La folie des grandeurs!

  Jeudi 10 Avril 2025,

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J’avais bien raison de me méfier de Trumpy, le terrifiant trublion, et de sa clique, dès le début de cette sinistre histoire ! Alors, je vous envoie une dernière réflexion sur ses avanies, avant de passer à des sujets plus positifs.

L’agent “orange”, pire que celui qui a dévasté le Vietnam, s’est acoquiné avec un «bouffon sous kétamine», pour reprendre les termes de Claude Malhuret! Ces dangereux prédateurs entreprennent de systématiquement détruire les règles établies de la constitution américaine, censée protéger la démocratie.

Cela devient le bal des vampires si l’on y rajoute le félon russe, menteur patenté,  et le discret chinois manipulateur, qui attend son heure en fignolant les plans pour envahir Taiwan.

Les dieux de l’Olympe, qui ne doivent pas apprécier ces nouvelles  folies des hommes, envoient des déluges de tornades sur les états fédérés , sans doute pour les calmer. Si ces «Icare» maléfiques s’approchent trop du soleil, seront-ils châtiés de leurs témérité?

En fait, il semble que «Trumpy», qui n’est pas une flèche, soit sous l’influence de méchants démons « programmés pour la destruction », selon les idées créatives formulées par certains, dont le vice-président Vance, avec sa posture toxique, et, plus grave, par son mentor Peter Thiel, un techno-milliardaire de la Silicon Valley, réputé être un Mephisto d’extrême droite qui opère dans l’ombre. Tout un programme !

A l’heure où j’écris, on a déjà presque oublié le démantèlement d’US Aid qui gérait les programmes d’aide internationaux, la désorganisation des services de santé et le scandale des antivax, qui se confrontent maintenant à une épidémie de rougeole, et la suppression du ministère fédéral de l’éducation…il est vrai que celui-ci était peu important car ce sont les états fédérés qui portent cette charge. En revanche, ce ministère avait la responsabilité d’animer la politique d’éducation en terme de recherche, d’insertion des handicapés et des minorités, et des bourses et prêts aux étudiants. Ces sujets ne sont visiblement plus des priorités pour le gouvernement actuel! 

Ceci dit, il est clair que l’histoire et la géographie sont peu connus dans les écoles américaines. Petite anecdote vécue : je me souviens du regard troublé d’un autochtone auquel j’avais expliqué que j’habitais à Paris, en France. Après une intense réflexion qui avait visiblement mobilisé tous ses neurones, il me demanda : » Did you drive from there? ».  Malheureusement les membres actuels de ce gouvernement fantoche ne semblent pas plus forts en géographie !

Inutile de préciser que dans la version dramatique de «Guerre et Paix en Ukraine », notre trublion de service pouvait sans émotion passer l’Ukraine par pertes et profits, car il ignorait les potentiels de celle-ci et l’opportunité des terres rares. Il a même confondu la Géorgie, un pays pourtant proche de la Russie, avec l’état américain du même nom. A vrai dire, aux dires des spécialistes, les équipes du président, largement dirigées par des idéologues incompétents, sont complètement à la botte de Donald et de sa garde rapprochée.

Maintenant, Trumpy s’attaque à du lourd: prélever via les droits de douane, une dîme hallucinante, qui va ruiner bien des pays… sauf étrangement la Russie et la Biélorussie. C’est un retour direct aux pires pratiques de l’histoire qui mélangeaient allègrement la “dîme” pour la religion et des impôts divers comme autrefois la “gabelle” pour le sel ou la protection du seigneur pour la “taille”. Privilèges d’un envoyé de dieu, ou bien du roi du monde? Le choix est ouvert!

La prière a désormais sa place à la Maison Blanche, mais n’inspire pas Trumpy dans ses actes. Est-il poussé par Vance, baptisé en 2019, qui a choqué le ministre chinois Lin Jian par « ses mots ignorants et impolis »! Pékin, à mon avis, va maintenir l’imposition de 34% sur les biens américains, voire plus. Les Chinois aiment les gens polis.

Bon, Trumpy ne me fait plus rire du tout. Le monde va vraiment mal, et cela ne se prête plus à une posture d’observatrice amusée! Je ferme donc cet épisode douloureux, et je vais penser dorénavant à des sujets moins grandiloquents mais plus riches de sens. 

Des grands-parents témoins de leur époque!

Lundi 3 mars 2025,

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Tandis que mon arrière grand-père paternel avait développé une activité florissante de « balayeuses » pour les robes des dames, mon arrière grand-père maternel Adrien Baret, pensait, lui, qu’il était indispensable d’apprendre l’anglais pour aller faire fortune en Amérique. Son propre père avait tenté de réaliser ce rêve, mais était revenu ruiné du voyage. Il étudia donc l’anglais avec cet objectif . Finalement, renonçant à l’aventure, il devint un professeur d’anglais renommé à la Sorbonne. Le hasard fit que ma grand-mère paternelle et ma grand-tante, que j’ai déjà évoquées, l’eurent comme enseignant! 

Il perdit sa première femme en couche, puis la seconde à la naissance d’une petite fille nommée Yvonne, ma grand-mère. Son grand frère était mort du “croup”, une maladie du larynx qui se soigne maintenant sans difficulté. Yvonne fut du coup très gâtée et très protégée par son père: «C’était bien normal! », expliquait ma Maman, “Il avait perdu deux femmes et un fils”!

Yvonne rencontra son futur mari, mon grand-père Pierre, en jouant dans un club de tennis à Suresnes. Elle l’épousa à l’âge de 21 ans. Elle le crut fou à lier lors de sa nuit de noces, car, « Ma petite Marie-Do, je n’étais au courant de rien, de strictement rien du tout! ». Par la suite, elle eut  quand même deux filles, Maman  et ma tante.

Du côté de Pierre, son père Henry Gérard avait quitté l’Alsace après la guerre de 1870, “pour s’éloigner des Prussiens!” et s’était installé à Suresnes où il avait créé une pharmacie, qui existe toujours. Il perdit lui aussi sa première femme en couches et eut deux fils avec sa deuxième épouse, Léon et Pierre.

Pierre suivit des études de pharmacie dans la lignée de son père, puis de médecine. Pendant la guerre de 14, il fut d’abord pharmacien puis médecin sur le front, très jeune, et ce fut une expérience terrible, qu’il vécut du premier jour de la mobilisation en Août 1914 jusqu’en Octobre 1919.

