La Bergerie du Parc

Dimanche 14 Avril 2024,

§

C’est toute une longue et surprenante histoire ! C’est l’histoire d’une baraque en bois d’Oregon, qui traversa l’Atlantique en pièces détachées et arriva jusqu’en Sologne pour y participer à la Première Guerre Mondiale. Ainsi elle fit partie de la Grande Histoire !

En juin 1917, les Etats-Unis rentrent en guerre. C’est le branle-bas de combat ! Les équipes du génie de Pittsburgh débarquent en France chargés d’un défi historique, la réalisation de plusieurs camps de soutien et de transit pour les troupes en présence. Le plus important d’entre eux est celui de Giévres dans le Loir et Cher, installé dans une région démunie par ailleurs.

Dans un premier temps, “les Sammies” , en référence à l’oncle Sam, sont logés dans des tentes pour préparer cet incroyable mission. Tout un “Barnum” suivra ces prescripteurs.

Mais comme vous le savez, la logistique est la grande force des Américains. Trois mois plus tard, une véritable ville sortait du sol spongieux de Sologne.

Un sammie !

Cela s’appelle le GISD, pour “General Intermediate Supply Depot”! Celui-ci forme un rectangle de 13 km de long sur 3 km de large. Il comprend 213 km de voies ferrées, 555 aiguillages, plus de 200 hangars d’une superficie de 26 hectares couverts, et une gigantesque usine frigorifique pouvant contenir jusqu’à 8000 tonnes de viande! C’est la plus grande du monde après celle de Chicago, car il faut nourrir les soldats disséminés dans tout le pays ! A cela s’ajoutent 400 baraques de cantonnement où logeront entre 20.000 hommes et 30.000 hommes. Quelques femmes du pays participent aussi à cette épopée.

Il y avait aussi deux hôpitaux, un centre dentaire, et d’impressionnantes cuves à essence. Tout le matériel venait par bateau des Etats-Unis.

Le corps expéditionnaire américain augmente peu à peu et comptait deux millions de soldats dans la région lors de l’armistice du 11 Novembre 1918 !

C’est l’heure de l’exercice …

En Février 1918 , s’installe aussi le premier centre de construction d’avions à Pruniers-en-Sologne suivi par un parc automobile qui comptera jusqu’à 20.000 véhicules en 1919. Plus de 80.000 hommes ont servi dans cet immense complexe ainsi que des milliers de travailleurs français.

Si les hommes logeaient dans des tentes au départ, ils eurent droit à des baraquements collectifs plus tard, comme les officiers. En planches sommaires mais solides, ces baraques étaient conçues pour être mobiles et démontables. Le bois venait des Etats-Unis, et elles étaient montées sur place par des canadiens.

Les habitants de la région, d’abord surpris par cet arrivage en masse, s’accoutumèrent à ces voisins exotiques qui distribuaient des chewing-gums alors inconnus, et roulaient sur des motos remarquables. De plus, les nouveaux venus étaient ravis de boire un verre, car ils venaient d’un pays où régnait la prohibition , et organisaient maintes activités inconnues des gens du pays. Les coolies chinois, utilisés comme coursiers, ont particulièrement marqué les esprits! “Les Americans Bazar”et autres boutiques ont alors fleuri à Gièvres.

Le camp des américains fut vite entouré de près de 200 “mastroquets”, nom de l’époque qui a évolué plus tard en “troquet”. Le prix de l’eau de vie grimpa jusqu’à cinq francs. Il y avait même une maison close, appelée “La porte de fer”, en clair, un claque!

De nombreux mariages franco-américains eurent également lieu pendant cette période. Ce fut sur tous les plans une vraie opportunité de développement pour la Sologne.

Après la guerre, les baraques furent démontées et vendues à l’encan. Le châtelain de la Ferté Beauharnais, Marie Pierre Gaëtan de la Selle, en racheta une grande pour en faire une salle de fête paroissiale, et une autre, plus modeste, pour y loger son garde-chasse.

C’est cette dernière baraque que nous avons achetée, il y plus d’une trentaine années, alors qu’elle était abandonnée sur le “chemin bas” dans la forêt. Sur le cadastre, l’endroit portait le joli nom de “Bergerie du parc” ! Cela, malgré l’absence de parc et de berger “au tendre flûtiau”, comme dans l’amusante chanson de Marcel Amont :”N’allez pas, Julie, vous rouler dans l’herbe, quand monsieur l’abbé déjeune au château…”

Nous avons rénovée cette petite maison, “américaine”, comme l’appelait les gens du pays, et nous y avons vécu bien heureux pendant de nombreuses années. Beaucoup de nos amis ont pu profiter avec plaisir de cette incursion champêtre. Mais notre charmante bicoque, qui avait été conçue pour être provisoire, est devenue peu à peu une vieille dame branlante, car elle n’avait pas de fondations. Comme elle était largement plus que centenaire, elle glissait agrippée à un terrain d’argile mouvant et s’enfonçait inexorablement !

