Paroles de confinés

Génération Zoom

Dimanche 10 Mai 2020,

Voilà combien de jours , voilà combien de nuits , voilà combien de temps que nous sommes confinés ?

Je perds la notion du temps, enfermée dans mon cocon douillet. Voilà que nous allons être “déconfinés” et je n’ai rien fait de la longue liste de ce que j’allais pouvoir faire. Je n’ai même pas rangé mon bureau. J’ai procrastiné en route…, j’ai lu, j’ai écrit et j’ai profité d’un temps qui m’a semblé agréablement infini. Mais demain c’est fini, les heures seront de nouveau comptées. Aussi, il est grand temps que je publie la liste des réflexions qui m’ont fait sourire ou émue, pendant cette parenthèse :

“Mes petits-enfants déposent des fleurs devant ma fenêtre comme si j’étais déjà morte !” ( ma soeur)

“A mon âge, je vais être confinée jusqu’à ma mort! ” (ma voisine)

“The wrong man , in the wrong job, at the wrong time, l’opposé de Winston ” ( à propos de Bojo, The Guardian)

“Je ne suis pas docteur, mais je suis quelqu’un qui a un bon “vous savez quoi “. (Trumpy)

“Madame la ministre, est-ce que vous avez prévu une indemnisation pour les paniers repas et les heures supplémentaires que je dois faire en plus, parce que je garde ma fille de 4 ans ? (Un auditeur de France-Inter -29 Avril )

“J’ai été frappé par le nombre de commentateurs qui savaient ce qu’il fallait faire à chaque instant” (Edouard Philippe)

“Quand je dis sans doute, c’est certain !” ( Edouard Philippe)

“Moi, je n’ai pas le temps de me raser pour passer à la télévision, j’ai trop de travail” (Philippe Martinez de la CGT, après le discours du premier ministre et la conférence de presse qui a suivi, le 7 Mai)

“L’avenir n’existait plus.” (Nina Bouraoui)

“Le confinement ramollit le cerveau .” ( Hotel la Perelle, qui ne savait plus les dates des vacances)

“Il faut bien te laver les mains, Mamido, car tu es quand même très très vieille” (Cléophée, 5 ans)

“Satisfaction en 48h maximum…..Je répare les ordinateurs à distance, par télépathie, résous aussi les problèmes de plomberie mais surtout je suis un grand spécialiste du coronavirus ! “(Maitre Sako Ndiaye, Grand Marabout )

“Si j’étais en Ephad , je serais mort depuis longtemps ! “(Un papi anonyme)

“La maitresse me gâche mon confinement! ” ( Lucas, 11 ans )

“Je suis enfermée comme un rat dans sa cage” (Une septuagénaire dans une grande maison avec un beau jardin)

” Tout va bien. Evidemment, le soir, on picole un peu ! (Une amie italienne)

“J’espère que vous allez bien pendant le confinement. Et je vais faire un autre zoom demain avec vous , parce que, là moi, je suis toute seule, j’aime pas être toute seule, ma maman elle travaille toute la journée et mon père aussi hein, il travaille tout le temps. Moi, je suis en vacances alors je n’ai pas de devoirs par la maitresse. Bapou, j’espère que tu ne travailles pas trop hein, et Mamido que tu fais des jeux et que tu lis des livres. C’est pas bien d’être toute seule chez toi si tu es petite. Je vous souhaite un bon confinement et je vous ferais des petites blagues pendant le zoom. … Je vous fais des gros bisous , surtout à Mamido.” ( Cléophée, 5 ans )

Trumpy trompe-la-mort

Gentils manifestants anti-confinement, “good people” pour Trumpy!

Jeudi 7 Mai 2020,

Trumpy devient vraiment nerveux. les sondages prédisent qu’il perdra les élections en Novembre si l’économie du pays n’est pas sérieusement relancée !

Le nombre des malades et des morts continue à grimper à l’inverse du Dow-Jones. Que faire alors ? Trumpy veut rouvrir l’économie en dépit des risques encourus. Sa stratégie est simplissime:

Première étape, il faut supprimer les indemnités des rares travailleurs qui en touchent, comme cela ils n’auront d’autre choix que de revenir travailler dans le genre marche ou crève. S’ils refusent par crainte pour leur santé, cela sera considéré comme une démission.

