Le mystère de l’ “Allemande”

Mercredi 1 Avril 2026

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C’est près de notre maison de famille de la Villardelle, perdue dans la forêt, que se sont déroulés de nombreux combats cruciaux pendant les deux dernières guerres mondiales..

Nous retrouvons toujours avec émotion les traces de ces terribles souvenirs : des tranchées encore apparentes, de vieux casques, des restes de fusils, et même parfois des obus non éclatés qui nécessitent l’intervention de spécialistes pour les éliminer! Les murs de la maison eux-même portent encore des cicatrices de ces tristes évènements, visibles malgré la vigne vierge que mon grand père avait fait pousser pour dissimuler ces dommages de guerre.

Quand j’étais enfant, j’ai même participé à des fêtes de la jeunesse étonnantes à Dormans, la petite ville voisine. Elles étaient intitulées curieusement “Camp de réconciliation par dessus les tombes”! Elles étaient destinées à inciter les jeunes français à rencontrer des allemands du même âge et plus, si affinités. Mais l’appellation de cette festivité m’avait toujours semblé maladroite!

Est-ce parce que ces bois ont une histoire singulière que des événements mystérieux semblent s’y produire encore?

Toujours est-il qu’une drôle d’anecdote se produisit par un bel été ensoleillé. Mon beau-frère cherchait quelque chose à cuisiner dans le gros congélateur , peut-être un sac de cèpes congelés préparé par un ramasseur soigneux!

Ce bien commun à toute la famille révélaient souvent de savoureuses surprises, soigneusement emballées et étiquettées! Il l’inspecta donc de fond en comble, pour y voir clair et trouva finalement un paquet volumineux d’origine indéterminée. Cela n’était en tout cas pas un sac de champignons, mais ressemblait plutôt à un gros morceau de viande sanguinolent. Après une recherche approfondie, il trouva une étiquette décollée au fond du frigo, qu’il eut du mal à déchiffrer : il y était écrit une surprenante indication :

“Allemande”

Nous avons alors tous commencé une grande enquête pour comprendre l’origine de cette “Allemande” qui semblait séjourner dans notre congélateur ! C’était vraiment terrifiant ! Qui avait donc pu congeler les restes d’une allemande?

Nous nous sommes renseignés discrètement auprès du voisinage…. Mais l’affaire n’était pas facile sans éveiller l’attention. Après une enquête délicate, nous avons appris qu’un chasseur des environs, dont l’identité n’était pas connue, avait dépecé quelque chose sur la route départementale qui traverse la propriété. Un accident de voiture s’était soi-disant produit et le chauffeur du véhicule, selon ses affirmations, avait demandé de l’aide pour se débarrasser de ce colis encombrant. Pas vraiment clair comme explication!

Notre équipe de fins limiers apprit l’existence d’une réglementation inconnue de nous autres, non chasseurs. Et de fil en aiguille, nous avons trouvé le secret de l'”Allemande”.

Il s’agissait en fait d’une touriste allemande qui visitait les nombreux cimetières allemands et américains de la région. Sa voiture avait été heurtée par un sanglier qui traversait la route près de notre maison. Des chasseurs qui passaient à ce moment, sans doute un peu galants, s’arrêterent pour aider notre malheureuse accidentée. Mais que faire du sanglier mort au bord de la route? Astucieux, nos chasseurs qui connaissaient la Villardelle à côté, lui ont proposé de découper la bête et de nous l’offrir, ce qui leur évitait de se mettre en infraction!

En effet, le principe général du droit de la chasse dit qu’on ne peut pas s’approprier librement un animal sauvage mort. Plus précisément, le gibier est une “res nullius” (bien sans propriétaire) tant qu’il est vivant. Mais dès qu’il est mort, son statut change en fonction des circonstances de sa mort. La conclusion est que vous ne pouvez pas ramasser ou transporter un animal sauvage mort comme bon vous semble, même s’il a été tué accidentellement. Il faut signaler l’accident aux autorités et obtenir une autorisation avant de récupérer l’animal.

Effectivement, on ne sait toujours pas qui exactement a reçu ce charmant présent et l’a intitulé “Allemande”, pour finalement le conserver en tapinois dans le grand congélateur de notre cave familiale. Néanmoins, sachant qu’il doit y avoir prescription, je peux vous avouer maintenant que nous avons savouré en famille la bête interdite.

