22 janvier 2021,

Résumé de l’épisode précédent: Marie, après une parenthèse glamour avec Nour, rentre à Paris pour les vacances d’été…
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A notre arrivée à Paris, nous avons attendu longtemps un taxi et la queue n’était pas bien organisée. Le chauffeur n’était ni un prince russe, ni un historien afghan, mais un vrai râleur parisien.
– Alors, comme cà, vous habitez à Los Angeles ! Vous avez bien de la chance ! Nous, avec l’euro, tout a augmenté ! Ils s’en sortent comment, les Américains avec l’euro ? (Nous sommes en 2003)
– Très bien, vous savez, ils en sont restés au dollar !
– Ah! Cà alors! C’est bien les Américains !
– Mais par ailleurs, il y a quand même eu la guerre en Irak cette année …
– Oh! la guerre, vous savez, il y en a toujours une quelque part, alors autant que cela soit les cow-boys qui s’y collent. Ils ont toujours eu la gâchette facile!
Je pense aux yeux rieurs de Nour, un matin de printemps, dans le rétroviseur.
Il fait si beau à Paris que je ne remarque même pas combien l’autoroute est petite. Je me réjouis de rentrer chez moi après cette année où j’ai vécu dans un pays parti en guerre tout de même.
La maison nous attend entourée de verdure, mais je suis décalée et je n’ai plus les bons codes dans la tête. L’alarme hurle pendant deux heures. Les voisins vont savoir que je suis rentrée !
J’avais fait les codes de la maison de Los Angeles, il est grand temps de se réadapter …
C’est un vrai diner de retrouvailles en famille avec tous les enfants … Je fonce au Monoprix. Je ne sais que choisir …Quelle merveille, ces supermarchés français! J’avais oublié ce qu’était la variété. Je remplis mon chariot à une vitesse vertigineuse en m’extasiant sur les prix. Ah ! Qu’on est donc riche à Paris!
C’est une vraie longue soirée d’été comme il n’en existe pas en Californie. Nous dinons sur la terrasse, trop heureux de nous retrouver tous, et nous bavardons sans parvenir à nous arrêter, mais je finis par m’endormir sur ma chaise, épuisée et sérieusement décalée.
Dés le lendemain, nous filons sur l’autoroute en chantant tous à tue-tête, car la Sologne, l’éternelle Sologne, nous attend.
Notre vieille maison de bois est fidèle au poste malgré son âge, mais a pris une allure bancale. Le portail ne ferme toujours pas et la clairière est largement ouverte. Nous déjeunons à l’ombre de chênes, en nous racontant nos petites histoires. Dans la pompe rouillée, les rouges-gorges ont refait leurs nids, la bruyère a fleuri, les aiguilles chauffées par le soleil embaument l’air.
Un séjour dans notre petit village est un véritable voyage en France profonde.
Le lendemain à l’aube, arrivent en rangs serrés tous les corps de métiers, que j’avais suppliés de venir me voir car j’habitais très loin, aux Etats-Unis. En fait, ils viennent voir “l’Américaine”. Je suis donc en train de boire mon café dehors, en nuisette, en comptant les lapins, quand arrive le bel Antonio, troisième d’une famille de séduisants portugais couvreurs de la deuxième génération, qui ont fait fortune dans le pays. Il faut nettoyer le toit, c’est certain, mais il a trop de travail avant l’hiver, à cause de la saison de la chasse qui arrive.
-Ils chassent quoi en Amérique, les bisons ?
Quant à Monsieur Charpentier, le maçon, comme son nom ne l’indique pas, il est également surchargé de travail.
– Bonjour madame, je viens vous voir, mais j’ai mon planning plein jusqu’à la Noël, même pour une dalle de béton. Je connais la maison, c’est moi qui suis venu en urgence quand votre fosse septique à éclaté l’hiver dernier et que vous étiez en Amérique !
Je le remercie avec effusion de son efficacité en espérant caser ma dalle entre deux gros chantiers.
– C’est que vous étiez bien dans la merde ! ajoute-t-il, en précisant qu’il faut bien rigoler par les temps qui courent… Bon, le problème c’est qu’on a trop de boulot. Si je ne peux pas couler votre dalle, c’est à cause de l’école.
-De l’école? Je répète avec un air étonné, en spécialiste du dialogue non directif, et en tirant sur ma nuisette.
