Hermione et le pouvoir du pourpre

Mardi 30 Juin 2026

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L’adorable petit port d’Hermione niché dans le Péloponnèse est sûrement l’un de mes mouillages préférés en Grèce! Il est dissimulé derrière une presqu’île joliment plantée de pins, qui cache en fait une très longue histoire.

C’est Homère, qui évoque le premier, Hermione, dans “Le catalogue des vaisseaux”, un chapitre célèbre de l’Iliade, qui énumère les navires partis pour prendre Troie. Vous pouvez vérifier, ils étaient plus de 1200 vaisseaux et près de 140 000 soldats, donc une joyeuse bande pour aller récupérer la belle Hélène! Pour rappel, les textes d’Homère sont écrits au VIIIe siècle avant JC et la guerre de Troie est située vers le XIIIe siècle avant JC environ.

A l’origine, Hermione était la fille de Ménélas et d’Hélène, ainsi nommée en hommage au créateur de la ville, Hermion, le fils d’Europos qui donna son nom, comme chacun sait, à notre belle Europe. “Tout est lié”, dirait mon fils! Pausanias, cet infatigable globe-trotter, raconte qu’une grande fête s’y déroulait tous les ans en l’honneur de Poseidon et organisait différentes compétitions nautiques, dont les premières régates qui semblent bien avoir été crées dans ce cadre enchanteur.

La ville d’Hermione fut une grande puissance navale. Elle participa à des batailles primordiales dans l’histoire du pays, comme celle de Salamine et celle de Platée! Pausanias la décrit comme extrêmement “riche en monuments”, car en plus de Poseidon, le dieu de la mer, de nombreuses autres divinités y avaient leur temple attitré, comme la vénérée Déméter, la séduisante Aphrodite, le joyeux Dionysos et le séduisant Zeus toujours prêt à l’aventure!

Quelques ruines subsistent encore de cette période sur la presqu’ile d’Hermione, bien cachées sous les pins.

La ville était fort riche! Car Hermione était également réputée pour son industrie de la teinture, qui valait plus cher que l’or à cette époque. Ses artisans maitrisaient les techniques pour exploiter le murex, un coquillage étonnant qui une fois brisé, passe du violet au rouge et peut ensuite être utilisé pour obtenir la couleur pourpre. Tenez-vous bien, il fallait dix mille coquillages pour teindre une seule toge, forcément réservée à des sommités! On y a retrouvé des ateliers où des millions de coquillages étaient concassés.

Ainsi, quand Alexandre le Grand s’empara de Suse, l’une des capitales de l’empire Perse en 330 avant J-C, il y découvrit le légendaire trésor royal de Darius!

Plutarque nous indique qu’« Alexandre y trouva 5000 talents de pourpre d’Hermione qui, bien que déposé 190 ans plus tôt, gardait encore sa couleur vive et fraîche »! Il en équipa alors sa célèbre cavalerie Macédonienne. et demanda aux cités Ioniennes de lui fournir du précieux pourpre marin pour les tuniques de ses soldats.

Pour Alexandre, il s’agissait non seulement d’affirmer sa puissance avec un produit précieux, mais aussi de s’approprier les insignes du pouvoir perse en tant que successeur de Darius, plutôt que comme un simple conquérant étranger! Ce geste avait une dimension politique importante pour fusionner les deux cultures afin que Grecs et Perses se perçoivent comme des égaux et non comme des ennemis. Plus signifiant encore, Alexandre lui-même commença alors à adopter les coutumes perses comme le port de de la tunique traditionnelle perse pourpre et blanche, et celui d’un diadème !

En cette période de négociation, entre les Etats-Unis et l’Iran, il est intéressant d’observer ces sensibilités politiques qui prévalaient à l’époque. Rappelons que c’est Aristote qui avait veillé à l’éducation d’Alexandre le Grand. Il lui avait enseigné la diplomatie, ce qui manque peut-être à certains dirigeants actuels.