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Important : J’écris moins de blogs car je prépare un autre récit plus long et cela prend du temps. En effet, de nombreux lecteurs m’ont dit avoir adoré mon aventure, hélas fictive, avec le chauffeur de taxi à Los Angeles ! Je me suis donc lancée dans un récit également captivant, mais le chemin est long. A suivre!

Changement de cap,

Lundi 19 janvier 2026,

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J’ai eu, après ce Noël festif et très généreux, l’étonnante impression d’avoir franchi un cap et pris un petit “coup de vieux” !

Rassurez-vous, j’ai été comblée, choyée même, comme de coutume, par mon adorable famille !

Cependant, la nature des cadeaux a changé subtilement. Mon adorable petite-fille m’a offert un élixir magique venu tout droit de Corée : du ginseng soigneusement préparé avec de la bave d’escargot pour diminuer les rides. N’hésitons pas sur cette technique! Car la Corée est devenue la référence en matière de beauté, paraît-il !

Ma nièce de coeur, quant à elle, a tablé sans hésiter, sur une cure de jouvence imaginée par Guerlain ! C’est la Reine des Abeilles, elle-même, qui concocte ce traitement au miel précieux, boosté au sérum d'”huile-en-eau de jeunesse”, et à la lotion de gelée royale anti-rides! J’ai peur que personne ne me reconnaisse après la transformation indiquée!

Ma fille chérie a pensé de son coté qu’un soin Kobido, qui est un traditionnel massage du visage japonais, me serait indispensable pour parfaire ma séduction! Comme c’est une intellectuelle, elle y a rajouté un petit bonus : 18 défis très divers à exécuter chaque semaine! Autant dire que je ne peux plus reculer!

Au delà de ces cadeaux délicats, j’ai peur d’y voir un léger message subliminal: Le temps se lirait -il désormais plus intensément sur mon visage?

Mais bon, haut les coeurs, le sévère comité de surveillance de mes enfants veille et attend des résultats photographiés des défis. Je vais utiliser consciencieusement ma panoplie de produits de Noël et vous n’allez pas me reconnaitre!

Brillant comme l’éclair!

Lundi 10 Novembre 2025,

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L’époque était encore aux familles nombreuses et mes parents avaient eu cinq filles! Mais ils avaient été traumatisés par le départ prématuré de leur cinquième bébé et avaient attendu fort longtemps un petit dernier, un garçon de préférence évidemment. Ma mère, toujours partante, avait même consulté plusieurs spécialistes de la stérilité, qui furent sidérés d’apprendre que leur patiente était multipare et qu’elle désirait en fait un sixième rejeton qui n’arrivait pas.

Soumis à ce destin contraire, mes parents finirent par renoncer à un héritier d’un nom par ailleurs assez ordinaire et, comme ils étaient assez romantiques, décidèrent de partir à Venise avec leur progéniture féminine. Il faut dire que celle-ci était impatiente de frotter sa jeunesse aux séduisants italiens révélés par la nouvelle vague. C’est là, dans la petite pension Calcina, dans le Trastevere, que je fus finalement conçue alors qu’on ne m’attendait plus.

Mais j’étais une fille, selon cette malédiction statistique qui veut que les polytechniciens engendrent plus de filles que de garçons!

Comme j’étais néanmoins bienvenue, mon père voulut m’appeler Fulgence comme Fulgence Bienvenüe*, avec un tréma, “un ingénieur hors pair, ma petite fille, ne l’oublie jamais!

Maman trouva cela ridicule: “Charles, ce n’est même pas un nom de fille!..”

Papa rétorqua: “En latin, fulgens veut dire “brillant comme l’éclair”, c’est un prénom magnifique! De plus cela sonne comme un nom de fille, et puisque tu prétends que personne ne connait ce prénom, alors libre à nous de lui donner un sexe! Ma fille redonnera à ce “Fulgence” désuet ses lettres de noblesse!”.

Il me voyait sans doute déjà rentrer à Polytechnique, portée par ce prénom au sexe indéterminé. Il faut dire qu’à l’époque, les filles ne rentraient pas à l’X.

“Pourquoi pas Montparnasse?” chantaient mes soeurs, ravies d’être dotées de prénoms ordinaires !

Je fus donc la sixième fille, et j’ai été proche d’accéder à certains pouvoirs mystérieux, selon la tradition solognote, mais il aurait fallu être la septième fille consécutive pour en bénéficier. Too bad!

