Madeleine for ever

Dimanche 19 Juin 2022,

Les jolis nuages pommelés et blancs comme la neige de l’Olympe sont devenus gris, la mer elle-même a perdu ses reflets dorés et mon soleil est noir !

Ma soeur Madeleine nous a quittés jeudi dernier, trois mois après son mari, et sa disparition marque ainsi la fin d’une époque bénie, remplie de fêtes originales, de spectacles familiaux désopilants, de rendez-vous historiques au château des Beauharnais, et de chansons jusqu’au bout de la nuit. Un vrai festival de joie et de bonheur !

Nous avons donc retraversé la mer Egée à toute vitesse pour rentrer en urgence, sans que je puisse vous envoyer mon dernier blog “Rendez vous à Poros”, à réserver pour plus tard.

Je repars en Sologne demain pour accompagner Madeleine jusqu’au petit cimetière de la Ferté d’où elle pourra voir le château de Joséphine de Beauharnais.

Requiescat in Pace!

Voyages, voyages, éternellement !

Mardi 7 Juin 2022,

Nous sommes bien partis sur la ligne grecque Aegean qui présente un double avantage. D’abord elle évoque la mer Egée où nous allons voguer entre mer et ciel , ensuite elle raccourcit agréablement le voyage car une fois dans l’avion vous êtes déjà un peu au pays des dieux. Vous pouvez même vous entrainer à réviser l’alphabet grec pendant le voyage. C’est le début d’une Odyssée !

Les hôtesses ont des visages de nymphes, les pilotes ressemblent à Ménélas ou Nestor, en route pour Troie, et les stewards à des Apollons.

Nous avons ensuite loué une voiture et roulé en chantant sur l’incomparable Odos Olympia, le “Chemin de l’Olympe”, une autoroute ultra moderne et au nom plus sexy que la A10 ! Après avoir traversé le canal de Corinthe, nous sommes descendus vers le Péloponnèse, couvert d’oliviers argentés, de lauriers roses et de pins maritimes sur une superbe route en lacets, qui nous a conduit, après avoir franchi le mont Dydimes, à Epidaure pour une pause culturelle! On y joue Tartuffe avec Denis Podalydés dans l’amphithéatre antique, si cela vous dit ! Puis nous avons longé la mer toujours magnifique jusqu’à Kilada où nous attendait notre bateau.

Les énormes cerbères habituels nous guettaient de pied ferme, mais, à notre grande surprise, ils ont fêté notre arrivée. La montée périlleuse sur une échelle tremblante de 2 mètres 50 pour atteindre enfin Cipango, m’a semblé encore pire que l’année dernière, mais j’ai survécu…

Il a fallu ensuite balayer tout le sable qu’un prince du désert avait déversé largement sur le pont, nettoyer tout, frotter et astiquer les inox, vérifier le gréement, monter les voiles, poncer et passer la coque à l’antifouling, ranger et retrouver la place de chaque objet, j’en passe et des meilleures car ce n’est pas encore fini! Le travail ne manque pas sur un bateau dit de plaisance !

Mais le bateau est sorti du chantier naval, trainé et soulevé par d’incroyables chariots motorisés puis déposé délicatement dans l’eau par une équipe munie de simples télécommandes ! C’est toujours impressionnant !

Nous sommes maintenant dans une baie charmante, où s’ébattent deux tortues de mer centenaires.

Alors, pour l’amour du Grec, souffrez qu’on vous embrasse !

En route pour le soleil !

Dimanche 29 Mai 2022,

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que la Grèce m’attend.

J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin d’elle plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

pour voir dehors, entendre chaque bruit,

sur des terres inconnues, des mers nouvelles.

Heureux le jour, pour moi comme la nuit.

Je regarderai l’or précieux du soir qui tombe,

Les voiles au loin, descendant vers la Crète,

Et quand j’arriverai, je laverai Cipango

du sable du désert accumulé sur sa coque

et repartirai pour de nouveaux horizons.

(Merci pour l’emprunt à Victor Hugo !)

Bon, j’ai terminé mon passage à l’hôpital de jour avec quelques devoirs de vacances et je vais travailler désormais comme matelot en chef. Le début va être sportif car le bateau nous attend sur le chantier, comme l’année dernière, et je dois grimper sur une grande échelle tremblante pour atteindre le pont. (Suite au prochain numéro)

A la poursuite de Rackham le Rouge

Mardi 17 Mai 2022,

Mais où se baladent donc les yachts des oligarques russes ?

Même sous un faux nom, ils sont plus faciles à détecter sur les flots que les comptes dissimulés aux iles vierges ou encore les splendides villas désertées du cap Ferrat. “Oligarque” signifie à l’origine “petit groupe de dirigeants”… En Russie, en réalité, ces “dirigeants” en petit nombre ont simplement mis la main sur les matières premières du pays. Les cent premiers possèdent à eux seuls trente pour cent des richesses. De quoi voir venir!