Le Président Xi, plus cultivé ou mieux informé, a évoqué le risque du “piège de Thucydide”. Trumpy, de son coté, en était à découvrir où était le détroit d’Ormuz. S’il s’était intéressé à l’histoire, il aurait pu apprendre d’Alexandre Le Grand comment combiner avec succès, stratégie de force et diplomatie fondée sur le respect.

Par ailleurs, j’ai eu la surprise d’apprendre que lors de récentes fouilles, un groupe d’archéologues suisses avait découvert des ruines sous l’eau dans la baie de Kilada, pas très loin d’Hermione dans le Péloponnèse. C’est un vrai village englouti où ils ont identifié des restes d’ateliers où était également fabriqué du pourpre, dont l’origine remonte à plus de 30 000 ans! Incroyable! Dans la baie tranquille où hiverne notre bateau! Nous connaissons bien l’endroit! C’est juste à coté de la grotte de Franchthi qui date du Paléolithique supérieur, 38 000 avant JC! On peut la visiter facilement ! C’est même gratuit!

Les hommes ont évidemment cherché depuis d’autres moyens pour fabriquer de la teinture. Le murex n’a pas suffi, et sa surexploitation dans l’antiquité a conduit à une quasi extinction de sa population! Cela m’amuse que mon fils consacre une partie de son dernier livre “Reset fashion” à l’industrie de la teinture, grande consommatrice d’énergie fossile et qui émet plus de gaz à effet de serre que la totalité du transport aérien! On y découvre que de multiples start-ups développent des produits de teinture plus respectueux de l’environnement. Ils seraient sans doute surpris de découvrir avec cette brève histoire du pourpre que leurs efforts s’inscrivent dans une perspective multi-millénaire de l’histoire humaine.

Miraculeuse Pentecôte

Vendredi 29 Mai 2026,

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Comme j’ai eu le plaisir d’arriver en Grèce le jour de la Pentecôte, béni du Saint Esprit, je me suis posée des questions existentielles. Aucun signe de cet événement religieux ne semblait se préparer, alors que les habitants y sont très pratiquants, et assez portés sur la fête!

Heureusement mes lointains cours de grec, nichés au plus profond de mon cerveau fatigué, émergent lentement d’un tiroir oublié et par miracle se mettent en marche. Que veut donc dire Pentecôte? Vous pouvez essayer de poser la question dans un diner, vous aurez du succès, mais je doute que vous soyez réinvité!

Pour l’amour du grec, souffrez qu’on s’y attarde! Cela veut dire le “cinquantième jour”, après le jour de Pâques… Mais ce dernier est “mobile” et, tenez vous bien, n’est pas le même en France qu’en Grèce ! Mon amie grecque Gianni, qui loue des voitures à Ermioni, un charmant village où ont été inventées les régates au Vème siècle avant JC, me l’a rappelé. Ici, la Pentecôte est célébrée la semaine suivante.

Mais pourquoi donc? C’est très simple, ils n’ont pas le même calendrier!

Les catholiques utilisent le calendrier Grégorien, adopté par Henri III en 1582, pour toutes les fêtes. Mais l’église orthodoxe grecque utilise le calendrier Julien, réformé par César en 46 avant JC, pour les fêtes mobiles comme Pâques, l’Ascension et la Pentecôte! On comprend pourquoi c’est difficile de faire l’Europe!

L’affaire de la Pentecôte était, dés le départ compliquée, car Jésus lors de son dernier repas avec ses disciples leur avait annoncé de nombreuses mauvaises nouvelles : D’abord il allait mourir, tragiquement, puis ressusciter au bout de trois jours, plus improbable, et monter au ciel pour s’installer près de son père. Quant à eux, ses compagnons des dernières heures, ils devaient partir à travers le monde pour y annoncer son message divin à tous !

Il faut quand même y croire! A mon avis, l’équipe des futurs apôtres était inquiète. C’étaient de simples pêcheurs, et ils manquaient de formation adéquate. France Travail n’existait pas encore. Jésus s’en est sûrement rendu compte et les a rassurés en leur garantissant qu’une aide divine allait les épauler sérieusement pour cette tâche.