Ensuite, il faut clairement cacher la vérité. Personne ne sait combien d’américains sont contaminés, car l’administration fédérale traîne les pieds pour aider les états à augmenter la capacité de tests. Environ 6, 5 millions de personnes ont été testées sur 200 millions. La Floride qui a été l’un des premiers états à réouvrir a arrêté de publier les statistiques médicales, car le nombre de victimes du Covid était supérieur aux données officielles. La censure n’est pas toujours chinoise.

Le Dr Fauci n’est pas d’accord , il faut combattre le virus avec des données exactes et on vraiment prend un très gros risque à réouvrir sans tester plus. Exit le Docteur Fauci! Sans surprise, il n’ira pas témoigner à la chambre des représentants.

Ensuite, on invoque la liberté de chacun, sacrée aux Etats -Unis. “Je veux être libre d’attraper le Covid 19 et de contaminer les autres ” proclament les manifestants trumpistes anti-confinement. Grâce à cette merveilleuse liberté, on peut être armé jusqu’aux dents pour manifester “pacifiquement”, pour aller à l’école mitrailler ses petits camarades de classe ou prévoir une tuerie de masse, très tendance ces temps-ci. C’est vrai qu’il y a tellement de morts par balles aux USA qu’on n’en est pas à quelques milliers près. La NRA est un sponsor sur lequel on peut compter, et Trumpy également, qui encourage les manifestants en dégainant régulièrement ses tweets insensés : “Liberate Michigan”. Il faut soigner les grands donateurs pour les élections.

L’attorney general demande même au département de la justice d’attaquer les états qui préconisent le confinement, “au nom de la liberté”. Que signifie la liberté si on n’a d’autre choix que de risquer sa vie en travaillant ? Notez-bien que le système de santé en lui-même n’est pas celui d’un pays libre et civilisé, mais c’est une autre histoire.

Pour pousser à la réouverture des abattoirs, qui étaient largement contaminés, ce qui force à rationner la vente de viande dans les supermarchés, Trumpy veut utiliser une procédure extraordinaire, le “Defense Production Act”. En plus, les amis de Trumpy au Sénat veulent empêcher toute poursuite des employés ou des consommateurs infectés par le virus. Comme cela, on n’est pas gêné aux entournures !

L’objectif est de relancer l’économie de gré ou de force pour récupérer des électeurs en novembre. Pourtant, en l’absence de traçages et de tests, il risque d’y avoir une nouvelle vague de pandémie et une crise économique plus sévère, préviennent à la fois le centre de contrôle et de prévention des épidémies et le comité d’ experts de la Maison Blanche. Pas de problème, on met au placard le rapport du premier et on va restructurer le second, après avoir menacé de le dissoudre.

Place aux “gentils warriors”qui vont attaquer le virus les armes à la main !

God save America but not Trumpy-the-Kid! Puisque c’est le Far west, pourquoi ne pas pendre celui-ci haut et court !

Clics à gogo

En ce temps là, les lettres étaient de mise!

Lundi 4 Mai 2020,

J’ai l’impression que les confinés ne s’expriment plus que par clics et transferts. Ils ont perdu la voix. Ils ne téléphonent plus, alors que le temps de la majorité d’entre eux est moins compté qu’à l’habitude. Ils regardent des vidéos, drôles ou non, lisent des maximes fines ou pas, les sélectionnent, malheureusement pas toujours, et les transfèrent à d’autres confinés dont je fais partie, qui les “recliquent” et les retransfèrent à un rythme d’enfer.

Heureusement que le Covid 19 ne va pas si vite, les hôpitaux n’auraient pas survécu à l’arrivée massive de ces gags à gogo. Nous serions tous morts emportés par “des vidéos devenues virales”. Le buzz nous aurait tués!

Aussi, alors que nous allons être bientôt libérés, j’ai des regrets.

Nous avons peut-être loupé l’occasion de nous envoyer de vraies missives joliment tournées, des lettres d’amour ou d’amitié, des récits de souvenirs lointains, de vie quotidienne au temps du confinement, ou de rêves de vacances prochaines. De belles lettres, comme celles des écrivains lues par Augustin Trapenard sur France Inter le matin. Nous, les confinés, nous qui avions le temps de prendre la plume, de peser les mots pour les alléger, de les choisir et de les affûter, pour mieux raconter des histoires pittoresques ou déclamer notre amour du printemps, l’avons-nous assez fait ?

L’occasion a-t-elle fait assez de larrons ? Serons-nous un jour de nouveau heureux comme “larrons en foire”? La foire risque hélas quelques mois d’interdiction.

