L’âne et l’éléphant

Dimanche 13 Novembre 2022,

Ces deux animaux sont bien connus des électeurs américains, sans doute autant que le Père Noël ou l’oncle Sam. Cependant peu d’entre eux sont familiers avec leur origine et l’histoire de l’homme qui les a rendus célèbres, Thomas Nast.

Né en Allemagne en 1840, le jeune Thomas partit vivre à New-york avec sa mère à l’âge de six ans. Il montra très tôt un grand intérêt pour le dessin, mais pas beaucoup pour l’école qu’il quitta à 15 ans.

Il fit ses premières armes d’illustrateur avec la campagne militaire de Garibaldi pour le “Illustrated London News” et suivit la guerre de sécession pour le “Harper’s Weekly Journal”. Ses dessins des champs de bataille le firent connaitre. Il fut qualifié par le président Abraham Lincoln de “notre meilleur recruteur”.

Dessinateur anti-conformiste, il savait croquer avec précision non seulement les personnages publics mais aussi des animaux qu’il intégrait dans ses critiques acerbes du monde politique. Il affichait un mépris narquois pour les hommes malhonnêtes et une grande compassion pour leurs victimes. Ses historiens pensent que son approche de la caricature s’inspirait de son enfance difficile.

Il s’attaqua aux politiciens véreux, comme William Tweed, un sénateur New Yorkais corrompu surnommé le Boss. Ce dernier lui proposa un pot-de-vin de cinq cents mille dollars pour qu’il abandonne une campagne de dessins menée contre lui. Nast refusa. Tweed fut arrêté à Cuba, reconnu grâce à un dessin de notre talentueux dessinateur!

Prenant modèle sur des auteurs de l’antiquité comme Esope, il utilisa les animaux avec talent pour décrire les dérives des hommes et les arcanes des politiciens.

Ainsi en 1874, il fut le premier à dessiner un éléphant un peu bête pour évoquer le parti républicain, et un âne déguisé en lion pour désigner les démocrates! Il avait l’habitude d’ajouter des légendes pour éclairer le lecteur et devint le premier caricaturiste à proposer un dessin satirique efficace.

Il savait manier une critique acerbe aux dépens des politiques de tous bords, et devint ainsi le premier grand caricaturiste américain.

Il représentait la politique américaine pour ce qu’elle est encore sans doute, comme une grande ménagerie désordonnée, un véritable cirque, comme celui de Barnum qui avait fait son apparition trois ans plus tôt.

Le “Harper’s Weekly” et Nast jouèrent un rôle essentiel dans les élections présidentielles pendant un quart de siècle, dont notamment celles d’Ulysse Grant en 1868 et 1872. Le président Rutherford Hayes, élu en 1876, affirma que Nast était « la plus puissante des aides » qu’il avait reçues.

Après la mort du fondateur du journal, dont il était proche, ses contributions diminuèrent et il finit par s’en aller. Un journaliste a écrit à l’époque: “En quittant le Harper’s Weekly, Nast a perdu sa tribune; en perdant Nast, le Harper’s Weekly a perdu son influence politique!”

Mais les animaux de Nast ont continué leur chemin et symbolisent encore aujourd’hui les deux principaux partis politiques américains. C’est amusant de penser qu’ils évoquent à travers l’histoire de ces symboles, des animaux stupides, malléables et confus… Le monde politique a t-il tellement changé aux Etats-Unis?

Comment Trumpy qui mérite définitivement son nom en référence à l’éléphant républicain, serait il représenté par Nast aujourd’hui?

Pourrait il être dessiné comme une baudruche qui se dégonfle enfin, affublée de l’étiquette de “loser”?

One thought on “L’âne et l’éléphant

  1. On est un peu effaré de cette ménagerie en effet
    Nast ne vient pas de nulle part
    La tradition satiriste des Anglais dès le XVIII eme était fameuse

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