Français. Le destin passe par d’étranges chemins.

Son fils, le bel Eugène, était très aimé au pays et réalisa tant d’innovations à la Ferté-Beauharnais, qu’il fût nommé vice-Roi d’Italie par Napoléon 1er, et que beaucoup d’enfants du coin portaient traditionnellement son prénom.

C’est ainsi que la petite histoire de ma famille rejoint la grande. Mon arrière-grand-père s’appelait Eugène ! Il était né à Neung-sur-Beuvron, à quatre kilomètres de la Ferté-Beauharnais. Ebéniste, il fit son Tour de France comme compagnon et s’installa ensuite Faubourg St Antoine, avec son épouse et ses deux filles, ma grand-mère et ma grand-tante, toutes les deux institutrices, que j’ai bien connues.

Il y a vingt ans, ma soeur Madeleine, généalogiste passionnée et férue d’histoire, créa l’association “Autour des Beauharnais” afin d’animer des recherches historiques et d’informer les 400 habitants de l’époque sur le passé prestigieux de notre petit village. Le diner historique annuel au château, réservé finement à ceux qui avaient payé leur cotisation , fut l’une des clés du succès de cette dynamique association.

Vendredi dernier, j’assistais donc à l’assemblée générale d'”Autour des Beauharnais”, qui non seulement fête ses vingt ans mais doit résoudre d’épineux problèmes ! Grâce à un lobbying actif, une grande statue en bronze d’Eugène de Beauharnais, qui trône actuellement au Camp des Loges, est offerte officiellement à la commune. Mais le transport en est fort cher et la mairie est en quête de subventions pour financer ce dernier (35 000 euros), même si on retire le piédestal. Ensuite, il faut choisir son emplacement. Tout le monde n’est pas d’accord. Faut-il un référendum ? On devrait d’abord faire une conférence sur Eugène de Beauharnais à l’ensemble des habitants. “Maintenant , nous sommes 601”, précise le maire fraichement réélu. Les adhérents de l’association, eux, connaissent par coeur la vie d’Eugène qui était très bel homme et traversait le village sur un magnifique destrier.

Deuxième problème à résoudre, grâce à l’action dynamique des membres de l’association, la Ferté-Beauharnais vient de recevoir le titre unique de village impérial. C’est le seul village impérial du monde ! Existent seulement des villes impériales, qui doivent avoir un nombre minimum d’habitants. Il a fallu passer bien des barrières pour convaincre que notre village méritait ce titre bien que n’ayant pas le nombre d’habitants requis. Tout le monde s’en réjouit et se congratule. Pour le tourisme, tout cela est excellent. Mais il faut aussi trouver de l’argent pour s’offrir les pancartes signalant cet honneur. Les grandes villes impériales n’ont pas de mal, mais notre petit village si. Le maire a contacté la Fondation du Patrimoine, restée sans réponse à cause du covid. On cherche des idées . La nouvelle présidente propose de mettre aux enchères, à l’émission télévisée ” Affaire conclue”, des objets historiques précieux qu’elle possède, pour faire parler du premier village impérial…. On va recommencer l’opération “L’Opéra hors des murs” dans le parc du château fin août, et pourquoi pas ouvrir une souscription, aménager une boutique d’antiquités impériales, créer un parfum exclusif …. Les idées fusent. Si vous en avez , n’hésitez pas.

Vous voyez qu’on est bien occupé dans les petits villages solognots !