Aussi, le temps a fini par y faire son œuvre ! Elle s’est affaissée avec dignité sur un lit de verdure, entourée de chênes magnifiques.

Mais nous la reconstruirons !

L’année du Dragon

Vendredi 29 Mars 2024,

§

Notre arrivée à Singapour fût superbement saluée par un réveil matinal inattendu!

Un tintamarre invraisemblable a soudain envahi notre logis, qui semblait pourtant tranquille. Nous sommes sortis, encore endormis, de notre chambre, vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une nouvelle attaque des Japonais, comme en 1942. Notre maison, une authentique “shop-house” chinoise, était déserte, mais en suivant habilement les bruits de gamelan javanais qui envahissaient la rue, nous avons trouvé l’origine de ce vacarme. Le spectacle était hautement surprenant. Tous les voisins, habillés de rouge pour la plupart, suivaient un cortège de porteurs déguisés de pied en cap, qui trimbalaient en musique et en rythme devant chaque immeuble , deux gigantesques dragons oranges!

L’un des deux monstres crachait dans tous les sens de petites flammes en peluche, que la foule tentait d’attraper, pour avoir la baraka toute l’année !

Faute d’expérience, nous n’avons pas réussi l’exploit, mais nous sommes rentrés ainsi de plein pied dans les étonnements de l’Asie! Le millésime s’ouvre sous le signe de celui à qui tout réussit. Car le Dragon est le plus puissant du zodiaque chinois, c’est le symbole de la chance et du succès. Il provoque en général une hausse de 30% des naissances. Qu’on se le dise !

Revenons à l’histoire mouvementée de Singapour: Raffles avait accéléré le développement du territoire en y établissant un port franc, mais ses successeurs ont du rapidement prendre des mesures sérieuses contre la piraterie et le crime organisé! La ville sera déclarée “Colonie de la Couronne” en 1867, en compagnie des “Etablissements des Détroits”. Du coup elle sera administrée par la couronne britannique jusqu’à son indépendance, hormis le temps de la terrible occupation japonaise.

Pendant cette période, l’immigration se développe. Les Anglais font venir des Chinois et des Indiens pour travailler dans les plantations d’hévéas et de noix de muscade, qui s’installent partout sur l’ile, car les iles Malaises proches leur sont interdites.

Le célèbre Raffles hôtel, ainsi dénommé en l’honneur du fondateur de la ville, devient le rendez-vous des célébrités, qui fréquentent les “confins de l’Ouest” en particulier des écrivains : Kipling, Chaplin, Malraux, Neruda… Somerset Maughan y écrivait sur la pelouse. Ava Gardner y aurait oublié une culotte noire dans un lit. En 1915, le barman Ngiam Tong Boon composa le mythique Singapore Sling, pour permettre aux dames de profiter d’un cocktail corsé dissimulé sous “un mascara de couleur grenadine”.

L’hôtel a été créé par les frères Sarkies, natifs de Perse, en 1887. S’il est maintenant sous la tutelle d’Accor, il a gardé les traditions britanniques de l’ancienne colonie: Le portier Sikh emblématique de l’établissement et le high-tea y sont toujours de rigueur!

En 1959, les Britanniques dotent Singapour d’une constitution propre. Le fameux Lee Kuan Yew est élu premier ministre. Il pensait intégrer la fédération de Malaisie . Mais trop de troubles éclatent alors entre les Chinois et les Malais, pour trouver un terrain d’entente. Aussi l’indépendance de Singapour finit par être décrétée en 1965. Malgré l’inquiétude de Lee Kuan Yew qui n’avait pas désiré cette scission, la petite cité-Etat est devenue par la suite très prospère !

La ville est un véritable melting-pot, à tous points de vue. Cela commence par les quatre langues officielles: l’anglais, le malais, le mandarin et le tamoul! Pour ce tout petit pays de 734 km², ce n’est pas mal! Les Singapouriens ont créé des plages de sable, des piscines sur les toits et même l’aéroport sur des terres artificielles, pour agrandir leur espace réduit. Mais à l’impossible, nul n’est tenu! De hauts immeubles ultramodernes jouxtent des quartiers préservés comme Chinatown ou Little India, des cimetières perdus dans la forêt longent des autoroutes arborées, qui peuvent même être transformées en terrain d’aviation de secours en cas d’attaque. L’état est un modèle d’organisation et de discipline.

