Je suis partie quatre jours "entre parenthèses", vous ne pouvez pas imaginer comme il est bon d’être entre parenthèses, sans téléphone, et sans famille dans un calme absolu.
C’était vraiment une belle parenthèse, dans le Lubéron, où j’accompagnais une amie qui allait cueillir ses olives. Non, je ne dirais pas son nom, car vous voudriez tous aller avec elle cueillir des olives l’année prochaine…Oui, j’ai des amies qui cueillent leurs olives pour avoir leur huile d’olive pour l’été. Le séjour a bien commencé par le TGV qui roule à 300km/heures sans trous d’air, ni décollage dans le brouillard. J’adore le train, je vais toujours faire un tour au bar, boire un café en regardant défiler le paysage et j’espère toujours que dans la semaine suivante, il y aura une annonce dans Libé ainsi libellée; " Vous, belle femme blonde rêveuse, jean, pull à col roulé noir, collier rouge, boots noires, moi, grand jeune homme brun, jean, cachemire gris, je vous ai aidée à rattraper votre tasse au wagon bar du TGV 6173, le 28/11, vous m’avez remercié avec un sourire adorable et vous êtes descendue à Avignon. Qui vous attendait là-bas ? J’ y ai pensé jusqu’à Marseille…Répondre SVP à wagon-bar/TGV@noos.fr…" Ben quoi, on peut toujours rêver !
Bref, mon amie m’attendait et gaillardement nous avons rejoint sa jolie maison, construite entre lavandes et oliviers… Il faisait un peu froid, de ce bon froid sec qui accompagne les belles promenades de l’hiver provençal, et nous avons fait du feu dans la cheminée, puis de la soupe aux légumes pendant que vous couriez dans les rues humides de la capitale. C’était parfait. J’étais là pour travailler au calme tandis que mon amie cueillait ses olives. Mais je suis quand même allée m’initier à cette cueillette inédite encore pour moi. En plus, j’adore l’olivier, le gris de son tronc, le velours vert argenté de ses feuilles et sa richesse infinie ; Il fournit l’olive pour se nourrir, l’huile qui conserve, agrémente et embellit la pomme d’amour comme la peau des belles , et qui éclairait aussi autrefois les anciens; ses branches élaguées fournissent le bois dont on peut se chauffer…Rajoutez y une cabane et une brebis et vous avez de quoi vivre heureux comme un pâtre grec. Pour le climat je vous conseille de descendre un peu vers le sud car la Provence, comme le disait déjà Madame de Sévigné, jouit d’un climat plus continental que le Péloponnése. Je rajoute au passage que j’adore en général les hommes qui portent le nom de cet arbre plein de ressources, ils sont également plein de ressources et la plupart du temps, gentils et apaisants (même les dentistes)….
Bref, Il faut cueillir l’olive à la main pour obtenir la meilleure des huiles dorées, décrocher le fruit mûr comme ces cerises bien noires qu’on dévore sur l’arbre….Nous avons donc, malgré la pluie, malgré le mistral qui pointa son nez aigu, malgré le froid qui engourdit la main….cueilli plus de 40 Kilos d’olives noires et vertes dans de beaux paniers d’osier. A vrai dire, c’est surtout mon amie qui brava les éléments mais j’ai cueilli quand même pendant deux matinée ensoleillées …Je dois dire que la cueillette rappelle parfois la peinture de radiateurs , quand on croit avoir fini et qu’on change d’angle , il y a encore du travail….Le dernier matin, nous allâmes au moulin St Augustin porter les fruits de notre labeur, avec la satisfaction que vous pouvez imaginer…C’est un vrai moulin de film, dans le quartier des Hermitants à Oppède….. il y règne une odeur sans pareille et s’y entassent paniers et bidons étiquetés, devant le pressoir à olives. A la fin du mois, mon amie ira rechercher ses cinq litres d’huile épaisse à la couleur foncée qui fera chanter ses salades de l’été. Si l’un d’entre vous est druide et veut partir à la cueillette du gui avec une serpe d’or….Je suis partante !