C’est donc le merveilleux Saint Esprit, que mon propre père me recommandait de contacter en cas de sérieux problème, qui s’attela à la tâche. Le jour de la Pentecôte, il est descendu sur chacun des disciples en les dotant “d’une langue de feu”. Le miracle fut alors que ces derniers purent ensuite s’exprimer de telle façon que chacun puisse les entendre simplement dans sa propre langue et ainsi communiquer naturellement quel que soit leur nombre ! Cela permettait d’atteindre une compréhension universelle.

Entre parenthèses, cette faculté extraordinaire améliorerait sans doute les relations internationales, malmenées actuellement.

La Pentecôte se veut être un message d’humilité, de rassemblement et de compréhension mutuelle.

C’est le contraire de la tour de Babel, qui évoque la démesure orgueilleuse d’une humanité qui décide un jour de bâtir une tour “dont le sommet toucherait le ciel” et dont le projet se délite de l’intérieur par incompréhension mutuelle. C’est l’hubris, que le Pape évoque comme une perversion potentielle d’un développement non maitrisé de l’intelligence artificielle, que certains voudraient ériger comme une nouvelle humanité.

Cette coincidence entre mon questionnement initial sur la Pentecôte en Grèce et la publication du message profond qu’essaye de porter le Pape avec son encyclique “Magnifica Humanitas” m’a touchée. Il faut mieux travailler en commun pour relever les murs d’une existence humaine et fraternelle.

Vaste projet!

Le mystère de l’ “Allemande”

Mercredi 1 Avril 2026

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C’est près de notre maison de famille de la Villardelle, perdue dans la forêt, que se sont déroulés de nombreux combats cruciaux pendant les deux dernières guerres mondiales..

Nous retrouvons toujours avec émotion les traces de ces terribles souvenirs : des tranchées encore apparentes, de vieux casques, des restes de fusils, et même parfois des obus non éclatés qui nécessitent l’intervention de spécialistes pour les éliminer! Les murs de la maison eux-même portent encore des cicatrices de ces tristes évènements, visibles malgré la vigne vierge que mon grand père avait fait pousser pour dissimuler ces dommages de guerre.

Quand j’étais enfant, j’ai même participé à des fêtes de la jeunesse étonnantes à Dormans, la petite ville voisine. Elles étaient intitulées curieusement “Camp de réconciliation par dessus les tombes”! Elles étaient destinées à inciter les jeunes français à rencontrer des allemands du même âge et plus, si affinités. Mais l’appellation de cette festivité m’avait toujours semblé maladroite!

Est-ce parce que ces bois ont une histoire singulière que des événements mystérieux semblent s’y produire encore?

Toujours est-il qu’une drôle d’anecdote se produisit par un bel été ensoleillé. Mon beau-frère cherchait quelque chose à cuisiner dans le gros congélateur , peut-être un sac de cèpes congelés préparé par un ramasseur soigneux!

Ce bien commun à toute la famille révélaient souvent de savoureuses surprises, soigneusement emballées et étiquettées! Il l’inspecta donc de fond en comble, pour y voir clair et trouva finalement un paquet volumineux d’origine indéterminée. Cela n’était en tout cas pas un sac de champignons, mais ressemblait plutôt à un gros morceau de viande sanguinolent. Après une recherche approfondie, il trouva une étiquette décollée au fond du frigo, qu’il eut du mal à déchiffrer : il y était écrit une surprenante indication :

“Allemande”

Nous avons alors tous commencé une grande enquête pour comprendre l’origine de cette “Allemande” qui semblait séjourner dans notre congélateur ! C’était vraiment terrifiant ! Qui avait donc pu congeler les restes d’une allemande?

Nous nous sommes renseignés discrètement auprès du voisinage…. Mais l’affaire n’était pas facile sans éveiller l’attention. Après une enquête délicate, nous avons appris qu’un chasseur des environs, dont l’identité n’était pas connue, avait dépecé quelque chose sur la route départementale qui traverse la propriété. Un accident de voiture s’était soi-disant produit et le chauffeur du véhicule, selon ses affirmations, avait demandé de l’aide pour se débarrasser de ce colis encombrant. Pas vraiment clair comme explication!

