Affaires de poisons

Samedi 5 Novembre 2022,

Cette année, malgré une débauche d’achat d’hameçons et de leurres attirants, un vent très présent nous a empêché de beaucoup pêcher! Pour sauver la face avec nos petits enfants, nous nous sommes rabattus sur quelques oursins, mais nous avons quand même réussi à attraper quelques maquereaux suicidaires !!

Et puis deux dorades coryphènes délicieuses se sont prises dans nos rets. A Tahiti , c’est un régal de chef, qui s’appelle le “mahi-mahi ” en Polynésie!

Certains pensent qu’elles ne vivent que dans le Pacifique et dans les Caraïbes, et qu’elles n’ont pénétré que récemment en Méditerranée. Elles figurent pourtant sur des fresques de Santorin qui datent de deux siècles avant Jésus-Christ, mais elles restent ici un poisson peu connu et mal apprécié, à tort!

Un jour, la ligne de traine sembla prise de folie furieuse et se mit à tirer à un rythme infernal sur l’appât. Etait-ce un thon, une daurade, ou encore juste une bonite? Les pronostics allaient bon train, pendant la remontée laborieuse de ce qui semblait une grosse prise quand même!

Nous avons enfin hissé à bord, en nous brisant les reins, ce poisson rétif et capricieux. Il ressemblait à une sorte de grosse “vieille” et n’était pas extrêmement sympathique. Comme nous ne le connaissions pas et qu’il avait l’air un peu fourbe, nous avons cherché à en savoir plus!

Merci à internet qui nous a sauvé la vie en trouvant rapidement l’identité de cette prise: un “Lagocephalus sceleratus” de la famille des Tétraodons, un poisson très venimeux! La bestiole s’est mise à gonfler comme une baudruche et s’est révélée être une cousine du fameux Fugu, délicieux mais mortel! Au Japon, seuls les maîtres sushi qui possèdent un formation et une licence accordée par l’état, peuvent cuisiner ce plat raffiné et très cher. Car il faut bien le préparer pour retirer le poison qu’il détient, sinon la mort intervient dans un délai de 4 à 6 heures, sans antidote possible. Une centaine de personnes en meurent chaque année au pays du soleil levant!

Notre poisson charmant mais scélérat est d’une espèce invasive qui a traversé le canal de Suez et qui envahit progressivement la Méditerranée. Des décès dus à sa consommation ont été répertoriés en Israël, au Liban, en Turquie et en Grèce…. Des spécimens ont été retrouvés dans l’Aude et même à Belle-Île.

Alors “faites gaffe!” vous conseillerait mon petit fils, Ulysse, très malin comme son prénom l’indique, et spécialiste pour donner des conseils avisés.

A la suite de cette aventure, nous sommes retournés sagement chez le poissonnier de Kilada, qui ressemble au roi Nestor et qui vend des “Saint pierre”, ces fameux poissons qui portent la trace d’un doigt divin sur leurs flancs, et qui s’appellent ici “χριστοψαρο” ou le “poisson du Christ”. Au moins, ce doigt lève toute ambiguïté et on peut espérer en plus gagner une place pour le paradis!

2 thoughts on “Affaires de poisons

  1. Très amusant, on rit en frissonnant de peur.
    Pour le maquereau je suis perplexe
    Je croyais qu’ils croisaient en mer du Nord exclusivement
    Quand tu racontes on en voudrait toujours plus

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    1. Mais non ma belle ! Ils croisent aussi en Méditerranée ! Mais la photo n’est pas terrible ! On en mange souvent mais cela ne vaut pas la dorade !

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