Il fit ensuite des recherches sur les applications médicales du radium et du thorium, qui fut le sujet de sa thèse de médecine. Son frère Léon eut l’idée de louer du radium au Canada, pour ses recherches sur le traitement du cancer. Ce radium devait être constamment surveillé par un “gardien” pour assurer sa sécurité. Léon finit par en mourir, par suite “de lésions internes dues à l’usage du radium”.

Mon grand-père Pierre était un homme brillant , médecin, pharmacien, scientifique, et en plus , de l’avis de tous, extrêmement séduisant. Il semblait allier tous les dons: il peignait fort bien, jouait du violon, skiait, patinait et était de surcroit très drôle…. L’existence à ses côtés, était un festival de réjouissances, d’après ceux qui l’ont connu. 

Après la vie difficile de la guerre, les années folles représentaient une immense vague de liberté et d’effervescence artistique. Mes grands parents sortaient beaucoup et fréquentaient de nombreux amis artistes: écrivains, sculpteurs, peintres, musiciens… Joséphine Baker avait beaucoup de succès , et on dansait partout le charleston sur un rythme endiablé. Même Maman avait appris le charleston à son cours de danse. Mais il y avait quand même des résistances à cette libération: Un jour, ma grand mère demanda à Maman: “Mais pourquoi ne danses-tu pas plus le charleston?”. Maman lui avoua que le curé de son école l’interdisait!

Concours d’élégance en 1925

Paris était l’épicentre du monde. Un jour, mon grand-père emmena Maman assister à un concert du jeune prodige Yehudi Menuhin, qui n’avait alors que 8 ans ! Ils y allèrent en compagnie de Jeanne Evrard, la première cheffe d’orchestre professionnelle de France, une amie proche de Pierre.

Mes grands parents voyageaient beaucoup, comme en témoignent les aquarelles qui nous sont restées: Capri, Corfou, Grenade, Maroc, … Mon grand-père faisait beaucoup de randonnées en montagne. Alors qu’il était accompagné de ses deux filles, il survécut même une fois à une avalanche, comme l’évoque son aquarelle humoristique:

Ma grand-mère, elle, était championne de golf et gagna de nombreux tournois.

Un jour d’hiver, alors que Maman lisait dans le grand salon, une pièce normalement interdite aux enfants, elle entendit arriver son grand-père maternel, le prof d’anglais, toujours calme en général. Celui-ci commença à sermonner sévèrement son gendre Pierre! Maman se cacha sous une table nappée de velours et ne bougea plus pour ne pas se faire remarquer… “Ce n’est plus possible! » disait son grand-père, « Pierre, vous avez trop de maîtresses! Yvonne en a assez ! » Comme Maman, qui avait alors 15 ans, ne connaissait que les maîtresses d’école, elle ne comprit pas vraiment la portée de ces mots sur le coup. Mais elle y pensa ensuite toute sa vie !

«Bon!”, concéda diplomatiquement son père, “Je vais arrêter, mais Yvonne n’est pas vraiment intéressée par ces choses là!» Il faut dire qu’à l’époque, après un guerre éprouvante, les messieurs, eux, s’y intéressaient particulièrement. C’étaient bien des années folles! 

Il n’arrêta sans doute pas vraiment, et ma grand-mère, qui n’était pas du genre à se laisser faire, fit scandale dans les salons parisiens en demandant le divorce. C’était rarissime à l’époque!  Ma maman et sa soeur ne furent plus invitées chez leurs camarades de classe, “pour ne pas risquer de séduire le garçon de la maison!”. Les enfants de divorcés étaient alors considérés comme des parias! 

Ma grand-mère annonça à ses filles qu’elles allaient devoir loger dans une chambre de bonne, ce qui réjouit ma maman car elle trouvait qu’elle ne la voyait pas beaucoup en général ! En fait de chambre de bonne, elle s’installa avec ses deux filles boulevard de Beauséjour à Passy, dans un grand appartement, et avec un beau-père en prime.

Les jeunes filles décidèrent alors de faire la gréve de la parole. Mais elles durent s’arrêter assez vite quand elle comprirent que leur séduisant Papa allait lui aussi convoler en « injustes noces ».

En 1935 , mon grand-père acheta un grande maison, bien abimée par la guerre, au milieu d’une forêt, en Champagne. C’était “La Villardelle” que beaucoup d’entre vous connaissent. La mode était à la campagne.

Pierre Gérard y recevait ses amis artistes et y peignait en compagnie d’ Henri Quéffelec, qui y écrivit “Le Recteur de l’ile de Sein”, ou  du sculpteur animalier Delhommeau, qui nous a laissé un magnifique singe en terracota, et de superbes sculptures de la tête de mon grand-père.

Mon grand père avait tenu à rester médecin officier de réserve en effectuant ses périodes d’entrainement. Il fut réintégré dans l’armée pendant la drôle de guerre en 1939, comme médecin commandant le service de santé militaire de la région centre.

Après la guerre, il retourna à la Villardelle pour constater qu’elle avait été dévastée par plusieurs occupations successives. Mes soeurs gardaient un souvenir ému de séjours en été en sa compagnie, dans quelques pièces arrangées à la va-vite avec des meubles de fortune. La maison ne fut vraiment remise en état que bien plus tard, quand Maman et ma tante héritèrent de la Villardelle.

Autoportrait de Pierre Gérard

Intéressant de recouper toutes ces bribes de mémoire pour essayer d’en retisser la trame. A la réflexion, quels destins pleins de vie, en résonance avec leur époque!

Nouvelle descente aux enfers pour les Afghanes !

Mardi 18 Février 2025,

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Permettez-moi de glisser entre les histoires de mes grands-pères, une information consternante qui vient de tomber sur nos écrans épuisés de mauvaise nouvelles!

La voix des Afghanes vient d’être étouffée à nouveau dramatiquement. Les talibans ont supprimé la diffusion de “Radio Begum » une radio réalisée par les femmes et pour les femmes. Pour les Afghanes, c’est une fois de plus une véritable descente aux enfers. 

“Radio Begum”, qui veut dire “Radio Princesses”, a été créée par une journaliste, Hamida Aman. Elle diffusait des programmes éducatifs pour aider les jeunes filles et les femmes afghanes à continuer à étudier chez elles. Elle proposait également des sujets sur la santé, et des sessions psychologiques pour soutenir le moral des nombreuses auditrices, privées d’éducation depuis le retour des talibans. Dernièrement, la répression par les « agents du vice » avait forcé la station à fonctionner depuis l’extérieur de l’Afghanistan, y compris à partir de France. Les derniers employés qui assuraient un relais sur place, notamment technique, ont été suspendus et emprisonnés la semaine dernière.