Notre équipe de fins limiers apprit l’existence d’une réglementation inconnue de nous autres, non chasseurs. Et de fil en aiguille, nous avons trouvé le secret de l'”Allemande”.

Il s’agissait en fait d’une touriste allemande qui visitait les nombreux cimetières allemands et américains de la région. Sa voiture avait été heurtée par un sanglier qui traversait la route près de notre maison. Des chasseurs qui passaient à ce moment, sans doute un peu galants, s’arrêterent pour aider notre malheureuse accidentée. Mais que faire du sanglier mort au bord de la route? Astucieux, nos chasseurs qui connaissaient la Villardelle à côté, lui ont proposé de découper la bête et de nous l’offrir, ce qui leur évitait de se mettre en infraction!

En effet, le principe général du droit de la chasse dit qu’on ne peut pas s’approprier librement un animal sauvage mort. Plus précisément, le gibier est une “res nullius” (bien sans propriétaire) tant qu’il est vivant. Mais dès qu’il est mort, son statut change en fonction des circonstances de sa mort. La conclusion est que vous ne pouvez pas ramasser ou transporter un animal sauvage mort comme bon vous semble, même s’il a été tué accidentellement. Il faut signaler l’accident aux autorités et obtenir une autorisation avant de récupérer l’animal.

Effectivement, on ne sait toujours pas qui exactement a reçu ce charmant présent et l’a intitulé “Allemande”, pour finalement le conserver en tapinois dans le grand congélateur de notre cave familiale. Néanmoins, sachant qu’il doit y avoir prescription, je peux vous avouer maintenant que nous avons savouré en famille la bête interdite.

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Important : J’écris moins de blogs car je prépare un autre récit plus long et cela prend du temps. En effet, de nombreux lecteurs m’ont dit avoir adoré mon aventure, hélas fictive, avec le chauffeur de taxi à Los Angeles ! Je me suis donc lancée dans un récit également captivant, mais le chemin est long. A suivre!

Changement de cap,

Lundi 19 janvier 2026,

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J’ai eu, après ce Noël festif et très généreux, l’étonnante impression d’avoir franchi un cap et pris un petit “coup de vieux” !

Rassurez-vous, j’ai été comblée, choyée même, comme de coutume, par mon adorable famille !

Cependant, la nature des cadeaux a changé subtilement. Mon adorable petite-fille m’a offert un élixir magique venu tout droit de Corée : du ginseng soigneusement préparé avec de la bave d’escargot pour diminuer les rides. N’hésitons pas sur cette technique! Car la Corée est devenue la référence en matière de beauté, paraît-il !

Ma nièce de coeur, quant à elle, a tablé sans hésiter, sur une cure de jouvence imaginée par Guerlain ! C’est la Reine des Abeilles, elle-même, qui concocte ce traitement au miel précieux, boosté au sérum d'”huile-en-eau de jeunesse”, et à la lotion de gelée royale anti-rides! J’ai peur que personne ne me reconnaisse après la transformation indiquée!

Ma fille chérie a pensé de son coté qu’un soin Kobido, qui est un traditionnel massage du visage japonais, me serait indispensable pour parfaire ma séduction! Comme c’est une intellectuelle, elle y a rajouté un petit bonus : 18 défis très divers à exécuter chaque semaine! Autant dire que je ne peux plus reculer!

Au delà de ces cadeaux délicats, j’ai peur d’y voir un léger message subliminal: Le temps se lirait -il désormais plus intensément sur mon visage?

Mais bon, haut les coeurs, le sévère comité de surveillance de mes enfants veille et attend des résultats photographiés des défis. Je vais utiliser consciencieusement ma panoplie de produits de Noël et vous n’allez pas me reconnaitre!

Brillant comme l’éclair!

