
Dimanche 14 Avril 2024,
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C’est toute une longue et surprenante histoire ! C’est l’histoire d’une baraque en bois d’Oregon, qui traversa l’Atlantique en pièces détachées et arriva jusqu’en Sologne pour y participer à la Première Guerre Mondiale. Ainsi elle fit partie de la Grande Histoire !
En juin 1917, les Etats-Unis rentrent en guerre. C’est le branle-bas de combat ! Les équipes du génie de Pittsburgh débarquent en France chargés d’un défi historique, la réalisation de plusieurs camps de soutien et de transit pour les troupes en présence. Le plus important d’entre eux est celui de Giévres dans le Loir et Cher, installé dans une région démunie par ailleurs.
Dans un premier temps, “les Sammies” , en référence à l’oncle Sam, sont logés dans des tentes pour préparer cet incroyable mission. Tout un “Barnum” suivra ces prescripteurs.

Mais comme vous le savez, la logistique est la grande force des Américains. Trois mois plus tard, une véritable ville sortait du sol spongieux de Sologne.

Cela s’appelle le GISD, pour “General Intermediate Supply Depot”! Celui-ci forme un rectangle de 13 km de long sur 3 km de large. Il comprend 213 km de voies ferrées, 555 aiguillages, plus de 200 hangars d’une superficie de 26 hectares couverts, et une gigantesque usine frigorifique pouvant contenir jusqu’à 8000 tonnes de viande! C’est la plus grande du monde après celle de Chicago, car il faut nourrir les soldats disséminés dans tout le pays ! A cela s’ajoutent 400 baraques de cantonnement où logeront entre 20.000 hommes et 30.000 hommes. Quelques femmes du pays participent aussi à cette épopée.

Il y avait aussi deux hôpitaux, un centre dentaire, et d’impressionnantes cuves à essence. Tout le matériel venait par bateau des Etats-Unis.
Le corps expéditionnaire américain augmente peu à peu et comptait deux millions de soldats dans la région lors de l’armistice du 11 Novembre 1918 !

En Février 1918 , s’installe aussi le premier centre de construction d’avions à Pruniers-en-Sologne suivi par un parc automobile qui comptera jusqu’à 20.000 véhicules en 1919. Plus de 80.000 hommes ont servi dans cet immense complexe ainsi que des milliers de travailleurs français.
Si les hommes logeaient dans des tentes au départ, ils eurent droit à des baraquements collectifs plus tard, comme les officiers. En planches sommaires mais solides, ces baraques étaient conçues pour être mobiles et démontables. Le bois venait des Etats-Unis, et elles étaient montées sur place par des canadiens.

Les habitants de la région, d’abord surpris par cet arrivage en masse, s’accoutumèrent à ces voisins exotiques qui distribuaient des chewing-gums alors inconnus, et roulaient sur des motos remarquables. De plus, les nouveaux venus étaient ravis de boire un verre, car ils venaient d’un pays où régnait la prohibition , et organisaient maintes activités inconnues des gens du pays. Les coolies chinois, utilisés comme coursiers, ont particulièrement marqué les esprits! “Les Americans Bazar”et autres boutiques ont alors fleuri à Gièvres.

Le camp des américains fut vite entouré de près de 200 “mastroquets”, nom de l’époque qui a évolué plus tard en “troquet”. Le prix de l’eau de vie grimpa jusqu’à cinq francs. Il y avait même une maison close, appelée “La porte de fer”, en clair, un claque!

De nombreux mariages franco-américains eurent également lieu pendant cette période. Ce fut sur tous les plans une vraie opportunité de développement pour la Sologne.
Après la guerre, les baraques furent démontées et vendues à l’encan. Le châtelain de la Ferté Beauharnais, Marie Pierre Gaëtan de la Selle, en racheta une grande pour en faire une salle de fête paroissiale, et une autre, plus modeste, pour y loger son garde-chasse.


C’est cette dernière baraque que nous avons achetée, il y plus d’une trentaine années, alors qu’elle était abandonnée sur le “chemin bas” dans la forêt. Sur le cadastre, l’endroit portait le joli nom de “Bergerie du parc” ! Cela, malgré l’absence de parc et de berger “au tendre flûtiau”, comme dans l’amusante chanson de Marcel Amont :”N’allez pas, Julie, vous rouler dans l’herbe, quand monsieur l’abbé déjeune au château…”
Nous avons rénovée cette petite maison, “américaine”, comme l’appelait les gens du pays, et nous y avons vécu bien heureux pendant de nombreuses années. Beaucoup de nos amis ont pu profiter avec plaisir de cette incursion champêtre. Mais notre charmante bicoque, qui avait été conçue pour être provisoire, est devenue peu à peu une vieille dame branlante, car elle n’avait pas de fondations. Comme elle était largement plus que centenaire, elle glissait agrippée à un terrain d’argile mouvant et s’enfonçait inexorablement !

Aussi, le temps a fini par y faire son œuvre ! Elle s’est affaissée avec dignité sur un lit de verdure, entourée de chênes magnifiques.
Mais nous la reconstruirons !
























































