
Mercredi 2 Décembre 2020,
Cette chronique n’est pas le début du feuilleton annoncé mais, comme vous le savez, l’actualité n’attend pas!
La nuit dernière, j’ai très mal dormi à cause de Kevin Escoffier. le skipper de PRB, une entreprise de bâtiment que personne ne connait, mais qui est en train de se faire connaitre.
Pour ceux qui ne suivent pas la course du Vendée Globe, c’est l’un de ces vrais aventuriers fous qui font le tour du monde en solitaire, normalement sans aide, sur des bateaux si sophistiqués qu’ils volent vraiment à une allure folle sur une mer déchainée. Ces bateaux qui coûtent une fortune aux sponsors semblent néanmoins se briser assez facilement.
Le grand favori, Alex Thompson, qui n’arrête pas de participer depuis des années, a dû réparer une première avarie à quatre pattes et sans doute en costume Hugo Boss au fond de son vaisseau. Tenez vous bien, la structure de son bateau s’est fendue, presque au début de la course. Je vous déconseille fermement la fibre de carbone si vous voulez du solide. Certains ont pensé que les techniciens anglais qui avaient justement renforcé cette structure extraordinaire, n’étaient pas aussi compétents que les français! Et puis ensuite, après une réparation miraculeuse, un OFNI (Objet Flottant Non Identifié) a cassé l’un des deux safrans. Cet objet mystérieux peut être un container tombé d’un bateau, ou même une baleine, qui risque aussi sa peau dans une telle collision. Exit Alex!
Le deuxième favori, Jeremy Bayou, a dû rentrer vite fait aux Sables d’Olonne après quelques avaries et surtout un safran cassé. En tous cas, le skipper ne se souvient pas d’un choc ! Le bateau a pu être réparé dans les délais et il est reparti gaillardement, sans doute après avoir refait son plein de steaks Charal. A l’allure des problèmes sur ce Vendée Globe, il va surement rattraper ses petits camarades.
Nicolas Troussel, lui, a démâté sans raison apparente pendant la nuit , et comme un prince des mers à la tour abolie, a dû abandonner la partie.
Bref, revenons à Kevin Escoffier qui naviguait lundi dernier en début d’après-midi à 27 noeuds sur une mer houleuse avec des creux de cinq mètres . Au sortir d’une vague violente, son bateau a tapé comme d’habitude mais avec un drôle de méchant bruit. Il va jeter un oeil. Le bateau est cassé en deux après le mât, comme plié, et l’eau s’y engouffre à toute allure. Comme c’est un héros, il enfile à la même allure sa combinaison de survie, envoie un texto d’appel à l’aide à la direction de la course en précisant que ce n’est pas une blague, s’approche de son radeau de survie avec lequel il est éjecté dans la mer immense, à mille miles de toute terre habitée. Il arrive à ouvrir son bib. L’eau est à 15 degrés. Son bateau coule à pic.
Pendant ce temps là, l’inénarrable Jean Le Cam devait se faire réchauffer du pot au feu, plat qu’il privilégie pour les coups de vent. C’est alors qu’il reçoit un coup de fil de l’organisation de la course pour qu’il se déroute vers le bateau de Kevin Escoffier. “Le roi Jean” active son signal d’homme à la mer (MOB) et part à la recherche de Kevin qui arrive à se glisser dans son radeau de survie, petite tente flottante instable dans une houle de cinq mètres. Ce dernier va y rester 12 longues heures. Vers 17 heures , Jean Le Cam aperçoit le radeau entre deux masses d’eau mais n’arrive pas à le récupérer avant la nuit. Plusieurs autres bateaux de la course sont alors déroutés pour quadriller la mer immense et tenter de retrouver le frêle esquif. Nous passons la soirée sur notre ordinateur à surveiller leurs manoeuvres et à regarder “Marine Traffic” pour tenter de repérer un cargo qui pourrait leur venir en aide. Il y a juste deux cargos isolés, trop éloignés du champ d’action, et la distance avec l’Afrique du sud est trop grande pour faire venir un hélicoptère. Il y a plus de 35 noeuds de vent.
Ils sont juste au bout du monde !
J’ai du mal à m’endormir, je m’imagine affronter une houle de cinq mètres de haut, au milieu d’un interminable champ de vagues monstrueuses, au coeur d’une nuit froide et noire. Je me réveille à l’aube, et mon portable qui est au courant de tout, sait déjà qu’après plusieurs manoeuvres périlleuses, Jean vient de récupérer Kevin qui tremble encore. Ils sont tombés dans les bras l’un de l’autre. Le sauveteur a dit :”Putain, t’es à bord ! C’était chaud !”. ” Mais tu es tombé dans une bonne maison”, insiste Jean, qui doit réchauffer le riz de veau qu’il gardait pour Noël.
Une vraie épopée qui va sans doute se terminer aux iles Kerguelen où Jean déposera Kevin, le malchanceux chanceux “qui a eu le temps de méditer… “.
Les filles doivent être plus prudentes, mais Isabelle Joschke a quand même perdu son balcon arrière qu’elle a réparé de son mieux, et Clarisse Cremer s’est brulée avec son thé sur un endroit sensible de son individu. Sam Davies d'”Initiatives coeur” va bien, mais reste un peu nerveuse quand son mari, Romain Attanasio, qui concourt aussi, monte en haut de son mât pour réparer quelque avarie.
Cependant, il me semble que les foils, sortes d’ailes chargées du décollage de ces bêtes de concours, fragilisent l’aventure de ces marins fantastiques. On vient d’apprendre qu’un de ceux de Sébastien Simon était à moitié arraché, Thomas Ruyant (Association Linked Out) a du couper l’un des siens, etc… En bref, ces nouvelles techniques pour aller plus haut et plus vite, m’évoquent les problèmes d’Icare qui voulait voler trop près du soleil !
Peut-être que leurs ailes de géants les empêchent de marcher ….
🎹Ah ! c’qu’on est bien quand on est dans son bain
On fait des grosses bulles, on joue au sous-marin
Ah ! c’qu’on est bien quand on est dans son bain
On chante sous la mousse pour les voisins… (euh…pour les vrais marins)🎵
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Vite, vite à tes fourneaux : tu mijotes un petit rôti de biche aux cèpes, tu le mets sous vide et l’envoies par DHL, UPS ou la marine nationale (Patrick a bien quelques contacts) aux Kerguelen pour le réveillon de Jean Le Cam.
Il va gagner le Vendée Globe avec un tel festin !
Yes we Cam!
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