“Joyeux tournant”

Jeudi 30 Décembre 2021

Chers lecteurs,

Je vous remercie de votre fidélité intacte et j’espère profondément que l’année 2022 sera meilleure que la précédente. Prenez soin de vous et continuez à cultiver votre esprit curieux!

Avez-vous suivi l’aventure d’un couple d’américains de Manhattan qui s’est aperçu par hasard qu’il prenait chaque jour le café sur un trésor inestimable ?

En attendant d’en savoir plus sur cette énigme, profitez des fêtes de fin d’année avec légèreté mais prudence, car les amis sont précieux et la vie est courte!

“Joyeux tournant” aurait dit ma soeur Françoise!

Marie-Do

Mon ami Pierre

Vendredi 10 Décembre 2021,

Samedi dernier, mon ami Pierre m’a envoyé sur ce blog un commentaire charmant, spirituel et réfléchi, comme de coutume.

Je l’avais rencontré à l’aube de notre vie, en faisant du théâtre avec un groupe de jeunes gens qui faisaient semblant d’être sérieux. Cette pièce, “Ecce Homo”, d’après le texte d’Henri Michaud, reflétait pour partie nos imaginations débordantes. Ce fut un grand succès, rejoué par la suite en Avignon. Pierre y jouait deux rôles: un boxeur évoquant le destin tragique de Davy Moore illustré par la chanson de Graeme Allwright, et un balayeur des ambitions de vie déchirées.

Plus tard, je revoyais Pierre à l’occasion de rencontres d’anciens où se rendait mon mari. Pierre avait la réputation d’être toujours jeune et très sportif. C’est là, avec un groupe d’anciens du théâtre, que nous avons décidé de nous réunir avec notre ancien professeur, toujours acteur. A cette occasion, nous avons aussi évoqué la voile avec Pierre.

Depuis ce jour heureux, nous naviguions ensemble régulièrement et nous avons écumé les Sporades que j’évoque dans mes derniers blogs. Nous avons également accompli un tour magnifique du Péloponnèse, après un arrêt technique mémorable à Lefkas. Nous y avons inspecté les ruines d’Olympie, pêché dans le golfe de Navarin, admiré la forteresse normande de Méthoni, escaladé les falaises impressionnantes de Géroliménas, découvert le Magne sauvage, dévoré des poissons grillés attablés les pieds dans l’eau, et déambulé entre chapelles et églises, sous un ciel toujours bleu.

Mais nous n’irons pas visiter le Mucem avec Pierre, ni le retrouver un jour sur son propre bateau en Norvège comme il en rêvait, ni revenir sur Cipango pour de nouvelles aventures.

Mon ami Pierre est mort le lendemain de son message. Son coeur, pourtant si grand, s’est arrêté de battre brusquement sur les pistes de ski qu’il aimait.

C’était un homme chaleureux qui alliait une grande gentillesse , un réel souci des autres, et une intelligence exceptionnelle, qu’il partageait avec modestie. C’était un passeur de science, capable d’expliquer en termes simples les concepts les plus abscons.

Un vrai humaniste nous a quittés. Il nous manque déjà!

Les iles secrètes

Vendredi 3 Décembre 2021,

Nous naviguons maintenant vers des rivages plus sauvages qui baignent un gigantesque parc marin. C’est la plus grande zone marine protégée d’Europe. Des troupes de dauphins farceurs nous accueillent en sautant pour jouer avec le bateau. De nombreuses iles désertes se détachent sur cette mer immense et calme. Certaines sont complètement interdites d’accès, pour préserver une nature intacte.

Malgré sa tranquillité apparente, Alonissos, l’ile principale, est, depuis le paléolithique, la plus ancienne des îles de la mer Egée, Si son nom s’écrivait avec deux L, comme Allonissos, cela signifierait “l’autre ile”, comme l’imaginait l’écrivain Jacques Lacarrière dans “L’été grec”: “L’ile réelle ne serait-elle que le double de l’ile véritable, invisible à nos yeux , ou l’ultime vestige de l’ile disparue?”. Plus prosaïquement, Alonissos veut dire “l’ile du sel”. Elle est la seule qui soit habitée parmi la vingtaine d’autres qui parsèment la réserve naturelle.

Le port s’appelle Patatiri , soit le “Pressoir”, car la terre ici est riche de vignes et d’oliviers, auxquels s’ajoutent des pins à la résine appréciée. La ville haute a été détruite par un tremblement de terre ravageur en 1965 , et le port s’est étoffé plus loin. Sous chaque murier est installé un café, comme c’est souvent la coutume.

“Est-ce l’arbre qu’on élit, ou le café, lorsqu’on va s’asseoir le jour sous son ombre, ou la nuit sous la lampe qu’entoure la nuée des papillons nocturnes ? Les hommes restent là des heures à tourner et retourner ce combologue, chapelet d’ambre dont on ne sait s’il est le signe de quelque aristocratie des loisirs ou celui d’une secrète détresse qu’on devine à cette façon de dialoguer en silence avec ses propres doigts ! * “

Nous avons suivi en vain les traces des phoques moines, le long des nombreuses grottes le long du rivage. Cet habitat favorable les a préservé, et ce sont les derniers de Méditerranée. Mais nous avons appris que celui que nous avions croisé sur une plage il y a deux ans, avait été tué en juillet d’un coup de harpon. Il n’y a pas de limites à la bêtise humaine !

Le phoque moine que nous avions croisé il y a deux ans

Nous voguons ensuite vers des ilots inhabités. Nous allons d’abord faire un tour à Peristera, l’ile de la Colombe, qui offre aux voiliers une baie complètement abritée, véritable havre de paix protégé des vents et couvert d’arbousiers où nous sommes seuls au monde.

Le lendemain, nous y croisons un habitant du petit village de Steni Vala , venu en ramant avec sa barque. C’est un jeune homme sympathique, beau comme un éphèbe grec, qui vient se ressourcer régulièrement ici où il est né. Il travaille dans l’informatique à Athènes, un endroit qui nous semble très lointain de cette ile isolée. Il nous conseille d’aller voir l’épave d’un cargo au destin mystérieux.

Plus tard, nous gagnons l’ile déserte de Kyra Panagia pour rejoindre la baie d’Agios Petros où vit une faune très riche. Beaucoup d’oiseaux, en particulier des rapaces, et bien sûr de nombreuses chèvres sauvages, y vivent tranquillement . Puis, comme le temps s’y prête, nous allons jusqu’a la crique du Monastère où un ermitage perché sur la montagne est en train d’être restauré au milieu de chèvres affairées. En Grèce, c’est l’église, fort riche, qui entretient les églises et les monastères, du coup très bien entretenus. Par ailleurs, les popes, qui peuvent se marier, sont rémunérés par l’état et ont l’air de fort bien vivre, très intégrés dans la population.

Une autre grande baie sauvage, Planitis, jouxte le nord de l’ile . Elle est magnifique, mais une barre s’y forme quand le meltem est fort. L’entrée est alors dangereuse et la sortie impossible tant que souffle le vent … Nous n’irons pas cette fois ci!

Nous passons une soirée délicieuse dans notre baie protégée, en pensant à la mer agitée qui nous attend le lendemain, pour notre longue traversée vers la Chalcidique…

* L’été grec, Jacques Lacarrière.