Comme j’adore ce mot de larron, permettez-moi une digression. Le larron à l’origine était un mercenaire grec. De mercenaire à brigand, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Pardon pour les Grecs que j’aime absolument.

Il fut un temps pas si lointain, où j’habitais sur un campus californien. En ce temps là, les avions n’arrivaient pas directement à San Francisco, il fallait changer. Mais oui, vous aviez oublié ! En ce temps là, le téléphone était cher, Zoom n’existait pas et les grand-mères ne jouaient pas au Scrabble avec leurs petits enfants à l’autre bout du monde.

En ce temps là, nous écrivions de longues lettres hebdomadaires pour décrire le quotidien à nos proches, qui nous répondaient avec une belle écriture en pleins et déliés. Qui écrit encore avec des pleins et des déliés, même au stylo à bille ? Je pense que ma grand-tante, institutrice il est vrai, était la dernière.

Bref, on ne battait pas la mesure du temps de la même façon, et le matin j’aimerais parfois recevoir une lettre d’une autre époque, comme ce pastiche de Madame de Sévigné, qui a tourné sur nos portables à la vitesse de l’éclair.

Mes amis, à vos plumes, vous qui les avez légères, avant qu’il ne soit trop tard, et que le quotidien ne devienne ordinaire!

Le blues des soixante-huitards

Samedi 2 Mai 2020,

La génération des anciens de Mai 68 avait gardé dans son coeur une jeunesse qu’elle pensait éternelle.

Quand on a interdit d’interdire, qu’on a fait l’amour plutôt que la guerre, qu’on a vu sous les pavés la plage, qu’on a mis l’imagination au pouvoir, il paraît impossible de vieillir sérieusement. Les soixante-huitards ont fait du sport pour avoir un esprit sain dans un corps svelte, ils ont gardé leurs blousons de cuir et leurs jeans, dernières étincelles de leur look de révolutionnaires, et coloré leurs cheveux. Ils ont souvent choisi des métiers qu’on exerce longtemps, journalistes, psychanalystes ou écrivains. Si bien que certains travaillent encore. Quand ils ne travaillent plus, ils militent encore dans des associations de toutes sortes. Ils ont voyagé à travers le monde, au gré d’une humeur toujours vagabonde. Ils s’occupent de leurs petits-enfants qui les appellent par leurs prénoms quand leur emploi du temps chargé leur permet.

Ils étaient résolument jeunes dans leurs tête. Ils “faisaient jeunes” comme on dit et aimaient à l’entendre susurrer par les amis de leur progéniture.

Mais le Covid a frappé et leur a donné soudain un sacré coup de vieux. Le carrosse est devenu citrouille. L’imagination n’est plus au pouvoir, et les seniors dynamiques sont devenus des “ainés vulnérables”.

On les a catégorisés comme fragiles, comme “vieux” en clair. Erreur judiciaire, ils n’étaient pas encore vieux. Les vrais vieux étaient dans des maisons de retraite, ou au Sénat. Leurs propres enfants les ont trahis, en voulant les protéger : “Vous êtes dans la catégorie à risques, il faut faire attention ” n’ont-ils pas hésité à dire à leurs protecteurs de toujours. Car quelque soit l’âge des enfants, ils restent des enfants ad vitam aeternam pour les parents. “Restez chez vous”. “On a senti la bascule du pouvoir, on est devenus les enfants de nos enfants”. Les gaillards soixante-huitards se sont sentis infantilisés. “Un coup de massue !” pour Marianne, une veuve dynamique de 75 ans qui fait du Pilates sur Zoom pour ne pas perdre ses bonnes habitudes.

Ils sont nombreux à être montés au créneau, faute de barricades pour protester.

Alain Minc (71 ans) a annoncé “une révolte des cheveux blancs”. Pascal Bruckner (71 ans) a crié à “l’Ehpadisation des plus de 65 ans”. Ils refusent d’être mis sous cloche et parlent de ressortir les pavés de 68. Certains ont appelé à reprendre le maquis. Devant tant de révolte, il a été finalement décidé que tout le monde sortirait en même temps du confinement. Ils n’allaient pas se mettre tout ce beau monde sur le dos. Mais la pandémie a mis en lumière ” l’âgisme des Français”, analyse Hervé Hamon. En deux mois, les septuagénaires ont eu le sentiment de beaucoup vieillir….

Personnellement, je ne me sens pas vraiment concernée, je suis de la génération d’après, je n’ai que 66 ans !