J’ai le regret de constater qu’à l’heure où j’écris, je n’ai pas encore réussi à faire connaitre ce prénom étonnant et que je ne suis pas rentrée à l’école Polytechnique. Loin s’en faut! Les marches de la montagne Ste Geneviève n’étaient pas encore ouvertes aux filles et j’en fut ravie, car j’étais nulle en maths. Mon père, qui pourtant m’adorait, m’avait déshéritée moralement dès le nébuleux théorème de Chasles.

Pour me rattraper, j’étudiais le grec à la Sorbonne avec Madame de Romilly**, à l'”Amphithéâtre de l’Annexe” où officiait également le célèbre Robert Flacelière***. Cet homme érudit arrêtait systématiquement son cours quand j’arrivais en retard, en disant “Mais nous n’attendions plus que vous, mademoiselle Laurent”! Il était connu pour clamer régulièrement devant son parterre limité d’étudiants :”Nous, les Hellénistes, malgré le mépris d’une administration barbare, nous sommes des inutiles utiles!”.

Ainsi persuadée d’être utile, car je traduisais Hérodote, je passais agréablement mes jours au “Champo”, un café de la rue des écoles, admirablement situé prés du cinéma du même nom.

Nous y passions beaucoup de temps à boire des kirs et à refaire un monde que nous ne connaissions pas, avec d’autres hurluberlus de mon espèce.

La Chine, qui sait identifier les foyers potentiels de succès, a eu raison du café de ma jeunesse, appelé maintenant le restaurant Fouxing! J’en suis fort marrie!

J’avais, je le crois maintenant, finalement récolté quelques miettes de la sagesse grecque, car je me souviens avoir proclamé à plusieurs reprises, avec l’assurance que donne la jeunesse: “N’oubliez pas que les heures que nous passons ici seront celles des meilleures années de notre vie!” Avec le recul, je pense que j’avais raison!

C’est l’époque où nous avons créé le CAS (Comité des Alcooliques de la Sorbonne), pour la bonne connaissance du vin en France, et de Dionysos par la même occasion. Nous nous réunissions pour des séances dites initiatiques, mais finalement assez innocentes, où nous devions reconnaître des boissons diverses les yeux bandés, habillés de toges blanches comme nous imaginions les grecs anciens!

Nous allions pour cela, festoyer allègrement dans ma maison de famille, située fort heureusement au milieu des bois: la Villardelle.

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Notes : * Pour ceux qui ne le connaissent pas, Fulgence Bienvenüe, est un brillant polytechnicien breton, “le père du métro”, qui s’occupa du métropolitain de 1900 à 1932.

** Jacqueline de Romilly fut la première femme nommée au collège de France, la deuxième à l’académie Française et une grande spécialiste de Thucydide. “Elle tutoyait la Grèce” disaient les érudits !

*** Robert Flacelière écrivit de nombreux livres: La vie quotidienne au temps de Périclés, L’amour en Grèce, Histoire littéraire de la Gréce…et fut Directeur de l’école normale supérieure.

Salut Princesse,

Samedi 1 Novembre 2025,

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Je sais que tu ne liras peut-être pas ce mail, installée dans ton petit bureau de Venice Beach. Mais tu vois, c’est juste pour le plaisir de cliquer la première lettre de ton prénom et de voir aussitôt ton nom s’afficher sur mon ordinateur. C’est juste au cas où tu serais branchée là haut, ou peut-être quelque part dans la galaxie. Ta boite de réception existe toujours dans le cyber espace, pourquoi pas dans l’espace tout court? En plus, si je ne t’écris pas, ne risque-t-elle pas de mourir aussi, comme une fleur plus arrosée…

Nul n’en connait ton mot de passe ! Ton mari me l’a confirmé, tu en aurais été bien heureuse!

Je n’ai pas eu le courage de t’effacer sur la liste de mes adresses. Tu es de toutes les façons ineffaçable!

