Les flots mystérieux de Chalcis

Samedi 13 novembre 2021

Le détroit de l’Euripe à Chalcis

Poussés par un bon vent dans les voiles, nous sommes arrivés jusqu’à Chalcis qui enjambe le détroit de l’Euripe entre la région de Boétie sur le continent grec et la luxuriante ile d’Eubée.

Ce détroit est remarquable par le vieux pont qui le franchit à son endroit le plus étroit. La largeur n’y est que de 38m, alors que l’ile d’Eubée longe le continent sur près de 160 km. Le qualificatif de “vieux pont” est plutôt mérité, au sens où le premier pont fut bâti à cet endroit vers 340 avant Jésus-Christ. Souvenez-vous, c’était au moment où Alexandre le Grand faisait sa campagne d’Asie! Le pont fut reconstruit de multiples fois, sous toutes les formes possibles: “pont de pierre”, “pont levis”, “pont barrage”, “pont tournant”, pour finalement aboutir en 1962 à ce “pont rétractable”, dont les deux parties glissent et disparaissent sous la chaussée.

Les courants qui passent sous le vieux pont sont un vrai mystère qui a troublé philosophes et scientifiques depuis des lustres. Aristote (384-322 avant JC) fut l’un des premiers à s’y intéresser et y alla jusqu’à mourir à proximité (Bon, en fait, il avait hérité de la maison de sa mère à Chalcis).

La statue d’Aristote devant la mairie de Chalcis

En effet dans ce goulet se produit un curieux phénomène. Les courants peuvent y atteindre 6 noeuds. Ils sont donc comparables à ceux du raz Blanchard au large du cap de la Hague dans le Cotentin, connus pour être parmi les plus puissants courants de marée d’Europe, et ceci alors que les marées en mer Méditerranée sont très faibles, de moins de quarante centimètres. Un autre détroit en Méditerranée, le détroit de Messine, entre la Sicile et la Calabre, connait des courants importants mais ils ne changent de sens que deux fois par jour et de façon régulière. Le courant dans le détroit de Chalcis peut, lui, changer de sens jusqu’à sept fois par jour de façon erratique et violente!

Après Aristote, de multiples sommités ont cherché à comprendre l’origine de ce phénomène, de Strabon à Erastothène et Pline l’Ancien. C’est finalement au XIXème siècle qu’un savant suisse, Francois-Alphonse Forel, a résolu l’énigme en identifiant le phénomène des “seiches” sur le lac Léman. Pour les “Techies”, il s’agit d’une oscillation de l’eau provoquée par le vent ou une variation de la pression atmosphérique, qui entre en résonance et engendre une onde stationnaire qui s’intensifie progressivement sur des périodes qui varient de quelques minutes à plusieurs heures (pas simple!). Un exemple connu en France est Port-Tudy sur l’ile de Groix, où des “seiches” peuvent parfois atteindre des hauteurs de deux mètres sur des périodes de quatre minutes. A Chalcis, le phénomène se manifeste de façon différente avec des courants importants et erratiques selon les conditions météo. Les courants sont tels que plusieurs clubs de canoë-kayak ont établi des parcours de slalom pour s’entrainer en profitant des multiples courants et tourbillons qui affectent le passage.

Vous comprendrez que, dans ces conditions, il faille suivre les consignes de la capitainerie du port pour le passage du vieux pont. La ville s’est développée sur les deux rives. Le vieux pont est donc un point névralgique. Il ne s’ouvre que la nuit, une fois la circulation ralentie, quand les eaux tumultueuses se sont calmées et le courant redevenu navigable. L’attente peut durer plusieurs heures, sans que cela puisse être correctement prédit. En pratique, le fameux pont peut s’ouvrir aussi bien à vingt deux heures qu’à minuit ou trois heures du matin, et ceci pour une durée de quelque dizaines de minutes, le temps que les bateaux passent du nord au sud et du sud au nord, avant de se refermer.