Courriels à vendre

Quelle histoire raconter à Cléophée sur Zoom ?

Mercredi 29 Avril 2020,

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je reçois une multitude de courriels déprimants chaque matin. Du monte-escalier “qui change votre vie” qu’on m’impose tous les deux jours, aux “rhumatismes articulaires sévères” en passant par “la prostate, cet organe méconnu”, je ne sais plus où donner de la tête, ni de la souris .

Heureusement, “Padre” m’écrit aussi régulièrement pour me faire des révélations secrètes. Il a des dons merveilleux et il connait mon ange gardien “avec lequel il a un contact précieux”. Cela tombe bien. Celui-ci doit me donner gratuitement “Trois Secrets Angéliques” avec une garantie “sacrée à 100%”. Ce sont des révélations inouïes à propos de mon avenir, que j’aimerais bien connaître, sérieusement, car on me propose également “l’assurance obsèques adaptée à mes besoins” pour 2,75 euros par mois. “Anticipez l’avenir , il y a de fortes chances que vous n’y ayez pas pensé !” Non, c’est vrai franchement, je n’y avais pas pensé. Ce n’est pas ma façon d’anticiper l’avenir. Ce courriel là est collant comme la poisse, il sort des poubelles et des boites d’indésirables. Par ces temps de pandémie, c’est un peu indélicat. Du coup, un autre mail plus joyeux attire mon attention :” Un placement qui porte ses fruits, commencez à investir dans le whisky !” Et un autre genre de placement, le site de rencontres après 50 ans “Disons demain”, me semble plus prometteur que celui des maisons de retraites Korian, qui “dispose de places libres”.

Le marketing s’est adapté à toute vitesse au confinement : “La tenue idéale pour le télé-travail, à la fois chic et décontractée”. On voit bien que c’est vraiment une tenue pour les vidéoconférences. Mais la palme de l’adaptation revient aux sites de sex-toys, qui rivalisent d’imagination pour nous occuper : ” Vous allez devoir jouer les prolongations, jusqu’au 11 Mai, aussi nous vous avons concocté un coffret spécial confinement!”. Le site “Pardon-voisins”, qui se présente comme un “store spécialisé dans la luxure depuis 1978”, propose également “un confinement sexy” avec “Furious Rabbit”. Tout un programme!

Cette appellation imagée m’a, je dois vous l’avouer, beaucoup amusée et m’a rappelé que j’avais rendez-vous pour un “zoom” avec ma petite fille de Singapour, pour lui raconter les histoires de “Doudou Lapin”.

Les visiteurs du soir

Mon grand-oncle Armand et ma grand-tante “Tatate”

Lundi 27 Avril 2020,

L’histoire est étrange et pourrait nous donner à imaginer qu’il existe des connections entre ciel et terre, en temps de confinement.

A la veille de la date d’anniversaire de mon père, nous avons retrouvé à la cave, dans une boite en bois, de vieilles cassettes audio qui trainaient dans le grenier de nos mémoires. “Te souvient-il de nos cassettes anciennes ?”

Le problème, c’est qu’il n’y a plus de lecteur de cassettes qui fonctionnent au bout de trente ans sans servir. Faute de quoi, nos cassettes inutiles dormaient sous la poussière dans un coin sombre, en compagnie de lecteurs inutilisables. Le temps offert par le confinement nous a permis de restaurer l’un d’entre eux. Nous avons donc écouté religieusement une première cassette oubliée.

Bingo ! Heureux hasard ou signe des cieux, ce fût un cadeau aussi inattendu que merveilleux!

Le récit de la naissance de mon père, né le 25 avril 1909, par ma grand-tante, née en 1887! L’enregistrement en lui-même datait de 1982. Il avait été réalisé à l’occasion de la naissance de mon fils. On y entendait aussi la voix claire de ma Maman, quelques mots amusants de mon Papa, comme s’ils avaient été assis près de nous, au soleil, sous la glycine de la terrasse. Immense moment d’émotion que de les entendre si proches, eux qui nous ont quittés il y a trop longtemps.

Par ailleurs, le récit en lui-même était vivant, drôle et évidemment très touchant !

Nous avons été ravis d’envoyer ce morceau d’anthologie à toute la famille dès le lendemain pour fêter l’anniversaire de mon papa qui aurait 111 ans aujourd’hui . Nous avons aussi encore écouté quelques autres cassettes de repas de famille, de poésies inventées, de chansons traditionnelles, de mots d’enfants et de poèmes charmants. Ces moments joyeux saisis sur le vif, ont coloré notre journée de souvenirs et de fous rires.