Lundi 10 Novembre 2025,

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L’époque était encore aux familles nombreuses et mes parents avaient eu cinq filles! Mais ils avaient été traumatisés par le départ prématuré de leur cinquième bébé et avaient attendu fort longtemps un petit dernier, un garçon de préférence évidemment. Ma mère, toujours partante, avait même consulté plusieurs spécialistes de la stérilité, qui furent sidérés d’apprendre que leur patiente était multipare et qu’elle désirait en fait un sixième rejeton qui n’arrivait pas.

Soumis à ce destin contraire, mes parents finirent par renoncer à un héritier d’un nom par ailleurs assez ordinaire et, comme ils étaient assez romantiques, décidèrent de partir à Venise avec leur progéniture féminine. Il faut dire que celle-ci était impatiente de frotter sa jeunesse aux séduisants italiens révélés par la nouvelle vague. C’est là, dans la petite pension Calcina, dans le Trastevere, que je fus finalement conçue alors qu’on ne m’attendait plus.

Mais j’étais une fille, selon cette malédiction statistique qui veut que les polytechniciens engendrent plus de filles que de garçons!

Comme j’étais néanmoins bienvenue, mon père voulut m’appeler Fulgence comme Fulgence Bienvenüe*, avec un tréma, “un ingénieur hors pair, ma petite fille, ne l’oublie jamais!

Maman trouva cela ridicule: “Charles, ce n’est même pas un nom de fille!..”

Papa rétorqua: “En latin, fulgens veut dire “brillant comme l’éclair”, c’est un prénom magnifique! De plus cela sonne comme un nom de fille, et puisque tu prétends que personne ne connait ce prénom, alors libre à nous de lui donner un sexe! Ma fille redonnera à ce “Fulgence” désuet ses lettres de noblesse!”.

Il me voyait sans doute déjà rentrer à Polytechnique, portée par ce prénom au sexe indéterminé. Il faut dire qu’à l’époque, les filles ne rentraient pas à l’X.

“Pourquoi pas Montparnasse?” chantaient mes soeurs, ravies d’être dotées de prénoms ordinaires !

Je fus donc la sixième fille, et j’ai été proche d’accéder à certains pouvoirs mystérieux, selon la tradition solognote, mais il aurait fallu être la septième fille consécutive pour en bénéficier. Too bad!

J’ai le regret de constater qu’à l’heure où j’écris, je n’ai pas encore réussi à faire connaitre ce prénom étonnant et que je ne suis pas rentrée à l’école Polytechnique. Loin s’en faut! Les marches de la montagne Ste Geneviève n’étaient pas encore ouvertes aux filles et j’en fut ravie, car j’étais nulle en maths. Mon père, qui pourtant m’adorait, m’avait déshéritée moralement dès le nébuleux théorème de Chasles.

Pour me rattraper, j’étudiais le grec à la Sorbonne avec Madame de Romilly**, à l'”Amphithéâtre de l’Annexe” où officiait également le célèbre Robert Flacelière***. Cet homme érudit arrêtait systématiquement son cours quand j’arrivais en retard, en disant “Mais nous n’attendions plus que vous, mademoiselle Laurent”! Il était connu pour clamer régulièrement devant son parterre limité d’étudiants :”Nous, les Hellénistes, malgré le mépris d’une administration barbare, nous sommes des inutiles utiles!”.

Ainsi persuadée d’être utile, car je traduisais Hérodote, je passais agréablement mes jours au “Champo”, un café de la rue des écoles, admirablement situé prés du cinéma du même nom.

Nous y passions beaucoup de temps à boire des kirs et à refaire un monde que nous ne connaissions pas, avec d’autres hurluberlus de mon espèce.

La Chine, qui sait identifier les foyers potentiels de succès, a eu raison du café de ma jeunesse, appelé maintenant le restaurant Fouxing! J’en suis fort marrie!

J’avais, je le crois maintenant, finalement récolté quelques miettes de la sagesse grecque, car je me souviens avoir proclamé à plusieurs reprises, avec l’assurance que donne la jeunesse: “N’oubliez pas que les heures que nous passons ici seront celles des meilleures années de notre vie!” Avec le recul, je pense que j’avais raison!

