Le retour de la panthère noire!

Vendredi 9 Octobre 2020,

La municipalité de Caen a décidé de féminiser le nom des rues du centre ville, la plupart du temps dédiées à des hommes. Histoire de changer! Il y a quelques jours une nouvelle plaque a été dévoilée sur laquelle est inscrit: Rue Jean McNair – Black Panther et médiatrice de quartier à Caen – 1946-2014-.

Cette information m’a plongée d’un coup dans la machine à remonter le temps…

Il fut une époque (pas si lointaine) où j’étais étudiante et entre deux partiels à la Sorbonne, et d’innombrables verres au Champo, café où nous avions nos habitudes, nous militions joyeusement pour toutes sortes de causes. Quelques-uns de mes lecteurs se reconnaitront !

Nous chantions “Chile , Chile, Solidaridad” et nous réclamions à grand cris la libération d’Angela Davis, l’égérie des Black Panthers, dont un poster géant décorait ma chambre à coté de celui de Baudelaire.

Il se trouve que j’ai assisté en ce temps- là, à la pièce de théâtre la plus extraordinaire qui soit, intitulée “Libérez Angela Davis !”.

Un de mes bons amis m’y avait invité. Nous étions installés confortablement dans des fauteuils rouges et bien placés, donc ravis. Le rideau s’est levé sur un metteur en scène échevelé qui nous a annoncé que le spectacle allait se dérouler en fait, dans les caves du théâtre, et qu’auparavant il allait déterminer la couleur de notre peau : il commença alors une longue litanie : Toi tu es noir, toi tu es blanc, toi tu es noire, toi tu es blanche,… en ordre et sans un sourire.

Bien-sûr il s’avéra forcément que j’étais noire et mon ami blanc, comme nous étions côte à côte. Ensuite, nous dûmes quitter nos sièges moelleux et nous avons été séparés, les blancs à droite, les noirs à gauche, pour descendre dans la cave. J’ai vu tout de suite au regard désespéré de mon copain, qu’il n’avait pas lu le résumé du spectacle, et que ses plans pour la soirée étaient très différents de ceux du metteur en scène.

Comme j’avais été désignée “noire”, une fois dans la cave, j’ai dû rentrer, avec mes compagnons d’infortune sidérés, dans une sorte de prison, où nous pouvions à peine nous asseoir à deux sur une caisse de coca-cola en plastique. Le symbole était clair, et heureusement la Covid n’était pas encore d’actualité. Ensuite, une terrible gardienne moulée dans un uniforme de maton d’Alcatraz, est venue nous ordonner en hurlant de nous serrer plus, et a fermé à clé la porte notre cage avec un bruit sinistre. Je rêvais d’avoir été plutôt invitée à l’Opéra Garnier …

Puis sont arrivés, penauds, les spectateurs “blancs”, dont mon copain, qui l’était vraiment, comme un navet. Il me faisait de discrets petits signes avec un air catastrophé. Ensuite les “blancs” censés être des gardiens racistes ont dû taper comme des sourds sur notre cage, en nous criant des injures du style “ta gueule, sale negro, ” entourés des vrais acteurs excités.

Cet exemple de théâtre vivant était censé nous confronter à la terrifiante réalité que vivait Angela Davis et tous les noirs en prison. Tout le reste du spectacle était du même style et nous n’avons pu sortir de notre cage qu’après deux heures de brimades , avoir signé une pétition pour la libération d’Angela et donné une obole pour sa caution. Mon copain a passé une très mauvaise soirée et j’ai bien ri intérieurement car l’impressionnante garde-chiourme de gardienne avait l’oeil sur moi.

En 1972, un groupe de Blacks Panthers fût plus efficace que le théâtre des Amandiers pour récolter de l’argent pour la cause, il détourna le vol Détroit-Miami, libéra sans un coup de feu, tous les passagers moyennant un million de dollars, fit le plein à Boston et partit à Alger. Les Algériens rendirent l’argent de la rançon et laissèrent partir les pirates au bout de quelques jours . Ceux-ci vivaient tranquillement en France quand ils furent arrêtés en 1976. Ils ne furent pas extradés malgré la pression des USA mais jugés équitablement dans notre pays. Ils y ont purgé leurs peines et vécu une belle autre vie à Caen, dans un quartier appelé “La Grâce de Dieu”(cela ne s’invente pas) où ils étaient si appréciés que l’une d’entre eux , Jean McNair, une éducatrice de rue très active, vient donc de donner son nom à une rue de la ville.

Malheureusement, si les Blacks Panthers ont perdu leurs griffes, la situation des noirs aux Etats-Unis, malgré les années, est loin d’être résolue, d’où la force du mouvement “Black Lives Matter”!

Sacrées Panthères Noires !

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