Mon ami Pierrot

Mardi 16 Juin 2020,

“Prête-moi ta plume aujourd’hui pour saluer mon ami Pierrot, agriculteur champenois retraité, qui, comme il le dit lui-même, “n’est pas né de la dernière couvée”.

Mon ami Pierrot connait tout sur les terres de champagne que ” les gamins ” exploitent. Mon ami Pierrot sait tout sur les bois où il court depuis son plus jeune âge. Il a commencé avec son père, un personnage haut en couleurs également, dit “le grand-père”, qui était un grand ami de mon père.

Mon ami Pierrot sait quand il faut vendre les hêtres mais garder les frênes dont le cours est bas. Mon ami Pierrot sait quand un jeune cerf a frotté ses cornes “de velours”, sur l’écorce d’un chêne de la forêt. Mon ami Pierrot nous donne des cours sur les bois, nous explique comment marquer les arbres et mesurer les grumes. Il caresse avec amour un merisier, et nous apprend à jauger un chêne en le regardant de bas en haut, “comme on le fait avec une femme”. Il organise aussi des travaux pratiques et gare à celui qui a marqué à la bombe jaune le mauvais arbre ! Car la forêt est sacrée ! “Marie-Do, tu vois, ces arbres à conserver, c’est pour nos petits enfants dans cent ans!” Mon ami Pierrot a le sens du temps long.

Mon ami Pierrot nous montre la marque inscrite 30 ans plus tôt par son père sur un chêne à conserver!

Hier, mon ami Pierrot a repéré des traces “de grandes pattes”, c’est à dire de grands cerfs venus de la montagne de Reims, et nous a raconté comment il avait aperçu, il y a deux semaines, trois cerfs magnifiques brouter son champ de colza…. Car mon ami Pierrot est aussi poète, et quand il décrit la robe des cerfs sur le jaune du colza, il en a les larmes aux yeux d’émotion, ainsi que tous ceux qui l’écoutent…

Si vous passez un jour par le hameau de l’Erolle, ne manquez pas d’aller saluer mon ami Pierrot de ma part, et visiter le petit musée du patrimoine agricole qu’il a créé. On vous offrira un verre de Champagne frais, sous l’affiche de mon livre “Los Angeles Café”, qui trône sous la photo du Grand-Père. “Comme cela, il te portera chance” m’avait affirmé Marie-Josèphe, la soeur de mon ami Pierrot.”

J’ai écrit ce texte en mai 2006, et depuis, mon ami Pierrot a jaugé bien des chênes et suivi la trace de bien des cerfs. Il a rendu mille services à tous avec humour, bienveillance et toujours le bon coeur qui le caractérisait. Malheureusement, son grand coeur était aussi fragile et je n’arrive pas aujourd’hui à parler de lui au passé. La forêt de la Villardelle est en deuil et ses habitants pleurent tous mon ami Pierrot qui “a passé” dimanche.

J’ai l’impression qu’il est encore là et qu’il me susurre à l’oreille : “Marie-Do, avec tout çà, tu n’oublieras pas qu’avec le réchauffement climatique, il faut planter des châtaigniers”.

Nous n’irons plus aux bois avec mon ami Pierrot. Nous ne dirons plus régulièrement : “Il faut demander à Pierrot” pour avoir son avis, car mon ami Pierrot trouvait toujours des solutions. Personne ne le remplacera car il est irremplaçable, mais il a vraiment laissé trace.

A la prochaine réunion sur l’avenir de la forêt, mon ami Pierrot, brillera, comme d’habitude, mais par son absence.

2 thoughts on “Mon ami Pierrot

  1. Je suis très triste d’apprendre le départ de Pierrot, grand ami de Gérard ,qu’il a rejoint.Ils doivent plaisanter tous les deux, là- haut . Ton texte le dépeint si bien… Tu lui as rendu un très bel hommage…..

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    1. Notre ami Pierrot a été enterré jeudi. Jamais l’église de Trélou n’avait été aussi pleine, et beaucoup de gens ont du rester dehors pour lui rendre hommage, car il était aimé et respecté de tous ceux qui avaient eu la chance de le rencontrer. Avant de partir, il avait dit : “Je ne verrais pas les feuilles tomber…N’allez pas pleurer, on est tous né pour mourir ! “

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