C’est l’époque où nous avons créé le CAS (Comité des Alcooliques de la Sorbonne), pour la bonne connaissance du vin en France, et de Dionysos par la même occasion. Nous nous réunissions pour des séances dites initiatiques, mais finalement assez innocentes, où nous devions reconnaître des boissons diverses les yeux bandés, habillés de toges blanches comme nous imaginions les grecs anciens!

Nous allions pour cela, festoyer allègrement dans ma maison de famille, située fort heureusement au milieu des bois: la Villardelle.

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Notes : * Pour ceux qui ne le connaissent pas, Fulgence Bienvenüe, est un brillant polytechnicien breton, “le père du métro”, qui s’occupa du métropolitain de 1900 à 1932.

** Jacqueline de Romilly fut la première femme nommée au collège de France, la deuxième à l’académie Française et une grande spécialiste de Thucydide. “Elle tutoyait la Grèce” disaient les érudits !

*** Robert Flacelière écrivit de nombreux livres: La vie quotidienne au temps de Périclés, L’amour en Grèce, Histoire littéraire de la Gréce…et fut Directeur de l’école normale supérieure.

Salut Princesse,

Samedi 1 Novembre 2025,

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Je sais que tu ne liras peut-être pas ce mail, installée dans ton petit bureau de Venice Beach. Mais tu vois, c’est juste pour le plaisir de cliquer la première lettre de ton prénom et de voir aussitôt ton nom s’afficher sur mon ordinateur. C’est juste au cas où tu serais branchée là haut, ou peut-être quelque part dans la galaxie. Ta boite de réception existe toujours dans le cyber espace, pourquoi pas dans l’espace tout court? En plus, si je ne t’écris pas, ne risque-t-elle pas de mourir aussi, comme une fleur plus arrosée…

Nul n’en connait ton mot de passe ! Ton mari me l’a confirmé, tu en aurais été bien heureuse!

Je n’ai pas eu le courage de t’effacer sur la liste de mes adresses. Tu es de toutes les façons ineffaçable!

Tu aurais aimé ton enterrement, c’était une réussite pour ce genre de cérémonie. Sobre mais joyeux, accompagné de tes musiques brésiliennes préférées, et aussi triste à mourir avec toi, sous un soleil d’octobre exceptionnellement chaud! Tous tes amis et tes “ex” étaient là. Et le soir, il y a eu même un semblant d’ambiance de mariage près de Ciboure, où nous étions rassemblés pour penser encore à toi. “Vous êtes qui par rapport à elle ? Ah, c’est vous l’amie italienne ? Moi, je suis son amie de Californie”… Et avec le vin , on en venait à penser que c’était toi qui avait organisé cette rencontre et que tu allais tout un coup arriver, lumineuse et sexy, pour ajouter ton grain de sel dans nos conversations.

Le lendemain, nous sommes repartis vers nos vies, sérieusement sonnés. J’espère que tu as eu la possibilité d’observer tout cela de ton cyber espace!

Tristes drilles que nous sommes désormais!

Dans les années 2000, nous avions rencontré à Venice en Californie, Bénédicte, alias madame Dermanew, très présente dans mon livre “Los Angeles Café”. Elle nous avait fait connaitre la ville de Los Angeles et était devenue une très bonne amie. Son décès prématuré, il y a déjà vingt ans, nous a beaucoup touché!

Tout arrive un jour!

Lundi 29 Septembre 2025,

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Après des congés bien mérités (!), j’ai retrouvé le courage d’écrire dans ce monde de plus en plus compliqué.

Cet été, après mon abandon forcé du voyage à Tahiti, j’ai pu quand même naviguer sur Cipango et découvrir des endroits encore inconnus en Grèce, plus proches que la lointaine Polynésie mais également parsemés d’îles. J’ai sillonné ainsi les petits îlots secrets d’Eubée, où quelques milliardaires cachent leurs maisons, les Cyclades très ventées cette année, et le golfe Saronique, bien protégé du meltem pour y emmener mes petits-enfants.