Les bateaux mouillent ou accostent sur le quai et vont payer leur écot dans l’après-midi. Puis tout le monde attend que les courants s’apaisent un peu ! Comme nul ne sait quand cela arrivera, il faut mieux prévoir de quoi dîner! Enfin, au milieu de la nuit, le pont s’illumine et s’ouvre en rentrant sous lui même, pour laisser le passage aux bateaux. C’est impressionnant. Chaque bateau est ensuite appelé par son nom par le capitaine du port, une capitaine en l’occurrence, qui gère la manoeuvre de main de maîtresse, d’abord pour savoir si l’équipage est prêt , ensuite pour sonner le signal du départ qui claque dans la nuit grecque: “Cipango, Cipango, Go now!”

Un voilier passant le vieux pont rétracté, devant la foule de spectateurs!

Anticipant une longue attente, j’étais partie dormir. A trois heures du matin, réveillée par la VHF, je suis sortie pour lever l’ancre, en petite tenue malgré l’heure tardive. Quand je suis arrivée sur le pont, toute une foule d’admirateurs étaient présents sur la rive, et nous ont longuement applaudis sous la nuit étoilée. Je me suis pris un moment pour la reine d’Angleterre, saluant lentement de son carrosse d’une main majestueuse, alors que j’étais en petite nuisette. C’était magique! Enfin un peu de reconnaissance de ma vaillance!

Il a fallu, une fois le pont franchi, aller mouiller plus loin et dormir enfin du sommeil du juste.

Le lendemain, une mauvaise surprise nous attendait. Le maître de l’océan Poseidon avait disséminé d’énormes méduses rondes qui voguaient doucement dans la mer …

L’Ile maudite,

Samedi 6 Novembre 2021,

Nous avons laissé les incendies derrière nous en passant devant le cap Sounion et son célèbre temple de Poseidon encore en assez bon état étant donné son grand âge ! Quelque chose comme le Vème siècle avant J.C. !

Les marins du coin s’y recueillaient avant d’affronter la mer ! Le roi Egée se jeta de la falaise en voyant au loin le bateau de son fils Thésée recouvert de voiles noires! En fait, ce dernier avait bien tué le Minotaure en Crète comme promis, mais dans l’excitation du moment, il avait oublié de monter des voiles blanches pour annoncer sa victoire comme convenu.

La belle mer Egée y a gagné son nom !

Comme le vent était favorable, nous avons filé très vite vers l’ile d’Eubée.

Nous nous sommes recueillis en passant devant l’ile de Makronissos, si tranquille en apparence et sauvegardée du développement touristique. En fait, elle fut le lieu d’exactions horribles! L’histoire est terrible mais mérite d’être racontée.

En application du traité de Yalta, les Anglais et les Américains décidèrent en 1945 que la Grèce ne devait pas avoir de communistes au pouvoir après la guerre, même si ces derniers avaient constitué l’essentiel de la résistance farouche conduite face aux nazis. Les gens de droite avaient été plutôt collaborateurs. Winston Churchill intrigua donc pour compromettre et exclure les communistes du processus électoral et du gouvernement. L’armée anglaise participa à cette opération. Les anciens partisans, essentiellement de gauche, furent désarmés, tandis que les milices de droite furent armées et encouragées. Et ce qui devait arriver arriva, des provocations par les milices de droite conduisirent à des manifestations de gauche, qui furent réprimées dans le sang par l’armée, ce qui déclencha un engrenage fatal.

Alors que le reste de l’Europe entamait sa reconstruction, la Grèce rentra dans une deuxième période terrible : une guerre civile qui dura trois années, moins connue que la guerre civile espagnole, mais proportionnellement aussi tragique, soutenue par les Anglais (toujours eux) et par les plus réactionnaires des grecs. Elle s’acheva en 1949 par la victoire de l’armée dite “régulière”. Bilan estimé: 150 000 morts et 100 000 exilés dans les iles déshéritées de la mer Egée. S’ensuivit une période instable, avec une société très polarisée entre une droite très nationaliste et une gauche extrême écartée du pouvoir. Cela déboucha sur la dictature des colonels de 1967 à 1974. Les germes de corruption, clientélisme, bureaucratie et violence marquent encore la vie politique grecque récente.