Les magasins de luxe se bousculent et rivalisent de créativité le long d’avenues impeccables bordées d’arbres dignes de la jungle. Il reste encore une forêt primaire. Les plantes tropicales courent sur les murs de la cité selon une stricte discipline de re-végétalisation.

Le climat équatorial très chaud et humide permet de nombreuses plantations exotiques et le gigantesque parc botanique est une véritable merveille, où nous avons pique-niqué en famille en savourant la précieuse fraîcheur du soir !

Pour votre information, la symbolique du Dragon de bois , comme c’est le cas de cette année, prend une ampleur particulière qui évoque la croissance, la créativité et le renouveau….Alors hauts les coeurs et Joyeux Nouvel an Chinois !

Vol de nuit

Je suis partie au bout du monde, “plus loin que la nuit et le jour” pour voir mes enfants vivre au loin “dans l’espace inouï de l’amour” ! Voyage, voyage éternellement ! Voyage, voyage, ne t’arrête pas , de nuages en marécages, du vent du désert en pluie d’Equateur, vol dans dans les hauteurs au dessus des capitales, comme dans la chanson !

Nous nous sommes donc envolés un froid soir d’hiver à la nuit tombée pour une île lointaine au destin étonnant, Singapour. En route pour de nouvelles aventures !

La nuit dans les nuages fut agitée car au plein milieu de notre sommeil léger une femme assise juste derrière moi s’en mise à secouer son mari visiblement pris d’un malaise, en criant “Philippe, Philippe, réveille-toi !” Finalement le steward, qui était également responsable de la sécurité, lui a donné de l’oxygène et demandé tout haut un rapport médical complet pour le transmettre à l’hôpital parisien en charge du problème ! La liste de tout ce qui pouvait nous arriver dans ce long vol fut un peu stressante.

A l’arrivée, dans l’après-midi, nous étions complètement au radar alors que nous devions remplir de complexes formulaires sur notre i-phone. Si vous n’avez pas de téléphone portable disponible, je ne sais pas comment il faut gérer cette affaire ! Mon passeport a ensuite évidemment été refusé car il ne rentrait pas en glissant parfaitement dans la machine automatique ultra moderne de cet aéroport futuriste ! J’ai dû montrer patte blanche devant une inspectrice peu amène qui m’a photographiée plusieurs fois et demandé deux fois mes empreintes digitales sans rien savoir de Monsieur Bertillon qui habita le même immeuble que moi. Notre fille commençait à s’inquiéter de notre absence quand j’ai réussi à me tirer de ce mauvais pas ! Le soir même nous dinions dans un “hawker”, une série de mini-restaurants variés, à partager dehors, à la bonne franquette.

Nous avons retrouvé la végétation superbe et luxuriante, la chaleur terrible, les immeubles dignes de New York, les boutiques de luxe à gogo, les quartiers anciens qui ont pu échapper à l’appétit des constructeurs en quête de place et les jolies maisons chinoises comme celle où habitent mes enfants. ll est bien loin le temps où seuls quelques pêcheurs malais foulaient le sable de la future cité état !

Comment donc cette petite île perdue sur l’Equateur a-t-elle pu se frayer un chemin pour devenir une des métropoles les plus prospères du monde ?

C’est d’abord une histoire d’aventures !

Thomas Stamford Raffles, est né en 1781 sur le bateau où son père était capitaine de vaisseau, au large des côtes de la Jamaïque ! Il commence à travailler à 14 ans comme employé à la compagnie britannique des Indes orientales. En 1805, après avoir été envoyé à Penang en Malaisie, il est nommé lieutenant gouverneur de Java puis gouverneur tout court de Bengkulu à Sumatra. Il apportera à Java de nombreuses réformes : l’abolition de l’esclavage, la restauration du temple de Borobudur, et la conduite à gauche !

De retour en Angleterre, il participe à la fondation de la Zoogical Society of London qu’il présidera et sera anobli avant de repartir en Asie pour le compte de de la compagnie britannique des Indes orientales. C’est alors qu’il signe habilement un traité avec le sultan de Jahor pour fonder dans l’île de Temosek, à l’extrémité de la péninsule malaise, un poste de commerce qui deviendra Singapour : “La ville du lion” (en sanscrit pour lecteurs cultivés) où il n’y a en fait que des tigres.

L’île se développe alors rapidement grâce à sa situation exceptionnelle au bout du détroit de Malacca.