Le “A” devant notre modeste “Cipango”

En Grèce, nous avions repéré quelques-uns de leurs yachts, à leur taille gigantesque et à leur équipage pléthorique, comme sur le yacht à voile “A “, maintenant bloqué à Trieste par les Italiens. Plus délirant encore, iI en existe également un second , le “A ” tout court, qui est un pur yacht à moteur, et qui est également confisqué. Vous pouvez imaginer un peu l’ego d’Andreï Melnichenko, qui possède ces bateaux conçus en partie par Philippe Stark et qui les a baptisés “A”, simplement pour qu’ils apparaissent en premier sur les listes de yachts de milliardaires. Même avec des jumelles de compétition, nous ne distinguions qu’à peine les silhouettes des matelots qui grimpaient et descendaient sur les mâts immenses du “A” comme de minuscules Sisyphe.

Sisyphe le marin à bord de “A”

Sinon, ces pollueurs des mers semblent souvent préférer porter des prénoms de femmes, certainement fatales. “Lady Anastasia”, une familière des banques anglaises, a été sérieusement abimée à Majorque par un de ses mécaniciens ukrainien qui n’a pas supporté, avec juste raison, l’attaque des Russes. L’ “Amore Vero” a été saisie à la Ciotat alors qu’elle tentait de filer à l’anglaise, sans avoir achevé des réparations prévues sur son pont. Ce dernier bateau est possédé par Igor Setchine, dirigeant du producteur de pétrole Rosnet. Je pense avoir rencontré ce yacht lors d’une nuit sans lune dans la baie de Skiathos. ll était curieusement arrivé très tard et reparti à l’aube. Il n’y avait malheureusement aucun bal costumé à bord, comme dans Tintin. Rastapopoulos était sans doute absent et ne pouvait donc pas boire de champagne avec la Castafiore. Quel dommage !

Notre mystérieux voisin à Skiathos

“Lady M.”, dont le propriétaire Alexis Mordahov est actionnaire majoritaire de TUI, a été confisquée en Italie, comme “Lady Lana” rattrapée également par la patrouille à San Remo. Merci de renoncer à voyager avec ce professionnel des vacances! Sauf si vous êtes attiré par la Sibérie.

Lady M

Quant à la mystérieuse et séduisante “Shéhérazade”, ancrée en Toscane et homologuée aux iles Caïmans comme il se doit, elle semblerait enchanter les nuits forcément agitées du maitre du Kremlin lui-même. Mais d’autres experts pensent que “Graceful” fait également partie du harem de Poutine.

Mystérieuse Scheherazade

Car de nombreux internautes se sont mis également à surveiller les yachts qui quittent précipitamment les eaux claires de l’Europe. Comme Gibraltar et Monaco ont ouvert leurs portes normalement blindées à la police , cela augmente sensiblement le nombre de participants à ce nouveau jeu de poursuite sur internet. Les Ukrainiens ont même arrêté le modeste propriétaire du “Royal Performance”, un oligarque du pays, en saisissant à la fois l’homme et le bateau.

Est-ce que tout cela va être transformé un jour en dommages de guerre pour reconstruire la belle terre d’Ukraine ?

Je sais que ce blog est en retard mais j’étais à la campagne et le wifi y a été coupé le jour même du début de la guerre en Ukraine, à la suite d’une cyber-attaque menée par les Russes en folie.

Gym à gogo et réveil-méninges

Vendredi 6 Mai 2022,

Avec tout cela, bon pied-bon oeil, j’ai déjà réussi l’indicible exploit de tenir un mois dans mon super-club de rééducation, qui est tout sauf une annexe du Club Med. Encore un mois à tenir avant de partir en vacances, si j’ai une bonne note à l’examen!

Le problème qui se pose est que ces joyeux exercices deviennent de plus en difficiles au fur et à mesure de l’entrainement! Comme si l’objectif était les jeux olympiques! La principale difficulté que l’on intègre dans tous mes exercices est appelée la “double tâche!”. Cette pratique qui semble anodine, je ne le conteste pas, est en fait un piège terrible pour mes neurones fatigués, avec son tropisme délibéré fait pour tromper l’adversaire. Le personnel médical ne le nie même pas!

La première épreuve commence par “le grand gymnase”, où peinent déjà quelques-uns de mes collègues . Peu à peu, la marche rapide sur un tapis roulant devient de plus en plus tonique et l’allure change, car ma charmante kiné a, mine de rien, appuyé sur le bouton “montagne” ! Mais ce n’est que le début des festivités. On me prépare un joli programme de plots de couleurs vives que je dois toucher délicatement avec un seul pied, et dans le même temps , répondre à un flot de questions ininterrompu. Par exemple, “citez moi quatre noms de capitales qui commencent par un V”. Pas si facile! Alors que avant ma malheureuse chute, je jonglais élégamment avec les tâches multiples, mon cerveau se brouille maintenant complètement quand on m’en fait faire deux en même temps. “Comme les hommes!”, me souffle ma kiné en riant!

Le deuxième atelier est celui d’orthophonie, là aussi le niveau monte. Il s’agit d’identifier par exemple la place de personnes convoquées au commissariat à partir d’informations partielles, ou de soustraire les chiffres d’un tableau d’une page entière, ou de repérer à toute allure une forme spécifique et de couleur unique dans un ensemble mouvant de formes et de couleur variés. A la fin de l’atelier, l’orthophoniste demande de retrouver les mots utilisés au début! Une simple demande, mais vraiment traîtresse!

