Grands-pères créatifs!

Mardi 4 Février 2025,

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Comme le monde ne va pas très bien, j’ai envie de parler de mes ancêtres qui ont vécu dans des temps autrement difficiles.

Mon arrière-grand-père Eugène est né dans la Sologne profonde, non loin du petit village de Neung-sur-Beuvron, où Jeanne d’Arc était quand même passée un jour avec son armée! Il s’appelait Eugène, comme tous les gamins du pays, car Eugène de Beauharnais, qui avait vécu dans le château du village voisin de la Ferté-Beauharnais,  y était encore très aimé “pour ses bienfaits”. 

A l’époque, les loups rôdaient encore dans la forêt et le petit Eugène devait aller à l’école, muni d’une pique en bois, pour se défendre des attaquants éventuels. Il dût également s’occuper de ses frères et soeurs car sa mère mourut très tôt. Il était aussi bien connu dans le village pour son esprit taquin. Un jour, alors qu’un incendie s’était déclaré dans la ferme des Clois, tous les notables du village étaient grimpés sur le clocher de l’église pour en juger l’importance. Le jeune Eugène, qui avait douze ans, les enferma tous à clé et partit voir le feu. Plus tard, il devint comme son père, menuisier-ébéniste puis partit comme Compagnon du Tour de France, pour parfaire sa formation pendant quelques années.

Après son mariage, il alla s’installer à Paris, rue de Clery, avec sa femme couturière, Félicie, et ses deux filles, Suzanne et Madeleine. C’était non loin du Faubourg St Antoine qui était le coeur historique de l’ébénisterie parisienne. C’était un homme très progressiste, il incita ses deux filles à poursuivre des études et elles devinrent toutes les deux de brillantes institutrices. Ma grand mère, Suzanne, fut première au concours de l’école normale d’institutrices, et eût ainsi la possibilité de choisir son affectation. Elle choisit tout naturellement l’école de la rue de la Lune qui était près de chez elle. 

De son côté, Eugène Clément, son père, connaissait un certain succès. Il monta la première ligne de mobilier pour « Le Bon Marché », et créa des meubles remarquables pour Sarah Bernhardt. 

Il voulut également que ses filles apprennent l’anglais, il les incita donc toutes les deux à suivre des cours d’anglais à la Sorbonne, puis les envoya à l’université d’Oxford. C’est là-bas que ma grand-tante Madeleine rencontra le grand amour de sa vie, un Lord anglais, qui voulait l’épouser! Mais son père Eugène oublia d’un coup sa modernité et s’y opposa radicalement. Car « on ne peut pas épouser un anglais ni oublier la guerre de cent ans!».  C’était une époque où l’autorité parentale était puissante, et ma gentille grand-tante dût faire ses adieux à Hyde Park et à son Lord.

Elle se maria sur le tard et n’eut pas d’enfant. Des années après, quand j’allais en Angleterre, elle me demandait toujours de saluer de sa part la « Serpentine », ce lac mythique au milieu de Hyde Park. Son amoureux continua à lui envoyer des fleurs tous les ans pour son anniversaire, jusqu’à sa mort! 

Ma grand-mère Suzanne eut plus de chance dans ses amours. La directrice de l’école où elle enseignait, la trouvait si charmante qu’elle lui présenta habilement son fils.

C’est ainsi que Jules Laurent, mon grand père, épousa Suzanne et qu’ils s’installèrent, au 53 de la rue d’Hauteville, chez sa belle-mère. Il voulait payer un loyer mais celle-ci refusa catégoriquement. Du coup, il allait voir son meilleur ami qui était antiquaire dans le quartier, et offrait régulièrement à son hôtesse, des pièces de décoration soigneusement choisies, pour compenser le loyer. C’est ainsi que nous avons hérité de très beaux objets trouvés par l’antiquaire, fruits de l’honnêteté sans faille de mon grand-père. 

Ce grand père, dit “Pépé Gigi” travaillait au ministère du travail et fit partie des créateurs des assurances sociales, devenues la sécurité sociale après la guerre. Avec émotion, j’ai découvert qu’il était aussi réputé pour être un travailleur acharné et d’une grande probité. Il fut nommé commandeur de la légion d’honneur. Je ne peux résister à citer l’hommage que lui rendit Pierre Laroque, le «père fondateur» de la sécurité sociale, à l’occasion de son décès: « Elevé dans les grandes traditions républicaines de l’enseignement laïque et de la mutualité par une mère qui ne séparait pas l’éducation de son fils de ses activités de directrice d’école, Jules Laurent prend dès son plus jeune âge le goût du service d’autrui et la foi dans la vertu de l’entraide fraternelle. Il s’imprègne de cette rigueur intellectuelle et de cet esprit mutualiste qui firent la force de la 3ème République dans sa période d’épanouissement!».