La suite au prochain épisode chers lecteurs : moi je file au nouvel an Chinois !

Damoclès, l’homme à l’épée

Dimanche 4 Février 2024,

§

Les agriculteurs sont en colère et le manifestent: “Nous vivons avec une épée de Damoclès en permanence au dessus de nos têtes!”. D’où sort donc ce Damoclès à l’épée célèbre, qui inspire cet éleveur de la Marne, cité dans Ouest France avant-hier?

C’est une histoire très ancienne, qui est pourtant toujours d’actualité. Si chacun la connait, personne ne sait très bien par quels détours elle est arrivée dans nos conversations, à part quelques érudits .

A l’origine, l’historien Timée de Tauroménion, qui vivait en Sicile, dans un document disparu depuis, raconta une anecdote à propos de Denys l’ancien, le tyran de la colonie grecque de Syracuse (431-367 av.JC). Il y a donc un bail!

Mais heureusement, celle-ci a été racontée ensuite par Diodore de Sicile dans sa “Bibliothèque Historique” de quarante livres, où Cicéron l’a découverte et utilisée pour son ouvrage ” Les Tusculanes”. Du coup, l’histoire pénétra la culture populaire européenne. Ainsi voyagent les écrits, qui voguent d’un auteur à l’autre, et oublient leurs créateurs pour vivre leur vie.

Voici donc la fameuse anecdote baladeuse qui arrive aujourd’hui sur votre écran après plus de 2500 ans d’existence.

Denys l’ancien, le tyran de Syracuse, habitait un château entouré d’un fossé profond, sous la surveillance permanente de nombreux gardes. En effet, il était maladivement anxieux et vivait dans un stress continuel. Ses courtisans devaient sans cesse le rassurer et le flattaient sans vergogne, en lui rappelant ses exploits de guerrier. Car, à l’époque, le terme de tyran était employé pour désigner le vainqueur d’une place forte.

Un des sujets du roi, Damoclès, orfèvre de renom, vint donc un jour féliciter le monarque de mener une vie de rêve, comme c’était l’habitude.

Mais celui-ci, s’en agaça fort car il redoutait en permanence d’être l’objet d’un complot ou d’un attentat. Il proposa donc au flatteur de prendre sa place le temps d’une journée. Ce qui fut arrangé. On apporta au courtisan un trône en or et des danseuses girondes lui servirent un festin de mets raffinés. Damoclès était ravi.

Mais il leva la tête et aperçut au dessus de sa tête une épée retenue seulement par un simple crin de cheval, et prête à tomber sur lui ! Tous les plaisirs qui lui semblaient merveilleux devinrent alors dérisoires!

Denys voulait ainsi montrer à Damoclès que le rôle du tyran possédait deux visages: un sentiment de puissance et le risque de perdre la vie à tout moment!

Je ne sais pas si Damoclès a retenu la leçon mais l’expression a fait florès ! Elle évoque les nombreux aléas du pouvoir et désigne un éminent danger possible et inattendu.

Il n’y aucun bonheur possible pour qui vit sous le coup d’une terreur perpétuelle.

La Fête Magique

Vendredi 26 Janvier 2024, 

§

Bien sûr, nous avions déjà organisé mille réceptions de tous les styles à la Villardelle: comme celle de mon mariage, inoubliable et lointaine, celle de la révolution française, historique et fabuleuse, et bien d’autres réceptions, également mémorables ! Mais l’été dernier, mes enfants avaient décidé de m’offrir une “fête extraordinaire”, où j’aurais à profiter de chaque instant sans rien avoir à gérer. Défi impossible à mon avis!

Aussi avaient-ils entrepris, en tapinois et pendant des mois , d’organiser un “jubilé”, selon leurs termes choisis, pour mon anniversaire en Champagne. Un “jubilé” est une fête solennelle qui célèbre l’anniversaire d’un événement marquant de sa vie, qui peut être son cinquantenaire comme le jubilé d’or d’Elizabeth II, ou pas. Excusez du peu!

Ils y ont donc convié nos familles, nos amis proches, et concocté une farandole de surprises inédites, d’attractions ludiques, de souvenirs merveilleux, de sketchs amusants, de chansons traditionnelles ou dédiées à mon parcours et de discours magnifiques…

Je sais, je sais, j’ai beaucoup de chance….

Cet événement somptueux eut lieu à la Villardelle, une maison de famille dont j’ai commencé à évoquer l’histoire tumultueuse.

Il commença un matin ensoleillé de juillet avec une dégustation champenoise typique de la région et se prolongea magnifiquement sous le ciel étoilé, une partie de la nuit.