Ensuite, nous avons gagné le Péloponnèse, encore très sauvage , trop éloigné pour que les bateaux de location y viennent, si bien que nous étions souvent seuls à y naviguer.

J’ai été particulièrement séduite par le site de Kiparissi, un charmant petit village de 400 habitants, dominé par une montagne escarpée culminant à 1200 mètres, qui tombe à pic dans la mer de Myrto. Le site est grandiose, digne du grand Canyon, avec sa végétation quasi alpine au sommet et ses falaises de roches rouges à son pied.

La route escarpée qui conduit à ce lieu reculé sur la côte est du Péloponnèse, n’est ouverte que depuis seulement une quinzaine d’années et peu de gens semblent au courant! Il n’y a quasiment aucun touriste, juste quelques familles grecques. Les femmes nagent au bord de la plage en papotant entre elles, coiffées de grands chapeaux pour se protéger du soleil. On se promène le soir à pied sans être importuné par les voitures. L’endroit est magique !

Le Péloponnèse est la grande péninsule au sud de la Grèce. C’est “le pays de Pélops” littéralement “l’ile de Pélops”. Mais qui était donc ce Pélops ?

Pélops était le fils de Tantale, le petit fils de Zeus, et l’échanson de Poseidon. Il eut un destin étonnant: Tantale, son père qui n’était lui même qu’un mortel, avait organisé un diner de gala pour les dieux où la nourriture vint à manquer. Du coup Tantale n’hésita pas à faire mariner et cuire son propre fils Pélops, pour régaler les invités. On sait que faire preuve d’hospitalité est important en Grèce, mais il y a des limites! Déméter, la déesse des moissons, sans doute affamée, dévora sans sourciller une épaule de Pélops ! Mais les autres dieux, plus perspicaces, s’aperçurent de la supercherie.

Aussi, ils décidèrent de ressusciter Pélops, et de punir Tantale en lui infligeant le célèbre “supplice de Tantale”, dont on ne connait souvent que le nom! Je vous éclaire au cas où vous auriez oublié cet épisode de la mythologie! Tantale fut enchainé pour l’éternité dans une rivière dont il ne pouvait pas boire l’eau, et sous un arbre dont le vent écartait constamment les fruits dont il aurait pu se nourrir… Funeste destin pour cet homme qui avait voulu tromper les dieux!

Il faudrait signaler Trumpy et Poutiny aux dieux grecs, qui nous débarrasseraient peut-être de ces rois du mensonge qui se prennent pour des dieux!

“Voyage, Voyage, plus loin que la nuit et le jour….”

Mercredi 14 Mai 2025,

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J’ai fini ma valise en chantant “Emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles, il me semble que là-bas, la vie sera plus douce au soleil”. C’était le plan parfait : Imaginez… Aller retrouver nos enfants qui habitent au bout du monde, en Polynésie, “le pays des nombreuses îles”, et profiter de cette opportunité magnifique pour les voir dans un cadre exceptionnel en visitant des endroits magiques, variés et déserts qui évoquent le paradis terrestre !

Mais hélas, trois fois hélas ! Je ne partirai pas demain comme prévu, “plus loin que la nuit et le jour” !.

La faculté s’y oppose! Je ne peux plus partir!

Une analyse de sang fortuite semble incompatible avec un long voyage en avion. Je dois rester donc à Paris et annuler ce voyage de rêve, deux jours avant le trajet désormais interdit !!!!

Tout le monde était pourtant fin prêt, à Paris et à Tahiti ! Mais demain, je ne jouerai pas au Lynx avec mes petits-enfants. Demain, je ne partirai point découvrir le monde mystérieux des lagons turquoises, des tiarés colorés , et de l’atua* ! Je ne volerai pas au dessus des nuages jusqu’à ces terres lointaines chantées depuis les temps anciens.

Je ne respirerai pas le goût rare des paradis perdus. Je n’admirerai pas les archipels de rêve éparpillées comme des joyaux au milieu du Pacifique immense. Je ne suivrai pas en nageant des multitudes de poissons colorés , je ne frôlerai pas de tortues géantes, je ne ramasserai pas de coquillages délicats et mordorés ..Je n’apprendrai pas le tamouré, je ne me régalerai pas de mahi-mahi, je n’écouterai pas chanter les vahinés…..

