
Mardi 21 Janvier 2025,
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Comme vous devez l’imaginer, j’ai passé la semaine dernière à suivre avec horreur les progrès du feu qui dévorait la Cité des Anges, cette ville mythique où j’ai vécu quatre années de bonheur. Les incendies ne sont pas terminés, attisés par des “tornades de feu” inédites et les vents de Santa Ana boostés par le dérèglement climatique. L’ignorance des hommes n’a pas favorisé la démesure de cet état riche mais peu habitué aux contraintes qui touchent à leurs libertés, comme l’interdiction des armes ou les mesures préventives basiques. Trumpy, désinhibé à l’envi, accompagné d’Elon Musk, son mentor allumé, s’apprête à continuer les dégâts.

C’est la fin d’une époque ! Malheureusement, nous n’irons plus courir sur la plage de Malibu ! Nous ne nous enivrerons plus de l’odeur délicate du jasmin qui flottait sur Sunset Boulevard, nous n’irons plus parcourir les routes escarpées de Topanga Canyon, nous ne marcherons plus sur les hauteurs de Mulholland Drive, et nous ne prendrons plus le café en riant en face du lycée Français. Une partie de la ville a juste complètement disparu sous les cendres comme dans un film d’horreur hollywoodien, dont il ne resterait que des décors complètement brulés.

Tout y est ravagé, les maisons, les arbres, les voitures…Certains quartiers de la taille de Paris, ne sont plus que des plans rasés et noircis. Seules subsistent quelques cheminées isolées sur un terrain vide, car le feu semble respecter ses alliés. Même les palmiers n’ont pas échappés aux flammes. C’est l’apocalypse au bord de la mer.

Je vous rassure, je pense que ma superbe ancienne maison de Rodéo Drive n’a pas brulé.

Du nom de Locke House, elle fut d’abord construite par un juge de ce nom, en 1914, puis ensuite habitée par Joe Kennedy, le père du président, qui y passait une semaine sur deux, chez sa maitresse Gloria Samson, la vedette du film Sunset Boulevard!

Elle est visible en haut à gauche sur cette photo d’époque. C’est intéressant de voir à quel point la nature qui prévalait avant le développement de Los Angeles était semi-désertique. Elle a été complètement transformée pour devenir une oasis de verdure paradisiaque, abritée sous ses palmiers mythiques.

Rappelons qu’avant son développement, Los Angeles était un région naturelle riche et préservée avec des autochtones bien intégrés dans leur environnement qui se contentaient de la Los Angeles River pour leurs besoins en eau. L’arrivée de l’exploitation de pétrole à la fin du 19ème siècle a eu des impacts majeurs sur l’environnement, la biodiversité et le climat.
C’est un ingénieur, William Mulholland, devenu une figure de l’histoire de la ville, qui supervisa la construction d’un aqueduc monumental pour détourner l’eau de la vallée d’Owens qui était à 375 km! Cent mille hommes y travaillèrent entre désert et canyons à partir de 1908! L’ouvrage fut achevé en 1913, et permit l’expansion massive de Los Angeles. Il a évidemment provoqué des conflits multiples avec les habitants de la vallée d’Owens dont le détournement des eaux a provoqué l’assèchement du lac en 1926, et généré une grave pollution atmosphérique due aux poussières toxiques libérées, qui perdure encore aujourd’hui.

Symboliquement, si “Mulholland Drive” reste une rue célèbre qui a donné son nom au célèbre film de David Lynch, elle est aujourd’hui coupée par les flammes.
Pour soutenir la croissance de la région, deux autres aqueducs furent créés successivement , le premier pour prélever l’eau sur le Colorado, 400 km à l’est, achevé en 1939, et le second, l’aqueduc de Californie, pour prélever l’eau de la rivière Sacramento-San Joaquin, 650 km plus haut, au nord-est de San Francisco, achevé dans les années 60.
Depuis, l’accent est mis sur une gestion plus durable de l’eau. Des mesures très impopulaires ont été prises, comme l’interdiction temporaire d’arrosage des gazons pendant la grande sècheresse des années 2010, qui conduisit certains à peindre les gazons desséchés à la peinture verte ! Depuis, des alternatives plus durables se développent un peu partout, comme des plantes indigènes résistantes à la sécheresse, ou des jardins secs.
Pour revenir aux incendies actuels, il est intéressant de se souvenir des terribles inondations intervenues en Janvier 2023. A cette occasion, j’avais découvert la notion de “rivière dans le ciel”, supérieure au cours du Mississipi, un phénomène atmosphérique, qui avait déversé sur la région une quantité d’eau énorme en quelques jours. C’est une variante américaine, plus spectaculaire mais de même nature que le phénomène de “goutte d’eau” qui a généré les inondations catastrophiques de Valence en Espagne, en Octobre dernier. Comme d’habitude, ces cycles d’inondation et de sécheresse se sont combinés pour aboutir au drame: les inondations de Janvier 2023 ont provoqué une forte croissance de la végétation dans la région de Los Angeles, qui s’est ensuite dessèchée et a généré le terrible combustible parfaitement inflammable, qui a nourri les derniers incendies.
Bref, ces incendies de Los Angeles sont une manifestation dramatique du dérèglement engendré par les prélèvements excessifs des hommes sur la nature.
Il faut reconnaitre que la Californie a démontré dans son histoire qu’elle aimait jouer avec le feu. J’ai gardé un souvenir merveilleux de nos excursions dans le parc national de Yosemite. Mais, tenez vous bien, pendant près d’un siècle, on y pratiquait tous les soirs un grand “fire fall”, qui consistait à faire basculer les braises d’un gigantesque brasier, le long des 900 mètres de falaise verticale du Half Dome, jusqu’à la vallée de Yosemite en contrebas. Le tout était accompagné par un chant d’amour indien dans un silence profond. Incroyable mais vrai! On imagine que l’émotion était garantie!

Cet évènement qui avait lieu tous les soirs avait acquis une renommée incroyable, et inspiré de nombreux souvenirs aux spectateurs.

Cela dura jusqu’en 1968 quand le responsable du parc national interrompit cette pratique en affirmant: ” Ce n’est pas un phénomène naturel!” Ce fut un vrai drame!
Alors aujourd’hui, je frémis d’entendre Trumpy annoncer lors de son investiture l’arrêt du “Green deal”, pour rediriger les US sur l’exploitation du pétrole et du gaz avec son programme “Drill, Baby, Drill! “, qui fait suite à son programme électoral “Frac, frac, frac!”. L’année commence donc sur de terribles chapeaux de roue aux Etats-Unis, entre les feux de l’enfer qui dévorent peu à peu la ville des Anges et les déclarations fracassantes de Trumpy qui politisent cette catastrophe. On annonce la venue du 47ème président à Los Angeles vendredi prochain. Il aurait l’intention de négocier un programme d’aide fédérale contre des concessions politiques des Démocrates Californiens! “Pourquoi les Républicains devraient ils payer pour les erreurs des Démocrates?”.
Affaire à suivre!
abasourdis
on reste attentifs
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