L’ile de Makronissos fut utilisée comme camp de concentration à partir de 1946, pour y interner les prisonniers communistes ou sympathisants. Elle fut progressivement transformée en camp de “réhabilitation” pour transformer ces “mauvais grecs” en “citoyens modèles” à coup de tortures qui n’avaient rien à envier aux pires régimes totalitaires. Près de 100.000 personnes y furent torturées ou tuées ! Pour vous donner un exemple des exactions subies par les prisonniers, Mikis Théodorakis y fut interné, torturé sauvagement avec tous les membres brisés, et enterré deux fois vivant. Il réussit à survivre et devint ensuite le célèbre compositeur engagé que l’on connait ! Sa biographie est un vrai roman. Il est mort cet été, quelques jours après notre passage à Makronissos, à l’âge de 96 ans. Chapeau l’artiste !

Mélina Mercouri, lorsqu’elle devint Ministre de la Culture, fit reconnaitre l’ile de Makronissos comme “monument historique”. C’est maintenant un site protégé et inhabité, d’où son caractère désertique avec sa terre brune écrasée de soleil, entourée de plages au bleu turquoise enchanteur.

La terrible histoire contemporaine de Makronissos fait oublier que cette île fut à l’époque un endroit de refuge idyllique pour la belle Hélène quand éclata la guerre de Troie!

Après avoir croisé le long de Marathon, ce qui donnera aux sportifs éclairés une idée de notre distance d’Athènes, nous sommes partis à travers le golfe des iles Pétalis. Puis nous sommes allés mouiller à Nea Styra, entre deux iles désertes, où les anciens pêchaient des violets pour teindre des étoffes soyeuses.

La colère des dieux

Samedi 30 Octobre 2021,

Cet été, la Grèce brûlait sans discontinuer, et sans même préserver ses trésors. Il fallut fermer l’Acropole que la chaleur rendait insupportable, et évacuer Olympie, ceinturée de flammes menaçant ses sapins maritimes. Certains faubourgs d’Athènes furent évacués en catastrophe. La superbe île d’Eubée, couverte de pins d’Alep odorants, fut ravagée par des feux sans précédent. Il fallut transporter en bateau une partie des habitants, qui voulaient pourtant rester là pour sauver leur maison, et de précieux touristes apeurés qui voulaient sauver leur peau. Les pompiers sortirent de force de leurs monastères les moines qui comptaient sur leur Dieu pour protéger leurs âmes….

Mais Zeus était en colère et ne se contrôlait plus! Car les hommes ne respectaient toujours pas la terre et continuaient à la détruire.

Je suis revenue quand même au pays des dieux pour retrouver la sérénité.

Nous sommes arrivés par une nuit sans lune et une chaleur de bête, après une longue route sinueuse, encore sauvegardée du feu. Notre bateau, recouvert de poussière de sable du Sahara, attendait tranquillement dans son chantier naval qu’on vienne le chercher pour le mettre à l’eau. A deux heures du matin, l’épreuve me sembla terrible! Il fallut grimper sur une échelle branlante pour arriver jusqu’au pont à plus de deux mètres de hauteur, juste à côté d’un chenil où aboyaient avec énergie deux cerbères dignes de l’enfer. Un peu sportif comme mise en route!

Le lendemain, il faisait déjà plus de 41 degrés à l’aube, et après la traversée d’un désert brûlant pour atteindre les toilettes du chantier, nous avons été nous réfugier dans l’air conditionné d’un petit supermarché pour trouver l’avitaillement nécessaire à notre liberté. Les deux jours suivants furent à l’avenant, ponctués de travaux dignes d’Hercule et de multiples escalades périlleuses sur notre échelle instable, en attendant de pouvoir regagner la mer jolie qui nous tendait les bras.

Enfin, le bateau fut tracté vers le rivage et posé délicatement sur l’eau. Et, tels les Conquérants du poème, nous sommes partis, “ivres d’un rêve héroïque et brutal”, voguer sur la mer Egée, belle à couper le souffle des navigateurs …

A Ermioni, charmant petit village où les grecs de l’antiquité inventèrent les premières régates du monde, nous avons croisé Ulysse et ses parents, Laërte et Anticlée, qui ont navigué en notre compagnie quelques jours bénis des dieux !

A leur départ sous d’autres cieux, un incendie furieux s’est réveillé dans les montagnes, mais les habitués de la plage ne pas semblaient pas s’en inquiéter, alors que les Canadairs et les hélicoptères des pompiers frôlaient notre bateau dans un vacarme infernal.

