Pissenlits et Dandelions

Dimanche 23 Avril 2023,

A Pâques, nous avons été gâtés, les pâquerettes étaient légions dès le dimanche des Rameaux! Et des pissenlits d’un jaune intense éclairaient les chemins solognots. Ils attendaient l’arrivée des cloches pour contribuer à la salade traditionnelle du repas Pascal, mélangée avec des lardons et des oeufs mollets.

L’origine de “Pisse-en-lit ” est assez facile à deviner ! En décoction, la plante a des vertus hautement diurétiques. Mais que sont donc les “dents de lion”, devenus avec le temps les dandelions? En fait, “dents de lion ” était l’ancien nom des pissenlits car la forme dentelée de leurs feuilles évoquait la denture de ce félin.

A la Villardelle que certains d’entre vous connaissent, il y avait autrefois une gardienne gitane, du nom d’Andrée. Elle était experte pour ramasser de jeunes pissenlits frais, des escargots vivants, des trompettes de la mort ou des pieds de mouton. D’après mon grand-père, du temps où elle était une jeune femme superbe au regard ardent, elle dansait le soir sur les tables, avec beaucoup de succès.

Et bien, Andrée appelait toujours les pissenlits des dandelions, comme les anglais qui ont adopté ce mot d’ancien français depuis longtemps pour désigner les pissenlits! Pourtant, elle ne parlait pas l’anglais!

A propos d’Andrée, j’ai quelques anecdotes croustillantes!

Une fois, toujours à l’époque des pissenlits, Andrée avait préparé à l’attention de Maman une salade de “dandelions”. Comme cette dernière avait des aphtes, elle lui expliqua qu’elle préférait s’abstenir d’en manger. Mais Andrée insista beaucoup et lui expliqua que cela allait lui faire le plus grand bien. Et finalement elle avait raison et les aphtes de Maman disparurent rapidement!

Quelques mois après, mes parents allèrent à la salle Pleyel voir une sorte de magicien. Vers la fin du spectacle, celui-ci demanda des volontaires pour lui donner un objet personnel pour une petite démonstration. Maman se précipita immédiatement pour lui donner son foulard,… et prouver à Papa que c’était un charlatan!

Le mage lui dit alors des choses exactes mais assez faciles à deviner selon Maman: “Vous avez des enfants, vous aimez les voyages, etc…” “. Soudain il s’arrêta et dit alors : “Je vois quelque chose que je ne comprends pas très bien. Vous allez m’éclairer. C’est un plat rempli de pissenlits et quelqu’un vous dit: “Mangez en, cela vous fera du bien!”

Du coup, Maman, très troublée, alla demander un rendez-vous à un spécialiste des phénomènes paranormaux dans les bureaux du Nonce du Pape en face de chez elle.

Une autre histoire avec l’inénarrable Andrée pour finir cette chronique:

Mes parents avaient organisé un grand déjeuner à la campagne en l’honneur de bons amis, pour lesquels ils avaient mis les petits plats dans les grands. Ils avaient demandé à Andrée de les aider pour le service.

Celle-ci raconta assez rapidement sa vie aux invités, et la discussion était très animée. Soudain Andrée se mit à expliquer pourquoi son fils ainé était un beau blond aux yeux bleus. Pendant la guerre, alors qu’elle cherchait des champignons dans les bois, elle avait rencontré un soldat allemand. Il lui avait dit sans fioritures: “Soit je te jette dans l’étang, soit tu passes à la casserole!”

” Qu’est ce que vous auriez fait, madame de Vitry ? Je ne savais pas nager!”

Maman, un peu confuse devant cet aveu inopiné au milieu d’un repas qu’elle voulait un peu chic, demanda alors à Andrée si elle pouvait aller chercher le fromage!

Le vaisseau fantôme

Samedi 8 Avril,

Mes fidèles lecteurs se souviennent peut-être du billet que j’avais écrit au tout début du Covid sur les péripéties des navires de croisière qui, partis pour connaître d’autres horizons, ne pouvaient plus rejoindre un port, et erraient comme des bateaux ivres autour du globe.

Ce fut aussi le cas pour le porte-avion américain, l’USS Théodore Roosevelt. Confronté à une épidémie galopante de coronavirus avec un équipage de plus de 4000 hommes, son commandant demanda de pouvoir mettre à quai le vaisseau dans la petite île de Guam, car la maladie se propageait et s’accélérait. Une manoeuvre inédite pour ce genre de bâtiment! Mais comme le plaida le Pacha, le pays n’était pas en guerre, il était donc inutile de sacrifier des hommes!

J’avais également juste évoqué un bateau hollandais “le Zaandam” qui avait quitté son port d’attache de Miami pour une croisière de luxe en Amérique du sud. J’en sais plus aujourd’hui.

Mille deux cent passagers, plus l’équipage, s’attendaient à profiter d’un voyage exceptionnel aux escales magiques. Imaginez la route: les Malouines, Ushuaia, le cap Horn, Montevideo et Valparaiso, qui permettait de chanter le grand succès d’Hughes Aufray à l’arrivée!

Mais rien ne se passa comme prévu !

Très vite, aucun pays ne veut plus recevoir le bateau que le Covid peut avoir touché. Tous les ports se ferment au fur et à mesure de l’ arrivée du Zaandam qui se retrouve “littéralement enfermé” dans l’océan. Certains passagers tombent malades. Le bateau va errer pendant des semaines.

Nous avons maintenant un témoin qui raconte son épopée. En effet, parmi les passagers, se trouvait le journaliste et écrivain Olivier Barrot, un grand voyageur qui était chargé de donner des conférences sur les différents pays visités. Il s’apprête à publier un livre sur cette épisode dramatique. Et le vécu des passagers s’est avéré terrible.

Après un début de croisière agréable, l’atmosphère change. Certains passagers disparaissent, pour être envoyés à la morgue du bateau, où ils sont serrés comme des sardines. Ceux qui sont valides sont ensuite enfermés dans leurs cabines. Ils ne communiquent plus que par téléphone mais ce n’est pas très gai et la situation d’enfermement est très pénible pour ceux qui n’ont pas de cabines sur la mer…

Notre auteur est chargé d’ écrire une chronique quotidienne diffusée tous les jours, pour créer du lien entre les passagers et essayer de les détendre. Les plus âgés s’inquiètent sérieusement car ils n’ont pas prévu assez de médicaments pour ce voyage improbable. Le bateau n’a toujours pas le droit d’accoster. La croisière ne s’arrête pas, mais se prolonge un temps indéterminé..

Olivier Barrot de son côté fait office de confident au téléphone, de “médecin des âmes”, et de confesseur! Car on perd la notion du temps dans ce périple sans escale et sans but. “On apprend enfermé dans sa cabine, la vérité sur soi-même et sur autrui” écrit-il “Et on traverse de grands moments d’humanité”!

L’auteur raconte chaque jour la vie de ce bateau qui dérive et de sa course folle. Il va falloir traverser Panama discrètement de nuit, trouver de la nourriture et des médicaments nécessaires et les faire livrer par barge.

Le Zaandam n’est même pas autorisé à revenir à Miami qui est pourtant son port d’attache officiel sous le prétexte fallacieux que de nombreuses personnes âgées vivent en Floride ! Le Rotterdam arrive à la recousse de son navire-frère mais pose des problèmes d’éthique.

Va-t-on mettre tous les malades dans l’un des navires et les bien portants dans l’autre ?

Finalement après cinq terribles semaines, les passagers sont débarqués la nuit en Floride ….

Si vous voulez en savoir plus sur cette histoire, hélas véridique, lisez le récit d’Olivier Barrot qui sort cette semaine.