Un déjeuner assis, impressionnant, avec 70 convives débuta les festivités. Tout avait été décoré à merveille par Laetitia, ma fille ainée. Mon fils Romain animait avec maestria les événements sur le thème de “tout est en contrôle”! Pénélope organisait les événements avec un brio professionnel. Une première chanson sur mes exploits comiques avait été préparée pour introduire le festival des réjouissances qui s’enchaineront jusqu’aux préparatifs d’une soirée déguisée sous les chênes et d’un diner en l’honneur des dieux grecs !

Grande et folle surprise, mes blogs avaient été édités en secret pour devenir un vrai livre, “Chroniques Européennes”, illuminé par vos commentaires, sous la houlette de la patiente Pénélope. Elle a réalisé pour l’occasion le dessin de la couverture!. Tous les invités ont contribué au financement de ce cadeau merveilleux, et ils ont tous reçu un exemplaire dédicacé en remerciement. Il en reste sur demande pour les amateurs (contre une bouteille de rosé!).

Le premier déjeuner fut donc très animé, ponctué d’animations amusantes et émouvantes : Les aventures d’Auguste, un héros rigolo que j’avais créé pour mes neveux quand ils étaient très jeunes, une balade qui évoque nos aventures en Grèce sur Cipango, un hymne sur Athéna alias Marie-do, déesse de la sagesse, entre autres créations. Et encore les chants de notre soprano familiale , et ceux plus traditionnels d’un public motivé. Les invités reprenaient les refrains avec entrain, et répondaient aux questions pièges imaginées par mes enfants. Benjamin, mon filleul, avait rédigé une splendide Odyssée sur ma petite famille, dotée de fait, grâce à mes études studieuses, de prénoms grecs! Cela nous préparait à la grande soirée “Thalassa” prévue pour le diner. Puis chacun partit s’habiller pour la suite de la fête déguisée !

Certains invités, partis se balader dans les bois, eurent quelques émotions, car le programme de la soirée n’était connu que des organisateurs. Ce fut le cas de ma nièce qui croisa dans la forêt un inconnu bizarre en train de pratiquer le tai-chi et qui lui expliqua être là, car “il était La Surprise” et que “une dizaine de ses acolytes était dissimulée dans la salle de chasse “!

Elle le prit pour un fou et s’en alla prestement. Elle comprit plus tard!

En effet , le soir venu, transformée en Athéna, je sirotais avec délice, un nectar ambré mélangé d’un soupçon d’ambroisie quand mon fils me déclara que j’allais avoir une “sacrée surprise”.

La suite des événements confirma effectivement ses dires ! Je vis débarquer dans le parc, une vraie fanfare de musiciens qui jouaient tout en marchant vers nous, en rangs serrés, accompagné du sportif qui pratiquait le tai-chi dans la forêt. C’étaient “Les Dromadulaires”, un groupe de jazz qui nous régala de son talent toute la nuit. Des buffets avaient été dressés par magie sous les chênes et recouverts d’excellentes spécialités grecques ainsi que d’autres délicatesses dignes des dieux de l’Olympe.

Ce fut une belle soirée d’été, semée d’étoiles et éclairée par un grand feu qui magnifia la nuit jusqu’a l’aube aux doigts de rose !

Un grand merci aux organisateurs chéris qui sont vraiment dotés du “sens de la fête” et à tous les participants pour avoir partagé les émotions de cet inoubliable jubilé!

Une crique bénie des dieux!

Mercredi 17 Janvier 2024,

§

Ce matin, à Paris, la neige est tombée en tapinois dans une nuit sans étoile , il fait tout à coup un froid de canard. Je rêve donc de soleil et de mer chaude. C’est pourquoi j’évoque cette histoire dorée, pour nous réchauffer.

Il y a quelques années, Poséidon était nerveux et après un coup de meltem facétieux, nous avons mouillé dans une jolie baie protégée. Sur le bord du rivage, au milieu des oliviers et des tamaris, se dressait sur le sable un adorable petit monastère d’un blanc immaculé, et coiffé de deux dômes.

C’était, nous l’avons su plus tard, un monastère de Taxiarques du 16 ème siècle consacré aux deux archanges (“arché”-anges ou chefs des anges), Saint Michel et Saint Gabriel, qui sont, comme vous vous en souvenez sûrement, les supérieurs des armées célestes! Les “Taxiarques” évoquent dans le vocabulaire militaire une formation ordonnée, qui a évolué plus tard dans le sens de “taxe”. Ce terme a servi à désigner les voitures de place automobiles avec compteur dans les années 1900, sous le nom de ”taxi-mètre”, abrégé par la suite en “taxi” par apocope. Le fameux épisode des “taxis de la Marne” en 1915 a popularisé définitivement cette dénomination.