N’oublions pas que l’Afghanistan est le dernier pays au monde où l’éducation est refusée aux femmes! Cette politique arriérée lui a valu de perdre les aides humanitaires auxquelles il pouvait prétendre. C’est d’autant plus grave pour ce pays profondément ravagé par la succession de cinq guerres sur les cinquante dernières années.

Les jeunes filles à partir de douze ans n’ont plus l’autorisation d’aller à l’école ni à l’université et sont cloîtrées dans leurs maisons! Les entreprises de construction ont même été priées de diminuer la taille des fenêtres, pour qu’on ne puisse pas apercevoir les femmes chez elles à partir de la rue! Retour aux harems!

Cette obstination à réduire et occulter la place des femmes est difficile à imaginer à notre époque. Radio Begum tentait de remédier à ce scandale en proposant des cours à de petites classes, auto-organisées secrètement dans les villages. 

Un réseau d’écoles publiques pour les garçons avait été progressivement développé depuis plus d’un siècle. Le célèbre lycée français de Kaboul a été créé en 1922  par l’Emir Amandola. C’est là que des générations d’afghans, de l’ancien roi Zaher Shah au général Massoud, à Attik Rahimi, prix Goncourt, ont fait leurs études ! 

Pour les filles, il n’y avait pas d’écoles publiques et le développement de la scolarité des filles a suivi un parcours atypique. C’est encore l’émir Amandola, assez moderniste qui, sous l’influence de sa femme Soraya, a ouvert une école de filles en 1921 dans une maison privée  appelée « Mastourat », ce qui veut dire « Cachée »! En 1926, elle accueille 300 élèves, et en 1928, on trouve sept écoles de filles à Kaboul en plus de Mastourat , mais toutes de statut privé.

Le souverain abdique en 1929. Son successeur le roi Nader ouvre une école d’infirmières dans l’enceinte du palais. En 1942, une école de filles est ouverte dans un nouveau bâtiment du lycée Français. Elle s’appelle “Malalai”, une héroïne  Pachtoune de la résistance.   

Sur cette photo des années 60 on voit que les jeunes filles n’étaient pas voilées et pouvaient étudier au lycée.

Depuis les années 70, les guerres successives ont fait régresser le pays en profondeur , et la situation des femmes empire de nouveau avec le retour  au pouvoir des talibans.

A l’heure actuelle, les jeunes filles et les femmes n’ont plus accès à l’éducation. Elles ne peuvent plus sortir dans la rue sans être accompagnée d’un « marham », un gardien, et doivent respecter un code vestimentaire rigoureux.  Elles ne peuvent plus aller dans les parcs, ni aux bains publics, ni évidemment dans les cafés ou les salons de beauté qui ont été fermés,  ni même passer leur permis de conduire! Elles doivent être complètement voilées. Plus de liberté d’expression, de droit de réunion ou de participation à la vie publique! En cas de protestation, elles sont fréquemment battues,  torturées ou emprisonnées !

Les agents de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice.

Le vice-ministre des affaires étrangères des Talibans avait quand même osé dire que « Priver les femmes d’éducation ne lui semblait pas conforme à la charia », mais il a du s’enfuir pour éviter d’être jeté en prison.

Si vous voulez en savoir plus sur ces courageuses « princesses » de Radio Begum, parcourez le site https://begum.ngo/ . Sa présidente Hamida Aman y affirme: “Les militantes afghanes sont extrêmement seules! ». 

Vous pouvez également leur faire un don dé-fiscalisé:

https://www.helloasso.com/associations/bow-radio-begum/formulaires/1

Grands-pères créatifs!

Mardi 4 Février 2025,

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Comme le monde ne va pas très bien, j’ai envie de parler de mes ancêtres qui ont vécu dans des temps autrement difficiles.

Mon arrière-grand-père Eugène est né dans la Sologne profonde, non loin du petit village de Neung-sur-Beuvron, où Jeanne d’Arc était quand même passée un jour avec son armée! Il s’appelait Eugène, comme tous les gamins du pays, car Eugène de Beauharnais, qui avait vécu dans le château du village voisin de la Ferté-Beauharnais,  y était encore très aimé “pour ses bienfaits”. 

A l’époque, les loups rôdaient encore dans la forêt et le petit Eugène devait aller à l’école, muni d’une pique en bois, pour se défendre des attaquants éventuels. Il dût également s’occuper de ses frères et soeurs car sa mère mourut très tôt. Il était aussi bien connu dans le village pour son esprit taquin. Un jour, alors qu’un incendie s’était déclaré dans la ferme des Clois, tous les notables du village étaient grimpés sur le clocher de l’église pour en juger l’importance. Le jeune Eugène, qui avait douze ans, les enferma tous à clé et partit voir le feu. Plus tard, il devint comme son père, menuisier-ébéniste puis partit comme Compagnon du Tour de France, pour parfaire sa formation pendant quelques années.

Après son mariage, il alla s’installer à Paris, rue de Clery, avec sa femme couturière, Félicie, et ses deux filles, Suzanne et Madeleine. C’était non loin du Faubourg St Antoine qui était le coeur historique de l’ébénisterie parisienne. C’était un homme très progressiste, il incita ses deux filles à poursuivre des études et elles devinrent toutes les deux de brillantes institutrices. Ma grand mère, Suzanne, fut première au concours de l’école normale d’institutrices, et eût ainsi la possibilité de choisir son affectation. Elle choisit tout naturellement l’école de la rue de la Lune qui était près de chez elle. 

De son côté, Eugène Clément, son père, connaissait un certain succès. Il monta la première ligne de mobilier pour « Le Bon Marché », et créa des meubles remarquables pour Sarah Bernhardt. 

Il voulut également que ses filles apprennent l’anglais, il les incita donc toutes les deux à suivre des cours d’anglais à la Sorbonne, puis les envoya à l’université d’Oxford. C’est là-bas que ma grand-tante Madeleine rencontra le grand amour de sa vie, un Lord anglais, qui voulait l’épouser! Mais son père Eugène oublia d’un coup sa modernité et s’y opposa radicalement. Car « on ne peut pas épouser un anglais ni oublier la guerre de cent ans!».  C’était une époque où l’autorité parentale était puissante, et ma gentille grand-tante dût faire ses adieux à Hyde Park et à son Lord.

Elle se maria sur le tard et n’eut pas d’enfant. Des années après, quand j’allais en Angleterre, elle me demandait toujours de saluer de sa part la « Serpentine », ce lac mythique au milieu de Hyde Park. Son amoureux continua à lui envoyer des fleurs tous les ans pour son anniversaire, jusqu’à sa mort! 