Arrive ensuite l’atelier d’ergothérapie, qui est censé vous aider à gérer votre quotidien. J’ai tout de suite précisé que je ne voulais pas coudre à la machine ! On m’a demandé de préparer un plan de table pour huit personnes avec les consignes suivantes : Un couple était divorcé et devait être séparé l’un de l’autre, deux personnes étaient sourdes d’une oreille, le maître de maison célibataire voulait être à coté de sa soeur qui voulait être près de son mari. Et, bien sûr, les couples devaient être séparés. C’est pour réapprendre à s’organiser. Personnellement , je n’aurais invité qu’un membre du couple divorcé! Mais on ne choisit pas. On m’a fait faire également un plan de courses minuté précisément, à caser précisément entre 9h et 11h du matin, car je devais être de retour chez moi pour voir un plombier à cette heure là. Je devais aller à la banque, aller commander une pizza à la pizzeria , aller chez le boucher, retourner chercher la pizza, puis rapporter un poisson rouge dans un sac en plastique rempli d’eau, avant de rentrer. Je vous passe les distances à calculer!

Ensuite, je retourne au “petit gymnase” où je dois, par exemple, en marchant très vite sur un parcours déterminé, lancer à la kiné une balle lestée rouge ou bleue, selon ses instructions surprises. Si c’est la rouge, il faut trouver un maximum d’animaux, si c’est la bleue un maximum de villes. Le tout, en continuant le parcours proposé.

L’idée est de forcer mon cerveau à sortir de sa routine de travail qui le fait aller au plus simple, et d’ouvrir de nouveaux chemins. Epuisant!

Hier, mes deux kinés m’ont proposé une petite marche dans le quartier pour voir mes progrès sur une plus longue distance. J’ai marché un kilomètre. J’étais bien fière.

Le vieil olivier et les hommes

Vendredi 29 Avril 2022,

C’est l’histoire d’un olivier magnifique et très vieux qui vit au sud de la Grèce. Les villageois l’ont dénommé affectueusement “Mathusalem”. Superbe, il surplombe la mer et voit passer tous les navires qui longent le Péloponnèse pour traverser la Méditerranée.

Mathusalem a été planté il y a plus de deux mille ans dans une oliveraie près d’Olympie où naquirent les jeux olympiques en 776 avant Jésus-Christ pour honorer notre ami Zeus.

De sa position face à la mer jolie, il a vu passer une partie de l’histoire de la Grèce. Durant sa jeunesse, Mathusalem a vu passer Hérodote, né en 480-JC à Halicarnasse, qui est devenu Bodrum en Turquie, avant d’aller fonder la ville de Thuriol à coté de Tarente en Italie où il finit sa vie. Le “Père de l’histoire” avait beaucoup voyagé, en enquêteur insatiable et curieux qu’il était et mérite bien ce titre que Cicéron lui a donné.

Manuscrit des Enquétes d’Hérodote

Notre arbre a vu grandir la civilisation grecque antique qui a essaimé des comptoirs tout autour de la Méditerranée, d’Antioche à Bagdad, d’Alexandrie à Naples, de Marseille à Aléria et ce qui est moins connu de nous, tout autour de la mer Noire .

colonisation_grecque_12_legende

Au début des temps, le Péloponnèse était une presqu’ile séparée du continent par l’isthme de Corinthe, qui fait moins de sept kilomètres de large. Il y avait quand même du passage, mais c’était compliqué! Afin d’éviter de franchir le fameux cap Maleas, ce “cap Horn grec” dont je vous ai déjà parlé, les navigateurs avaient coutume de transporter leurs bateaux d’une rive à l’autre de l’isthme en les faisant rouler sur des rondins de bois que l’on tirait avec des cordages et des contrepoids!

En 67 avant Jésus-Christ, notre olivier avait bien ri quand il a entendu évoquer la première tentative de construction d’un canal de Corinthe. C’est l’empereur Néron en personne qui inaugura le lancement de cet ambitieux projet, avec une pelle en or ! On ne lésinait pas sur les moyens à l’époque! L’année suivante, son successeur Galba, un peu moins fou, jugea le projet trop onéreux et arrêta les frais. Les nouveaux travaux du canal de Corinthe ne recommencèrent vraiment qu’en 1882, pour se terminer en 1893. Beaucoup, beaucoup, plus tard!

Au moyen-âge, notre arbre a vu passer devant lui de belles croisades et de nombreuses civilisations. Il a vu se développer la souveraineté des Francs dans tout le Péloponnèse au XIIIéme siècle, puis des Byzantins, des Ottomans, des Vénitiens et de nouveau des Ottomans jusqu’à la guerre d’indépendance grecque. De son champ, il admira la construction de Méthoni et de sa forteresse, qui combine tous les styles .

En 1676, Mathusalem a vu sept cents Maniotes quitter la région pauvre du Magne tout proche et partir fonder Cargèse en Corse.

Au 19ème et 20ème siècle, il a vu aussi des grecs qui fuyaient la pauvreté, les épurations ethniques et les dictatures qui ont ponctué l’histoire récente du pays. La diaspora mondiale compte actuellement de l’ordre de sept millions de grecs d’origine, à comparer aux dix millions d’habitants qui vivent dans le pays des Dieux.