Mais à minuit et demie, nous avons été réveillés par des chants dans la rue. C’était surprenant par ces temps de confinement ! La rue d’ailleurs était déserte. Nous avons fait une petite enquête dans la maison pour trouver d’où venaient ces voix puissantes. C’était visiblement un duo, un homme et une femme chantaient. Les voix des fantômes semblaient venir de la terrasse. Très intrigués, nous avons ouvert tout doucement la trappe qui monte là-haut et là… stupeur, un vieil homme et une femme chantaient à tue-tête dans la nuit parisienne : “Les vieilles de notre pays ne sont pas des vieilles moroses , elles portent un bonnet rose, un fichu couleur de maïs ….”

Nous en sommes restés bouche bée ! C’étaient les voix de mon grand-oncle et de ma cousine Simone morts tous les deux depuis des dizaines d’années.

Comme une machine à remonter le temps, le lecteur de cassettes, posé dans la cuisine de la terrasse dévidait imperturbablement une bande magnétique que nous n’avions pas encore écoutée ! Ainsi, “les vieilles de notre pays” résonnaient sous la lune et redonnaient vie comme par magie à ces visiteurs d’un soir.

Cheveux longs et idées courtes

A situation désespérée, solution radicale!

Vendredi 24 Avril 2020

Ce confinement apporte bien des soucis, ma bonne dame. Si la nature reprend ses droits, ce qui est bien sympa pour les oiseaux et les loups, les cheveux et bien-sûr les poils poussent allègrement. Beatles masqués et femmes aux cheveux de toutes les couleurs commencent à apparaitre sur les trottoirs. ” Je suis coiffée comme Cruella dans les 101 Dalmatiens ” constate ma soeur horrifiée au téléphone.

Quant à moi, j’ai la crinière d’un lion en cage car, pour une fois, je n’avais pas oublié de prendre mes vitamines pour cheveux. Quelques fils d’argent éclairent l’or de mes boucles. “Avant le confinement, on ne voyait pas que tu étais vieille!” remarque Pénélope avec le sourire éblouissant de sa jeunesse.

Des problèmes épineux de cheveux, pourtant secondaires par les temps qui courent (lentement), reviennent de plus en plus souvent dans les conversations. C’est qu’on nous conseille tout azimuts de ne pas se laisser aller. Il ne faut pas trainer en pyjama, mais se laver, se désodoriser avec un produit bio fait maison, se parfumer , s’habiller correctement , surtout si on a une “visio-conférence” (au moins le haut), faire de la gym, se doucher de nouveau après. Attention, les Français confinés se lavent moins, changent moins de sous-vêtements (surtout les hommes ). Loin des yeux , loin du bain ! Il y a eu des sondages, des sondés ont répondu qu’ils se lavaient moins. Pas moi, on ne me sonde jamais.

A quand le retour des barbiers et des Figaro ? “Figaro! je suis là, Figaro ici, Figaro là, Figaro en haut, Figaro en bas” Quand “courras-tu encore comme l’éclair de clients en clients?” Je prévois une reprise exceptionnelle des salons de coiffure, une fois déconfinés.

En attendant, des réseaux secrets s’organisent : “Le cousin de mon beau-frère qui habite à coté est coiffeur à la retraite, je lui ai dit de passer à la loge, pour tondre mon fils et mon mari” me révèle Mme de Santos, gardienne d’immeuble de son état.

En ce qui concerne les idées courtes, c’est toujours Trumpy le champion toutes catégories. Cette nuit, il a annoncé qu’il avait trouvé un moyen radical de se débarrasser du Covid 19. Il suffit de se désinfecter l’intérieur du corps avec un produit style javel, soit par injection soit par ingestion et de faire ensuite une séance d’UV, interne ! On passe par devant ou par derrière pour l’injection d’ultra violet ?

Truculente affaire ! Cette technique inédite imaginée par Donald devrait nous débarrasser de quelques électeurs extrémistes! Hélas, le comité scientifique fédéral a mis le holà et les fabricants d’eau de javel et autres désinfectants ont signalé haut et fort que leurs produits n’étaient pas fait pour être ingérés ou injectés. A mon avis, quelques uns vont essayer quand même. A suivre !

