Vendredi 3 Décembre 2021,
Nous naviguons maintenant vers des rivages plus sauvages qui baignent un gigantesque parc marin. C’est la plus grande zone marine protégée d’Europe. Des troupes de dauphins farceurs nous accueillent en sautant pour jouer avec le bateau. De nombreuses iles désertes se détachent sur cette mer immense et calme. Certaines sont complètement interdites d’accès, pour préserver une nature intacte.

Malgré sa tranquillité apparente, Alonissos, l’ile principale, est, depuis le paléolithique, la plus ancienne des îles de la mer Egée, Si son nom s’écrivait avec deux L, comme Allonissos, cela signifierait “l’autre ile”, comme l’imaginait l’écrivain Jacques Lacarrière dans “L’été grec”: “L’ile réelle ne serait-elle que le double de l’ile véritable, invisible à nos yeux , ou l’ultime vestige de l’ile disparue?”. Plus prosaïquement, Alonissos veut dire “l’ile du sel”. Elle est la seule qui soit habitée parmi la vingtaine d’autres qui parsèment la réserve naturelle.
Le port s’appelle Patatiri , soit le “Pressoir”, car la terre ici est riche de vignes et d’oliviers, auxquels s’ajoutent des pins à la résine appréciée. La ville haute a été détruite par un tremblement de terre ravageur en 1965 , et le port s’est étoffé plus loin. Sous chaque murier est installé un café, comme c’est souvent la coutume.
“Est-ce l’arbre qu’on élit, ou le café, lorsqu’on va s’asseoir le jour sous son ombre, ou la nuit sous la lampe qu’entoure la nuée des papillons nocturnes ? Les hommes restent là des heures à tourner et retourner ce combologue, chapelet d’ambre dont on ne sait s’il est le signe de quelque aristocratie des loisirs ou celui d’une secrète détresse qu’on devine à cette façon de dialoguer en silence avec ses propres doigts ! * “
Nous avons suivi en vain les traces des phoques moines, le long des nombreuses grottes le long du rivage. Cet habitat favorable les a préservé, et ce sont les derniers de Méditerranée. Mais nous avons appris que celui que nous avions croisé sur une plage il y a deux ans, avait été tué en juillet d’un coup de harpon. Il n’y a pas de limites à la bêtise humaine !

Nous voguons ensuite vers des ilots inhabités. Nous allons d’abord faire un tour à Peristera, l’ile de la Colombe, qui offre aux voiliers une baie complètement abritée, véritable havre de paix protégé des vents et couvert d’arbousiers où nous sommes seuls au monde.

Le lendemain, nous y croisons un habitant du petit village de Steni Vala , venu en ramant avec sa barque. C’est un jeune homme sympathique, beau comme un éphèbe grec, qui vient se ressourcer régulièrement ici où il est né. Il travaille dans l’informatique à Athènes, un endroit qui nous semble très lointain de cette ile isolée. Il nous conseille d’aller voir l’épave d’un cargo au destin mystérieux.

Plus tard, nous gagnons l’ile déserte de Kyra Panagia pour rejoindre la baie d’Agios Petros où vit une faune très riche. Beaucoup d’oiseaux, en particulier des rapaces, et bien sûr de nombreuses chèvres sauvages, y vivent tranquillement . Puis, comme le temps s’y prête, nous allons jusqu’a la crique du Monastère où un ermitage perché sur la montagne est en train d’être restauré au milieu de chèvres affairées. En Grèce, c’est l’église, fort riche, qui entretient les églises et les monastères, du coup très bien entretenus. Par ailleurs, les popes, qui peuvent se marier, sont rémunérés par l’état et ont l’air de fort bien vivre, très intégrés dans la population.

Une autre grande baie sauvage, Planitis, jouxte le nord de l’ile . Elle est magnifique, mais une barre s’y forme quand le meltem est fort. L’entrée est alors dangereuse et la sortie impossible tant que souffle le vent … Nous n’irons pas cette fois ci!
Nous passons une soirée délicieuse dans notre baie protégée, en pensant à la mer agitée qui nous attend le lendemain, pour notre longue traversée vers la Chalcidique…
* L’été grec, Jacques Lacarrière.
Merci de nous faire partager ce voyage magnifique, tellement symbolique de ta renaissance!!Quel plaisir de lire tes chroniques . Je pense que nous sommes nombreux à apprécier le style Marie-Do: culture plus humour, toujours un régal.Continue…. Je t’embrasse
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Superbe!
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Tu me fais rêver ( même si j ai le mal de mer)
J espère que ces merveilleux récits vont être regroupés, vraiment ce journal d îles en îles feraient des heureux.
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Merci Marie-do de nous faire oublier la grisaille et la pluie en nous transportant dans le sillage de Cipango.
Quelle peine d’apprendre la fin tragique du phoque moine ! Celui que nous avions croisé il y a deux ans et qui se prêtait docilement aux selfies des touristes imprudents et inconscient.
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Généreuse piqûre de rappel! Mémoriel ou immunitaire, il nous est indispensable en ces temps incertains. Grand merci et bises à l’autrice, et au timonier.
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Merci Marie Do de ces quelques lignes pittoresques, originales, culturelles…je rêve d’être comme vous, sur un bateau au milieu de ces îles de Méditerranée, loin de Paris.
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C’est un conte de fée
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Quel plaisir de recevoir ton récit et surtout ces photos qui reflètent la chaleur et le bon vivre de la Grèce. Heureusement que cette parcelle de la Méditerranée est encore préservée.
Le bleu intense de la mer, le soleil, nous réchauffent et nous permettent comme d’habitude de nous évader en ta compagnie et de découvrir la Grèce.
Viva Marie-Do!!
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