
Dimanche 6 Décembre 2020,
Comme prévu, je vais vous raconter une drôle d’aventure qui m’est arrivée à Los Angeles, il y a bien longtemps, et qui m’a inspiré une suite.
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Episode 1
Los Angeles, le 11 mai 2003,
Naturellement, il fait beau à Los Angeles quand nous atterrissons.
C’est en habituée que je prends le couloir où les chiens de l’administration peuvent à loisir renifler mon bagage à main. Il s’agit de détecter le camembert illicite ou le saucisson susceptible d’attenter à la sécurité du territoire américain ! Les chiens bien nourris ont le poil brillant et ressemblent à Rintintin. Les policiers sont rutilants et beaux comme dans les films hollywoodiens. Il est clair que l’avion d’Air France est particulièrement suspect. Les autorités californiennes sont moins regardantes avec la British Airways.
« Welcome to Los Angeles » souhaite une pancarte.
Arrivent ensuite les appariteurs responsables de la fluidité des queues, qui répartissent avec autorité le troupeau de voyageurs abrutis que nous sommes devant les consoles des agents de l’immigration bardés de badges dorés qu’ils arborent comme des étoiles de shérif.
Une fois tous « les non-american citizens » rangés entre deux cordes et embrigadés comme à Disneyland, les inspecteurs du remplissage des papiers peuvent intervenir. Certains d’entre nous sont déjà recalés à cette épreuve et les rigolos qui disent s’appeler Mickey Mouse font en général une cuisante expérience du sens de l’humour yankee.
J’ai les pieds gonflés et je suis fatiguée. J’essaye de faire rentrer mon imperméable infroissable à la Marlène Dietrich dans mon sac fourre-tout et regarde avec admiration ma voisine. Impeccable, l’œil fait, la poitrine moulée dans un top décolleté, celle-ci se dandine sur des talons vertigineux, son passeport à la main tandis que je tente vainement de desserrer mes lacets. Elle a déjà l’uniforme de Los Angeles.
L’agent d’immigration, visiblement lui même récemment immigré, me regarde d’un air sévère et passe d’un air soupçonneux mon visa dans une machine magique qui va tout lui dire sur ma vie .
-« Welcome back ! Comment va le stock dans le secteur de votre mari ? »
Je peux enfin récupérer ma valise bourrée de mini saucisses sèches et interdites, destinées à la lunch-box de ma fille, mentir effrontément au dernier contrôle à ce propos, et j’arrive au milieu d’une foule hétéroclite d’où émerge un nombre considérable, de ballons en forme de coeur et de Winnie the Poo.
Ni ballon ni bouquet ne me sont destinés. Rien de prévu mais rien d’imprévu. Je regarde un peu quand même, on ne sait jamais, je suis à LA.
J’ai trop chaud, je traîne ma valise qui roule mal jusqu’à la station de taxis, je m’engouffre dans la voiture désignée par le préposé de service. La logistique est à l’américaine. Je n’en ai plus pour très longtemps. Il est à minuit et demie à Paris et 15h 30 en Californie.
Je donne mon adresse au chauffeur dont je ne vois que la queue de cheval et je ferme les yeux.
– Quel est votre itinéraire préféré ? Me demande curieusement « la queue de cheval » .
Allons bon, c’est un débutant ou quoi, il n’y a pas trente-six chemins pour rentrer chez moi et j’ai horreur de donner mon itinéraire en anglais, surtout après onze heures d’avion. Méfiance c’est peut-être un piège à touriste mal informé. J’explique brièvement avec mon plus bel accent.
-« 405, sortie Santa Monica Blvd » et je lève la tête. Les yeux sont moqueurs dans le rétroviseur. Je m’endors un peu. Une sonnerie me fait sursauter. Je fouille fébrilement dans mon sac et retrouve in extrémis mon portable californien. Oui, je suis bien arrivée et je viendrais récupérer Adrienne tout à l’heure. Je referme les yeux, mais une nouvelle sonnerie retentit.
« Ne vous inquiétez pas, c’est mon ordinateur » me dit alors le chauffeur dans un français parfait : « Dormez tranquillement … « Je ferme une nouvelle fois les yeux, mais un doute m’envahit. Je rouvre un œil fatigué, nous passons devant « Ross Dress for Less » le long de l’autoroute. Nous sommes bien à Los Angeles et il m’a bien parlé français.
La curiosité m’empêche de me rendormir.
– Vous parlez français ?