Aujourd’hui, les champs d’oliviers qui vivent dans les endroits isolés du Péloponnèse sont mal entretenus et étouffent au milieu des herbes folles. C’est le cas de notre vénérable olivier , dont le tronc noueux et la ramure se sont tellement développés qu’il en meurt.

Etant donné le grand âge du malade, le pope du coin a demandé conseil à un guérisseur d’oliviers pour qu’il donne son avis. Si, si, cela existe!

Consultation auprés du guérisseur

Le verdict du guérisseur s’est avéré inattendu! Notre vénérable olivier se moque des plaies du temps mais il manque cruellement d’hommes pour le cajoler, le soigner, et le récolter. Il a vécu depuis tant d’années en leur compagnie qu’il a besoin de leur présence. Alors le village s’est mobilisé pour lui rendre hommage et le sauver. Depuis, les familles des environs vont pique-niquer régulièrement sous son ombrage pour s’en occuper.

A cette occasion, Mathusalem a entendu parler du sort tragique de la ville de Marioupol, dont l’histoire est fortement liée à la Grèce…

Un peu d’histoire pour suivre une affaire compliquée :

De nombreux grecs ont fondé des colonies autour de la mer Noire dès le VI ème siècle avant Jésus-Christ, par nécessité ou par soif d’aventures. Une seconde vague de colonisation grecque se développa ensuite à la fin de l’empire byzantin, et ce jusqu’à la défaite de l’empire ottoman face à la Russie en 1829, qui se traduit alors par un contrôle de la Russie sur la mer Noire.

Une partie des anciennes colonies grecques se développaient alors tranquillement notamment en Crimée, au côté des fameux tatars, jusqu’à ce que la Russie les annexe. Catherine II décida alors de les envoyer vers la mer d’Azov, principalement autour de Marioupol et dans le Donesk, pour “rechristianiser” les terres prises à l’empire Ottoman.

Du coté de l’empire Ottoman, sur la rive nord de la Turquie actuelle, les communautés grecques dites “Pontiques” représentaient 600 000 personnes en 1920. Elles furent expulsées vers la Grèce en 1924 en application du traité de Lausanne, mais seulement 260 000 y arrivèrent. Les grecs parlent du “génocide pontique” au même titre que le “génocide arménien”.

En Ukraine, dans les années 1930, la population d’origine grecque avait atteint 300 000 personnes environ. En 1937, Staline décida de déporter ces populations vers l’est, principalement en Ouzbekistan, pour une campagne déjà intitulée “opération spéciale”, un terme malheureusement d’actualité! Cette persécution de masse continua pendant la guerre pour culminer dans le tragique en 1949 avec la déportation du reste des grecs habitants au nord de la mer Noire. L’explication officielle soviétique utilisée à l’époque était de “purger les zones côtières de populations politiquement instables”! Tout ceci entraina de 15 000 à 50 000 morts selon les historiens et plus de 60 000 déportés. Peu de temps après, à la fin de la guerre civile grecque, certains communistes, optimistes mais mal informés, qui avaient peut-être des ancêtres originaires de la mer Noire, ont quand même trouvé refuge en URSS.

Image
Les grecs de Marioupol

Au dernier recensement, il y avait encore 91 500 Grecs en Ukraine, dont notamment une communauté grecque très active de 70 000 personnes à Marioupol, qui partage maintenant le triste sort de cette ville martyre. Quelques habitants ont pu regagner la Grèce avec leur famille. Il y aurait environ 5500 réfugiés d’Ukraine à Athènes actuellement.

Alors Mathusalem se met à penser à toutes ces vagues successives de migrants passés devant lui depuis plus de deux mille ans, et à tous ceux qui n’ont toujours pas trouvé d’endroit pérenne pour vivre en paix. Comme la déesse Europe poursuivie par Zeus ! Puisse celle-ci, en tant que gardienne de nos espoirs, arriver à protéger les minorités persécutées, comme veut le faire aujourd’hui l’Union Européenne qui porte son nom!

Pris d’un fol espoir, notre olivier recommence à faire pousser de petites olives qui pourront à leur tour aller réensemencer les rives de mer Noire ou d’ailleurs, une fois le déluge de feu terminé. Quand on a vécu si longtemps, au pays des philosophes, on sait attendre !

Et au pays des Dieux, on sait bien que Poutine souffre d’un orgueil sans limites, l’hubris, et que tel Icare, sa démesure délirante sera châtiée un jour, … mais quand donc?

Vendredi saint

J’ai écrit ce texte le 25 avril 2003, il y a 19 ans … Impossible de croire à quelle vitesse passe le temps et surtout la vie ! A l’époque, j’habitais en Californie, et c’était la guerre d’Irak ! Il semble que les hommes sont incapables de vivre en paix. Oui, surtout les hommes !

Date : vendredi 25 avril 2003 

Objet : Pâques et Passover

C’est la semaine sainte, j’ai presque oublié le dimanche des Rameaux, cher à mon père, qui porte ici le joli nom de « Palms Sunday ». Sur Sunset Blvd, le parc de la grande maison au coin de Maple drive est couvert depuis déjà longtemps de lapins gigantesques, et d’œufs immenses.