Tu aurais aimé ton enterrement, c’était une réussite pour ce genre de cérémonie. Sobre mais joyeux, accompagné de tes musiques brésiliennes préférées, et aussi triste à mourir avec toi, sous un soleil d’octobre exceptionnellement chaud! Tous tes amis et tes “ex” étaient là. Et le soir, il y a eu même un semblant d’ambiance de mariage près de Ciboure, où nous étions rassemblés pour penser encore à toi. “Vous êtes qui par rapport à elle ? Ah, c’est vous l’amie italienne ? Moi, je suis son amie de Californie”… Et avec le vin , on en venait à penser que c’était toi qui avait organisé cette rencontre et que tu allais tout un coup arriver, lumineuse et sexy, pour ajouter ton grain de sel dans nos conversations.

Le lendemain, nous sommes repartis vers nos vies, sérieusement sonnés. J’espère que tu as eu la possibilité d’observer tout cela de ton cyber espace!

Tristes drilles que nous sommes désormais!

Dans les années 2000, nous avions rencontré à Venice en Californie, Bénédicte, alias madame Dermanew, très présente dans mon livre “Los Angeles Café”. Elle nous avait fait connaitre la ville de Los Angeles et était devenue une très bonne amie. Son décès prématuré, il y a déjà vingt ans, nous a beaucoup touché!

Tout arrive un jour!

Lundi 29 Septembre 2025,

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Après des congés bien mérités (!), j’ai retrouvé le courage d’écrire dans ce monde de plus en plus compliqué.

Cet été, après mon abandon forcé du voyage à Tahiti, j’ai pu quand même naviguer sur Cipango et découvrir des endroits encore inconnus en Grèce, plus proches que la lointaine Polynésie mais également parsemés d’îles. J’ai sillonné ainsi les petits îlots secrets d’Eubée, où quelques milliardaires cachent leurs maisons, les Cyclades très ventées cette année, et le golfe Saronique, bien protégé du meltem pour y emmener mes petits-enfants.

Ensuite, nous avons gagné le Péloponnèse, encore très sauvage , trop éloigné pour que les bateaux de location y viennent, si bien que nous étions souvent seuls à y naviguer.

J’ai été particulièrement séduite par le site de Kiparissi, un charmant petit village de 400 habitants, dominé par une montagne escarpée culminant à 1200 mètres, qui tombe à pic dans la mer de Myrto. Le site est grandiose, digne du grand Canyon, avec sa végétation quasi alpine au sommet et ses falaises de roches rouges à son pied.

La route escarpée qui conduit à ce lieu reculé sur la côte est du Péloponnèse, n’est ouverte que depuis seulement une quinzaine d’années et peu de gens semblent au courant! Il n’y a quasiment aucun touriste, juste quelques familles grecques. Les femmes nagent au bord de la plage en papotant entre elles, coiffées de grands chapeaux pour se protéger du soleil. On se promène le soir à pied sans être importuné par les voitures. L’endroit est magique !

Le Péloponnèse est la grande péninsule au sud de la Grèce. C’est “le pays de Pélops” littéralement “l’ile de Pélops”. Mais qui était donc ce Pélops ?

Pélops était le fils de Tantale, le petit fils de Zeus, et l’échanson de Poseidon. Il eut un destin étonnant: Tantale, son père qui n’était lui même qu’un mortel, avait organisé un diner de gala pour les dieux où la nourriture vint à manquer. Du coup Tantale n’hésita pas à faire mariner et cuire son propre fils Pélops, pour régaler les invités. On sait que faire preuve d’hospitalité est important en Grèce, mais il y a des limites! Déméter, la déesse des moissons, sans doute affamée, dévora sans sourciller une épaule de Pélops ! Mais les autres dieux, plus perspicaces, s’aperçurent de la supercherie.

Aussi, ils décidèrent de ressusciter Pélops, et de punir Tantale en lui infligeant le célèbre “supplice de Tantale”, dont on ne connait souvent que le nom! Je vous éclaire au cas où vous auriez oublié cet épisode de la mythologie! Tantale fut enchainé pour l’éternité dans une rivière dont il ne pouvait pas boire l’eau, et sous un arbre dont le vent écartait constamment les fruits dont il aurait pu se nourrir… Funeste destin pour cet homme qui avait voulu tromper les dieux!

Il faudrait signaler Trumpy et Poutiny aux dieux grecs, qui nous débarrasseraient peut-être de ces rois du mensonge qui se prennent pour des dieux!

“Voyage, Voyage, plus loin que la nuit et le jour….”