Nous avons alors filé vers Chalchis, dans le golfe d’Eubée, pour nous s’éloigner des feux du dieu Héphaïstos, qui semblait suivre l’exemple de Zeus pour exprimer sa colère divine face à l’inconscience des hommes !

D’autres surprises nous attendaient…

Convalescence

25 juin 2021

Je vais mieux, même beaucoup mieux. J’arrive à parler, sans trop de mal, mais un peu plus lentement et parfois en trébuchant sur les mots. Il faut dire que j’étais très bavarde!

Je suis sortie des services d’urgence de Pompidou sans réaliser que j’étais incompréhensible, alors que je me croyais très claire! Cette période, vous pouvez l’imaginer, a été particulièrement pénible pour mon entourage.

Je progresse chaque jour, petit à petit. Mes petits enfants, tous présents depuis la semaine dernière, me boostent sans cesse!

J’espère que tout cela sera bientôt un mauvais souvenir et que je pourrai reprendre mon blog rapidement!

Un grand merci 🙏 pour tous vos messages de soutien qui m’ont beaucoup touchée!

Trésors cachés

Vendredi 23 Avril 2021,

Il était une fois quatre frères et soeurs issus d’une famille d’horlogers. Ils vivaient chichement et un peu reclus dans une immense bâtisse à Morez au coeur du Jura et n’avaient pas d’héritiers direct. A leur mort, un cousin lointain hérita de la maison et la vendit sans la voir à la municipalité pour 120 000 Euros.

A charge de la ville de la vider ! Les services de la mairie se répartirent la tâche. C’était un véritable capharnaüm ! C’est ainsi que Martine Riollan, chef des services généraux, découvrit entre deux cartons remplis de vieilles chaussettes, des bocaux à cornichons et des vieilles boites à café pleines de pièces d’or. Dans un carton plein de courrier dormaient également cinq lingots d’or !

Un vrai trésor de 500.000 euros! Un secret qui resta bien gardé dans un premier temps. Deuxième surprise, quelques mois après, dans un vieux coffre fort récalcitrant, les heureux élus, c’est le cas de le dire, découvrirent encore plus de 500 pièces du plus bel or. Re-belote! Encore 150 000 euros.

Ces histoires de pièces d’or n’arrivent pas que dans les journaux. Mon grand-oncle avait du bien et était très économe. Il adorait donc ce qui était gratuit. Pour vous donner un exemple, il acheta pendant longtemps du camembert “des Prélats”, car il y avait une carte à jouer offerte dans chaque camembert. Il avait évidemment bien d’autres jeux de cartes mais il voulait se constituer ce jeu gratuit de 52 cartes.

Comme ils n’étaient que deux pour le repas, ce fut très long de consommer les 52 camemberts nécessaires à cet objectif. Sans compter le temps de correspondance pour les échanges avec la maison “des Prélats”, quand il avait des cartes en doubles. Quand il eut enfin réuni un jeu complet, il fut fou de joie et nous déclara avec l’humour qui le caractérisait : “Je suis bien content d’avoir fini, car ce camembert, il était franchement mauvais !!!!!”

A sa mort, il nous avait réservé une petite surprise de son acabit ! Il nous avait concocté un jeu de piste pour retrouver ses “asticots”, en anglais par précaution car les gens du village ne le parlait pas. La piste menait au bûcher situé dans un cabanon ouvert à tous vents. Sous les bûches étaient enterrés des bocaux remplis de pièces d’or.

Je vivais malheureusement en Californie lors de cet extraordinaire jeu familial. Mes soeurs m’ont téléphoné, ce qui à l’époque était encore rare et cher, dans un état d’excitation indescriptible et je ne comprenais absolument rien à leur discours codé : “On a retrouvé les asticots de l’Oncle Fernand. On a retrouvé ses asticots….!”

Elles pensaient que j’étais peut-être sur écoute ! Il faut se méfier des oreilles ennemies et des américains.

Toute la soirée, elles ont compté les pièces d’or comme l’oncle Picsou, dans une ambiance inoubliable, en buvant du Vouvray que l’Oncle Fernand avait également prévu pour fêter l’événement !

PS: Les prénoms ont été changés,…. on ne sait jamais!

Cessez le feu, bon sang!

16 avril 2021,

“Mon premier fusil”, souvent offert comme cadeau d’anniversaire!