Cela interpelle dans notre société actuelle plutôt individualiste, mais passons!

Le père de Jules, qui s’appelait Charles et donna son prénom à mon père, avait fait fortune en créant un atelier qui fabriquait des “baladeuses”. C’était un système habile pour pouvoir détacher le bas des robes longues à l’époque où celles-ci trainaient par terre! Ainsi il était plus facile de ne laver que le bas des robes.

Cette contribution modeste à la mode parisienne lui permit de faire construire un immeuble «de rapport», boulevard Malesherbes, dans les champs de la plaine Monceau où les lavandières étendaient leur linge. Cette acquisition lui avait été conseillée par les frères Pereire qui donnèrent leur nom au célèbre boulevard. Quand je vois la circulation actuelle sur le boulevard Malesherbes, j’ai du mal à imaginer les lavandières de l’époque!

Mes grands parents du coté de ma Maman ont également été précurseurs dans leur domaine, mais ceci sera l’objet d’un autre blog. A bientôt!

Allumez le feu!

Mardi 21 Janvier 2025,

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Comme vous devez l’imaginer, j’ai passé la semaine dernière à suivre avec horreur les progrès du feu qui dévorait la Cité des Anges, cette ville mythique où j’ai vécu quatre années de bonheur. Les incendies ne sont pas terminés, attisés par des “tornades de feu” inédites et les vents de Santa Ana boostés par le dérèglement climatique. L’ignorance des hommes n’a pas favorisé la démesure de cet état riche mais peu habitué aux contraintes qui touchent à leurs libertés, comme l’interdiction des armes ou les mesures préventives basiques. Trumpy, désinhibé à l’envi, accompagné d’Elon Musk, son mentor allumé, s’apprête à continuer les dégâts.

C’est la fin d’une époque ! Malheureusement, nous n’irons plus courir sur la plage de Malibu ! Nous ne nous enivrerons plus de l’odeur délicate du jasmin qui flottait sur Sunset Boulevard, nous n’irons plus parcourir les routes escarpées de Topanga Canyon, nous ne marcherons plus sur les hauteurs de Mulholland Drive, et nous ne prendrons plus le café en riant en face du lycée Français. Une partie de la ville a juste complètement disparu sous les cendres comme dans un film d’horreur hollywoodien, dont il ne resterait que des décors complètement brulés.

Tout y est ravagé, les maisons, les arbres, les voitures…Certains quartiers de la taille de Paris, ne sont plus que des plans rasés et noircis. Seules subsistent quelques cheminées isolées sur un terrain vide, car le feu semble respecter ses alliés. Même les palmiers n’ont pas échappés aux flammes. C’est l’apocalypse au bord de la mer.

Je vous rassure, je pense que ma superbe ancienne maison de Rodéo Drive n’a pas brulé.

Du nom de Locke House, elle fut d’abord construite par un juge de ce nom, en 1914, puis ensuite habitée par Joe Kennedy, le père du président, qui y passait une semaine sur deux, chez sa maitresse Gloria Samson, la vedette du film Sunset Boulevard!

Elle est visible en haut à gauche sur cette photo d’époque. C’est intéressant de voir à quel point la nature qui prévalait avant le développement de Los Angeles était semi-désertique. Elle a été complètement transformée pour devenir une oasis de verdure paradisiaque, abritée sous ses palmiers mythiques.

Rappelons qu’avant son développement, Los Angeles était un région naturelle riche et préservée avec des autochtones bien intégrés dans leur environnement qui se contentaient de la Los Angeles River pour leurs besoins en eau. L’arrivée de l’exploitation de pétrole à la fin du 19ème siècle a eu des impacts majeurs sur l’environnement, la biodiversité et le climat.

C’est un ingénieur, William Mulholland, devenu une figure de l’histoire de la ville, qui supervisa la construction d’un aqueduc monumental pour détourner l’eau de la vallée d’Owens qui était à 375 km! Cent mille hommes y travaillèrent entre désert et canyons à partir de 1908! L’ouvrage fut achevé en 1913, et permit l’expansion massive de Los Angeles. Il a évidemment provoqué des conflits multiples avec les habitants de la vallée d’Owens dont le détournement des eaux a provoqué l’assèchement du lac en 1926, et généré une grave pollution atmosphérique due aux poussières toxiques libérées, qui perdure encore aujourd’hui.

Symboliquement, si “Mulholland Drive” reste une rue célèbre qui a donné son nom au célèbre film de David Lynch, elle est aujourd’hui coupée par les flammes.