– A l’école, ils disent aux gamins qu’y faut pas faire maçon, qu’y feront pas leur argent, pourtant moi je le fais bien, mon argent! (Au prix de la fosse septique, j’en suis persuadée!). Ils disent qu’y faut faire de longues études, tout cela pour qu’ils aillent à l’usine… moi, du coup, j’ai pas d’apprentis et je peux pas couler votre dalle… et les loirs, l’hiver, ils font Club Med dans votre maison..Tout cela, à cause de l’école ! Ma petite dame, je ne sais pas si vous êtes au courant en Amérique…mais ici , c’est la crise de la grande économie ( la petite, la sienne, se porte comme un charme), mais attention, la vrrrraie grande économie et moi, je peux vous dire….
Il prend alors l’air inspiré d’un trader de Wall street, un oeil à l’orient, l’autre à l’occident:
-Je peux vous dire, eh ben, les usines …elles ferment. Ils sont pas bien malins les instituteurs, y doivent pas s’y connaitre en économie !
Après de difficiles négociations pour des travaux incertains, il est temps de faire quelques courses dans le village voisin, où il y a encore un boucher “chez Dhuizon”:
– Vous voilà donc de retour d’Amérique, c’est pour les vacances ?
J’acquiesce et commence avec gourmandise ma commande … Mme Dhuizon commente:
– Une tranche de terrine de lapin aux pruneaux, pour la petite qui aime toujours autant la terrine ! Ah ! ils n’ont pas cela là-bas… des rillons, du saucisson à l’ail, un pot de rillettes d’oie… pour l’apéritif c’est toujours bon… Pas du tout de charcuterie vous dites?… C’est pourtant pas l’Afrique ! Des rognons de veau…. Y-z-en n’ont pas non plus ? Un bon rôti de bœuf… Ah, pour les ris de veau, c’est plus compliqué, faut voir cela avec le patron. Attendez deux minutes…
Nous patientons en admirant l’affiche sur le mur : « CHEZ NOUS, LES TRUFFES C’EST SOUS LES CHENES, ET LE VEAU C’EST SOUS LA MERE ». Je suis très loin de Ralph Fresh Fare et des supermarchés d’outre-atlantique … Je repère des bocaux de girolles au vinaigre pour accompagner mes rognons à la crème. On entend des pourparlers dans l’arrière-boutique :
– Alain, tu peux prendre une commande de ris de veau pour demain ? C’est pour la dame de la Ferté qui vit en Amérique… Là-bas, y z’ont pas de terrine de lapin, y z’ont pas de rillons, y z’ont pas de rognons, et y z’ont pas de ris de veau… Si ça se trouve, y z’ont même pas de boudin, les pauvres, alors il lui faudrait juste un petit ris de veau.
Alain apparaît alors, superbe, et souriant sous sa moustache, avec sa tenue pied-de-poule de boucher traditionnel, il s’essuie les mains sur son grand tablier blanc :
– Et, dans le ventre , y z’ont-y quelque chose au moins ? » car c’est un joyeux drille…
Et il ajoute avec un ton de conspirateur :
-Demain vers 11 heures, j’aurai quelque chose pour vous…
Il est ici définitivement bien joyeux de faire les courses… nous rentrons par des chemins de traverse. Il y en a de nombreux ici, ainsi que des “petites routes”. Un concept inconnu en Californie, où l’autoroute est reine. Ces chemins dans les bois, ceux de la La Perelle, de la Drague ou des Ardillats m’amènent vers d’autres rivages, ceux du Beuvron, ou du petit Néant.
Peu à peu, Los Angeles s’estompe dans le paysage… Et puis c’est déjà l’heure de l’apéritif traditionnel chez mes soeurs. Finalement, on se réadapte facilement au mois de Juillet.
J’aime bien le terme Glamour pour résumer l’épisode précédent…
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Est ce que Nour va débarquer à la Fierté au volant de son taxi ?
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Pourquoi pas ?
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Bruno, à mon avis, il est déjà là dans la tête de la Marie.
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Peut-être bien que oui , mais peut-être bien que non !
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Tout cela c’est de la fiction!!!!!
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Commentaire de Michèle : Bravo Marie-do pour l’évocation de la Sologne et l’esprit gaulois. On est loin de LA !
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Bien entendu Patrick !
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I love it all. It gives insight to the challenges a writer face with his entourage as his writings oscillate between facts and fiction.
We want more.
V
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