18 décembre 2020,

Episode 3
Résumé de l’épisode précédent:
Marie reçoit chez elle un mot du mystérieux chauffeur francophone, lui proposant un rendez-vous dans un café appelé “la conversation”. Elle hésite un peu mais décide finalement d’y aller.
§
Le lieu du rendez-vous n’est pas si loin de chez moi, je pourrais presque y aller à pied. Mais ma fidèle New Beetle bleue, avec son bouquet de roses jaunes piqué prés du volant, me rassure. Elle sera là en cas de fuite ou de sortie rapide. Et puis, cela ne se fait pas à Los Angeles de marcher.
Je vais arriver en retard. Normal, les jeunes gens peuvent attendre.
Et puis, j’ai pris un petit peu de temps pour me préparer et faire oublier la première impression : une mère de famille épuisée aux pieds gonflés. On a sa dignité quand même.
Je roule doucement en respirant bien, sur Lomitas Drive, je traverse toutes ces rues parfaites bordées d’arbres variés, palmiers mythiques pour Canon et Foothill, et puis les magnolias fleuris de Crescent. Les trouées vertes se font plus intimes avant l’arrivée sur Doheny, rue frontière entre Beverly Hills et West Hollywood, où se trouve « La conversation ».
Je longe le café et me gare dans le parking sur Nemo street. Je peux rentrer ainsi discrètement par la porte de derrière.
A ma grande déception, mon chauffeur de taxi ne semble pas du tout surpris de me voir, même par ce passage dissimulé. Il dit simplement : « J’aime votre voiture, elle vous va bien »
« La conversation », en français s’il vous plait, est un petit salon de thé, style bonbonnière, tenu par un couple gay du quartier. C’est tranquille et hors du temps. Taxi Driver a fait visiblement un effort de toilette. Sa queue de cheval est coiffée avec soin. Je ne sais pas quoi dire, je me sens très intimidée. Il me regarde en prenant son temps comme si j’avais été convoquée pour un casting:
– Vous n’avez pas l’air surpris de me voir ?
– Non, je pense que ce qui est écrit est écrit. Que boirez-vous ?
Il a les yeux irradiants. Je prends prudemment mes lunettes de soleil.
– Voulez vous aller à l’intérieur ? me dit-il aussitôt d’un ton courtois. Non franchement, je suis plus à mon aise derrière mes lunettes.
– Non, non, j’aime le soleil.
– Moi aussi, le ciel plein de soleil, celui de « l’étranger », de Meursault je veux dire.
Comme la conversation ne comporte pas de guillemets, je le regarde d’un air interrogateur.
Heureusement il continue.
– J’aime assez Camus. Alors, dites-moi, est-ce que vous avez hésité à venir ?
– Un peu, mais voyez-vous, comme j’avais perdu vos « post-it » bleus et que vous aviez l’air si motivé pour parler français…… »
Il regarde longuement ses longues mains bronzées.
– Vous n’avez pas pensé que j’étais plutôt motivé par votre conversation en particulier ou encore même par vous en particulier… Il sourit sans ironie. Je ris nerveusement. Il n’a peur de rien ce type là.
– Non, pas vraiment, vous êtes quand même un peu jeune et franchement. ….
Il m’interrompt avec à propos, car je ne savais absolument pas comment j’allais finir ma phrase.
– L’âge n’a pas vraiment d’importance vous savez. Mais parlons d’autre chose.
Cà y est, je suis peut-être tombé sur un « escort-boy » en mal de clientes. Il y a justement un film qui vient de sortir sur le sujet, qui semble habituel en Californie.
– Quel est votre prénom?
– Je m’appelle Nourredine.
– Et cela signifie ?
– Cela signifie quelque chose comme la lumière de Dieu, en toute simplicité bien entendu. Vous n’avez donc rien à craindre … rajoute-t-il en riant.
Il dit encore :
– Je veux tout connaître de vous, vous devriez commencer par retirer vos lunettes de soleil.
Cela fait bien longtemps que quelqu’un ne m’a pas dit cela.
Nous parlons de mille riens et d’un peu de tout, en buvant du mauvais café jusqu’au déjeuner, et puis nous déjeunons dans la foulée en nous racontant nos vies, surtout la mienne. Il reste assez évasif sur la sienne. Son père est afghan, sa mère est française. Il a obtenu sa carte verte grâce à la loterie organisée par l’immigration. Il parle un français élaboré et désuet avec une forte prédilection pour le passé simple, le sien ne l’étant peut-être pas. Il essaie de me raconter l’Afghanistan, dont je ne sais pas grand chose. Une vraie tour de Babel. On y parle tant de langues que je m’y perds.
Il aime la poésie, les silences dans la conversation, et l’odeur du jasmin lui aussi.
Le long de Doheny drive, il y a une série de jacarandas en fleurs, et il a choisi l’endroit pour cela.
Je lui explique ce que veut dire Nemo, et m’étonne qu’une rue de West Hollywood porte ce nom. Il me propose aussitôt d’aller s’y promener, tandis que je lui raconte l’Odyssée.
Proposition totalement exceptionnelle à Los Angeles, où personne ne marche jamais, sauf à un rythme de course à pied, pour faire de l’exercice afin d’être beau et musclé.
La promenade est plus longue que je ne l’imaginais.
Je suis partie pour une heure, et je suis arrivée en retard à la sortie de l’école sans détour par le supermarché. Quelle drôle de journée!
Cette nuit là, je rêve que je rentre en scène, sans connaître mon texte. Je suis à la fois anxieuse et excitée, quand s’ouvre le rideau rouge. Cela doit être l’ambiance de Los Angeles!
Ah! Du bon usage des temps! Génial, le coup du passé pas si simple!!
Je propose de la même veine:
” Il tenta un futur antérieur, lorgnant sur son présent postérieur”.
Bises temporelles.
ps: je sens que la suite sera torride….
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Je ne sais pas ….moi aussi j’attends la suite ! Merci de ton commentaire d’amoureux de la grammaire !
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Un grand Bravo pour ton adresse de courriel, la Mirloute ! Bises marines !
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Une suite, ouiiiiiii, s’il te plaît, et même plusieurs suites!
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Elle est Top ton histoire Mamie-Do!!!!
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