Stupeur et tremblements

Cimetière des stars à Los Angeles

Mercredi 22 avril 2020,

La terre a encore tremblé dans la nuit californienne, c’est la quinzième fois de la semaine.

Et je n’y suis pas cette fois ci, pour raconter l’ambiance. L’épicentre était au sud de Los Angeles, South LA pour les intimes. Le coin n’a pas très bonne réputation, c’est là où sévissent les gangs qui s’entretuent régulièrement. Est-ce que cette série annonce le fameux “Big One” qui séparera une partie de la Californie du reste des Etats-Unis ?

La séparation des idées est déjà bien avancée. La Californie a confiné son petit monde (qui arriverait à la quatrième place économique mondiale à lui tout seul) bien avant les autres Etats. On y teste maintenant déjà les asymptomatiques qui exercent des métiers à risques, car ils peuvent être de sérieux propagateurs de virus en avançant masqués !

Du coup, j’ai repris la lecture du Los Angeles Times, mon quotidien préféré, qui rappelle toutes sortes de précautions à prendre dans ce pays tremblant. C’est une vraie liste à la Prévert. J’en ai retenu quelques-unes :

– Accrochez votre télévision et votre four à micro-ondes, et fixez avec de la cire les vases sur les tables.

– SAUVEZ LE VIN en rangeant individuellement les bouteilles et les confinant soigneusement dans des porte-bouteilles appropriés, près du sol.

– Apprenez à couper le gaz à la main (prévoyez de placer une clé à molette au bon endroit).

– Posez près de votre lit, que vous aurez préalablement éloigné de la fenêtre, une vieille paire de lunettes de sécurité et une paire de chaussures usées pour pouvoir faire le tour de la maison en marchant sur les bouts de verre après le séisme.

– Apprenez à vous orienter dans votre quartier, à repérer les rues, à trouver des chemins alternatifs SANS utiliser votre téléphone portable. Apprenez ou réapprenez à lire une carte en papier et en acheter une.

– Supprimez carrément les cheminées, c’est trop dangereux. Elles ont un mauvais track record!

– A chaque fois que vous rentrez dans un magasin, repérez toujours ce qui risque de vous tomber sur la tête en cas de séisme (Je déconseille Ikéa!)

– En cas de séisme, si vous êtes près du rivage, marchez rapidement à l’intérieur des terres pendant trois kilomètres et montez 30 mètres au dessus du niveau de l’eau, sans attendre de signal. Ne prenez pas votre voiture.

– Prévoyez un kit de nourriture et de médicaments pour 72 heures sans oublier votre animal de compagnie ni du beurre de cacahuètes bien nourrissant, un ouvre-boite et des dollars.

Mon conseil : prévoyez aussi quelques bouteille de rhum et du citron vert et un tire-bouchon.

Du coup, nous nous sommes remémorés avec “mes colocataires de confinement”, notre plus gros tremblement de terre à Los Angeles. C’était sans doute un week-end car il y avait foule au BestBuy où nous allions acheter des DVD (si, si, cela existait, à l’époque !). Pénélope et son père avaient filé discrètement au rayon des ordinateurs, extrêmement dangereux à tous points de vue. J’errais dans un rayon quand soudain, le sol s’est mis à vibrer furieusement en grondant comme un éléphant en colère. A ce bruit, que j’ai trouvé effrayant, s’est rajouté un concert invraisemblable d’alarmes variées, car toutes les voitures de la ville, méchamment secouées, se sont mises à hurler en même temps. J’avais du mal à marcher tant le sol était flou et les rayons de DVD tremblaient, mais j’ai réussi à atteindre les ordinateurs et j’ai constaté que ma famille avait filé.

Je les ai retrouvés sur l’énorme parking au milieu des hurlements de klaxons. Mon mari m’a expliqué qu’il avait cette fois-ci choisi de sauver sa fille, car la dernière fois (à l’accouchement), il avait dit au toubib : “Sauvez la mère !” Le médecin avait rétorqué qu’il espérait bien sauver les deux. Bref, sauvés tous les trois, nous avons été vérifier nos kits de tremblements de terre, celui pour l’école de Pénélope, et celui de la maison auquel nous avons rajouté une bouteille de whisky.

Pendant ce temps-là, certains Trumpistes se déconfinent en hurlant, et militent pour avoir le droit de mourir du Covid 19. Ce sont les mêmes qui militent pour le port des armes, lourdes de préférence.

