
Dimanche 22 Mars 2020
C’est comme, pendant les grandes marées, quand la mer se retire très loin et découvre les habitats d’individus sensibles, cachés dans les trous des rochers, dormeurs et bouquets encore préservés qu’on va pouvoir pêcher.
Là, c’est le virus qui va coincer d’un coup de filet, les résidents des maisons de retraites faciles à piéger, les malades affaiblis, les soignants toujours à découvert.
Mon fils va mieux, mais deux de mes proches pourtant bien confinés dans une clinique, bien avant les recommandations, ont été attrapés et isolés.
Il court, il court le virus, invisible et discret , il est passé par ici, il passera par là …
Qui l’a ?
On peut croiser un porteur sain qui se révèle malsain, toucher par hasard une surface infectée, se frotter l’oeil à un mauvais moment….Restons zen car les possibilités sont multiples.
Je reviens de Singapour où j’ai passé trois semaines et où visiblement ils ont géré la crise avec brio et l’expérience du SRAS. Ils utilisent d’abord la méthode des températures qui, si elle n’a pas brillé pour la contraception, semble avoir eu des résultats. En arrivant à l’aéroport de Changi , premier test. Si on a de la fièvre, on ne rentre pas sur le territoire. Le thermomètre est une sorte de pistolet électronique, qu’on dirige vers votre front comme dans la guerre des étoiles.
Je précise cela pour ceux qui, comme ma soeur, imaginait que tous les touristes devaient baisser culotte à la sortie de l’avion !
Ensuite les masques sont interdits, sous peine d’amende, sauf pour les personnes malades (grippe ou autre). Pas question de créer la panique pour rien. Ensuite, on prend votre température où que vous alliez dans la ville, au musée, au restaurant , au jardin botanique, au lycée, au cricket club, au travail, au bar, … Partout et tout le temps.
Un préposé note votre température, votre nom, votre adresse et votre numéro de téléphone et l’heure. On s’habitue vite, on arrive en tendant le front en avant. Mes petits-enfants qui font cela trois fois par jour au lycée ne s’en rendent même plus compte. Pour les entraînements et les matches de foot des enfants, un seul parent “températuré” de frais, peut aller sur les gradins. Il filme et envoie en live le match sur son smart-phone aux autres parents qui boivent des bières au café d’à coté après avoir été testés. On ne m’a jamais pris autant ma température. Personne ne proteste. Les gens sont disciplinés.
Si jamais on découvre un fiévreux suspect, commence alors une enquête sérieuse.
Le fiévreux va direct à l’hôpital, et tous ses contacts et ses trajets sont retrouvés rapidement afin de déterminer des “clusters” qui seront rendus publics. Ayons une pensée pour le cas suspect autour d’une prostituée (autorisée) ! Tous les clients de cette dernière (qui faisait payer heureusement) ses services par carte de crédit, ont été aussitôt contactés et expédiés à l’hôpital. Cela dû faire des histoires en famille. Les chauffeurs de taxi sont rémunérés par un système style Uber, ce qui permet de retrouver les trajets de chacun, et de ne pas toucher à l’argent liquide. Ils désinfectent leur véhicule à fond tous les jours et le font volontiers, car l’épidémie du SRAS chez eux avait commencé dans un taxi. Chauffeur et client en sont morts.
Tous les soirs, tous les habitants de Singapour reçoivent un WhatsApp, avec le nombre de nouveaux cas, le nombre de malades à l’hôpital, le nombre de cas guéris, sortis, et d’éventuels morts. Il n’y en a pas eu jusqu’à hier, mais une arrivée massive de familles de résidents anglais à changé la donne. Encore ces anglais ! Donc 2 morts maintenant !
“C’est pas tant que cà ! aurait dit Bourvil”*
*La grande vadrouille
Très intéressant ton blog Marie-Do et le sujet éminemment pertinent! Bravo! Je continuerai à te suivre avec grand plaisir.
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