Ces gens-là ont le sens de la déco, à Noël, les pères Noël dansent la gigue dans leur propriété et pour Halloween, monstres et cadavres rivalisent pour interpeller le flot continu de voitures. Ils ont de la place pour stocker tout ce matériel digne d’une super-production ! 

Vous ne le savez peut-être pas, ici ce sont les lapins qui apportent les oeufs de Pâques, et, depuis un mois, les pâquerettes fleurissent sur les cours de golf. Au supermarché, les gondoles débordent de produits casher et, sur les sacs, on me souhaite un « happy Passover » en hébreu. Je me sens décalée, point de menu de Pâques, de gigot d’agneau en promotion, pas la moindre salade de pissenlits… Le magasin Rite Aid a retiré de ses rayons de beaux oeufs roses, débordant de GI en tenue de combat, sous la pression d’associations bien-pensantes. De toute façon, la guerre est censée être  terminée.

Jésus Gonzales, de Twentynine Palms, est rentré au pays les pieds devant, et la seule femme indienne impliquée dans ce combat,  qui n’était pas le sien, a été tuée, malgré les prières de la tribu Hopi et donnera son nom à la Squaw Mountain qui sera débaptisée, dans cinq ans à cause de problèmes de procédure.

Il y a bien sûr en Irak trop de morts et trop peu de montagnes pour honorer ainsi les innocents pris au piège de cette guerre d’intérêt des Grands, qui ne sont pas partis la faire.

La famille de Rebecca est partie, elle, au grand complet en « camp religieux » dans un hôtel chic de Marina del Rey car, pour les juifs orthodoxes, les menus et les rites de Pâques sont compliqués.

Nous décidons d’aller skier dans la Sierra Nevada, comme les cloches ne passeront pas par ici, que nous n’irons pas chercher les oeufs dans le jardin des Closeaux, que ni les premières asperges ni le pissenlit sauvage n’arriveront jusqu’à Bristol Farms, et que mes parents, grands organisateurs de fêtes pascales reposent, désormais unis pour l’éternité, dans le cimetière de la Ferté-Beauharnais (Loir-et-Cher) auprès du Beuvron qu’ils ont tant aimé. 

Je sais que ma sœur prendra la relève, et que, dans le jardin du Bourg, les cloches passeront. Retentiront alors les rires de ses petits-enfants à moitié syriens et qu’ils seront loin de la guerre qui ne touchera pas, je l’espère, leurs grands-parents, bédouins dans le désert au sud d’Alep… 

On évoquera sans doute, entre la poire et le chèvre cendré, les tracts de la propagande « schleu » en forme de cloches envoyés par les avions allemands en avril 45 : « Nous venons de Rome, les Anglais n’y sont pas ! »  Tradition pascale oblige ! 

Je roule dans la nuit, Patrick dort épuisé par le poids de la conjoncture, Pénélope veille, fidèle, et me saoule de rap. 

Nous traversons des villes de Western, coincées entre le grand désert de la Death Valley et la Sierra Nevada, superbe et présente malgré le noir absolu : « Independance », « Bishop »  dont beaucoup de fils sont partis, si on en croit le nombre de rubans jaunes accrochés aux arbres qui signifient « Safe return for our troops ». 

L’autoroute, droite et efficace, arrive par miracle et sans lacets, jusqu’aux pieds de l’appartement que nous avons loué.  Grâce au sens pratique indéniable de ce pays, nous nous retrouvons dans un confortable canapé, devant un feu allumé en 10 secondes et une télé avec magnétoscope au mitan de la nuit… à 3 000 mètres d’altitude. Rien à voir avec les appartements à la montagne de notre métropole ; ici, il y a de l’espace et notre « one bedroom » pourrait héberger deux familles nombreuses de skieurs à Val d’Isère. Le lendemain  nous prouve une fois de plus l’efficacité de la logistique yankee, si, toutefois on sait se servir d’un ordinateur. Et nous nous retrouvons, très vite, en haut de pistes larges et damées à la perfection, entourées de sapins, avec une vue imprenable sur un horizon si large qu’on aperçoit au loin le Half Dome de Yosemite. Pénélope apprend comme il se doit à glisser sur un Snow Board, car le ski est bien sûr ringard désormais… Je chante sur le remonte-pente, je n’avais pas skié depuis si longtemps.

J’avais oublié la blancheur irisée de la neige, le ciel si bleu, le côté divin de la montagne qui fait croire, l’espace d’un instant magique, qu’on se rapproche de l’éternel.

A propos d’éternel, le dimanche de Pâques, dès l’aube, nous étions à la recherche de l’église catholique du coin cachée derrière le golf. Nous pensions être les seuls à huit heures du matin. Le lieu de culte ultra moderne, était bondé de jeunes, de vieux, de bébés, dont un de trois jours, qui n’avait pas encore retiré son bonnet « Mammoth hospital », de « Côte Est »,  de bûcherons californiens, de soixante-huitards aux cheveux longs, de femmes policiers irlandaises au profil de vierges, de baptisées de Pâques coréennes en robe de mariées, d’Hawaïens, d’Indiens, de rockers, de mexicains aux blousons siglés, de minettes hollywoodiennes aux nombrils à l’air, et nous, en tenue de ski, étions vraiment déconcertés. 

