
Lundi 4 Mai 2020,
J’ai l’impression que les confinés ne s’expriment plus que par clics et transferts. Ils ont perdu la voix. Ils ne téléphonent plus, alors que le temps de la majorité d’entre eux est moins compté qu’à l’habitude. Ils regardent des vidéos, drôles ou non, lisent des maximes fines ou pas, les sélectionnent, malheureusement pas toujours, et les transfèrent à d’autres confinés dont je fais partie, qui les “recliquent” et les retransfèrent à un rythme d’enfer.
Heureusement que le Covid 19 ne va pas si vite, les hôpitaux n’auraient pas survécu à l’arrivée massive de ces gags à gogo. Nous serions tous morts emportés par “des vidéos devenues virales”. Le buzz nous aurait tués!
Aussi, alors que nous allons être bientôt libérés, j’ai des regrets.
Nous avons peut-être loupé l’occasion de nous envoyer de vraies missives joliment tournées, des lettres d’amour ou d’amitié, des récits de souvenirs lointains, de vie quotidienne au temps du confinement, ou de rêves de vacances prochaines. De belles lettres, comme celles des écrivains lues par Augustin Trapenard sur France Inter le matin. Nous, les confinés, nous qui avions le temps de prendre la plume, de peser les mots pour les alléger, de les choisir et de les affûter, pour mieux raconter des histoires pittoresques ou déclamer notre amour du printemps, l’avons-nous assez fait ?
L’occasion a-t-elle fait assez de larrons ? Serons-nous un jour de nouveau heureux comme “larrons en foire”? La foire risque hélas quelques mois d’interdiction.
Comme j’adore ce mot de larron, permettez-moi une digression. Le larron à l’origine était un mercenaire grec. De mercenaire à brigand, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Pardon pour les Grecs que j’aime absolument.
Il fut un temps pas si lointain, où j’habitais sur un campus californien. En ce temps là, les avions n’arrivaient pas directement à San Francisco, il fallait changer. Mais oui, vous aviez oublié ! En ce temps là, le téléphone était cher, Zoom n’existait pas et les grand-mères ne jouaient pas au Scrabble avec leurs petits enfants à l’autre bout du monde.
En ce temps là, nous écrivions de longues lettres hebdomadaires pour décrire le quotidien à nos proches, qui nous répondaient avec une belle écriture en pleins et déliés. Qui écrit encore avec des pleins et des déliés, même au stylo à bille ? Je pense que ma grand-tante, institutrice il est vrai, était la dernière.
Bref, on ne battait pas la mesure du temps de la même façon, et le matin j’aimerais parfois recevoir une lettre d’une autre époque, comme ce pastiche de Madame de Sévigné, qui a tourné sur nos portables à la vitesse de l’éclair.
Mes amis, à vos plumes, vous qui les avez légères, avant qu’il ne soit trop tard, et que le quotidien ne devienne ordinaire!
Comme tu as raison Marie do à propos d écriture.
J ai ressorti nos petits textes et exercices d atelier d écriture que nous faisions chez toi, et avec mes filles nous avons relancé ces pratiques, en vidéo bien sûr .
C est un grand plaisir de lire ton blog en attendant de se retrouver
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Tu as bien raison, Marie-do de lier le plaisir de l’écriture à celui de recevoir une lettre.
Je me souviens d’un petit 6eme qui disait ” moi,mon plus grand plaisir ,c’est quand on me dit :il y a une lettre pour toi, et que je vois mon nom écrit sur l’enveloppe.”
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Hello Marie-Do. Je ne partage pas tellement cette nostalgie des longues lettres, soigneusement tournées et méticuleusement peaufinées. Et pas seulement faute de temps pour en écrire. J’adore, moi, ces petits envois par textos, whatsapp ou autres. Certes, ils ne sont pas tous inoubliables, mais ils sont souvent inventifs, joyeux, drôles ou tendres. Ils me disent : “Tu vois, je pense à toi juste à ce moment.” J’aime particulièrement les vidéos à plusieurs voix, les symphonies composées, les chorégraphies aussi. Je suis friande des pastiches parfois très bien faits (littéraires ou musicaux), des dessins humoristiques… Les gens sont drôlement créatifs et j’aime ça !
Et puis, j’ai au fond de mon armoire 12 énormes classeurs de lettres que mon arrière-grand-père envoyait chaque jour ou presque à ses parents, et ce pendant des années. C’est bien écrit, c’est émouvant. Mais c’est une épine dans mon pied : comme un remords de ne pas prendre le temps de les lire toutes et de les recopier pour les envoyer à tous mes cousins-cousines. Je m’étais pourtant promis de le faire… à la retraite !
Bref, en tout cas, j’arrêterai de te transférer les bêtises qu’on m’envoie et je t’enverrai bientôt une carte postale (je n’ai pas des tonnes de nouvelles inoubliables à t’écrire). Lol ou (en français) mdr.
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ben alors ? On me censure ? mdr
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Non, c’est parce que je t’ai approuvée sur mon iphone, et cela ne marche pas toujours!
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Un plaisir de te lire Marie-Do. De mon côté, j’écris à mes petits-enfants pour m’assurer que leur génération sache ce qu’est une lettre manuscrite glissée dans une enveloppe timbrée adressée à leur nom. Sinon, comme Élisabeth, j’aime bien les échanges en temps réel.
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Moi aussi ! mes les deux ont leur utilité !
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