Mercredi 4 Novembre 2020,

Fatiguée de porter les misères humaines, les fous de dieu sans foi, les dirigeants exaltés et les virus sans loi, les sempiternels politicards criards, qui n’étaient pas aux affaires mais qui eux, bien sûr, auraient anticipé la situation, bref, lassée de l’ignorance du monde, je suis partie me ressourcer dans la mer Egée, auprès des dieux grecs qui aiment à ressembler aux hommes et se plaisent à être caricaturés. Je partage le point de vue d’un éditorialiste politique qui pense que nous devrions nous réjouir intensément de ne pas être en charge de la nation par les temps qui courent.
Je suis donc partie à l’aube du jour du confinement, à l’heure où blanchit la campagne comme c’est la coutume, vers des rivages encore déconfinés. Quand j’ai pris mon billet d’avion, je ne savais pas bien sûr ce que le sort nous réservait, mais je me félicite à présent d’être confinée pour un temps, en bateau, sur une mer désertée.
Hier encore, un bon soleil de Novembre nous accompagnait avec sérénité. Aujourd’hui, il fait doux et gris , mais nous devons filer vers le sud pour éviter le coup de vent du nord qui arrive vers nous avec toute sa puissance. Nous faisons escale, dans de petits ports oubliés des touristes où les habitants se promènent démasqués et en famille sur les quais, avant le diner. Les terrasses des cafés sont encore remplies de jeunes qui prennent des selfies et de personnes plus âgées qui papotent, quelquefois en compagnie d’un pope. L’ambiance est à la convivialité. Les enfants jouent dans la rue, comme en Italie.
Nous avons passé la moitié de la nuit dernière, amarrés exceptionnellement le long d’un quai en centre ville , car nous devions attendre l’ouverture du pont de Chalchis, qui ne s’ouvre qu’une demi-heure par nuit, quand les courants très forts se calment et deviennent propices au passage des bateaux . Nous étions devant un bar très branché, où une hôtesse à demi masquée et callipyge, appelée Aspasie, mais qui aurait pu s’appeler Tanagra étant donné le volume de ses seins, accueillait tout sourire les clients, étonnamment élégants, pour écouter un excellent orchestre, dont un saxo à se damner. Impossible de résister, nous avons été boire avec délice un délicieux Mojito, à dix mètres de notre bateau. La musique était bonne et la fête s’est terminée à minuit, mais la nuit fut encore longue. Le “commandant du pont” nous a seulement appelés à trois heures du matin sur la radio du bord, pour passer le fameux pont rétractable, enfin ouvert. Nous avons regretté de ne pas avoir pris plus de Mojitos! Malgré l’heure, trois valeureux spectateurs nous ont applaudi dans la nuit lors de notre passage. Il a fallu ensuite aller s’ancrer dans une baie à coté, avant de s’écrouler, épuisés, sur notre couchette.
Aristote avait étudié le phénomène de ces courants dans le détroit de Chalchis à la fin de sa vie et il est mort là-bas en 322 avant Jésus-Christ. Je vous précise cela pour améliorer votre petit bagage de culture générale, comme aurait dit mon professeur de latin.
Pour le philosophe, précepteur d’Alexandre le Grand, la plus haute forme de société civilisée n’était autre qu’une démocratie.
Je me demande si Trumpy a lu “Ethique à Nicomaque”, son traité bien connu sur la Politique et l’Ethique. Ce matin, il clame sa victoire alors que tous les bulletins de vote ne sont pas encore comptabilisés et crie à la tricherie. La suite des événements risque d’être violente dans ce pays divisé où tout le monde est armé.
Sans foi, ni loi, vous disais-je!
Aristote doit se retourner dans sa tombe!













