
Dimanche 4 Février 2024,
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Les agriculteurs sont en colère et le manifestent: “Nous vivons avec une épée de Damoclès en permanence au dessus de nos têtes!”. D’où sort donc ce Damoclès à l’épée célèbre, qui inspire cet éleveur de la Marne, cité dans Ouest France avant-hier?
C’est une histoire très ancienne, qui est pourtant toujours d’actualité. Si chacun la connait, personne ne sait très bien par quels détours elle est arrivée dans nos conversations, à part quelques érudits .
A l’origine, l’historien Timée de Tauroménion, qui vivait en Sicile, dans un document disparu depuis, raconta une anecdote à propos de Denys l’ancien, le tyran de la colonie grecque de Syracuse (431-367 av.JC). Il y a donc un bail!
Mais heureusement, celle-ci a été racontée ensuite par Diodore de Sicile dans sa “Bibliothèque Historique” de quarante livres, où Cicéron l’a découverte et utilisée pour son ouvrage ” Les Tusculanes”. Du coup, l’histoire pénétra la culture populaire européenne. Ainsi voyagent les écrits, qui voguent d’un auteur à l’autre, et oublient leurs créateurs pour vivre leur vie.
Voici donc la fameuse anecdote baladeuse qui arrive aujourd’hui sur votre écran après plus de 2500 ans d’existence.
Denys l’ancien, le tyran de Syracuse, habitait un château entouré d’un fossé profond, sous la surveillance permanente de nombreux gardes. En effet, il était maladivement anxieux et vivait dans un stress continuel. Ses courtisans devaient sans cesse le rassurer et le flattaient sans vergogne, en lui rappelant ses exploits de guerrier. Car, à l’époque, le terme de tyran était employé pour désigner le vainqueur d’une place forte.
Un des sujets du roi, Damoclès, orfèvre de renom, vint donc un jour féliciter le monarque de mener une vie de rêve, comme c’était l’habitude.

Mais celui-ci, s’en agaça fort car il redoutait en permanence d’être l’objet d’un complot ou d’un attentat. Il proposa donc au flatteur de prendre sa place le temps d’une journée. Ce qui fut arrangé. On apporta au courtisan un trône en or et des danseuses girondes lui servirent un festin de mets raffinés. Damoclès était ravi.

Mais il leva la tête et aperçut au dessus de sa tête une épée retenue seulement par un simple crin de cheval, et prête à tomber sur lui ! Tous les plaisirs qui lui semblaient merveilleux devinrent alors dérisoires!

Denys voulait ainsi montrer à Damoclès que le rôle du tyran possédait deux visages: un sentiment de puissance et le risque de perdre la vie à tout moment!
Je ne sais pas si Damoclès a retenu la leçon mais l’expression a fait florès ! Elle évoque les nombreux aléas du pouvoir et désigne un éminent danger possible et inattendu.
Il n’y aucun bonheur possible pour qui vit sous le coup d’une terreur perpétuelle.