Ma grand-mère Suzanne eut plus de chance dans ses amours. La directrice de l’école où elle enseignait, la trouvait si charmante qu’elle lui présenta habilement son fils.

C’est ainsi que Jules Laurent, mon grand père, épousa Suzanne et qu’ils s’installèrent, au 53 de la rue d’Hauteville, chez sa belle-mère. Il voulait payer un loyer mais celle-ci refusa catégoriquement. Du coup, il allait voir son meilleur ami qui était antiquaire dans le quartier, et offrait régulièrement à son hôtesse, des pièces de décoration soigneusement choisies, pour compenser le loyer. C’est ainsi que nous avons hérité de très beaux objets trouvés par l’antiquaire, fruits de l’honnêteté sans faille de mon grand-père. 

Ce grand père, dit “Pépé Gigi” travaillait au ministère du travail et fit partie des créateurs des assurances sociales, devenues la sécurité sociale après la guerre. Avec émotion, j’ai découvert qu’il était aussi réputé pour être un travailleur acharné et d’une grande probité. Il fut nommé commandeur de la légion d’honneur. Je ne peux résister à citer l’hommage que lui rendit Pierre Laroque, le «père fondateur» de la sécurité sociale, à l’occasion de son décès: « Elevé dans les grandes traditions républicaines de l’enseignement laïque et de la mutualité par une mère qui ne séparait pas l’éducation de son fils de ses activités de directrice d’école, Jules Laurent prend dès son plus jeune âge le goût du service d’autrui et la foi dans la vertu de l’entraide fraternelle. Il s’imprègne de cette rigueur intellectuelle et de cet esprit mutualiste qui firent la force de la 3ème République dans sa période d’épanouissement!».

Cela interpelle dans notre société actuelle plutôt individualiste, mais passons!

Le père de Jules, qui s’appelait Charles et donna son prénom à mon père, avait fait fortune en créant un atelier qui fabriquait des “baladeuses”. C’était un système habile pour pouvoir détacher le bas des robes longues à l’époque où celles-ci trainaient par terre! Ainsi il était plus facile de ne laver que le bas des robes.

Cette contribution modeste à la mode parisienne lui permit de faire construire un immeuble «de rapport», boulevard Malesherbes, dans les champs de la plaine Monceau où les lavandières étendaient leur linge. Cette acquisition lui avait été conseillée par les frères Pereire qui donnèrent leur nom au célèbre boulevard. Quand je vois la circulation actuelle sur le boulevard Malesherbes, j’ai du mal à imaginer les lavandières de l’époque!

Mes grands parents du coté de ma Maman ont également été précurseurs dans leur domaine, mais ceci sera l’objet d’un autre blog. A bientôt!

Allumez le feu!

Mardi 21 Janvier 2025,

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Comme vous devez l’imaginer, j’ai passé la semaine dernière à suivre avec horreur les progrès du feu qui dévorait la Cité des Anges, cette ville mythique où j’ai vécu quatre années de bonheur. Les incendies ne sont pas terminés, attisés par des “tornades de feu” inédites et les vents de Santa Ana boostés par le dérèglement climatique. L’ignorance des hommes n’a pas favorisé la démesure de cet état riche mais peu habitué aux contraintes qui touchent à leurs libertés, comme l’interdiction des armes ou les mesures préventives basiques. Trumpy, désinhibé à l’envi, accompagné d’Elon Musk, son mentor allumé, s’apprête à continuer les dégâts.

C’est la fin d’une époque ! Malheureusement, nous n’irons plus courir sur la plage de Malibu ! Nous ne nous enivrerons plus de l’odeur délicate du jasmin qui flottait sur Sunset Boulevard, nous n’irons plus parcourir les routes escarpées de Topanga Canyon, nous ne marcherons plus sur les hauteurs de Mulholland Drive, et nous ne prendrons plus le café en riant en face du lycée Français. Une partie de la ville a juste complètement disparu sous les cendres comme dans un film d’horreur hollywoodien, dont il ne resterait que des décors complètement brulés.

Tout y est ravagé, les maisons, les arbres, les voitures…Certains quartiers de la taille de Paris, ne sont plus que des plans rasés et noircis. Seules subsistent quelques cheminées isolées sur un terrain vide, car le feu semble respecter ses alliés. Même les palmiers n’ont pas échappés aux flammes. C’est l’apocalypse au bord de la mer.

Je vous rassure, je pense que ma superbe ancienne maison de Rodéo Drive n’a pas brulé.

Du nom de Locke House, elle fut d’abord construite par un juge de ce nom, en 1914, puis ensuite habitée par Joe Kennedy, le père du président, qui y passait une semaine sur deux, chez sa maitresse Gloria Samson, la vedette du film Sunset Boulevard!

Elle est visible en haut à gauche sur cette photo d’époque. C’est intéressant de voir à quel point la nature qui prévalait avant le développement de Los Angeles était semi-désertique. Elle a été complètement transformée pour devenir une oasis de verdure paradisiaque, abritée sous ses palmiers mythiques.

Rappelons qu’avant son développement, Los Angeles était un région naturelle riche et préservée avec des autochtones bien intégrés dans leur environnement qui se contentaient de la Los Angeles River pour leurs besoins en eau. L’arrivée de l’exploitation de pétrole à la fin du 19ème siècle a eu des impacts majeurs sur l’environnement, la biodiversité et le climat.

C’est un ingénieur, William Mulholland, devenu une figure de l’histoire de la ville, qui supervisa la construction d’un aqueduc monumental pour détourner l’eau de la vallée d’Owens qui était à 375 km! Cent mille hommes y travaillèrent entre désert et canyons à partir de 1908! L’ouvrage fut achevé en 1913, et permit l’expansion massive de Los Angeles. Il a évidemment provoqué des conflits multiples avec les habitants de la vallée d’Owens dont le détournement des eaux a provoqué l’assèchement du lac en 1926, et généré une grave pollution atmosphérique due aux poussières toxiques libérées, qui perdure encore aujourd’hui.

Symboliquement, si “Mulholland Drive” reste une rue célèbre qui a donné son nom au célèbre film de David Lynch, elle est aujourd’hui coupée par les flammes.

Pour soutenir la croissance de la région, deux autres aqueducs furent créés successivement , le premier pour prélever l’eau sur le Colorado, 400 km à l’est, achevé en 1939, et le second, l’aqueduc de Californie, pour prélever l’eau de la rivière Sacramento-San Joaquin, 650 km plus haut, au nord-est de San Francisco, achevé dans les années 60.