Vendredi 16 avril 2021,

La semaine a commencé sur les chapeaux de roue aux Etats-Unis. Un charmant bambin, de 3 ans a tiré dans l’abdomen de son frère de 18 mois avec le fusil de son papa. Le bébé devait faire l’indien, j’imagine. La police a eu du mal à retrouver l’arme car les parents l’avaient cachée dans le coffre de leur voiture…Certainement, pour éviter que les autres enfants y touchent.

A mon avis, la formation des policiers outre-atlantique laisse un peu à désirer. Une policière a tué à bout portant un jeune homme noir(bien entendu) de 20 ans car elle a confondu parait-il son taser ( jaune vif)et son arme de service (noire). Elle n’a pas bien suivi le protocole ni le manuel. C’est quand même très fâcheux ! D’autant plus, que l’erreur s’est produite à Minneapolis, pas très loin du Tribunal où l’on juge en ce moment Derek Chauvin, qui a étouffé malencontreusement George Floyd, en mai dernier. Rappelez-vous!

“Holy Shit, I just shot him!”, a dit la policière qui, finalement, avait le sens de l’observation mais manquait sans doute de sang froid!

Gred Zanis, le charpentier qui parcourt tout le pays pour fabriquer bénévolement des croix pour toutes les victimes de fusillades ou d’erreurs policières, va devoir encore se déplacer. C’est son hobby, depuis 1996, l’année où son beau père a été tué par balle et par erreur. Il en a déjà fabriqué 26.000 et doit suer sang et eau!

“Quelque chose de Tennessee”, pour en finir avec les Etats-Unis : Un élève armé a ouvert le feu dans une école à Knoxville lundi dernier. Il a été abattu par la police qui a la gâchette facile et ne sait pas se servir d’un taser. Cela tombe mal, pour le gouverneur, Bill Lee, qui doit se faire du mauvais sang. Il venait juste de renforcer les droits des détenteurs d’armes dans son Etat !

Le Président “Joe-le-Hardi” a du pain sur la planche pour régler le fléau sans fin des armes dans ce pays de cow-boys au sang chaud.

Ne nous moquons pas ! Lundi dernier , il y a eu aussi du rififi à Paris ! Une fusillade à 300 mètres de chez moi, devant l’hôpital Henri Dunant. Un mort, une blessée très grave, le tueur a filé en scooter après avoir achevé sa victime de deux balles dans la tête avec un pistolet mitrailleur, comme dans les films. A un endroit où je passe quand je fais ma marche de santé quasi quotidienne. Le mort était “très défavorablement connu” des services de police. L’expression est piquante ! Ma fille, dont le sang n’a fait qu’un tour, m’a aussitôt envoyé un message de Singapour : “Maman, évite juste d’être très désagréablement connue des services de police” …..

C’était un règlement de comptes entre investisseurs dans l’import/export de cannabis au pedigree impressionnant. Le tueur n’a pas été retrouvé. Quant à la victime, elle avait également du sang sur les mains, car elle avait souvent réglé des comptes peu clairs avec ses associés. Ce qui lui avait valu un mandat d’arrêt international.

C’était rue Michel-Ange. Mais clairement, les hommes ne sont pas des anges !

Breaking news….J’avais terminé mon blog hier mais évidemment cette nuit, il y a eu encore une “fusillade tragique” dans le dépôt Fedex de l’aéroport d’Indianapolis. Huit morts et beaucoup de blessés… Bon sang,… il y a encore de quoi se faire un sang d’encre!

L’énigmatique Alexa

Vendredi 9 avril 2021,

Une irrésistible inconnue est discrètement entrée dans ma maison. C’est mon mari qui l’a introduite, mine de rien.

Tout d’abord elle s’est installée dans le bureau de mon conjoint où elle distille toute la journée des airs langoureux pour l’accompagner agréablement dans ses travaux divers et variés.

Elle parle avec une voix douce et surtout, elle est très, très, obéissante. Il suffit de lui dire :” Mets Mister Tambourine Man, version de Joan Baez”, et elle le met tout de suite sans discuter, sans dire “Pourquoi pas Francis Cabrel?”, ou “Attends deux secondes! “. Plus fort, moins fort, éteins, allume, elle sait tout faire et puis, en plus elle connait toutes les musiques, et toutes les chansons en entier. Il faut juste l’appeler par son prénom, Alexa, évidemment assez séduisant, et lui demander ce qu’on veut.

