11 décembre 2020,

Episode 2
Résumé de l’épisode précédent:
Mai 2003: Marie prend un taxi à l’aéroport de Los Angeles pour rentrer chez elle. Celui-ci est conduit par un jeune chauffeur de taxi mystérieux, francophone et francophile, qui intrigue beaucoup sa passagère …
§
Le jacaranda est un arbre magnifique, même un peu magique.
A ses feuilles toujours vertes, succèdent pendant le joli mois de mai, des grappes de fleurs d’un violet si intense qu’il vous fait cligner les yeux et même parfois aimer Dieu. Tous ces nuages bleus qui bordent les rues peignent l’humeur en rose et puis tapissent le macadam des rues de la ville d’un épais tapis parme. Mais quand elles pourrissent, les fleurs sentent une odeur nauséabonde, comme pour faire oublier la trop grande beauté de leur éclosion.
Je reprends mes habitudes californiennes, c’est facile à cause des bougainvilliers: Les allers et retours au lycée Français pour déposer et chercher Adrienne, le café et les copines, les courses, la gym, les cours d’anglais « as a second language ». Tout un programme !
J’habite à Los Angeles ou plus exactement à « 90210 » qu’on prononçe ici « Nain-o-tou-ouann-o » ! Ce n’est pas une réserve indienne, mais Beverly Hills, commune fort connue en Europe, mais curieusement moins ici, ou plutôt dans les autres états américains qui l’appellent par son code postal, titre américain d’un célèbre feuilleton. Ici la vie se confond toujours avec le cinéma ! Ainsi ma nièce de New-York a dit à son père : « Tu te rends compte quelle chance ils ont, ils vont aller habiter Nain-o-tou-ouann-o ! »
Quand je dois épeler mon adresse, mes interlocuteurs ne comprennent qu’au moment où je prononce la formule magique, le code secret qui pourra les promener en décapotable de préférence , à la poursuite de Will Smith le long des rues impeccables de la ville jardin, bordées de palmiers alignés : « Nain-o-tou-ouann-o ».
Apparaissent alors le flic ou le clochard de Beverly Hills, le poste de police et la mairie, la High school ou le Beverly Hills Hotel rose et désuet, Julia Roberts et Marilyn , suivies de Richard Gere et du père de la mariée, sur l’écran des imaginations mises à rude épreuve par les nombreuses productions hollywoodiennes.
J’habite donc là, dans une maison entourée de rues de feuilletons, de maisons de stars mortes et même parfois vivantes, dans une verdure extrême et une végétation digne d’un parc botanique exotique. Cerise sur le gâteau, j’habite sur Rodéo Drive, et quand je donne mon adresse, mes amis me disent en riant : « Non , mais ta vraie adresse ! » . C’est ma vraie adresse.
Dans la réalité, c’est vraiment comme dans les films, en plus tranquille… Les rues paysagées sont désertes sauf à l’aube où quelques courageux joggers vont courir sur les contre-allées tirées au cordeau, et le vendredi quand les jardiniers mexicains viennent tondre et entretenir les jardins, fleuris en permanence.
Le reste du temps, je suis seule à marcher dans les rues mythiques de Beverly Hills .
Ce matin, c’est l’odeur du jasmin qui fait tourner la tête, ce matin, l’air est transparent. Ce matin je chante « If I was in LA » dans ma voiture en écoutant « California Dreaming » et à travers mon toit ouvert, défilent les palmiers des rues manucurées de Beverly Hills. J’ai lu le Los Angeles Times tout à l’heure et cela m’a comme souvent mise en joie. Aujourd’hui, j’y ai appris que les dépanneurs de Dell, qui travaillent en Inde, et donc la nuit pour eux, devaient prendre des noms d’acteurs américains pour être soit-disant plus proches de la culture de leurs clients. Ainsi, si vous recevez un coup de fil de Robert de Niro ou de Clint Eastwood, il ne faut pas se réjouir trop vite, cela sera probablement un technicien de Dell …
Dans la cuisine, sur la table ensoleillée m’attend le courrier. Rien de passionnant, les incontournables et épaisses publicités, des coupons de réduction, mon copain Ralph Fresh Fare m’annonce les promotions de la semaine sur le jambon de dinde sans gras et la salade d’œufs sans œufs … les factures habituelles … Et puis il y a une enveloppe sans timbre, tout a fait incongrue, sur laquelle est écrit: « Pour Marie », suivi d’un obsolète “E.V.” encore plus stupéfiant.
Je me fais un café en regardant la missive blanche en douce. J’ai la sensation que c’est une petite boite de Pandore autocollante que cette enveloppe là. Je la laisse tomber un moment comme un faire-part qu’on aurait peur d’ouvrir. Je vais lire mes mails en tâchant d’oublier le courrier.
Je ne tiens pas longtemps.
Devant l’ordinateur, aucun copain n’est à l’écoute à l’autre bout du monde, pour me faire oublier cette sacrée enveloppe. Je retourne à la cuisine.
C’est un simple mot, aux lettres équilibrées qui se détachent bien, comme une évidence, sur le papier:
“Mademoiselle Marie,
Pour notre première rencontre, j’ai pensé que le café « La Conversation » serait tout à fait adapté. Je vous y attends lundi prochain à 10 heures du matin. C’est au coin de Doheny et de Nemo Street. J’espère que vous viendrez. (Ben voyons !…). Si toutefois vous aviez un empêchement, je vous y attendrais le lundi suivant. Ne tardez pas trop à cause de la floraison des jacarandas.
Bien à vous,
Votre chauffeur de taxi,
PS : N’ayez aucun souci, l’endroit est très bien fréquenté.”
Cela tombe mal, j’ai envie d’aller dans des endroits mal fréquentés ces temps-ci.
Ce type a décidément de la suite dans les idées …mais curieusement la corvée du supermarché me semble plus légère aujourd’hui. Je me sens d’humeur joyeuse ;
Evidemment, je n’avais pas pu, faute de coordonnées, signaler ce farouche francophone à l’association des Français de LA. Ensuite, il est clair qu’il est vraiment motivé pour bavarder en français.
Le mieux est peut-être alors d’y aller, de reprendre ses coordonnées, de lui donner celles de l’association, de papoter pourquoi pas un moment en buvant du café , une activité classique ici .
Tout cela n’a en fait rien d’exceptionnel, ni même d’excitant.
Cette formulation “de première rencontre” est certes un peu cavalière, mais peut-être due à une méconnaissance de la langue… Bon, c’est décidé, je louperai le cours de gym menée par une poupée Barbie, sadique de toutes les façons. Le rayonnement de la culture française est en jeu …
J’attends la suite avec impatience !!! Bravo
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Curiosité piquée!
Bravo! Serai au rendez-vous pour la suite.
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La tension monte!
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