Depuis, l’accent est mis sur une gestion plus durable de l’eau. Des mesures très impopulaires ont été prises, comme l’interdiction temporaire d’arrosage des gazons pendant la grande sècheresse des années 2010, qui conduisit certains à peindre les gazons desséchés à la peinture verte ! Depuis, des alternatives plus durables se développent un peu partout, comme des plantes indigènes résistantes à la sécheresse, ou des jardins secs.

Pour revenir aux incendies actuels, il est intéressant de se souvenir des terribles inondations intervenues en Janvier 2023. A cette occasion, j’avais découvert la notion de “rivière dans le ciel”, supérieure au cours du Mississipi, un phénomène atmosphérique, qui avait déversé sur la région une quantité d’eau énorme en quelques jours. C’est une variante américaine, plus spectaculaire mais de même nature que le phénomène de “goutte d’eau” qui a généré les inondations catastrophiques de Valence en Espagne, en Octobre dernier. Comme d’habitude, ces cycles d’inondation et de sécheresse se sont combinés pour aboutir au drame: les inondations de Janvier 2023 ont provoqué une forte croissance de la végétation dans la région de Los Angeles, qui s’est ensuite dessèchée et a généré le terrible combustible parfaitement inflammable, qui a nourri les derniers incendies.

Bref, ces incendies de Los Angeles sont une manifestation dramatique du dérèglement engendré par les prélèvements excessifs des hommes sur la nature.

Il faut reconnaitre que la Californie a démontré dans son histoire qu’elle aimait jouer avec le feu. J’ai gardé un souvenir merveilleux de nos excursions dans le parc national de Yosemite. Mais, tenez vous bien, pendant près d’un siècle, on y pratiquait tous les soirs un grand “fire fall”, qui consistait à faire basculer les braises d’un gigantesque brasier, le long des 900 mètres de falaise verticale du Half Dome, jusqu’à la vallée de Yosemite en contrebas. Le tout était accompagné par un chant d’amour indien dans un silence profond. Incroyable mais vrai! On imagine que l’émotion était garantie!

Cet évènement qui avait lieu tous les soirs avait acquis une renommée incroyable, et inspiré de nombreux souvenirs aux spectateurs.

Cela dura jusqu’en 1968 quand le responsable du parc national interrompit cette pratique en affirmant: ” Ce n’est pas un phénomène naturel!” Ce fut un vrai drame!

Alors aujourd’hui, je frémis d’entendre Trumpy annoncer lors de son investiture l’arrêt du “Green deal”, pour rediriger les US sur l’exploitation du pétrole et du gaz avec son programme “Drill, Baby, Drill! “, qui fait suite à son programme électoral “Frac, frac, frac!”. L’année commence donc sur de terribles chapeaux de roue aux Etats-Unis, entre les feux de l’enfer qui dévorent peu à peu la ville des Anges et les déclarations fracassantes de Trumpy qui politisent cette catastrophe. On annonce la venue du 47ème président à Los Angeles vendredi prochain. Il aurait l’intention de négocier un programme d’aide fédérale contre des concessions politiques des Démocrates Californiens! “Pourquoi les Républicains devraient ils payer pour les erreurs des Démocrates?”.

Affaire à suivre!

 

Le dernier roi mage

Samedi 11 Janvier 2025,

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Saviez-vous, en ces temps d’Epiphanie, qu’il semblerait qu’un roi mage n’est pas vraiment répertorié!

Depuis des lustres, une partie significante du monde vénère de riches savants qui ont suivi sans hésiter, dans la nuit, une étoile brillante et mystérieuse. Cette aventure va les conduire dans une humble étable, pour découvrir le futur seigneur du monde qui dormait dans une mangeoire dans un coin perdu de Judée. Le tout sans GPS.

On ne sait pas vraiment la vérité sur cette curieuse affaire ! Mais j’ai fait ma petite enquête.

Les mages étaient probablement des astrologues perses, des savants éclairés qui, avant même l’apparition de la fameuse étoile qui allait les guider jusqu’à la crèche, avaient prévu l’arrivée d’un phénomène semblable, conforme à la prophétie de Balaam dans l’ancien testament.

En effet, les juifs de l’époque associaient la venue du Messie à l’apparition d’une étoile. Les mages, de vrais “devins” d’après Hérodote, interprétèrent aussitôt ce phénomène astrologique comme la réalisation de la prophétie attendue. Aussi, après avoir prévu quelques cadeaux, et correspondu entre eux sans doute par “messenger”, ils se mirent en route après avoir convenu de se retrouver, pour suivre ensemble cette étoile, qui devait être sans doute d’une brillance hors du commun . Trois mages arrivèrent au rendez-vous, ceux qui ont été appelés beaucoup plus tardivement, Melchior, Balthazar, et Gaspard. Un quatrième mage, nommé Artaban, venu de Perse, devait les rejoindre, car il avait aussi étudié les écritures, mais il loupa le rendez-vous et dû partir seul pour chercher le sauveur. Un problème de réseau sans doute ! Il eut donc un autre destin.

En suivant l’étoile, les mages étaient arrivés à Jérusalem et avaient demandé à Hérode où se trouvait “le roi des juifs”. Hérode leur avait demandé de lui indiquer à leur retour le lieu où il se trouvait pour qu’il puisse aller l’honorer. Evidemment, les puissants n’aiment pas trop la concurrence. Il est facile de s’en rendre compte aujourd’hui, quand on constate que plus un pays est grand, plus ses dirigeants veulent l’agrandir. Voyez vous même! L’interêt d’Hérode pour ce nouveau roi n’était donc pas désintéressé. Heureusement pour les mages, un ange passa pour leur envoyer un message de précaution. Ils rentrèrent indemnes chez eux par un autre chemin.

Mais d’où venait donc cette étoile mystérieuse qui attira l’attention des mages?

L’astronome allemand Kepler découvrit en 1603 un phénomène étonnant: La conjonction des planètes Jupiter et Saturne dans la constellation du Poisson en – 7 avant JC, a provoqué une surprenante lumière brillante ! Or, Jupiter symbolisait le pouvoir royal, Saturne était la planète du peuple juif , et la constellation du poisson renvoyait aux pays de la mer, c’est à dire la Judée et la Samarie où naquit Jésus. Par ailleurs, les historiens datent la naissance du Christ autour de -6 ou de -7 (Hérode est mort en -4). Les calculs de l’astronomie moderne ont confirmé l’hypothèse de Kepler.