Steve Lopez, mon éditorialiste préféré du Los Angeles Times, n’en peut plus de ce Trumpy qui “canonise ceux qui veulent retrouver le droit divin d’aller manger des gaufres à la Waffle House en infectant tout le monde”.

Aussi, il proclame qu’il est temps de faire sécession et de séparer les USA en deux, comme cela a été fait pour l’URSS il y a une vingtaine d’années. D’un côté, “les fans de Trump, résidents du royaume de Mar-a-Lago de la Republic of America First et du Commonwealth of God and Guns*” et de l’autre, le Sanctuaire Fédéral des Etats éclairés autour de la Californie et de New York.

Cela, pour le coup serait un sacré tremblement de terre, et pourrait changer le monde !

* La Caroline du nord et du Sud, le Texas, le Tennessee, la Georgie, la Floride

(Pour le vrai récit en Californie, c’est dans “Los Angeles Café” aux Editions Amalthée)

En Avril, on ne déconfine pas d’un fil

Tenue de sortie de confinement élégante, avec masque et distanciation intégrés

Lundi 20 Avril 2020

J’ai assisté consciencieusement à la conférence de presse de notre Premier Ministre, Dimanche soir. La barbe d’Edouard blanchit de jour en jour. A la prochaine, j’ai bien peur qu’elle ne soit toute blanche.

Ce que je retiens : “Patience les gars, on déconfine toujours, progressivement, à partir du 11 mai, après la fête de la Victoire, malheureusement après les longs week-ends du joli mois de Mai.” La bonne nouvelle, c’est qu’on pourra sortir à n’importe quel âge. Avec quelques précautions quand même, surtout pour les centenaires. Nous devrons être responsables, avancer sans doute masqués, en gardant nos distances, entre deux lavages de mains. Ma soeur va être contente (j’en ai encore 2) :

– “Je priais pour que les vieux ne soient confinés qu’à partir de 80 ans. Sinon, j’étais dans le lot des recalés ! Il est beau garçon, cet Olivier Véran ! ”

Bon, maintenant, tout le monde est dans le même lot. Le lot des futurs “déconfinés responsables”. Ma soeur est un peu inquiète quand même :

-“Le coiffeur, il doit réouvrir quand ? J’ai les cheveux comme la barbe du premier ministre.

-Tu peux peut-être te faire un shampoing colorant ?

– Je te remercie, la dernière fois que j’ai essayé, je suis sortie avec les cheveux orange comme Trump. Ce qui m’inquiète aussi, c’est d’être arrêtée par un gendarme.

– Mais, même maintenant, tu as le droit de faire tes courses.

– Je ne te parle pas des vrais gendarmes, je te parle de mon fils qui me surveille. Il me fait plus peur que les vrais !”

Bon, on ne rigole pas quand même. Même si on a bien travaillé en restant bien confinés, on a quand même un nouvel objectif clair. Il faut encore réduire notre R0 ! Avant le confinement, notre R0 était à 3 et après le confinement grâce à vous et moi, à la distanciation sociale, et tout et tout, notre R0 est à 0,6 et il nous faut encore nous améliorer et faire en sorte que notre R0 reste égal ou inférieur à 1. A ce point de la démonstration, je sens que je perds quelques-uns de mes lecteurs :

“-Allo, Marie-do, c’est quoi le R0 ? J’ai rien compris.

– Ma soeur chérie, c’est le nombre de personnes contaminées par un malade.

-Aaaaah ! Et il n’y aura pas d’examen au moins pour sortir le 11 Mai ? C’est quoi l’histoire du téléphone qui sait où on est allé ?

-Ton téléphone portable sait où tu vas de toutes les façons. Là, si jamais tu es malade, il va le dire à ceux que tu as croisés dans la journée.

-Comment il va le savoir ?

– Tu le préviendras. Si tu es d’accord pour le faire.

-Mais comment ? Je n’arrive même pas à écouter mes messages. Et puis, je vais pas prévenir tout le monde que j’ai le corona machinchouette !

– Pas tout le monde, les gens que tu as croisés sur ton chemin. Ceux-ci iront alors se faire tester, pour savoir s’ils sont malades ou non. Et toi aussi, tu seras prévenue si tu croises quelqu’un porteur du virus. L’idée c’est d’arrêter la propagation du virus. Tu pourras aller te faire tester.

-Certainement pas, j’ai horreur des piqûres et je ne veux pas non plus du coton tige de géant qu’on vous enfonce dans nez jusqu’à la glotte.”