Ce petit village était tout blanc, comme la plupart des villages dans les Cyclades, mais des treilles vertes et des bougainvilliers d’un rouge écarlate tapissaient les pergolas de touches de couleur vives. L’ensemble était magnifique et complété par deux tavernes posées sur la plage qui attendaient les gourmands affamés par le vent mauvais. Nous sommes restés dans cet endroit magique quelques jours. Il y avait aussi là une minuscule épicerie qui vendait un peu de tout dans un désordre effrayant, comme c’est souvent le cas en Grèce. J’adore ce genre d’endroits aux ressources illimitées malgré leur petite taille !

Un skipper méritant, arrivé tout seul de Bretagne sur son petit voilier, était venu également se réfugier dans notre crique. Pendant la nuit ventée, son ancre a dérapé. Son bateau a commencé à filer vers le large et n’a été arrêté que par la pointe qui ferme le golfe. Le choc a réveillé juste à temps notre navigateur solitaire qui a pu éviter, après des manoeuvres délicates, de partir sans l’avoir voulu sur une mer démontée. Le lendemain, nous avons fait sa connaissance en lui apportant du pain frais, et il nous a raconté sa terrible nuit avec des trémolos dans la voix.

Pour notre part, sur Cipango, nous avons une alerte de mouillage, vitale pour notre sommeil! Elle nous prévient via nos téléphones si notre ancre a des velléités de filer discrètement pour d’autres horizons. Cela nous permet de dormir tranquillement.

Depuis la découverte de ce coin charmant, nous sommes revenus plusieurs fois dans ce petit village qui ne change pas, malgré les années qui s’égrènent. Seules quelques tavernes supplémentaires se sont installées en plus sous les bougainvilliers! Pieuvres et maquereaux y sèchent au soleil et invitent à la dégustation!

Cet endroit magique, resté hors du temps, est dissimulé dans l’île de Sifnos dans les Cyclades , ne le dites à personne!

Délicieuses résolutions!

Dimanche 7 janvier 2024,

§

Cette année, on ne rigole pas ! Mes enfants ont décidé de prendre en main leurs parents et nous ont concocté un sérieux programme d’activités, des plus variées! Cela commence avec un titre à l’anglaise des plus inquiétants “Crazy January”!

Si une fête familiale le premier janvier nous a déjà fait prendre un léger retard, l’ensemble est joyeux, même s’il est très dense. C’est une sorte de liste à la Prévert, de tout ce que nous devons réaliser par semaine! Les prescriptions sont précises et les délais courts. J’ai déjà été controlée! Voyez-vous même pour cette semaine:

Nous devons tester un nouveau restaurant choisi par les organisateurs dans le 11 ème, redécouvrir le musée Rodin, découvrir la méditation, faire le parcours des années 30 à Boulogne, trouver comment cuisiner délicatement choux-fleurs ou brocolis (au choix), déguster un nouveau cocktail, le “Blue Hawaï” (bonne initiative), voir un nouveau film (Pupille), contacter un ami californien perdu de vue depuis longtemps (Mark), écrire une poésie sur le thème de la famille, et avoir une attention pour mon adorable mari (déjà réalisée)… et, bien sûr, reprendre mon blog!

Bon, je dois vous quitter car mon agenda est bien rempli, mais avant de commencer mes résolutions, je tiens à partager la “fougue” que Victor Hugo prête à Gavroche dans les Misérables, et qui me semble adaptée à la période actuelle: “Tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, tantôt affronter la puissance injuste, tantôt insulter la victoire ivre, tenir bon, tenir tête”.

Je vous souhaite des aubes claires et des soirées joyeuses, ainsi que beaucoup de douceur pour pallier les défaillances du monde. Chaque année nouvelle est une immense aventure qui peut prendre les traits d’une épopée ou d’un échec , cela dépend en partie de nous.

Merveilleuse année 2024 !

Eternelle Villardelle,

Jeudi 1 Juin 2023,

§

La Villardelle se retrouva donc en mauvais état après les deux guerres mondiales. Mon grand-père, dit pépé Pierre qui l’avait rachetée dans les années 30, continua néanmoins à s’en servir comme “maison de campagne” pour y recevoir ses amis artistes à la bonne franquette.