Le phénomène d’une lumière brillante et intense aurait eu lieu à trois reprises, entre le 29 mai et le 9 Juin, entre le 26 septembre et le 3 octobre et enfin entre le 5 et le 15 septembre de l’année moins 7 ! Cela aurait donc pu effectivement interpeller les savants du pays , et leur donner l’idée de suivre cette fameuse étoile…

Mais que donc est devenu le quatrième mage, Artaban , qui avait raté le rendez-vous avec ses collègues?

Selon la légende, Il était à pied et a marché pendant 33 ans à travers tout le pays à la recherche de son dieu. Comme les autres mages, il avait apporté des présents qu’il distribua tout au long du chemin. Il avait au départ trois perles blanches, grosses comme des oeufs énormes. Mais sur la route, il rencontra un vieux vagabond malade, le soigna et lui donna une perle, puis il délivra une jeune esclave grâce à la deuxième perle, et enfin, il sauva avec la troisième perle, un enfant qui allait être tué par les soldats d’Hérode. Aussi, quand il arriva à Jérusalem, il rencontra enfin son Dieu, qui le félicita pour son discernement.

L’Epiphanie (du grec, Epiphania ; qui apparait, éclatant) est l’une des plus vieilles fêtes du christianisme qui commémore l’arrivée des mages, plus tard devenus des rois. Mais la coutume de la galette en France, bien sympathique par ailleurs, est un hommage aux Saturnales de l’époque romaine et n’a rien à voir avec la religion. En Italie, l’épiphanie est associée avec l’histoire de la sorcière Befana, à qui les mages ont demandé des indications sur leur chemin.

L’Epiphanie est restée une fête religieuse très populaire dans les pays orthodoxes. En Grèce, les jeunes plongent encore dans la mer pour essayer de pêcher un crucifix lancé par le pope, un peu partout, dans le pays ! Celui qui réussit sera heureux pour l’année !

C’est amusant de retrouver la trace de ces épisodes dans notre actualité: La distribution de galettes des rois dans les écoles par la mairie de Marseille a fait l’objet cette semaine d’une violente polémique: La municipalité de gauche nie tout caractère religieux à ces galettes et qualifie l’Epiphanie de “fête païenne”, respectant scrupuleusement la laïcité. L’opposition de droite y voit une “réécriture wokiste” de l’histoire, niant nos racines judéo-chrétiennes. On finirait par se perdre dans ces querelles byzantines!

Joyeuses fêtes à tous!

Les facéties de Fabrice

Dimanche 17 Novembre 2024,

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Pendant son spectacle, Fabrice Luchini n’aime pas trop les retardataires, avec raison car sa prestation requiert toute l’attention du public. Il vaut mieux le savoir! Si l’un d’entre eux se présente discrètement après le début, Il arrête son discours, puis il l’accompagne en lui tenant un commentaire spirituel sur les embarras de Paris, jusqu’à ce que ce dernier soit installé, un peu gêné à la grande joie des autres spectateurs.y

Cela me rajeunit, car cela me rappelle mes cours à la Sorbonne, où, en cas de retard, je me glissais discrètement en haut de l’amphithéâtre. A tous les coups, mon célèbre professeur de grec, Robert Flacelière s’arrêtait aussitôt de parler, pour m’interpeller avec emphase : “Ah! Voici Mademoiselle Laurent, nous n’attendions plus que vous! Descendez donc près de l’estrade, vous y serez plus près! … Et maintenant, comment définiriez vous à vos camarades, en quelque mots rapides, la Grèce de Périclès ?”

Alors, en général, les habitués des spectacles de Luchini arrivent bien en avance, quitte à prendre un verre en attendant, pour éviter ce genre de mésaventure.

La semaine où je suis venue, ses admirateurs avaient envahi l’adorable place Charles Dullin plus d’une heure avant l’entrée, et attendaient patiemment l’ouverture de la porte du théâtre de l’Atelier. Cette fois ci, les retardataires ont été plutôt épargnés, car notre histrion considère désormais que le chaos organisé par Anne Hidalgo, “Paris martyrisé!”, est tel qu’on ne peut plus en vouloir aux spectateurs de perdre le sens de l’heure.

En revanche, les quintes de toux intempestives furent délicatement relevées par notre brillant orateur. Car il est difficile de se concentrer sur la diction d’un texte difficile, si des toux chroniques du public l’accompagnent. Il a même proposé à une dame de revenir à une autre occasion, gratuitement.

Or, le sujet du jour était vaste, car il s’agissait en toute simplicité de Victor Hugo! Cela commençait par un passage de sa vie particulièrement tragique. L’auteur était désespéré par la mort de sa fille Léopoldine. De plus, il n’avait pas eu la possibilité de l’enterrer, car il était parti en vacances avec sa fidèle maitresse. A l’époque, les diligences n’avaient pas la vitesse de nos TGV!

Après le coup d’état de Napoléon III , Hugo s’exila à Jersey, puis à Guernesey. C’est là qu’il s’initia au spiritisme. C’était fort à la mode à l’époque. Il cherchait sans doute à communiquer avec sa fille noyée tragiquement. Notre magicien des mots raconte ainsi, avec des détails piquants, comment Hugo s’impliquait dans ces séances de spiritisme, en les illustrant de sa verve personnelle pour mettre le spectateur dans l’ambiance ….

Victor Hugo était un adepte fervent de “cette science nouvelle” qu’étaient les “tables tournantes”, qui permettaient de dialoguer avec des “âmes endormies”. Attention, Hugo ne rentre pas en communication avec n’importe qui ! Il a réécrit ainsi une pièce avec Shakespeare, médité avec Molière et Jésus-Christ, versifié avec Eschyle mais fréquenté également Platon, Dante, et Galilée ainsi qu’une pléthore d’autres esprits prestigieux. Ces séances sont consignées dans le livre des Tables, dont Victor Hugo envisageait une publication posthume. Seuls deux manuscrits nous sont parvenus, une quarantaine d’années après la mort du poète.

Puis Luchini attaque un gros morceau, “Booz endormi”, extrait de la Légende des Siècles et riche en interprétations dont celle de Lacan, assez décoiffante. Il récite beaucoup mieux que Gérard Philippe dont la diction est devenue démodée, à mon grand étonnement, et rend possible d’écouter le texte en lui donnant un souffle moderne. Il ne joue pas le mot, mais juste le le rythme, le souffle, l’âme de la phrase. C’est dans ce poème que se trouve une rime inventée par Hugo. Il a créé pour cela une ville imaginaire “Jérimadeth”, pour respecter la rime du quatrain à partir d’un calembour: “J’ai rime à dait”! Quelques érudits dans la salle l’ont trouvée tout de suite. Je vous donne la phrase complète pour briller en société : “Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth; Les astres émaillaient le ciel profond et sombre; Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre; Brillait à l’occident, et Ruth se demandait, ….”