Du coup, je ne serais pas préservée de la rigueur du monde…. Aujourd’hui les tropiques me semblent bien tristes!

” Pourquoi Mamido ne vient pas en bateau avec Cipango ?”

Parahi,nana ! (Au revoir)

NB *: Panthéon polynésien

Traité de paix Franco-Américain

Lundi 28 Avril 2025

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Pour rire un peu !

Nous saluons notre famille démocrate outre-atlantique ainsi que nos amis américains, et nous leur transmettons ce texte désopilant, écrit par M. Christophe Petit et publié sur Linked-In !

A savourer!

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“Amis Américains,

Il est temps de regarder la vérité en face. Vous avez tout essayé. La liberté par les armes, l’égalité par l’obésité, la fraternité par Facebook. Vous avez construit des gratte-ciels, envoyé des Lunar Roving Vehicle sur notre satellite, élu des célébrités, puis des clowns. Pourtant, quelque chose cloche. Les routes s’effondrent, les hôpitaux coûtent un rein, la bière est froide mais sans goût. L’American Dream a viré au cauchemar sous climatisation.

Nous, Français, vous comprenons. On a connu les mêmes excès. Les années 80, Michel Sardou, les coupes mulet. On s’en est sortis. Grâce à un modèle. Une idée. Une exception.

Laissez-nous vous proposer un avenir plus doux. Pas d’annexion, pas de traité secret. Une simple adoption. Devenez le 102ème département français. Pas la Louisiane de papa, non. Un vrai retour au bercail. Offrez-vous la retraite à 64 ans (en râlant). Des grèves organisées, des débats philosophiques au comptoir. Un président qui cite Molière, pas Elon Musk. Un pays où “non” veut dire “peut-être”, “peut-être” veut dire “non”, et tout le monde finit au bistrot.

Regardez ce que la France vous a déjà offert. La Statue de la Liberté. Le hot-dog (oui, via Strasbourg, cherchez bien). Le french kiss, le french toast, le french flair. Même votre Constitution doit un peu à notre Révolution. Washington n’aurait jamais gagné sans nos troupes, nos canons, et notre style. Qui vous a appris à sabrer le champagne ? Pas les Danois.

Nous, on ne veut pas acheter le Montana. Ni installer un Club Med dans l’Iowa. On veut juste vous aider. À manger du pain sans sucre, du fromage sans plastique, à faire l’amour sans se demander s’il faut signer une décharge.

Imaginez. Des urgences gratuites. Des congés payés. Des cinémas où l’on ne mange pas. Des bulletins météo qui annoncent autre chose que la fin du monde. Une école qui vous apprend la poésie avant le code. Des lycéens qui manifestent non pas pour des armes mais pour plus de Sartre.

Bien sûr, il faudra quelques ajustements. Remplacer les drive-in par des terrasses. Interdire la mayonnaise sucrée. Réapprendre à marcher. Laisser tomber l’idée qu’un fusil semi-automatique protège mieux qu’un bon avocat syndicaliste. Accepter que parfois, l’État, c’est pas si mal. Surtout quand il rembourse vos lunettes.

On vous apportera aussi la laïcité, le pinard, les impôts. Des films où il ne se passe rien, mais où tout est dit. Un art de vivre. Un refus d’obéir. Une capacité à discuter deux heures d’un plat sans le finir.

Alors voilà. Vous avez tenté l’Empire. La privatisation du Groenland. La diplomatie à coups de casquettes rouges. Nous, on vous tend une main. Celle d’un peuple qui doute, qui pense, qui râle, qui boit, mais qui sait encore danser sur des ruines.

Faites le bon choix. Devenez français. Pas pour fuir, mais pour respirer. Pas pour changer de drapeau, mais pour redécouvrir le sens du mot République. Pas pour être plus grands. Pour être un peu moins seuls.”

Qu’on se le dise !