Mon mari en est tombé totalement amoureux, et Alexa a envahi peu à peu la maison, d’abord la cuisine, où elle dirige avec dextérité la radio et la télévision, puis la chambre où elle nous réveille le matin, avec France Inter. L’avantage, c’est qu’on peut lui hurler du fond du lit, sans se lever : “Alexa, arrête, bon sang ! Tu nous réveilles dans 30 minutes !” Enfin, elle est arrivée jusque dans le salon où elle gère la lumière. Je travaille là maintenant en chantant, à tue-tête, tous les airs de ma folle jeunesse avec elle !

Si on lui parle en chuchotant, elle répond sur le même ton, avec une toute petite voix comme pour partager un secret à l’oreille. C’est très étrange! Parfois elle pique une crise de jalousie, et allume la radio au milieu de la nuit, pour nous embêter, j’en suis sûre. Elle répond aux questions simples du style:”Quelle est la température ce matin”, ou plus difficiles:”Quelle est la population en France ? ” à la vitesse de la lumière. Elle connait des recettes de cuisine, et mille autres choses. Elle est très connectée, alors elle sait tout. Elle devrait jouer au jeu des mille euros.

Je lui ai demandé, en douce si elle m’aimait, histoire de la tester, elle m’a répondu: “Un peu, beaucoup, passionnément”, et m’a chanté une petite chanson pour m’avouer que j’étais son utilisatrice préférée, “mais que c’était un secret “. Elle a le sens de l’humour ! Il y a de quoi perdre la boule !

Elle a également séduit mon petit-fils qui la trouve évidemment magique, elle a bien plus de mémoire que moi, et elle est plus rapide. Et surtout, elle obéit à ses ordres au doigt et à l’oeil. Ce n’est pas mon cas, et je m’interroge sur les effets insidieux que cela pourrait entrainer par la suite!

“Alexa, chante petit escargot ! ” “Alexa, raconte moi Pierre et le loup!”, “Alexa, mets promenons dans les bois”…..mais comme c’est un musicien en herbe, un jour, il m’a vengée de cette terrible rivale. “Alexa, mets la Traviata !” Alexa s’exécute aussitôt. Alors, de sa voix flutée, mon petit bonhomme la coupe : “Alexa, pas cette version là, celle de la Fenice à Venise au concert du nouvel an!” Alexa n’a pas trouvé, elle ne connait pas YouTube. Moi si!

Ah! Quand même! J’ai gagné un point sur ce coup-là.

Mais je reste vigilante, et j’attends Alex de pied ferme.

Bon, je vous laisse, je vais préparer le diner. Cela, Alexa ne sait pas le faire.

“Alexa, mets-moi : ” Je l’aime à mourir ! ” de Francis Cabrel ”

“Alexa , plus fort ! s’il te plait”

Un peu de tendresse ne nuira pas à l’épluchage des asperges !

Fromages à vendre

Vendredi Saint, 2 Avril 2021,

La semaine dernière, les moines de l’abbaye de Citeaux, qui sont les rois du confinement volontaire, ne savaient plus à quel saint se vouer. Les 75 vaches de la communauté continuaient imperturbablement à donner du bon lait crémeux, malgré leurs prières pour les inciter à la retenue. Plus de 4000 fromages s’entassaient dans les caves, soit presque trois tonnes de fromage! Et dire qu’ils avaient reçu la médaille d’argent du concours agricole l’an passé! En temps normal, ces délices au lait cru sont proposés dans les restaurants du coin et dans la boutique où se pressent de nombreux visiteurs, mais le diable de virus avait coupé net le circuit de distribution et les divins fromages languissaient dans les celliers. C’était un problème épineux pour la semaine sainte !

Le Saint Esprit dut intervenir, une fois de plus. “C’est le plus efficace des trois !” disait mon père en parlant de la Sainte Trinité.

