
Samedi 11 Janvier 2025,
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Saviez-vous, en ces temps d’Epiphanie, qu’il semblerait qu’un roi mage n’est pas vraiment répertorié!
Depuis des lustres, une partie significante du monde vénère de riches savants qui ont suivi sans hésiter, dans la nuit, une étoile brillante et mystérieuse. Cette aventure va les conduire dans une humble étable, pour découvrir le futur seigneur du monde qui dormait dans une mangeoire dans un coin perdu de Judée. Le tout sans GPS.
On ne sait pas vraiment la vérité sur cette curieuse affaire ! Mais j’ai fait ma petite enquête.
Les mages étaient probablement des astrologues perses, des savants éclairés qui, avant même l’apparition de la fameuse étoile qui allait les guider jusqu’à la crèche, avaient prévu l’arrivée d’un phénomène semblable, conforme à la prophétie de Balaam dans l’ancien testament.

En effet, les juifs de l’époque associaient la venue du Messie à l’apparition d’une étoile. Les mages, de vrais “devins” d’après Hérodote, interprétèrent aussitôt ce phénomène astrologique comme la réalisation de la prophétie attendue. Aussi, après avoir prévu quelques cadeaux, et correspondu entre eux sans doute par “messenger”, ils se mirent en route après avoir convenu de se retrouver, pour suivre ensemble cette étoile, qui devait être sans doute d’une brillance hors du commun . Trois mages arrivèrent au rendez-vous, ceux qui ont été appelés beaucoup plus tardivement, Melchior, Balthazar, et Gaspard. Un quatrième mage, nommé Artaban, venu de Perse, devait les rejoindre, car il avait aussi étudié les écritures, mais il loupa le rendez-vous et dû partir seul pour chercher le sauveur. Un problème de réseau sans doute ! Il eut donc un autre destin.

En suivant l’étoile, les mages étaient arrivés à Jérusalem et avaient demandé à Hérode où se trouvait “le roi des juifs”. Hérode leur avait demandé de lui indiquer à leur retour le lieu où il se trouvait pour qu’il puisse aller l’honorer. Evidemment, les puissants n’aiment pas trop la concurrence. Il est facile de s’en rendre compte aujourd’hui, quand on constate que plus un pays est grand, plus ses dirigeants veulent l’agrandir. Voyez vous même! L’interêt d’Hérode pour ce nouveau roi n’était donc pas désintéressé. Heureusement pour les mages, un ange passa pour leur envoyer un message de précaution. Ils rentrèrent indemnes chez eux par un autre chemin.
Mais d’où venait donc cette étoile mystérieuse qui attira l’attention des mages?

L’astronome allemand Kepler découvrit en 1603 un phénomène étonnant: La conjonction des planètes Jupiter et Saturne dans la constellation du Poisson en – 7 avant JC, a provoqué une surprenante lumière brillante ! Or, Jupiter symbolisait le pouvoir royal, Saturne était la planète du peuple juif , et la constellation du poisson renvoyait aux pays de la mer, c’est à dire la Judée et la Samarie où naquit Jésus. Par ailleurs, les historiens datent la naissance du Christ autour de -6 ou de -7 (Hérode est mort en -4). Les calculs de l’astronomie moderne ont confirmé l’hypothèse de Kepler.

Le phénomène d’une lumière brillante et intense aurait eu lieu à trois reprises, entre le 29 mai et le 9 Juin, entre le 26 septembre et le 3 octobre et enfin entre le 5 et le 15 septembre de l’année moins 7 ! Cela aurait donc pu effectivement interpeller les savants du pays , et leur donner l’idée de suivre cette fameuse étoile…
Mais que donc est devenu le quatrième mage, Artaban , qui avait raté le rendez-vous avec ses collègues?

Selon la légende, Il était à pied et a marché pendant 33 ans à travers tout le pays à la recherche de son dieu. Comme les autres mages, il avait apporté des présents qu’il distribua tout au long du chemin. Il avait au départ trois perles blanches, grosses comme des oeufs énormes. Mais sur la route, il rencontra un vieux vagabond malade, le soigna et lui donna une perle, puis il délivra une jeune esclave grâce à la deuxième perle, et enfin, il sauva avec la troisième perle, un enfant qui allait être tué par les soldats d’Hérode. Aussi, quand il arriva à Jérusalem, il rencontra enfin son Dieu, qui le félicita pour son discernement.
L’Epiphanie (du grec, Epiphania ; qui apparait, éclatant) est l’une des plus vieilles fêtes du christianisme qui commémore l’arrivée des mages, plus tard devenus des rois. Mais la coutume de la galette en France, bien sympathique par ailleurs, est un hommage aux Saturnales de l’époque romaine et n’a rien à voir avec la religion. En Italie, l’épiphanie est associée avec l’histoire de la sorcière Befana, à qui les mages ont demandé des indications sur leur chemin.

L’Epiphanie est restée une fête religieuse très populaire dans les pays orthodoxes. En Grèce, les jeunes plongent encore dans la mer pour essayer de pêcher un crucifix lancé par le pope, un peu partout, dans le pays ! Celui qui réussit sera heureux pour l’année !

C’est amusant de retrouver la trace de ces épisodes dans notre actualité: La distribution de galettes des rois dans les écoles par la mairie de Marseille a fait l’objet cette semaine d’une violente polémique: La municipalité de gauche nie tout caractère religieux à ces galettes et qualifie l’Epiphanie de “fête païenne”, respectant scrupuleusement la laïcité. L’opposition de droite y voit une “réécriture wokiste” de l’histoire, niant nos racines judéo-chrétiennes. On finirait par se perdre dans ces querelles byzantines!
Joyeuses fêtes à tous!
