
Mercredi 1 Avril 2026
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C’est près de notre maison de famille de la Villardelle, perdue dans la forêt, que se sont déroulés de nombreux combats cruciaux pendant les deux dernières guerres mondiales..
Nous retrouvons toujours avec émotion les traces de ces terribles souvenirs : des tranchées encore apparentes, de vieux casques, des restes de fusils, et même parfois des obus non éclatés qui nécessitent l’intervention de spécialistes pour les éliminer! Les murs de la maison eux-même portent encore des cicatrices de ces tristes évènements, visibles malgré la vigne vierge que mon grand père avait fait pousser pour dissimuler ces dommages de guerre.
Quand j’étais enfant, j’ai même participé à des fêtes de la jeunesse étonnantes à Dormans, la petite ville voisine. Elles étaient intitulées curieusement “Camp de réconciliation par dessus les tombes”! Elles étaient destinées à inciter les jeunes français à rencontrer des allemands du même âge et plus, si affinités. Mais l’appellation de cette festivité m’avait toujours semblé maladroite!
Est-ce parce que ces bois ont une histoire singulière que des événements mystérieux semblent s’y produire encore?
Toujours est-il qu’une drôle d’anecdote se produisit par un bel été ensoleillé. Mon beau-frère cherchait quelque chose à cuisiner dans le gros congélateur , peut-être un sac de cèpes congelés préparé par un ramasseur soigneux!

Ce bien commun à toute la famille révélaient souvent de savoureuses surprises, soigneusement emballées et étiquettées! Il l’inspecta donc de fond en comble, pour y voir clair et trouva finalement un paquet volumineux d’origine indéterminée. Cela n’était en tout cas pas un sac de champignons, mais ressemblait plutôt à un gros morceau de viande sanguinolent. Après une recherche approfondie, il trouva une étiquette décollée au fond du frigo, qu’il eut du mal à déchiffrer : il y était écrit une surprenante indication :
“Allemande”
Nous avons alors tous commencé une grande enquête pour comprendre l’origine de cette “Allemande” qui semblait séjourner dans notre congélateur ! C’était vraiment terrifiant ! Qui avait donc pu congeler les restes d’une allemande?
Nous nous sommes renseignés discrètement auprès du voisinage…. Mais l’affaire n’était pas facile sans éveiller l’attention. Après une enquête délicate, nous avons appris qu’un chasseur des environs, dont l’identité n’était pas connue, avait dépecé quelque chose sur la route départementale qui traverse la propriété. Un accident de voiture s’était soi-disant produit et le chauffeur du véhicule, selon ses affirmations, avait demandé de l’aide pour se débarrasser de ce colis encombrant. Pas vraiment clair comme explication!
Notre équipe de fins limiers apprit l’existence d’une réglementation inconnue de nous autres, non chasseurs. Et de fil en aiguille, nous avons trouvé le secret de l'”Allemande”.
Il s’agissait en fait d’une touriste allemande qui visitait les nombreux cimetières allemands et américains de la région. Sa voiture avait été heurtée par un sanglier qui traversait la route près de notre maison. Des chasseurs qui passaient à ce moment, sans doute un peu galants, s’arrêterent pour aider notre malheureuse accidentée. Mais que faire du sanglier mort au bord de la route? Astucieux, nos chasseurs qui connaissaient la Villardelle à côté, lui ont proposé de découper la bête et de nous l’offrir, ce qui leur évitait de se mettre en infraction!
En effet, le principe général du droit de la chasse dit qu’on ne peut pas s’approprier librement un animal sauvage mort. Plus précisément, le gibier est une “res nullius” (bien sans propriétaire) tant qu’il est vivant. Mais dès qu’il est mort, son statut change en fonction des circonstances de sa mort. La conclusion est que vous ne pouvez pas ramasser ou transporter un animal sauvage mort comme bon vous semble, même s’il a été tué accidentellement. Il faut signaler l’accident aux autorités et obtenir une autorisation avant de récupérer l’animal.
Effectivement, on ne sait toujours pas qui exactement a reçu ce charmant présent et l’a intitulé “Allemande”, pour finalement le conserver en tapinois dans le grand congélateur de notre cave familiale. Néanmoins, sachant qu’il doit y avoir prescription, je peux vous avouer maintenant que nous avons savouré en famille la bête interdite.
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Important : J’écris moins de blogs car je prépare un autre récit plus long et cela prend du temps. En effet, de nombreux lecteurs m’ont dit avoir adoré mon aventure, hélas fictive, avec le chauffeur de taxi à Los Angeles ! Je me suis donc lancée dans un récit également captivant, mais le chemin est long. A suivre!
