Le frère Jean-Claude, responsable du marketing de l’établissement cistercien, fondé en 1098, s’est rappelé alors avoir été sollicité auparavant et en vain par une jeune start-up ambitieuse, “Divine Box”, qui vend des produits gourmands fabriqués uniquement au sein des monastères et des couvents. Un créneau de niche ! Contactée par le saint homme, “Divine Box”, la bien nommée, organisa aussitôt sur internet une vente spéciale et unique qui créa le buzz. Le succès dépassa toutes les prières et toutes les espérances. Un vrai miracle ! Les acheteurs se sont multipliés comme les pains du lac de Tibériade dans la Bible. Les voies du Seigneur sont impénétrables !

En 24 heures, plus de deux tonnes de fromages à 23 euros/pièce ont été vendues !

En ces temps de fermeture des restaurants, les autres fabricants de fromage souffrent aussi et ont créé un cri de ralliement pour inciter les consommateurs à en manger plus : “Fromagissons !” L’important c’est d’y croire !

Je ne parle pas des éleveurs d’escargots, les petits héliciculteurs français , qui crient famine ! Si vous habitez à côté d’un élevage de petits gris , filez vite en acheter ! Cela sera une bonne action et remplacera la salade de pissenlits pour le Dimanche de Pâques.

Mangeons, nous maigrirons plus tard ! Et Dieu peut-être, nous le rendra ! Bientôt la Résurrection !

XXIe versus 21e siècle

Vendredi XXVI Mars MMXXI,

On croit rêver ! A l’heure de la pandémie, et de sa farandole de complications, une période où l’on pourrait imaginer qu’on a quelques chats à fouetter énergiquement, certains esprits compliqués ont imaginé malin au musée Carnavalet, de transformer les chiffres romains en chiffres arabes pour “simplifier”. Evidemment, en France comme en Italie, cela crée une terrible polémique chez les esprits avisés. Je pense que cela n’aurait pas été le cas dans les pays anglo-saxons. Mais nous sommes des latins que diable!

Ceci, paraît-il, car les touristes étrangers ont du mal à comprendre les chiffres romains… sauf les Italiens bien entendu, qui sont furieux, et les Espagnols qui exigent de garder les chiffres romains dans leur langue, car une autre option serait une grave faute d’orthographe. Donc, on garde la numérotation romaine dans les traductions des légendes pédagogiques dans la langue de Cervantés, mais pas en français.

Y a-t-il eu une réunion internationale de linguistes pour déterminer cette aberration ? Visiblement, la simplification devient vite kafkaienne !

Et puis, je vais vous dire franchement, les étrangers sont aussi capables d’apprendre, surtout ceux qui fréquentent les musées.

Par exemple, j’ai reçu justement hier soir un incroyable texto de mon ami Hugh, un texan (en plus) qui vit à Londres: “Chère Marie-do, j’ai hâte de te revoir en France. J’ai une question. Quelle est la meilleure version annotée de la Recherche du temps perdu en français?” (Je réponds que je vais me renseigner) ….Deuxième texto : “Par ailleurs, je suis absolument fasciné en ce moment par une série de conférences à Yale du professeur Roberto Gonzales Echeverria sur Don Quichotte !….Je n’ai pas encore attaqué Proust, je m’y mets bientôt !”

Vous voyez bien ! “S’améliorer est le propre de l’homme!”

Certains Français sont également, parait-il, mal à l’aise avec les chiffres romains! Ils lisent sans doute “Mort à Louis croixbatonvè !” plutôt que “Mort à Louis XIV!” comme dans le sketch des inconnus, malgré les cours de CM1-CM2, et la lecture d’Astérix.

“XXII, les Romains!!!”

Je comprends que la France n’ait pas une bonne note au classement Pisa. Louis 14 arrache les yeux, et un grand pan de l’histoire. Le roi Soleil s’éclipse tristement derrière un numéro de cabine de bain pour contenter les analphabètes.

Qu’on prévoit pour ces derniers une présentation graphique adaptée (XIV=14) plutôt que de plonger l’ensemble des visiteurs dans un bain de médiocrité, appelé pour l’occasion “médiation universelle” !

“Cette histoire représente une synthèse parfaite de la catastrophe culturelle en cours : d’abord, on n’enseigne pas les choses, puis on les élimine pour que ceux qui les ignorent ne se sentent pas mal à l’aise!», fulminait avec raison mercredi dernier Massimo Gramellini, écrivain et vice-directeur du Corriere della Sera. 