Mercredi 14 Mai 2025,

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J’ai fini ma valise en chantant “Emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles, il me semble que là-bas, la vie sera plus douce au soleil”. C’était le plan parfait : Imaginez… Aller retrouver nos enfants qui habitent au bout du monde, en Polynésie, “le pays des nombreuses îles”, et profiter de cette opportunité magnifique pour les voir dans un cadre exceptionnel en visitant des endroits magiques, variés et déserts qui évoquent le paradis terrestre !

Mais hélas, trois fois hélas ! Je ne partirai pas demain comme prévu, “plus loin que la nuit et le jour” !.

La faculté s’y oppose! Je ne peux plus partir!

Une analyse de sang fortuite semble incompatible avec un long voyage en avion. Je dois rester donc à Paris et annuler ce voyage de rêve, deux jours avant le trajet désormais interdit !!!!

Tout le monde était pourtant fin prêt, à Paris et à Tahiti ! Mais demain, je ne jouerai pas au Lynx avec mes petits-enfants. Demain, je ne partirai point découvrir le monde mystérieux des lagons turquoises, des tiarés colorés , et de l’atua* ! Je ne volerai pas au dessus des nuages jusqu’à ces terres lointaines chantées depuis les temps anciens.

Je ne respirerai pas le goût rare des paradis perdus. Je n’admirerai pas les archipels de rêve éparpillées comme des joyaux au milieu du Pacifique immense. Je ne suivrai pas en nageant des multitudes de poissons colorés , je ne frôlerai pas de tortues géantes, je ne ramasserai pas de coquillages délicats et mordorés ..Je n’apprendrai pas le tamouré, je ne me régalerai pas de mahi-mahi, je n’écouterai pas chanter les vahinés…..

Du coup, je ne serais pas préservée de la rigueur du monde…. Aujourd’hui les tropiques me semblent bien tristes!

” Pourquoi Mamido ne vient pas en bateau avec Cipango ?”

Parahi,nana ! (Au revoir)

NB *: Panthéon polynésien

Traité de paix Franco-Américain

Lundi 28 Avril 2025

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Pour rire un peu !

Nous saluons notre famille démocrate outre-atlantique ainsi que nos amis américains, et nous leur transmettons ce texte désopilant, écrit par M. Christophe Petit et publié sur Linked-In !

A savourer!

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“Amis Américains,

Il est temps de regarder la vérité en face. Vous avez tout essayé. La liberté par les armes, l’égalité par l’obésité, la fraternité par Facebook. Vous avez construit des gratte-ciels, envoyé des Lunar Roving Vehicle sur notre satellite, élu des célébrités, puis des clowns. Pourtant, quelque chose cloche. Les routes s’effondrent, les hôpitaux coûtent un rein, la bière est froide mais sans goût. L’American Dream a viré au cauchemar sous climatisation.

Nous, Français, vous comprenons. On a connu les mêmes excès. Les années 80, Michel Sardou, les coupes mulet. On s’en est sortis. Grâce à un modèle. Une idée. Une exception.

Laissez-nous vous proposer un avenir plus doux. Pas d’annexion, pas de traité secret. Une simple adoption. Devenez le 102ème département français. Pas la Louisiane de papa, non. Un vrai retour au bercail. Offrez-vous la retraite à 64 ans (en râlant). Des grèves organisées, des débats philosophiques au comptoir. Un président qui cite Molière, pas Elon Musk. Un pays où “non” veut dire “peut-être”, “peut-être” veut dire “non”, et tout le monde finit au bistrot.

Regardez ce que la France vous a déjà offert. La Statue de la Liberté. Le hot-dog (oui, via Strasbourg, cherchez bien). Le french kiss, le french toast, le french flair. Même votre Constitution doit un peu à notre Révolution. Washington n’aurait jamais gagné sans nos troupes, nos canons, et notre style. Qui vous a appris à sabrer le champagne ? Pas les Danois.

Nous, on ne veut pas acheter le Montana. Ni installer un Club Med dans l’Iowa. On veut juste vous aider. À manger du pain sans sucre, du fromage sans plastique, à faire l’amour sans se demander s’il faut signer une décharge.

Imaginez. Des urgences gratuites. Des congés payés. Des cinémas où l’on ne mange pas. Des bulletins météo qui annoncent autre chose que la fin du monde. Une école qui vous apprend la poésie avant le code. Des lycéens qui manifestent non pas pour des armes mais pour plus de Sartre.

