
Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’éternité…
C’est la mer allée
Avec le soleil…
Arthur Rimbaud
Samedi 26 Septembre 2020,
Cet été, sous le soleil grec, “ivres d’un rêve héroïque et brutal”, nous avons vécu avec nos équipages, entre les gouttes des malheurs terriens, des moments indicibles d’éternité.
Nous avons glissé à une allure folle sur une mer bleu foncé, et navigué là où la brise nous a portés, vers d’improbables rivages. Nous avons franchi des vagues furieuses et dompté des vents puissants comme des étalons fous. Nous avons bronzé sous des soleils de minuit, et traversé sans peur des nuits sans lune. Nous avons compté les étoiles et chanté les satellites argentés. Nous avons croisé d’énormes troupeaux de méduses chevelues qui broutaient la mer violette, nous avons frissonné sous les caresses des poulpes aux neuf cerveaux, et surpris des tortues taciturnes, qui sortaient une tête fatiguée hors de l’eau.
Nous avons croisé de gigantesques cargos aux destinations inconnues, et joué en riant avec de joyeux dauphins lustrés qui chevauchaient l’écume pour nous saluer. Nous avons nagé avec des poissons dorés dans l’eau turquoise et repéré des coquillages nacrés géants sous les rochers. Nous avons dévorés des oursins frais, grillé des maquereaux juste pêchés et bu du vin des îles où séjournent parfois les dieux de l’Olympe. Nous avons rencontré des chèvres noires qui grimpaient comme des chamois les falaises escarpées, pour trouver l’ombre sous les frontons de marbre des temples sacrés.
Nous avons vu des centaines d’adorables petites églises blanches qui enchantent les paysages et donnent envie de prier. Nous avons marché avec les ânes dans des rues étroites et blanches envahies de bougainvilliers cramoisis, et savouré jusqu’à la lie des cocktails divins sur des terrasses très haut perchées. Nous avons jeté l’ancre dans les criques secrètes d’îles inhabitées, nous nous sommes baignés dans la lumière des plages blondes et désertes, et parfois, nous avons cru entendre dans la tendresse de la nuit, le chant d’une sirène égarée.
Dans notre Odyssée, poussés par un Eole favorable, nous avons cherché Circé la magicienne, dans sa grotte pailletée de reflets, et croisé de jolies “Nausicaa” dans de petits ports colorés. Nous avons escaladé les monts vers d’inaccessibles et mystérieux monastères pour mieux plonger notre regard dans l’infini de la mer.
Nous nous sommes enivrés de beauté, de nature et de paix. Nous avons contemplé avec avidité “l’aurore aux doigts de rose” qu’Homère a chanté, et goûté avec gourmandise les saveurs des crépuscules de feu où, dans une lenteur sublime, la mer s’unit avec le soleil en fusion.
En bref, nous avons vu ce que l’homme a cru voir. Comme le disait si bien Arthur !