Pour soutenir la croissance de la région, deux autres aqueducs furent créés successivement , le premier pour prélever l’eau sur le Colorado, 400 km à l’est, achevé en 1939, et le second, l’aqueduc de Californie, pour prélever l’eau de la rivière Sacramento-San Joaquin, 650 km plus haut, au nord-est de San Francisco, achevé dans les années 60.

Depuis, l’accent est mis sur une gestion plus durable de l’eau. Des mesures très impopulaires ont été prises, comme l’interdiction temporaire d’arrosage des gazons pendant la grande sècheresse des années 2010, qui conduisit certains à peindre les gazons desséchés à la peinture verte ! Depuis, des alternatives plus durables se développent un peu partout, comme des plantes indigènes résistantes à la sécheresse, ou des jardins secs.

Pour revenir aux incendies actuels, il est intéressant de se souvenir des terribles inondations intervenues en Janvier 2023. A cette occasion, j’avais découvert la notion de “rivière dans le ciel”, supérieure au cours du Mississipi, un phénomène atmosphérique, qui avait déversé sur la région une quantité d’eau énorme en quelques jours. C’est une variante américaine, plus spectaculaire mais de même nature que le phénomène de “goutte d’eau” qui a généré les inondations catastrophiques de Valence en Espagne, en Octobre dernier. Comme d’habitude, ces cycles d’inondation et de sécheresse se sont combinés pour aboutir au drame: les inondations de Janvier 2023 ont provoqué une forte croissance de la végétation dans la région de Los Angeles, qui s’est ensuite dessèchée et a généré le terrible combustible parfaitement inflammable, qui a nourri les derniers incendies.

Bref, ces incendies de Los Angeles sont une manifestation dramatique du dérèglement engendré par les prélèvements excessifs des hommes sur la nature.

Il faut reconnaitre que la Californie a démontré dans son histoire qu’elle aimait jouer avec le feu. J’ai gardé un souvenir merveilleux de nos excursions dans le parc national de Yosemite. Mais, tenez vous bien, pendant près d’un siècle, on y pratiquait tous les soirs un grand “fire fall”, qui consistait à faire basculer les braises d’un gigantesque brasier, le long des 900 mètres de falaise verticale du Half Dome, jusqu’à la vallée de Yosemite en contrebas. Le tout était accompagné par un chant d’amour indien dans un silence profond. Incroyable mais vrai! On imagine que l’émotion était garantie!

Cet évènement qui avait lieu tous les soirs avait acquis une renommée incroyable, et inspiré de nombreux souvenirs aux spectateurs.

Cela dura jusqu’en 1968 quand le responsable du parc national interrompit cette pratique en affirmant: ” Ce n’est pas un phénomène naturel!” Ce fut un vrai drame!

Alors aujourd’hui, je frémis d’entendre Trumpy annoncer lors de son investiture l’arrêt du “Green deal”, pour rediriger les US sur l’exploitation du pétrole et du gaz avec son programme “Drill, Baby, Drill! “, qui fait suite à son programme électoral “Frac, frac, frac!”. L’année commence donc sur de terribles chapeaux de roue aux Etats-Unis, entre les feux de l’enfer qui dévorent peu à peu la ville des Anges et les déclarations fracassantes de Trumpy qui politisent cette catastrophe. On annonce la venue du 47ème président à Los Angeles vendredi prochain. Il aurait l’intention de négocier un programme d’aide fédérale contre des concessions politiques des Démocrates Californiens! “Pourquoi les Républicains devraient ils payer pour les erreurs des Démocrates?”.

Affaire à suivre!

 

Le dernier roi mage

Samedi 11 Janvier 2025,

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Saviez-vous, en ces temps d’Epiphanie, qu’il semblerait qu’un roi mage n’est pas vraiment répertorié!

Depuis des lustres, une partie significante du monde vénère de riches savants qui ont suivi sans hésiter, dans la nuit, une étoile brillante et mystérieuse. Cette aventure va les conduire dans une humble étable, pour découvrir le futur seigneur du monde qui dormait dans une mangeoire dans un coin perdu de Judée. Le tout sans GPS.

On ne sait pas vraiment la vérité sur cette curieuse affaire ! Mais j’ai fait ma petite enquête.

Les mages étaient probablement des astrologues perses, des savants éclairés qui, avant même l’apparition de la fameuse étoile qui allait les guider jusqu’à la crèche, avaient prévu l’arrivée d’un phénomène semblable, conforme à la prophétie de Balaam dans l’ancien testament.

