La mort dans l’âme

Vendredi 19 Février 2021

Résumé de l’épisode précédent : Marie et sa famille doivent repartir précipitamment à Paris pour l’enterrement de la soeur de Marie.

§

Evidemment, il faisait mauvais quand nous sommes arrivés à Paris. Le ciel pleurait aussi. Le chauffeur de taxi était bougon. Tout était gris.

Après une mauvaise nuit, nous sommes partis en famille dans notre village que ma soeur aimait tant et où elle devait être enterrée. Elle avait écrit dans un des ses poèmes: “La Sologne adoucit la peine la plus forte, demain sera vivant, je me lèverai tôt.” Elle se trompait. Malgré son rire joyeux qui résonnait encore dans notre coeur, la peine s’est incrustée en nous définitivement. Et pendant les lendemains pluvieux, nous mîmes notre vie au temps mort.

Mon séjour s’est ensuite prolongé, car mon mari a appris, en allant faire un tour au siège de son entreprise, qu’il devait être muté à Paris. Il est donc vite reparti clore ses dossiers d’hommes d’affaires affairé. De mon coté, j’ai dû trouver au plus vite un lycée pour Adrienne et préparer notre retour en France. Ma fille, furieuse, fit donc “une deuxième rentrée”, sans soleil cette fois, dans un établissement inconnu mais heureusement sans uniforme comme aux USA! Elle ne comprenait pas pourquoi il fallait se réveiller alors que le jour n’était pas levé, et cherchait les bougainvilliers sur le chemin de l’école.

Ce n’était pas vraiment une bonne période pour quitter Los Angeles et affronter le crachin parisien. Aussi, pour les vacances de la Toussaint, nous sommes reparties toutes les deux vers la Californie pour dire au revoir aux amis, et organiser le déménagement programmé. Le soleil était bien au rendez-vous, mais il n’y avait pas de message de Nour. J’ai quand même été faire un petit tour rapide du coté de Roxbury Drive. Le terrain semblait être en passe d’être réaménagé.

La ville s’était comme d’habitude couverte de citrouilles, de fantômes, de toiles d’araignées et de squelettes endiablés pour fêter Halloween. Pour célébrer “la saison de la sorcière” nous sommes allées dans un magasin incontournable sur Wilshire Boulevard du nom de “Aaahs”, transformé en caverne apocalyptique. Devant celui-ci, un géant juché sur des échasses, et habillé en grande Faucheuse, hélait les voitures et leur indiquait la direction du parking. De l’entrée de ce paradis pour accessoires de l’enfer sortaient des hurlements effroyables et des torrents de fumée. Nous avons traversé le très créatif rayon des accessoires où les mains tranchées jouxtent les mentons de sorcières et les “RIP” autocollants pour pierres tombales décoratives. Qui donc ici comprend cette abréviation? Les latinistes ne sont pas vraiment monnaie courante dans le grand Ouest. Adrienne hésitait un peu entre un costume de diva gothique et de diablesse sexy, ce qu’elle est au naturel ! A la sortie, “la Mort” et sa faux qui s’embêtait un peu, nous a raccompagnées au parking en papotant. C’est mal payé comme job, parait-il, mais on rencontre du monde!

Le temps était évidemment divin pour la Toussaint. La plage de Santa Monica était, quant elle, plantée de plus de mille croix de bois qui symbolisaient tous les soldats morts en Irak dans la semaine. Chaque dimanche, celles-ci étaient installées à l’aube par des vétérans pacifistes, avec le décompte des morts américains inscrit sur une petite pancarte. On ne compte pas les autres , la plage entière n’y suffirait pas. “Requiescant In Pace!” L’effet était saisissant mais n’incitait pas à la baignade, malgré la douceur de l’air.

Nous avons rempli des cartons tant bien que mal avec les morceaux de notre vie californienne, jusqu’à l’arrivée des déménageurs qui ont eu vite fait d’embarquer dans leur camion ma new-beetle bleue, pour une croisière transatlantique et de nouvelles aventures.

Au dernier moment, avant de rentrer dans le taxi pour l’aéroport, je suis quand même allée jeter un oeil dans la boite aux lettres. Il y avait une carte postale ancienne qui semblait avoir beaucoup voyagé : “Chère Marie, J’ai du partir pour un tournage dans mon pays. je reviendrai bientôt. Ne m’oubliez pas ! N. ” Elle était postée de Kaboul et représentait le lycée Français à sa construction, en 1922.

Nous sommes quand même repartis pour Paris. Car ce qui n’est pas écrit n’est pas écrit !

3 thoughts on “La mort dans l’âme

  1. Très habilement tissés Marie-Do ces fils de couleurs aussi différentes qu’attrayantes. Le sentiment créé par ton récit en est un d’authenticité. Nous laisseras-tu fantasmer pour toujours sur la part de vérité et de fiction?

    Liked by 1 person

  2. Bon retour à Paris Marie-Do! (Au fait, les déménagements ne constituent pas les meilleurs souvenirs de ma vie à l’étranger. )
    Dernier épisode la semaine prochaine? Dommage! Est-ce que l’histoire se terminera pour mieux faire de la place à la prochaine?

    Liked by 1 person

Leave a comment