Bien sûr, il faudra quelques ajustements. Remplacer les drive-in par des terrasses. Interdire la mayonnaise sucrée. Réapprendre à marcher. Laisser tomber l’idée qu’un fusil semi-automatique protège mieux qu’un bon avocat syndicaliste. Accepter que parfois, l’État, c’est pas si mal. Surtout quand il rembourse vos lunettes.

On vous apportera aussi la laïcité, le pinard, les impôts. Des films où il ne se passe rien, mais où tout est dit. Un art de vivre. Un refus d’obéir. Une capacité à discuter deux heures d’un plat sans le finir.

Alors voilà. Vous avez tenté l’Empire. La privatisation du Groenland. La diplomatie à coups de casquettes rouges. Nous, on vous tend une main. Celle d’un peuple qui doute, qui pense, qui râle, qui boit, mais qui sait encore danser sur des ruines.

Faites le bon choix. Devenez français. Pas pour fuir, mais pour respirer. Pas pour changer de drapeau, mais pour redécouvrir le sens du mot République. Pas pour être plus grands. Pour être un peu moins seuls.”

Qu’on se le dise !

La folie des grandeurs!

  Jeudi 10 Avril 2025,

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J’avais bien raison de me méfier de Trumpy, le terrifiant trublion, et de sa clique, dès le début de cette sinistre histoire ! Alors, je vous envoie une dernière réflexion sur ses avanies, avant de passer à des sujets plus positifs.

L’agent “orange”, pire que celui qui a dévasté le Vietnam, s’est acoquiné avec un «bouffon sous kétamine», pour reprendre les termes de Claude Malhuret! Ces dangereux prédateurs entreprennent de systématiquement détruire les règles établies de la constitution américaine, censée protéger la démocratie.

Cela devient le bal des vampires si l’on y rajoute le félon russe, menteur patenté,  et le discret chinois manipulateur, qui attend son heure en fignolant les plans pour envahir Taiwan.

Les dieux de l’Olympe, qui ne doivent pas apprécier ces nouvelles  folies des hommes, envoient des déluges de tornades sur les états fédérés , sans doute pour les calmer. Si ces «Icare» maléfiques s’approchent trop du soleil, seront-ils châtiés de leurs témérité?

En fait, il semble que «Trumpy», qui n’est pas une flèche, soit sous l’influence de méchants démons « programmés pour la destruction », selon les idées créatives formulées par certains, dont le vice-président Vance, avec sa posture toxique, et, plus grave, par son mentor Peter Thiel, un techno-milliardaire de la Silicon Valley, réputé être un Mephisto d’extrême droite qui opère dans l’ombre. Tout un programme !

A l’heure où j’écris, on a déjà presque oublié le démantèlement d’US Aid qui gérait les programmes d’aide internationaux, la désorganisation des services de santé et le scandale des antivax, qui se confrontent maintenant à une épidémie de rougeole, et la suppression du ministère fédéral de l’éducation…il est vrai que celui-ci était peu important car ce sont les états fédérés qui portent cette charge. En revanche, ce ministère avait la responsabilité d’animer la politique d’éducation en terme de recherche, d’insertion des handicapés et des minorités, et des bourses et prêts aux étudiants. Ces sujets ne sont visiblement plus des priorités pour le gouvernement actuel! 

Ceci dit, il est clair que l’histoire et la géographie sont peu connus dans les écoles américaines. Petite anecdote vécue : je me souviens du regard troublé d’un autochtone auquel j’avais expliqué que j’habitais à Paris, en France. Après une intense réflexion qui avait visiblement mobilisé tous ses neurones, il me demanda : » Did you drive from there? ».  Malheureusement les membres actuels de ce gouvernement fantoche ne semblent pas plus forts en géographie !

Inutile de préciser que dans la version dramatique de «Guerre et Paix en Ukraine », notre trublion de service pouvait sans émotion passer l’Ukraine par pertes et profits, car il ignorait les potentiels de celle-ci et l’opportunité des terres rares. Il a même confondu la Géorgie, un pays pourtant proche de la Russie, avec l’état américain du même nom. A vrai dire, aux dires des spécialistes, les équipes du président, largement dirigées par des idéologues incompétents, sont complètement à la botte de Donald et de sa garde rapprochée.

