Ma soeur Madeleine

Mercredi 29 Juin 2022,

Après un court voyage en Sologne, me voici de nouveau sur les flots agités de la mer Egée.

Merci pour les nombreux témoignages reçus de la part de ceux qui avaient eu la chance de connaître Madeleine et pour ceux qui m’ont accompagnée de nouveau au petit cimetière de la Ferté-Beauharnais.

Voici le texte que j’avais écris pour elle :

“Ma petite Madeleine chérie,

Je ne comprends pas très bien ce que je fais là. C’est toi, Madeleine, qui a toujours été été la spécialiste des discours de la famille ! Tu savais manier toutes sortes de laius, d’exposés historiques ou de narrations étonnantes , et l’ensemble avec un grand sens de l’humour et de la fête. Quand il le fallait, tu savais aussi gérer un panégyrique. Moi, je ne le sais pas.

“C’est une erreur judiciaire!”, aurait dit Françoise, si elle avait été encore là .

Nous ne chanterons plus ensemble, accompagnées de mes soeurs, “N’allez pas, Julie, vous rouler dans l’herbe, quand monsieur l’abbé déjeune au château “….. Nous manquons cruellement de chanteuses… et même d’abbé!

Tu savais manier les mots avec une érudition étonnante , et possédais un véritable talent de conteuse pour nous faire vivre l’Histoire. La petite, comme la grande!

Tu imaginais comment créer des événements hors du commun et inoubliables, comme le bicentenaire de la révolution qui reste vivant dans l’ esprit de tous.

Nourrie dans ta jeunesse par la fameuse équipe sanglante de la Ferté, tu as continué ton chemin entre autres talents, dans le domaine de la création artistique. Tu as fondé avec ma soeur Françoise, le Festival International du Bourg, qui présentait un spectacle historique complet, accompagné d’une série de sketches inédits, auxquels nous avons tous participé. Tu écrivais les textes, et tous les enfants de la famille les incarnaient pour une fête du 15 aout mémorable ! Il n’y avait aucune limite à ton imagination fertile et je dois dire que pour la grande “épopée de Jeanne D’arc,” jouée par ma fille ici présente , cela a été compliqué… En effet, il n’a pas été évident de la faire brûler dans une petite bassine de fer dans ta cour du bourg… ! Que de souvenirs émouvants et de festivals originaux!

Tu t’es occupée aussi de mon éducation. Dès mes premiers mots, tu m’as fait apprendre le nom des footballeurs de l’équipe de France, dont notamment le fameux Raymond Kopa, le Kilian Mbappé de l’époque, qui n’était pas dans le programme abécédaire de Maman.

Plus tard, ta personnalité impressionnait la petite fille que j’étais alors. Ainsi, un jour Papa, sans doute fatigué par les bêtises de ses cinq filles, décida de s’enfermer désormais dans le salon, qu’il détermina comme êtant “sa pièce”, pour travailler tranquille. Personne ne devait l’y déranger. Quelque temps après , il voulut aller faire un tour légitime aux toilettes, mais elles étaient fermées à double tour. On entendit alors la petite voix de Madeleine clamer allègrement : “C’est “ma pièce”, personne ne rentre! “. Comme Papa commençait logiquement à devenir nerveux, car il n’y avait pas d’autres toilettes, du coup, Madeleine n’osait plus sortir. Elle a exigé qu’il glisse sous la porte un “papier officiel”, qui la protégerait de représailles éventuelles , sous le contrôle de Maman. Cette histoire m’a beaucoup impressionnée !

Après la fabuleuse histoire du festival du bourg que tu avais imaginée, toujours à l’affut de nouveaux projets, tu as créé l’ “Association Historique Autour des Beauharnais” qui continue à faire flores et dont de nombreux membres sont avec nous aujourd’hui . Je leur souhaite de continuer à bâtir sur tes succès. Ils vont l’évoquer et j’en suis très fière !

Mais tu étais surtout et principalement ma grande soeur chérie. Tu m’as apporté en plus de tes précieux conseils, le sens de l’humour, l’amour de l’écriture, le goût de l’originalité, le goût de la fête, la passion des voyages et l’importance du partage.

Pour tout cela, merci ma soeur chérie!”

Madeleine for ever

Dimanche 19 Juin 2022,

Les jolis nuages pommelés et blancs comme la neige de l’Olympe sont devenus gris, la mer elle-même a perdu ses reflets dorés et mon soleil est noir !

Ma soeur Madeleine nous a quittés jeudi dernier, trois mois après son mari, et sa disparition marque ainsi la fin d’une époque bénie, remplie de fêtes originales, de spectacles familiaux désopilants, de rendez-vous historiques au château des Beauharnais, et de chansons jusqu’au bout de la nuit. Un vrai festival de joie et de bonheur !

Nous avons donc retraversé la mer Egée à toute vitesse pour rentrer en urgence, sans que je puisse vous envoyer mon dernier blog “Rendez vous à Poros”, à réserver pour plus tard.

Je repars en Sologne demain pour accompagner Madeleine jusqu’au petit cimetière de la Ferté d’où elle pourra voir le château de Joséphine de Beauharnais.

Requiescat in Pace!

Voyages, voyages, éternellement !

Mardi 7 Juin 2022,

Nous sommes bien partis sur la ligne grecque Aegean qui présente un double avantage. D’abord elle évoque la mer Egée où nous allons voguer entre mer et ciel , ensuite elle raccourcit agréablement le voyage car une fois dans l’avion vous êtes déjà un peu au pays des dieux. Vous pouvez même vous entrainer à réviser l’alphabet grec pendant le voyage. C’est le début d’une Odyssée !

Les hôtesses ont des visages de nymphes, les pilotes ressemblent à Ménélas ou Nestor, en route pour Troie, et les stewards à des Apollons.

Nous avons ensuite loué une voiture et roulé en chantant sur l’incomparable Odos Olympia, le “Chemin de l’Olympe”, une autoroute ultra moderne et au nom plus sexy que la A10 ! Après avoir traversé le canal de Corinthe, nous sommes descendus vers le Péloponnèse, couvert d’oliviers argentés, de lauriers roses et de pins maritimes sur une superbe route en lacets, qui nous a conduit, après avoir franchi le mont Dydimes, à Epidaure pour une pause culturelle! On y joue Tartuffe avec Denis Podalydés dans l’amphithéatre antique, si cela vous dit ! Puis nous avons longé la mer toujours magnifique jusqu’à Kilada où nous attendait notre bateau.

Les énormes cerbères habituels nous guettaient de pied ferme, mais, à notre grande surprise, ils ont fêté notre arrivée. La montée périlleuse sur une échelle tremblante de 2 mètres 50 pour atteindre enfin Cipango, m’a semblé encore pire que l’année dernière, mais j’ai survécu…

Il a fallu ensuite balayer tout le sable qu’un prince du désert avait déversé largement sur le pont, nettoyer tout, frotter et astiquer les inox, vérifier le gréement, monter les voiles, poncer et passer la coque à l’antifouling, ranger et retrouver la place de chaque objet, j’en passe et des meilleures car ce n’est pas encore fini! Le travail ne manque pas sur un bateau dit de plaisance !

Mais le bateau est sorti du chantier naval, trainé et soulevé par d’incroyables chariots motorisés puis déposé délicatement dans l’eau par une équipe munie de simples télécommandes ! C’est toujours impressionnant !

Nous sommes maintenant dans une baie charmante, où s’ébattent deux tortues de mer centenaires.

Alors, pour l’amour du Grec, souffrez qu’on vous embrasse !