Si jamais vous écrivez des poèmes, n’hésitez pas à utiliser cette technique pour trouver une rime difficile !

Ensuite, Fabrice est saisi par la grâce, comme son public, il ne peut plus s’arrêter. Il interroge ses aficionados, pour savoir pourquoi ils ont affronté la nuit parisienne et les problèmes d’embouteillages pour écouter Victor Hugo. Il s’étonne de voir tant de jeunes qui ont délaissé “les réseaux sociaux”, pour venir écouter des poèmes. Il se réjouit de constater que les réservations aient été prises si longtemps à l’avance: un an pour les miennes.

Précis et inspiré, il nous a livré là une superbe partition au service de textes inoubliables. Il nous a régalé également d’anecdotes savoureuses sur la vie de Victor Hugo: De ses capacités amoureuses hors du commun qui lui permettaient de satisfaire à plein temps épouse et maîtresse, ou encore de ses réflexions éclairées sur ses contemporains, comme Beethoven dont il disait : “Ce sourd qui entendait l’infini… “.

La rencontre entre Fabrice Luchini et son public fut, comme chaque fois, une véritable communion, inoubliable !

En prime, avant de vous quitter, je vous offre l’inoubliable et célèbre poème de Victor Hugo que je préfère:

La mystérieuse île de Sérifos

Vendredi 18 Octobre 2024,

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C’est une toute petite île des Cyclades d’une couleur minérale et entourée d’une mer intensément bleue. Son exceptionnelle chora (terme qui désigne la capitale de l’ile), forme un étonnant maillage de maisons blanches, qui s’accroche le long de la montagne.

Sa population n’est plus que de 1400 habitants. Pourtant, son destin discret sort du commun ! Tout a commencé , comme il se doit, par la mythologie!

Il y a bien longtemps, un oracle avait prédit au roi d’Argos, Acrisios, qu’il serait tué par son petit-fils. Du coup, celui-ci enferma prudemment sa fille Danaé dans une tour d’airain pour la protéger des avances d’un séducteur trop pressant. Mais ce dernier s’avéra, une fois de plus, être Zeus lui-même, qui se métamorphosa sous forme de pluie d’or pour parvenir à ses fins, que l’on imagine facilement! Cela ne s’invente pas!

De cette union étonnante, naquit un fils, Persée. Comme quoi, il faut se méfier des pluies d’or entreprenantes! Le roi en fut si contrarié qu’il jeta la mère et son bébé à la mer, dans un coffre fermé. Mais, porté par les flots, celui-ci atteignit une plage de Sérifos. Les naufragés trouvèrent alors refuge chez un pêcheur nommé Dictys, qui éleva Persée comme un fils.

Mais Polydecte, le roi de l’île, tomba amoureux de la belle Danaé. Pour se débarrasser de Persée, son encombrant rejeton devenu un homme avec le temps, il l’envoya tuer la Gorgone Méduse, ce qui était un impossible challenge. En effet la Méduse avait un regard terrible qui pétrifiait quiconque la regardait ! Sous l’égide des dieux, Persée lui montra finement un miroir à son effigie pour la “méduser” à son tour, et, grâce à cette ruse, lui trancha ainsi la tête .

Du sang de la Méduse, naitront le célèbre cheval ailé, Pégase, et le géant Chrysaor. Ensuite, Persée continua des exploits si nombreux qu’ils feront l’objet d’un autre blog, mais la prédiction de l’oracle se révéla juste.

L’endroit était connu dans l’antiquité pour abriter des Cyclopes qui résidaient dans de gigantesques cavernes et élevaient des moutons. On y retrouve d’ailleurs aujourd’hui des murs cyclopéens, comme à Tirynthe et à Mycènes. Les cyclopes attrapèrent les matelots d’Ulysse qui leur volaient des moutons pour se nourrir, et les enfermèrent. C’est alors qu’Ulysse rencontra Polyphème, le cyclope à l’oeil unique, auquel il dit s’appeler “personne”!

Mais au delà des mythes, l’île vécut bien des aventures!

Dés la période cycladique, elle est connue pour être très riche en gisements de cuivre et de fer ! On l’appelle même Metallia. Au VI siècle avant JC, Sérifos frappe déjà sa propre monnaie. Des pièces représentant Persée, Méduse et une énigmatique grenouille, ont été retrouvées et témoignent de sa prospérité.

Le médecin philosophe Claudius Galien dit le Sophiste, disséque d’ailleurs de nombreuses grenouilles pour développer son traité fondateur sur la circulation sanguine qu’il publie en 130 après JC! Il y fait référence à la multitude de grenouilles muettes qui habitent sur l’ile. Est-ce une allusion au mythe de la “grenouille de Sérifos” que les philosophes antiques utilisent pour désigner les faiblesses de certains en rhétorique?

Pendant les guerres médiques, l’île rebelle refuse de se soumettre à Xerxès et se range du coté des grecs de l’ouest ! Elle devient romaine en 146 av.JC et les empereurs romains l’utilisent alors comme lieu d’exil pour des criminels d’état, affectés aux mines de fer. Après la christianisation de l’empire Romain d’Orient, pendant la 4ème croisade (1204), c’est Venise qui s’empare de l’ile et continue l’extraction de minerai de fer, suivie par la suite par les Ottomans.

A l’issue de la guerre d’indépendance , l’île de Sérifos rejoint le royaume de Grèce. L’exploitation des mines est concédée à une entreprise minière avec des investisseurs français. Un réseau extensif de rails et de wagonnets est installé et relié à un quai de chargement dans la baie de Megalo Livadi.

Un superbe bâtiment néo-classique est construit pour la direction de la mine.

Mais les conditions de travail sont épouvantables, avec des journées de plus de 16 heures. L’étayage des galeries est très insuffisant, ce qui entraine de nombreux éboulements mortels.

Pendant la première guerre mondiale, le site est le théâtre d’un conflit retentissant. En 1916, la compagnie refuse de ré-embaucher des mineurs démobilisés. Quatre cents mineurs se mettent en gréve. Les directeurs de la mine font venir la maréchaussée de l’île de Kéa et refusent toutes concessions. Les gendarmes tirent sur les mineurs, la population riposte et attaque ceux-ci à coups de fusil et de pierres. Il y a des morts des deux cotés, et le gouvernement grec doit intervenir. Cette révolte permet finalement d’instaurer une journée de travail de huit heures et l’embauche reprend dans de meilleures conditions. A cette époque, plus de 4000 personnes habitent alors l’île.