– Absolument, mais malheureusement, en Californie, je perds mon vocabulaire, me répond–il, très mondain, je n’ai pas trop l’occasion de converser dans la langue de Molière… Aujourd’hui, c’est mon jour de chance, car vous êtes montée dans mon taxi. J’ai toujours l’espoir de conduire des Français mais je n’en ai transportés que deux fois depuis le début de l’année. Pourtant, j’ai appris méticuleusement les horaires d’Air France. Vous venez de Paris ?
– Oui, je suis parisienne mais j’habite ici maintenant.
– Je comprends, mais vous y habitiez auparavant ?
– Oui, je suis ici depuis deux ans.
– Quel quartier de Paris ?
– Du coté de la Porte d’Auteuil.
– Vraiment, quelle rue exactement ?
– Rue Boileau, vous connaissez le coin ?
– Assez bien, dit-il en riant comme si j’avais fait une bonne blague. Est-ce qu‘il y a toujours cet excellent fromager, rue La Fontaine, près du carrefour avec l’avenue Mozart ?
Je suis sidérée …Ce type est en train de me parler de la fromagerie hors de prix de la rue La Fontaine, les voitures défilent sur la 405 et nous passons devant l’immense bâtiment de Ross .
La conversation est totalement surréaliste.
– Oui, toujours, vous m’avez l’air de drôlement bien connaître le quartier. Vous étiez aussi chauffeur de taxi à Paris ?
– Non, j’étais étudiant, et j’habitais dans ce quartier.
– Ah, vous étudiiez quoi ?
– Le Droit à Assas.
– Vous n’avez pas d’accent …Je n’ose pas demander pourquoi il est chauffeur de taxi ici alors, deux ans après le 11 Septembre en plus .
– Merci, mais j’ai fait une partie de mes études secondaires en province, vous savez. A Tours !
– Vous êtes là depuis longtemps ?
– Depuis deux ans moi aussi… j’aimerais vraiment rencontrer des Français et parler plus souvent. …J’ai été à la chambre de commerce de France mais rien n’est organisé pour cela. Vous aimez Serge Lama ? Moi, je l’aime beaucoup.
– Vous devriez vous inscrire à Los Angeles Accueil, ce serait une bonne opportunité pour vous pour converser et pour elles aussi de vous rencontrer. Il y a peu d’hommes.
Il rit et se retourne. Il est très jeune et assez beau aussi. Il pourrait poser pour Armani. Nous parlons…un peu de tout.
A l’un des feux de Santa Monica, il griffonne son adresse sur un post-it bleu dur et me le tend.
– Pourriez-vous me communiquer toutes les coordonnées de cet organisme « Los Angeles Accueil » s’il vous plait ?
– Je vous ferais envoyer leur journal, comme cela vous verrez.
Il me regarde droit dans les yeux et me dit d’une voix tranquille :
– Vous revenez au bon moment, c’est la saison des jacarandas.
Je ne sais pas si c’est la fatigue ou le décalage horaire, mais je ne me sens pas très bien tout à coup. Je dois avoir un peu de fièvre. Vivement qu’on arrive.
Devant la maison, il se gare précautionneusement, arrête le moteur et se retourne encore : « Veuillez, s’il vous plait, me rendre mon papier, je vais vous mettre un autre numéro de téléphone où me joindre »
Bien entendu, je ne retrouve pas son précédent post-it englouti définitivement dans le bazar de mon sac. Je m’énerve, il sourit et très calmement, prend un autre post-it et écrit à nouveau son adresse et ses deux numéros de téléphone. Il a une belle écriture. Je paye.
– Je vais porter vos bagages jusqu’à votre porte.
– Non, ce n’est pas la peine.
– Mais si. Il reste encore quelques hommes galants.
Nous nous arrêtons à la barrière de mon jardin.
Il hésite un peu et puis me lance avec un sourire de petit garçon sage :
– Nous pourrions peut-être boire un café ensemble, un jour, ne pensez vous pas, ou si vous le préférez, même un apéritif ?
Il ne manque pas de réactivité ce jeune homme là malgré son français désuet. Je ne réponds pas et je voudrais surtout m’éloigner de ce regard là. Je m’enfuis presque avec ma valise à travers le jardin . Alors il revient tranquillement vers son taxi vert et me hurle :
« Dites-moi au moins votre nom ! »
Je m’entends répondre « Marie » et je cours me réfugier à la maison.
Il a raison. C’est le début de la saison des jacarandas à Los Angeles, et l’air est voluptueux.
Mais j‘ai eu beau chercher, je n’ai pas retrouvé les post-it bleus!
Commentaire de Michèle Arlet passé dans les spams et récupéré :
Nous voici arrivés grâce à ton récit à Los Angeles ,maintenant on attend la suite ! Bravo Marie Do pour ta manière de ferrer le lecteur !
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Oui, je me suis bien fait ferrer aussi. Vincent
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