Maintenant, Trumpy s’attaque à du lourd: prélever via les droits de douane, une dîme hallucinante, qui va ruiner bien des pays… sauf étrangement la Russie et la Biélorussie. C’est un retour direct aux pires pratiques de l’histoire qui mélangeaient allègrement la “dîme” pour la religion et des impôts divers comme autrefois la “gabelle” pour le sel ou la protection du seigneur pour la “taille”. Privilèges d’un envoyé de dieu, ou bien du roi du monde? Le choix est ouvert!

La prière a désormais sa place à la Maison Blanche, mais n’inspire pas Trumpy dans ses actes. Est-il poussé par Vance, baptisé en 2019, qui a choqué le ministre chinois Lin Jian par « ses mots ignorants et impolis »! Pékin, à mon avis, va maintenir l’imposition de 34% sur les biens américains, voire plus. Les Chinois aiment les gens polis.

Bon, Trumpy ne me fait plus rire du tout. Le monde va vraiment mal, et cela ne se prête plus à une posture d’observatrice amusée! Je ferme donc cet épisode douloureux, et je vais penser dorénavant à des sujets moins grandiloquents mais plus riches de sens. 

Des grands-parents témoins de leur époque!

Lundi 3 mars 2025,

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Tandis que mon arrière grand-père paternel avait développé une activité florissante de « balayeuses » pour les robes des dames, mon arrière grand-père maternel Adrien Baret, pensait, lui, qu’il était indispensable d’apprendre l’anglais pour aller faire fortune en Amérique. Son propre père avait tenté de réaliser ce rêve, mais était revenu ruiné du voyage. Il étudia donc l’anglais avec cet objectif . Finalement, renonçant à l’aventure, il devint un professeur d’anglais renommé à la Sorbonne. Le hasard fit que ma grand-mère paternelle et ma grand-tante, que j’ai déjà évoquées, l’eurent comme enseignant! 

Il perdit sa première femme en couche, puis la seconde à la naissance d’une petite fille nommée Yvonne, ma grand-mère. Son grand frère était mort du “croup”, une maladie du larynx qui se soigne maintenant sans difficulté. Yvonne fut du coup très gâtée et très protégée par son père: «C’était bien normal! », expliquait ma Maman, “Il avait perdu deux femmes et un fils”!

Yvonne rencontra son futur mari, mon grand-père Pierre, en jouant dans un club de tennis à Suresnes. Elle l’épousa à l’âge de 21 ans. Elle le crut fou à lier lors de sa nuit de noces, car, « Ma petite Marie-Do, je n’étais au courant de rien, de strictement rien du tout! ». Par la suite, elle eut  quand même deux filles, Maman  et ma tante.

Du côté de Pierre, son père Henry Gérard avait quitté l’Alsace après la guerre de 1870, “pour s’éloigner des Prussiens!” et s’était installé à Suresnes où il avait créé une pharmacie, qui existe toujours. Il perdit lui aussi sa première femme en couches et eut deux fils avec sa deuxième épouse, Léon et Pierre.

Pierre suivit des études de pharmacie dans la lignée de son père, puis de médecine. Pendant la guerre de 14, il fut d’abord pharmacien puis médecin sur le front, très jeune, et ce fut une expérience terrible, qu’il vécut du premier jour de la mobilisation en Août 1914 jusqu’en Octobre 1919.

Il fit ensuite des recherches sur les applications médicales du radium et du thorium, qui fut le sujet de sa thèse de médecine. Son frère Léon eut l’idée de louer du radium au Canada, pour ses recherches sur le traitement du cancer. Ce radium devait être constamment surveillé par un “gardien” pour assurer sa sécurité. Léon finit par en mourir, par suite “de lésions internes dues à l’usage du radium”.

Mon grand-père Pierre était un homme brillant , médecin, pharmacien, scientifique, et en plus , de l’avis de tous, extrêmement séduisant. Il semblait allier tous les dons: il peignait fort bien, jouait du violon, skiait, patinait et était de surcroit très drôle…. L’existence à ses côtés, était un festival de réjouissances, d’après ceux qui l’ont connu. 

Après la vie difficile de la guerre, les années folles représentaient une immense vague de liberté et d’effervescence artistique. Mes grands parents sortaient beaucoup et fréquentaient de nombreux amis artistes: écrivains, sculpteurs, peintres, musiciens… Joséphine Baker avait beaucoup de succès , et on dansait partout le charleston sur un rythme endiablé. Même Maman avait appris le charleston à son cours de danse. Mais il y avait quand même des résistances à cette libération: Un jour, ma grand mère demanda à Maman: “Mais pourquoi ne danses-tu pas plus le charleston?”. Maman lui avoua que le curé de son école l’interdisait!

