L.A. BLUES

Vendredi 12 février 2021,

Résumé de l’épisode précédent : Marie est rentrée à LA, mais quand elle retourne sur les lieux de ses rencontres avec Nour, il n’y a plus rien de la charmante guest-house et de la grande hacienda. Tout a mystérieusement disparu, comme dans un rêve.

§

La stupeur passée, j’ai d’abord essayé de comprendre calmement ce qui avait pu arriver. Nour était la solution. J’avais réussi à traduire son mot en dari, envoyé aux Sables blancs. Il signifiait littéralement : “Mon coeur s’est serré pour toi” Cette formule poétique veut dire, parait-il, “Tu me manques”. Comment peut-on être Persan?

Ensuite, j’ai laissé un message sur son cellphone comme on disait à l’époque. Par ailleurs, j’ai procédé à une fouille minutieuse de notre boite aux lettres juste au cas où un message m’aurait échappé.

Enfin, je me suis dit que le producteur qui avait prêté la maison à Nour avait pu vendre celle-ci et que les nouveaux propriétaires avaient du la faire raser pour en reconstruire une autre plus à leur goût. C’est triste mais fréquent ici, la législation étant très libérale, seuls quelques sites éminemment historiques sont un peu protégés, mais les jolies maisons un peu anciennes, mêmes construites par des architectes renommés, ou les demeures de célébrités sont détruites sans la moindre hésitation, pour construire plus grand, plus clinquant, plus laid parfois… Souvent, les nouveaux propriétaires jurent tous leurs grands dieux aux vendeurs inquiets vouloir préserver avec le plus grand soin ces lieux rares. Ce ne sont que des promesses verbales. Le lendemain de la vente, les bulldozers arrivent.

Aussi est-il est fréquent de voir dans les beaux quartiers de Los Angeles de splendides maisons détruites en deux jours, avant d’être reconstruites… Selon les mauvaises langues, elles subissent le même sort que les femmes californiennes, on se débarrasse des vieilles pour en prendre des neuves!

Je suis retournée dans les bureaux de West Hollywood où Nour avait une boite aux lettres…Il n’y avait plus son nom mais j’ai quand même laissé un petit message, les larmes au bout des mots !

Il faut croire que les dieux n’étaient pas favorables à mon retour car le pire restait à venir. A la déception, est venue se rajouter une souffrance terrible.

On m’a téléphoné ce soir pour me dire que ma soeur chérie, après avoir souffert mille morts, s’était endormie définitivement dans la vraie.

On m’a téléphoné ce soir vendredi 19 Septembre pour m’annoncer que ma soeur chérie était morte le samedi 20 Septembre à des milliers de kilomètres d’ici, dans une nuit que je n’ai pas encore vécue. 

On m’a téléphoné ce soir, pour me dire que ma soeur chérie nous avait quittés, comme si elle pouvait nous quitter. Ce n’était pas son genre !

On m’a téléphoné ce soir pour me dire que ma soeur chérie s’était « éteinte », comme si elle pouvait s’éteindre, ma flamboyante soeur! Elle était si jeune, si drôle, si belle  !

A l’heure où j’épluchais des oignons devant ma télévision débile, ma soeur chérie se mourrait. Son corps gracieux était devenu trop fragile et l’a laissée tomber.

Saloperie de maladie. Saloperie de mort. Saloperie de vie.

Ce soir, je ne vais plus parler, je ne vais plus écrire, je ne vais plus respirer, je ne vais plus pleurer, je ne vais plus dormir, je vais attendre dans la nuit californienne, les derniers instants qu’a vécus ma soeur chérie pour la veiller en paix.

Demain, nous repartirons en France, mais nous aurons beau remonter les fuseaux horaires, nous ne rattraperons pas le temps perdu. Je serai présente à l’enterrement de mon passé.

2 thoughts on “L.A. BLUES

  1. Coucou Matie,
    Je viens de lire les « épisodes » en retard.
    Très belle ode à ta sœur et une belle place laissée à la douleur qui nous traverse tous, et qu’il nous faut, à ces moments la, comme Marie, savoir vivre.
    Bravo pour cette belle écriture .
    Et « notreNour »?
    J’espère qu’il va venir, tel Zorro, te libérer de ces tracas.
    D’ici la je t’embrasse
    Ève

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