Une vigne vierge fut plantée pour cacher les cicatrices des tirs d’artillerie qui défiguraient sa façade. et mon grand- père installa aussi quelques chambres simples et sans prétention. Il n’y avait ni eau ni électricité mais l’ambiance était festive. La mode était alors aux parties de campagne et le parc suffisait au bonheur des invités qui étaient souvent aussi des artistes. C’est ainsi que s’y retrouvèrent sous les ombrages des chênes, écrivains, sculpteurs, musiciens et d’autres amis talentueux de mon grand père, lui-même peintre, à ses heures.

Lors du décès prématuré de celui-ci en 1952 , sa succession fut longue et complexe. ar comme ma grand-mère, il s’était remarié, ce qui était assez rare à l’époque ! Cet épisode fera le récit d’un autre chapitre !

Aussi quand ma mère et ma tante débarquèrent un jour à la Villardelle, il ne restait plus grand chose!

Maman se consacra alors à une première opération d’envergure : faire venir le téléphone car il en existait un du temps de monsieur Vezin et de la splendeur de la propriété. Même après la guerre de 14, il y en restait encore un exemplaire ! Aussi, il n’y avait pas de raison que la maison en fut privée, d’autant plus que son mari, mon père, était ingénieur des télécommunications ! Papa ne voulait rien avoir avec les récriminations de son épouse qu’il jugeait inadaptées. Maman finit par avoir gain de cause, sans doute parce qu’elle expliqua à l’administration des PTT que de nombreux enfants allaient passer leurs vacances dans ce lieu isolé au milieu d’une grande forêt.

Les gardiens qui logeaient à l’origine dans une aile de la maison, déménagèrent dans la “maison des chasseurs” et les deux soeurs s’ installèrent dans la maison, chacune de son coté, autour de l’escalier central. Elles s’efforçaient toujours dans “leur partie,” chacune d’imiter l’autre quand c’était possible. C’est ainsi que sont nées les deux baies vitrées donnant sur le parc par la suite, deux cuisines, deux bibliothèques et deux sculptures de mon grand père etc ….

Il n’y avait pas non plus l’eau, ni même l’électricité. “Qu’à cela ne tienne, les enfants, cela va être très amusant!”. Quand la nuit commençait à tomber, il fallait rapidement allumer les lampes à pétrole, les bougies et préparer pour les petits des lampes torches électriques. Maman avait cinq filles et ma tante, dite Marraine, trois fils, cela faisait une joyeuse bande !

Pour l’eau, il était nécessaire alors de faire chauffer l’eau froide dans la cuisine , de la porter dans un broc à l’étage, de la verser dans une bassine en porcelaine, puis de redescendre l’eau sale dans un sceau pour le vider en bas ! C’était essentiellement pour la toilette de ma grand mère, qui logeait au deuxième étage, et pouvait charger la gardienne de cette corvée.

Nous, les enfants, nous nous contentions d’une petite toilette de chat, avant de courir galoper dans le parc et de construire des cabanes avec nos cousins dans les bois. Seule la cloche qui sonnait le déjeuner avait le pouvoir de nous faire rentrer, poussés par la faim.

Heureusement, le gouvernement détermina un jour que les français ne se lavaient pas assez par manque de salles de bain et proposa de mettre en oeuvre une politique agressive pour y remédier, en accordant des avantages fiscaux à ceux qui investiraient dans les lavabos! Maman en fut ravie et téléphona tout de suite au plombier de Dormans qui n’était pas au fait de cette initiative et le mit au courant de cette bonne nouvelle. Elle prit rendez vous avec lui, et lui expliqua qu’il lui fallait poser une vingtaine de lavabos au minimum. Ce chiffre effraya sans doute le futur prestataire qui expliqua alors doctement que cela allait lui coûter fort cher en eau.

“Cela n’a aucune importance ” lui répliqua maman dignement, “car nous n’avons pas l’eau !” Le brave homme en resta sidéré !

C’est ainsi, qu’avant d’avoir l’eau, nous eûmes des lavabos en quantité qui étaient remplis par un broc de la citerne du rez-de-chaussée, dans un lavabo dont l’eau était vidée rapidement par un conduit approprié. Nous avons gagné, grâce à cela, la moitié des trajets de l’eau.

L’eau courante arriva à la Villardelle beaucoup plus tard, avec l’électricité!

Inoubliable Egée

Vendredi 19 Mai 2023,

§

A la manière de …

§

Hier à l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je suis partie,

Vois-tu, je savais que Cipango m’attendait au pays des Dieux.

J’ai survolé les montagnes et traversé aussi la mer infinie,

Je ne pouvais pas demeurer loin de lui plus longtemps.

Je suis partie les yeux rivés sur mes pensées, rêvant de la couleur

De l’inoubliable Egée, guettant mes souvenirs de son éternité .