Concours d’élégance en 1925

Paris était l’épicentre du monde. Un jour, mon grand-père emmena Maman assister à un concert du jeune prodige Yehudi Menuhin, qui n’avait alors que 8 ans ! Ils y allèrent en compagnie de Jeanne Evrard, la première cheffe d’orchestre professionnelle de France, une amie proche de Pierre.

Mes grands parents voyageaient beaucoup, comme en témoignent les aquarelles qui nous sont restées: Capri, Corfou, Grenade, Maroc, … Mon grand-père faisait beaucoup de randonnées en montagne. Alors qu’il était accompagné de ses deux filles, il survécut même une fois à une avalanche, comme l’évoque son aquarelle humoristique:

Ma grand-mère, elle, était championne de golf et gagna de nombreux tournois.

Un jour d’hiver, alors que Maman lisait dans le grand salon, une pièce normalement interdite aux enfants, elle entendit arriver son grand-père maternel, le prof d’anglais, toujours calme en général. Celui-ci commença à sermonner sévèrement son gendre Pierre! Maman se cacha sous une table nappée de velours et ne bougea plus pour ne pas se faire remarquer… “Ce n’est plus possible! » disait son grand-père, « Pierre, vous avez trop de maîtresses! Yvonne en a assez ! » Comme Maman, qui avait alors 15 ans, ne connaissait que les maîtresses d’école, elle ne comprit pas vraiment la portée de ces mots sur le coup. Mais elle y pensa ensuite toute sa vie !

«Bon!”, concéda diplomatiquement son père, “Je vais arrêter, mais Yvonne n’est pas vraiment intéressée par ces choses là!» Il faut dire qu’à l’époque, après un guerre éprouvante, les messieurs, eux, s’y intéressaient particulièrement. C’étaient bien des années folles! 

Il n’arrêta sans doute pas vraiment, et ma grand-mère, qui n’était pas du genre à se laisser faire, fit scandale dans les salons parisiens en demandant le divorce. C’était rarissime à l’époque!  Ma maman et sa soeur ne furent plus invitées chez leurs camarades de classe, “pour ne pas risquer de séduire le garçon de la maison!”. Les enfants de divorcés étaient alors considérés comme des parias! 

Ma grand-mère annonça à ses filles qu’elles allaient devoir loger dans une chambre de bonne, ce qui réjouit ma maman car elle trouvait qu’elle ne la voyait pas beaucoup en général ! En fait de chambre de bonne, elle s’installa avec ses deux filles boulevard de Beauséjour à Passy, dans un grand appartement, et avec un beau-père en prime.

Les jeunes filles décidèrent alors de faire la gréve de la parole. Mais elles durent s’arrêter assez vite quand elle comprirent que leur séduisant Papa allait lui aussi convoler en « injustes noces ».

En 1935 , mon grand-père acheta un grande maison, bien abimée par la guerre, au milieu d’une forêt, en Champagne. C’était “La Villardelle” que beaucoup d’entre vous connaissent. La mode était à la campagne.

Pierre Gérard y recevait ses amis artistes et y peignait en compagnie d’ Henri Quéffelec, qui y écrivit “Le Recteur de l’ile de Sein”, ou  du sculpteur animalier Delhommeau, qui nous a laissé un magnifique singe en terracota, et de superbes sculptures de la tête de mon grand-père.

Mon grand père avait tenu à rester médecin officier de réserve en effectuant ses périodes d’entrainement. Il fut réintégré dans l’armée pendant la drôle de guerre en 1939, comme médecin commandant le service de santé militaire de la région centre.

Après la guerre, il retourna à la Villardelle pour constater qu’elle avait été dévastée par plusieurs occupations successives. Mes soeurs gardaient un souvenir ému de séjours en été en sa compagnie, dans quelques pièces arrangées à la va-vite avec des meubles de fortune. La maison ne fut vraiment remise en état que bien plus tard, quand Maman et ma tante héritèrent de la Villardelle.

Autoportrait de Pierre Gérard

Intéressant de recouper toutes ces bribes de mémoire pour essayer d’en retisser la trame. A la réflexion, quels destins pleins de vie, en résonance avec leur époque!