Dans un coin, trônait le “baromètre des donations” : 2,4 millions  à ce jour. Optimistes, ils avaient gradué jusqu’à 3,5 millions. C’est qu’on donne des sous à la quête ici, plutôt des chèques d’ailleurs qu’on dépose discrètement dans un panier de velours.

Dans la station, tous les gens qui travaillent arborent des oreilles de lapin roses. C’est Pâques, quand même… les épreuves de surf, et de ski alpin se terminent à ski nautique dans une piscine glacée. J’ai bien ri.

Pendant ce temps-là à Bagdad, on ne cherche non pas des oeufs mais toujours des armes de mass-destruction, et on trouve des dollars bien cachés, des Chiites qui s’autoflagellent, des Sunnites qui sortent des lapins, des Kurdes accompagnés d’Ali-Baba et les 40 voleurs.

Ils ont ouvert la boîte de Pandore, mais ils ne le savent pas. 

Qui est déjà ce Pandore ? pourrait dire Donald Rumfeld, qui n’a pas étudié le grec et le latin. (Un autre Ronald inculte viendra un jour trop vite)

Le soir de Pâques, un nouveau feuilleton hollywoodien commençait : HELEN OF TROY, sous titré « Desire is War »

Qui, dans sa vie, n’a pas eu la tentation d’ouvrir sa petite boîte de Pandore ? 

Je vous souhaite le bonsoir.

La Châtaigneraie

Samedi 9 Avril 2022,

Il n’y a dans cet endroit ni châtaignier, ni la moindre châtaigne, mais le nom est charmant et donne du courage à notre groupe de nouveaux, convoqués pour un séjour de rééducation dans cet hôpital de jour parisien dénommé ‘La Châtaigneraie”. En vérité, c’est un immeuble moderne situé rue de la Convention, qui était sans doute un endroit champêtre il y a deux siècles.

Je rentre dans le hall d’accueil avec mes sympathiques comparses, pour le pointage. Nous devons signer la feuille de présence et changer de masque. Je suis l’un des seules patients sans canne, ce qui me donne l’impression d’être une championne pour la première fois de ma vie!

Ensuite nous montons en ascenseur au vestiaire pour enfiler notre tenue de sport, pour redescendre ensuite au gymnase où nous attendent toutes sortes d’instruments destinés, parait-il, à faciliter la rééducation. Par exemple, se tenir bien stable sur une planchette qui bouge dangereusement, ou bien sur deux balances qui s’écartent , monter et descendre à l’infini des escaliers, pédaler allègrement sur un vélo qui mesure des paramètres inconnus, …

Pour la première épreuve, en ce qui me concerne, je dois marcher sur un tapis entouré de rampes à ne pas toucher mais en utilisant mes bras comme balancier, enjamber des obstacles qu’on me rajoute mais sans les renverser, marcher sur le coté puis à l’envers. Nous sommes entourés pour cela d’un régiment de kinés très motivés, et nous avons même un “kiné personnel”, qui nous est affecté pour tout le séjour.

Ensuite, c’est heure de l’orthophonie, discipline que j’aime bien car j’y obtiens de bonnes notes. Il s’agit de récupérer complètement mon langage, de faire travailler mes méninges pour booster mon cerveau qui est, parait-il, paresseux. Il faut développer ses synapses! Je travaille avec une charmante jeune fille, Julie, qui est bien plus jeune que mes enfants et qui, bien entendu, me demande de faire des exercices rapides qui commencent toujours simplement et finissent très compliqués. “Dites moi le maximum d’animaux que vous avez en tête, le plus vite possible”. Facile au début, mais tout d’un coup je n’ai plus grand chose en tête: “Non, vous avez déjà dit hippopotame”!

Puis cela se complique : “Si la flèche va vers le haut, vous dites qu’elle va vers le bas, si elle va vers le bas, vous dites qu’elle va vers le haut, si elle va à droite, vous dites qu’elle va à gauche, si elle va à gauche, vous dites qu’elle va à droite “. Il y a 56 cartes! Il faut perturber le cerveau! Le mien est épuisé! L’ensemble de ces charmants petits pièges ne dure qu’une demi-heure, mais à la sortie, vous êtes complètement rétamé, votre tête est en quenouille et votre cerveau épuisé! Mais cela marche !

J’ai fait beaucoup de progrès ! Je vous rappelle qu’à la sortie de l’hôpital il y a neuf mois, je ne pouvais plus parler du tout!

Ensuite, après une pause, j’ai rendez vous avec ma charmante kiné aux yeux bleus, Catherine. Je fais différents exercices, mais, dés que j’y arrive correctement, elle me dit: “Cela ne m’amuse plus, on passe à autre chose!”. Je monte sur d’énormes ballons, en envoie de tous petits avec des poids, marche de coté en levant le genou “plus haut, encore plus haut”, m’assois pour souffler sur une chaise, apprends à respirer,… jusqu’à que Catherine annonce avec délicatesse à sa stagiaire qui assiste à la séance: “je crois qu’on n’en tirera plus rien aujourd’hui”! Je comprends qu’elle parle peut-être de moi, et je m’arrête. Elle me confirme à ma grande joie: “C’est fini pour aujourd’hui!”.

Jusqu’à présent, je n’ai pas fait d’ergothérapie, qui me réserve sûrement quelques surprises. Je commence la semaine prochaine. Me rééduquer par le travail, tout un programme! A suivre.