Je regarde de nouveau l’or du soir qui tombe,

Les voiles au loin qui descendent vers les iles.

Ici, le printemps respire à plein poumons,

Les oliviers sont en fleurs et l’air est doux !

L’histoire mouvementée de la Villardelle

Lundi 8 Mai 2023

Il y a bien longtemps, à la fin du 19 ème siècle, naquit dans la forêt de Ris, un “modeste” rendez-vous de chasse destiné aux amateurs de gibier, de joyeuses tablées et de galanteries champêtres. Ce fut la jeunesse de “La Villardelle”, une propriété du comte de Barbe de la Barthe Saint Loubert, ainsi nommé en toute simplicité.

En 1910, un nouveau propriétaire ambitieux, monsieur Vézin, qui avait fait fortune dans les travaux publics au Maroc, décida de la transformer en une “belle demeure”. Il la doubla carrément de surface, rajouta un étage puis la coiffa comme une princesse d’un petit dôme carré, orné de pics décoratifs.

Ce fut un âge d’or pour la maison et le parc naissant, qui furent alors choyés par des troupes de jardiniers. La source de l’Ourcq qui passait par là fut aménagée pour fournir de l’eau qui était acheminée à la Villardelle dans un château d’eau. Mieux encore, cette eau stockée en hauteur était utilisée pour faire tourner une dynamo qui alimentait la maison en électricité le soir sans faire aucun bruit. L’eau récupérée dans une citerne en dessous était ensuite remontée dans le château d’eau le lendemain. Incroyable pour l’époque!

Il y avait douze garde chasses et quinze employés pour l’entretien de la maison et des bois. De plus un élevage de truites et un autre d’escargots de Bourgogne y furent créés, ainsi qu’une cressonnière à la source de l’Ourcq. Toutes ces installations étaient particulièrement innovantes, et la propriété était florissante.

Malheureusement la guerre de 14-18 passa par là et la deuxième bataille de la Marne détruisit presque tout sur son passage. C’est dans cette région que l’armée Américaine fut engagée pour la première fois, dans des combats féroces qui expliquent les nombreux cimetières présents dans les environs.

Des batailles d’artillerie intenses et de nombreux combats terrestres eurent lieu dans la forêt de Ris et le domaine de la Villardelle fut très endommagé. Monsieur Vézin mourut peu avant la fin de la guerre, et son fils unique, handicapé, quitta alors les lieux.

La Villardelle fut rachetée par un Luxembourgeois étrange, qui, selon les gens du pays, aurait été un espion allemand. Il revendit la maison vers 1935 à mon grand-père, le Dr Gérard, qui n’avait plus peur de rien car il avait été médecin sur le front pendant toute la guerre de 14-18. L’espion présumé qui lui avait vendu la Villardelle était vraiment un margoulin puisqu’il avait omis de payer ses impôts, que mon grand-père dut régler à postériori. Cela lui couta aussi cher que le montant d’achat initial! Le fisc n’oublie jamais rien!

Mon grand-père en fit une maison de campagne, où il pouvait retrouver ses nombreux amis artistes. Lui-même était un excellent peintre et un violoniste accompli. Ses compagnons comprenaient entre autres le sculpteur animalier Charles Dehlommeau, l’écrivain Henri Queffelec et la première femme chef d’orchestre Jane Evrard. Les souvenirs familiaux le décrivent comme un homme brillant et désopilant, un grand séducteur.

Mon grand-père n’eut guère le temps d’en profiter car il fut à nouveau mobilisé en 1939 comme médecin. La propriété fut alors occupée successivement par un régiment français, puis un détachement allemand et enfin un état-major américain. Ces occupations successives et les nouveaux combats qui y prirent place, ne furent pas les plus propices à l’entretien de la maison!

Après la guerre, mon grand-père fit pousser de la vigne vierge sur la maison pour essayer de dissimuler les nombreux éclats d’obus qui couvraient la façade.

Il mourut malheureusement assez jeune, en 1951, longtemps avant ma naissance.

Quand ses héritières, ma tante et ma maman, arrivèrent à la Villardelle, il n’y avait plus qu’une grande table, deux bancs et de nombreux graffitis dans toutes les langues, qui évoquaient les visiteurs variés qui y avaient séjourné. Il n’y avait pas l’électricité, ni l’eau courante.

Maman, toujours moderne, décida que la première priorité était d’obtenir le téléphone.

C’est ainsi que la saga de la Villardelle commença avec le 16 à Ronchères, car le téléphone était bien sûr encore manuel à la campagne, avec toutes les mésaventures qui allaient en résulter!…