En effet, les juifs de l’époque associaient la venue du Messie à l’apparition d’une étoile. Les mages, de vrais “devins” d’après Hérodote, interprétèrent aussitôt ce phénomène astrologique comme la réalisation de la prophétie attendue. Aussi, après avoir prévu quelques cadeaux, et correspondu entre eux sans doute par “messenger”, ils se mirent en route après avoir convenu de se retrouver, pour suivre ensemble cette étoile, qui devait être sans doute d’une brillance hors du commun . Trois mages arrivèrent au rendez-vous, ceux qui ont été appelés beaucoup plus tardivement, Melchior, Balthazar, et Gaspard. Un quatrième mage, nommé Artaban, venu de Perse, devait les rejoindre, car il avait aussi étudié les écritures, mais il loupa le rendez-vous et dû partir seul pour chercher le sauveur. Un problème de réseau sans doute ! Il eut donc un autre destin.

En suivant l’étoile, les mages étaient arrivés à Jérusalem et avaient demandé à Hérode où se trouvait “le roi des juifs”. Hérode leur avait demandé de lui indiquer à leur retour le lieu où il se trouvait pour qu’il puisse aller l’honorer. Evidemment, les puissants n’aiment pas trop la concurrence. Il est facile de s’en rendre compte aujourd’hui, quand on constate que plus un pays est grand, plus ses dirigeants veulent l’agrandir. Voyez vous même! L’interêt d’Hérode pour ce nouveau roi n’était donc pas désintéressé. Heureusement pour les mages, un ange passa pour leur envoyer un message de précaution. Ils rentrèrent indemnes chez eux par un autre chemin.

Mais d’où venait donc cette étoile mystérieuse qui attira l’attention des mages?

L’astronome allemand Kepler découvrit en 1603 un phénomène étonnant: La conjonction des planètes Jupiter et Saturne dans la constellation du Poisson en – 7 avant JC, a provoqué une surprenante lumière brillante ! Or, Jupiter symbolisait le pouvoir royal, Saturne était la planète du peuple juif , et la constellation du poisson renvoyait aux pays de la mer, c’est à dire la Judée et la Samarie où naquit Jésus. Par ailleurs, les historiens datent la naissance du Christ autour de -6 ou de -7 (Hérode est mort en -4). Les calculs de l’astronomie moderne ont confirmé l’hypothèse de Kepler.

Le phénomène d’une lumière brillante et intense aurait eu lieu à trois reprises, entre le 29 mai et le 9 Juin, entre le 26 septembre et le 3 octobre et enfin entre le 5 et le 15 septembre de l’année moins 7 ! Cela aurait donc pu effectivement interpeller les savants du pays , et leur donner l’idée de suivre cette fameuse étoile…

Mais que donc est devenu le quatrième mage, Artaban , qui avait raté le rendez-vous avec ses collègues?

Selon la légende, Il était à pied et a marché pendant 33 ans à travers tout le pays à la recherche de son dieu. Comme les autres mages, il avait apporté des présents qu’il distribua tout au long du chemin. Il avait au départ trois perles blanches, grosses comme des oeufs énormes. Mais sur la route, il rencontra un vieux vagabond malade, le soigna et lui donna une perle, puis il délivra une jeune esclave grâce à la deuxième perle, et enfin, il sauva avec la troisième perle, un enfant qui allait être tué par les soldats d’Hérode. Aussi, quand il arriva à Jérusalem, il rencontra enfin son Dieu, qui le félicita pour son discernement.

L’Epiphanie (du grec, Epiphania ; qui apparait, éclatant) est l’une des plus vieilles fêtes du christianisme qui commémore l’arrivée des mages, plus tard devenus des rois. Mais la coutume de la galette en France, bien sympathique par ailleurs, est un hommage aux Saturnales de l’époque romaine et n’a rien à voir avec la religion. En Italie, l’épiphanie est associée avec l’histoire de la sorcière Befana, à qui les mages ont demandé des indications sur leur chemin.

L’Epiphanie est restée une fête religieuse très populaire dans les pays orthodoxes. En Grèce, les jeunes plongent encore dans la mer pour essayer de pêcher un crucifix lancé par le pope, un peu partout, dans le pays ! Celui qui réussit sera heureux pour l’année !

C’est amusant de retrouver la trace de ces épisodes dans notre actualité: La distribution de galettes des rois dans les écoles par la mairie de Marseille a fait l’objet cette semaine d’une violente polémique: La municipalité de gauche nie tout caractère religieux à ces galettes et qualifie l’Epiphanie de “fête païenne”, respectant scrupuleusement la laïcité. L’opposition de droite y voit une “réécriture wokiste” de l’histoire, niant nos racines judéo-chrétiennes. On finirait par se perdre dans ces querelles byzantines!

Joyeuses fêtes à tous!