Cette journée à hôpital de jour se termine ! Je rentre épuisée à la maison et dors tout mon saoul!

Guerre et Paix

Mercredi 23 Mars 2022,

Vous souvenez-vous du golfe d’Eubée ? Rappelez-vous! Nous sommes passés à Chalchis où les flots sont imprévisibles et doivent s’aborder avec moultes précautions de nuit. Le lendemain, nous avons longé le fameux défilé des Thermopyles, où s’est produit l’un des faits d’armes le plus célèbre de l’histoire antique.

A l’époque , c’est à dire en 480 avant Jésus Christ, les cités grecques sont indépendantes et s’allient les unes aux autres, au gré des batailles et des intérêts. Pourtant, face à l’empire Perse menaçant, un congrès des cités-États a tenté de trouver une solution politique, et a conduit à la création d’une confédération. Mais celle-ci est restée incomplète et peu alignée, avec de nombreux conflits internes.

Cette fois ci, c’est Xerxès Ier le roi Perse, qui veut envahir les terres des états Grecs et annexer le pays. Mais pour éviter la guerre , il demande aux cités grecques “de la terre et de l’eau” , ce qui veut dire en clair, la soumission. Certaines effrayées par la puissance perse acceptent, mais les Spartiates jettent les émissaires perses au fond d’un puits et les Athéniens les tuent après un rapide procès. Bref, il n’y a pas de consensus!

L’armée de Xerxès est immense et rassemble près de 300 000 hommes venant de tout l’empire Perse. Elle comprend aussi un corps d’élite très expérimenté où chaque homme touché est remplacé sur le champ. Les Perses ont déjà déployé des moyens considérables et engagé des réalisations étonnantes pour atteindre leur objectif.

Hérodote, le premier à raconter cette épopée!

Par exemple, pour faire franchir le détroit des Dardanelles à pied par son armée, Xerxès n’hésite pas à faire construire un pont sur ce qui s’intitulait alors l’Hellespont. Celui-ci était constitué d’un assemblage de bateaux, assez élaboré pour franchir un détroit de plus d’un kilomètre! Souvenez-vous que ceci se déroulait en 450 avant JC!

Ce haut fait du génie militaire de l’époque mérite d’être rappelé, en cette semaine où Erdogan inaugure, au même endroit, le pont suspendu le plus long du monde. Il l’a d’ailleurs intitulé “Canakalle 1915”, en référence à la victoire éclatante de l’armée turque dirigée par Mustafa Kemal, le futur Atatürk, sur une escadre Franco-Anglaise qui voulait franchir le détroit. Les historiens s’accordent à attribuer la responsabilité de la défaite à l’excès d’hubris des états-majors alliés de l’époque, soi-disant “mal renseignés” sur le courage des turcs et leurs compétences tactiques. Le parallèle est intéressant avec la sous-estimation de l’esprit de résistance des Ukrainiens par Poutine et sa clique, eux aussi “mal renseignés”!

Revenons à Xerxès et à son armée. Deuxième accomplissement hors du commun, le roi fait creuser un canal au pied de la presqu’ile du Mont Athos pour éviter à sa flotte de devoir affronter les tempêtes dangereuses, très fréquentes dans les parages . Ce cap que nous avons contourné l’automne dernier sera d’ailleurs l’objet d’un prochain blog. Ci dessous, deux photos comme teaser pour vous mettre en appétit.

L’alliance des cités grecques n’est pas parfaite, en raison de leurs divergences fréquentes et de la terreur provoquée par la taille de l’armée perse. Il est décidé de l’arrêter dans le défilé des Thermopyles qui commande l’accès à la Grèce Centrale. Son étroitesse est propice à une stratégie défensive, menée par une armée de 7000 hommes, et dirigée par le roi Léonidas de Sparte! Le but est de bloquer la progression de l’immense armée Perse qui se trouve confrontée à des problèmes majeurs de logistique pour son ravitaillement et qui doit donc soit avancer, soit reculer.

Et cela fonctionne ! Les assauts répétés des corps d’élite perses sont repoussés avec succès par les phalanges grecques pendant trois jours successifs.

Mais ils sont trahis par un paysan grec, Ephialtès, qui indique à Xerxès une manœuvre de contournement de la montagne pour éviter le défilé. Il ne gagnera pas l’argent promis, mais son nom sera honni à jamais. Il signifie en grec “le traître” ou “le cauchemar”, encore aujourd’hui.

Bien que maintenant attaqué à découvert et malgré une infériorité numérique impressionnante, Léonidas décide alors de combattre jusqu’au sacrifice. Le combat acharné de ses soldats donne le temps au reste de l’armée grecque d’organiser sa défense. La défaite héroïque des Thermopyles provoque un sursaut d’entente entre les cités qui décident une approche coordonnée. A Salamine et à Platée, les grecs écrasent la flotte de l’ennemi et arrivent à décimer les troupes Perses, qui doivent alors se retirer du pays.

Et cette victoire acquise dans la douleur ouvre une nouvelle période de développement pour la Grèce antique, avec certes la guerre fratricide du Péloponnèse, mais surtout la floraison culturelle du “Siècle de Périclès”.