Les ressources de minerai commencent à s’épuiser dans les années 50, et l’exploitation s’arrête dans les années 60.

De nombreuses galeries encore accessibles truffent les collines alentour et l’on peut entrevoir plusieurs cavernes à moitié effondrées . Il est prudent de ne pas s’y aventurer sans guide.

Deux touristes françaises ont disparu au mois de juin dernier. Elles étaient parties faire une randonnée. Aucune trace qui pourrait expliquer leur disparition n’a pu être retrouvée, malgré de nombreuses recherches. Auraient-elle pu tomber dans la caverne des cyclopes, rejoignant ainsi les mythes et l’histoire?

L’amour vache

Vendredi 4 Octobre 2024

Débordée par les nombreux événements de cet été Olympique, je n’ai pas pu être fidèle à mon blog.

Je vous rassure, seuls quelques rares lecteurs assidus semblent s’en être aperçus! De retour à Paris, je reprend mes petits récits, pour ceux qui souhaitent les partager ou m’inviter à diner!

Retour en Grèce:

En débarquant sur l’Ile de Ios, dans une crique charmante habituellement fréquentée par des fêtards anglo-saxons mais étonnement déserte ce jour là, je me suis souvenue de l’histoire de Io, qui séduisit Zeus.

Io était prêtresse au temple d’Héra à Argos. Pour son malheur, elle fut remarquée par Zeus, le roi des dieux, qui était une sorte de Jeffrey Epstein divin ! Elle devint donc une de ses nombreuses maitresses, car il avait tous les pouvoirs de sa fonction. Romantique quand même, il lui donnait des rendez vous discrets, en se transformant en nuage!

Leur relation continua jusqu’à ce qu’Héra, l’épouse de Zeus, les surprit presque sur le fait en train de baguenauder en forêt. Zeus, habitué aux situations de ce type, réagit très vite et changea aussitôt la pauvre Io en belle génisse blanche.

Mais Héra, coutumière des excès de son époux, se méfia avec raison. Elle exigea que Zeus lui offre cette génisse incongrue. Ce qu’il fit, mais comme le roi des dieux avait plus d’un tour dans son sac, il continua à voir Io en se métamorphosant pour cela discrètement en taureau rugissant!

Du coup, Héra confia la garde de la séductrice à Argos, un titan géant doté de cent yeux, dont cinquante dormaient à tour de rôle, tandis que les cinquante autres veillaient ! Mieux que Verisure! Zeus semblait vraiment amoureux et demanda alors à son fils Hermès de tuer Argos. Pour cela, Hermès lui raconta une histoire extrêmement longue qui finit par l’endormir, ce qui lui permit de couper sa tête monstrueuse. Héra récupéra les nombreux yeux du titan et s’en servit pour décorer la queue de son animal favori: le paon. Pensez-y quand vous en voyez un faire la roue pour séduire une femelle!

Pour se venger de sa rivale, Héra lui envoya un taon chargé de piquer sans interruption la pauvre Io, qui vécut un enfer. On imagine Io toujours transformée en vache et devant nager en permanence pour être soulagée des piqures! Elle traversa ainsi les mers et donna son nom à la mer “Ionienne” et au Bosphore (“le gué de la vache”) où elle se rendit également au cours de son périple.

Elle arriva enfin en Egypte où elle put mettre au monde le fils de Zeus, nommé Epaphos. Elle retrouva alors enfin sa forme première!

Le mystérieux chauffeur de taxi

Samedi 25 Mai 2024,

Certains d’entre vous doivent se souvenir de cette histoire que je vous ai racontée en détail. En débarquant à Los Angeles où j’habitais il y a déjà quelques années, j’ai pris un taxi dont le chauffeur était afghan. Non seulement il parlait couramment français, mais encore avait fait des études de droit à Assas. Il m’avait expliqué qu’il surveillait les vols d’Air France pour avoir l’occasion de parler le français.

A la suite de cette rencontre insolite, j’ai inventé une belle et longue romance qui a passionné mes lecteurs romantiques. Le chauffeur de taxi était en fait un réalisateur de cinéma incognito, qui avait du quitter son pays répressif, et qui cherchait un scénario, comme cela est courant à Hollywood. Un événement récent m’a rappelé cette nouvelle, qui en avait fait rêver plus d’un: https://blogcafe.video.blog/2020/12/06/le-temps-des-jacarandas/

Cette année au Festival de Cannes, les marches ont vu monter Mohammad Rasoulof, un réalisateur iranien talentueux. Il vient de fuir son pays après y avoir été condamné à huit ans de prison. Côté régime politique et répression, l’Iran fait concurrence avec l’Afghanistan! Il a du marcher pendant une trentaine de jours dans des conditions dangereuses et éprouvantes, dans un secret absolu, pour arriver à Cannes hier. Il ne pourra pas rentrer dans son pays.

Son film précédent “le Diable n’existe pas” avait déjà gagné l’Ours d’Or au festival de Berlin en 2020. Il a présenté hier à Cannes son dernier film : “Les Graines du figuier sauvage”. Malgré les difficultés, il était au rendez-vous du monde, seul, au milieu de la foule du palais des festivals:

“Je ne voulais pas retourner en prison. J’y suis allé. J’ai été à l’isolement pendant quarante jours dans une pièce grande comme ce canapé. Puis dans des cellules à peine plus grandes. Pas de tortures physiques – ils évitent avec les gens qui ont accès aux médias- mais d’autres trucs comme de pas laisser aller aux toilettes pendant des heures , qui fait que vous n’osez, plus boire, plus manger. On coupe les doigts des voleurs, comme le préconise l’islam…. et on les regreffe ensuite…”

“Les graines du figuier sauvage” raconte l’histoire d’un juge d’instruction, face au poids de ses décisions, à l’heure d’une révolte populaire.

“Comment cet Etat peut il exercer une répression tellement féroce et systématique, sur des personnes qui ne font rien d’autre que participer à l’élaboration d’une œuvre d’art? On est en train d’empêcher les gens de vivre parce qu’ils racontent des histoires”…

Son film est en lice pour la Palme d’Or. Souhaitons que le jury du festival donne une nouvelle résonance à cette aspiration fondamentale “Femme, Vie, Liberté”.