Pas facile d’être pédagogue !

Serons-nous prêts à temps pour déconfiner ?

Résumé : La situation s’améliore mais il n’y a pas d’immunisation générale, pas de vaccin, pas de traitement. Nous avons plein d’idées et le gouvernement se donne bien du mal. “On doit faire des choix sur des incertitudes, sachant qu’il n’y a pas de certitudes “. On sentait les deux ministres un peu nerveux. Une certitude tout de même, c’est que cet Olivier Véran est beau garçon et sensible avec cela. On peut aller voir avec lui comment tous ceux qui sont concernés travaillent nuit et jour.

Il va y avoir une crise économique sévère. Une récession historique… C’est donc compliqué. Ah ça, je n’en doute pas.!

Les journalistes posent alors des questions : Quand est ce qu’on pourra prendre nos billets pour aller en vacances ? Où pourra-t-on aller ? La France est recommandée absolument, il faut réanimer aussi le pays. Ok, mais quand est-ce qu’on rouvre les restaurants, quand pourra-t on boire un verre dans les bistrots ? Pourquoi ils ont plus de tests en Allemagne ? Partez en vacances en Allemagne et vous comprendrez qu’ils sont sérieux eux (c’est moi qui rajoute) !

La conférence de presse était longue et a un peu mordu sur l’heure de l’apéro où, pris dans l’action, nous avons failli préparer un cocktail avec du gel hydroalcoolique, ce que je vous déconseille.

Ce matin la presse était bien entendu portée sur la critique systématique, comme d’habitude. Quoiqu’il dise, quoiqu’il fasse, le gouvernement de ce pays de franchouillards a toujours tort. Je me demande vraiment comment il y a encore des candidats aux élections.

PS: On devrait quand même inviter sur la Riviera, ce chercheur allemand visionnaire, Christian Drosten, alias Pr Corona, qui a été à l’origine de l’avance allemande sur les tests, afin qu’il vienne “vivre comme Dieu en France” et qu’il y reste!

Les maux bleus

Vendredi 17 avril 2020,

Ce matin, à l’heure où blanchit la campagne, la radio annonça la mort du chanteur de mon premier 45 tours. J’ai dû tourner une nouvelle fois la page de mon adolescence vagabonde. Je me souviens que Christophe qui dessinait sur le sable le doux visage d’Aline qui lui souriait à longueur de soirée, était alors en sérieuse concurrence avec Hervé Vilard qui, lui, avait lui perdu sa copine à Capri. Une chanson également gravée profondément dans nos coeurs de minettes romantiques. Qui peut aller à Capri sans chanter : “Capri c’est fini et dire que c’était la ville de mon premier amour, Capri c’est fini, je ne crois pas que j’y retournerai un jour”? Cela aurait été bien dommage, quand on connaît enfin Capri, qui restait pour moi, à l’époque, dans une nébuleuse italienne.

Bref, je ne pouvais m’offrir qu’un seul 45 tours, car “je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître”. J’ai choisi Christophe car les plages étaient plus proches de mon univers que les îles mystérieuses. Et j’aurais aimé être cette “Aline au doux visage” qu’on dessinait sur le sable mouillé, et disparaître éventuellement dans un orage. J’aurais adoré surtout qu’un jeune homme crie mon nom comme un fou pour que je revienne, et pleure “car il avait trop de peine” ! De plus jamais, jamais, aucun jeune homme ne m’a fait la surprise de s’asseoir “auprès de mon âme”, sinon je ne me serais en aucun cas enfuie, sans lui laisser aucun espoir pour le guider. Pourtant, dans ma vie j’en ai arpenté des kilomètres de plage, les cheveux au vent, en prenant des airs romantiques, et guettant les orages et les artistes. Cela ne m’est jamais arrivé cette histoire là ! Je me demande où ils vont chercher leurs paroles, les chanteurs. C’est franchement pas réaliste! J’aurais peut-être du choisir “Capri, c’est fini” comme 45 tours, finalement… et puis cet été, je vais peut-être retourner à “Capri, où tu m’as dit : je t’aime !”.

Ce soir, j’ai un coup de blues ! Aussi, après les applaudissements pour les soignants, sur la terrasse, nous avons mis à plein tube, “Aline”, et nous avons chanté et dansé pour qu’elle revienne. Je vous le dis tout de suite, malgré nos cris , et nos pleurs, elle n’est pas revenue. Notre jeunesse non plus !