“Les Thermopyles”, constate l’écrivain roumain Mirca Cartartarescu, “C’est maintenant en Ukraine, et l’héroïsme de l’Ukraine inspire et unifie. Nous observons à travers l’épaisseur de l’histoire quelques soldats spartes résistant à une immense armée servile. Les Thermopyles sont tombés , ses défenseurs massacrés, mais sans cette bataille, il n’ aurait pas eu de Salamine, de Marathon et de Platée, où la volonté de liberté, l’instinct humain, plus fort encore que l’instinct de conservation ont vaincu le colosse persan. Comme eux, Zelensky et ses combattants sont définitivement entrés dans l’horizon doré du mythe. En ce moment, ce sont eux les héros de l’humanité, devant lesquels, même en les écrasant, le tyran n’a plus aucune chance”.

Au moment où des perspectives de négociation s’esquissent, considérons le second enseignement stratégique de la bataille des Thermopyles: L’esprit de résistance des grecs et l’union sacrée qui en résulta leur permirent de vaincre Xerxès dans la douleur et d’ouvrir ensuite sur les décombres de la guerre, une nouvelle ère de prospérité.

Un débat récent entre éditorialistes du New York Times sur les termes possibles de négociation entre Russes et Ukrainiens concluait que l’Ukraine, au moment d’accepter peut-être des concessions territoriales déchirantes, devrait garder la seule ligne rouge qui doive primer, faire entériner le principe de l’entrée de l’Ukraine dans l’Union Européenne.

Espérons que l’Europe saura être à la hauteur de cet enjeu!

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PS: Je n’ai pas voulu briser le souffle épique de mon blog avec un épisode burlesque. Mais quand même! Comment ne pas s’esclaffer de la sortie de Boris Johnson le bouffon, qui a mis sur le même plan la résistance héroïque des Ukrainiens et le souci des Anglais ayant voté pour le Brexit de “pouvoir faire les choses différemment”! Il faut mieux en rire qu’en pleurer!

L’Eternel repos

Mardi 15 Mars 2022,

C’est un tout petit cimetière adorable, qui entoure une jolie église ancienne. Toutes sortes de tombes donnent sur le Beuvron qui coule en chantant à côté.

Celles des châtelains sont littéralement collées à l’extérieur du choeur, pour avoir le privilège d’être plus près de Dieu. Pourtant, Dieu n’est il pas censé être partout! Ici, il s’agit de quelques anciennes familles nobles du coin, dont la sépulture est ornée d’une couronne en pierre et d’un blason. Ainsi les stèles des familles Mac Mahon et de la Selle dominent de leur haut la modeste “rangée des anges”, enfants partis prématurément à l’aube de leur vie car sans vaccin à disposition, qui sont maintenant alignés pour l’éternité le long du muret de briques roses.

De l’autre côté de l’église devant la grande porte, se trouve un curieux caquetoire qui, comme son nom l’indique, sert à “caqueter”, c’est-à-dire à “bavarder à tort et à travers” pour échanger des nouvelles à la sortie de la messe et éventuellement s’abriter de la pluie.

Les pierres qui entourent le portail sont gravées de multiples signes dont les fameuses coquilles Saint Jacques que gravaient les pèlerins sur le chemin de Compostelle pour se retrouver.

Le caquetoire donne directement sur le cimetière, ce qui favorise une relation naturelle entre les vivants et les morts. L’endroit donne sur la rivière puis, au delà, sur la prairie et le château des Beauharnais. C’est un must! Mon père avait choisi soigneusement son “emplacement ” pour suivre le parcours des brochets et des gardons de sa place au cimetière. Une grande partie de ma famille dort maintenant le long du Beuvron, dans cet endroit tranquille qui héberge tant de larmes.

Ce petit cimetière est à lui tout seul une véritable page d’Histoire. L’église édifiée au XIIème siècle, puis détruite au XIVème, fut reconstruite au XVIème siècle. Au delà des châtelains du coin, il y a là de nombreux soldats tombés en braves dans tous les conflits des derniers siècles, jeunes morts au bout du monde des vivants. Qu’ils reposent en paix!

Les noms de famille évoquent tous des personnages qui ont peuplés mon enfance, de la grand-mère voisine qui nous vendaient ses asperges, au rebouteux qui soignait les brûlures, et au boulanger qui nous régalaient de ses sacristains, introuvables depuis. Un mort mystérieux est doublement enterré dans deux tombes distinctes. Et puis, la tombe restée tristement vide depuis un demi-siècle, parce que les enfants n’ont pas voulu payer le dernier voyage de leurs parents!

Je vais saluer avec émotion mes parents enterrés là, qui, de leur dernière demeure couverte de bruyère mauve, me parlent de cette terrible guerre d’Ukraine qui évoque l’Apocalypse. “Il n’y aura donc jamais de Der des Ders! “, pense Maman, “Les hommes sont trop stupides pour le mériter!”

Mon père profite de l’occasion pour me rappeler l’importance de connaître la grande Histoire pour comprendre l’actualité. “Il n’y a pas de question, ma petite fille… relis donc Hérodote, et souviens toi du sacrifice de Léonidas aux Thermopyles qui a transformé le monde Grec!”

Je vous en parlerai donc la prochaine fois.