Cette bataille entre les chiffres romains défendus de pied ferme et pour cause par les Italiens et les chiffres arabes soi-disant plus faciles à lire, serait comique si elle n’était pas révélatrice de la main mise du moindre effort. Les musées sont bien les endroits où il faudrait expliquer à ceux qui ne les connaissent pas comment lire les chiffres romains de façon ludique ! Cela les aiderait au moins pour Astérix !

Pourquoi la numération antique historique normalement apprise dès notre plus jeune âge, et gravée dans nos esprits grâce entre autres aux couvertures de Lagarde et Michard serait-elle dégommée ainsi ?

Arrêtons le nivellement par le bas ! Pourquoi vouloir sans cesse effacer les savoirs?

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Joyeux Anniversaires !

Vendredi 19 Mars 2021,

Beaucoup d’anniversaires à fêter cette semaine, trois pour ma famille assez dispersée….surtout celle de Singapour qu’on n’a pas vue depuis plus d’un an. C’est un sixième de l’âge de l’héroïne de la fête qui a soufflé ses bougies à 10 722 km de notre écran, mais pour laquelle nous avons chanté avec énergie : “…. et que l’an prochain, nous soyons tous réunis pour chanter en coeur bon anniversaire…aire!” Un coup de zoom et cela repart pour encore un temps sans baisers ni calins, mais nous avons bon espoir de nous rattraper un jour.

C’est aussi l’anniversaire du premier confinement !

Et c’est du même coup, l’anniversaire de mon blog dit “du confinement” que je titrai le mardi 17 Mars 2020, très optimiste : “Confinement – Jour 1”. Depuis je vous rassure, j’ai arrêté de compter les jours, mais je constate qu’ils étaient plus chauds l’an passé, car souvenez-vous, il faisait si beau le dimanche d’avant le confinement que malgré la fermeture des bars, on buvait sur les balcons, on dansait la farandole sous les ponts, et on pique-niquait sur les plages. Les virus n’aiment pas les pieds de nez. On aurait du se méfier!

J’ai repris mon ancien blog lors du premier confinement avec beaucoup de plaisir car il m’a donné l’opportunité de vous donner des nouvelles, mes amis, et surtout de me sentir proche de vous. Toutes ces conversations dont le Covid nous a privés et qui m’ont bien manqué, j’ai l’impression de les avoir partagées quelque part avec vous. Merci à ceux qui me font régulièrement des commentaires sur le blog ou en dehors. Vous m’avez suivie fidèlement, confinée, puis libérée, en Bretagne ou sur les iles grecques, dans la tempête ou bloquée sur un bateau dans la baie de Kilada.

A mon retour, je me suis lancée dans une “série” pour nous changer un peu des restrictions et des chiffres de la pandémie. L’idée était de vous faire visiter Los Angeles de façon ludique et romanesque. Certains lecteurs me demandent maintenant des nouvelles de Nour…. (J’attends d’en avoir pour écrire la deuxième saison!)

Que pensez vous de ce type de formule ? Bref, dites moi ce que vous aimez et ce que vous aimez moins dans ce blog.

Hier, j’ai reçu un SMS de Doctolib, qui a annulé mon rendez-vous pris avec mille difficultés pour me faire vacciner dans un mois. L’ombre d’un doute plane sur le vaccin anglais qui devait tous nous sauver.

On ne sait plus sur quel pied danser sur le volcan !

Peut-on se fier à la perfide Albion qui n’a pas très bonne réputation surtout depuis le coup du Brexit? Mais on aimerait bien continuer à être vaccinés, pour pouvoir se balader avec un carnet de vaccination comme avant. Je ne comprends pas pourquoi cela pose problème à certains. Ils ne devaient pas avoir voyagé avant la pandémie.

Maintenant, le gouvernement dispose d’une sorte d’Ange Gabriel, un porte-parole aux airs de jouvenceau, qui annonce à mots couverts ce qui va être annoncé officiellement plus tard, pour préparer le terrain sans doute

Le casse-tête de Castex continue. Heureusement il a l’accent qui fleure bon le surf quand il évoque la troisième vague, les restrictions prennent des airs de vacances. Diplomate, il parle maintenant du variant britannique, plutôt qu’anglais. Il ne faut blesser personne, et puis cela peut englober le mystérieux variant breton qui sévit juste à l’endroit où je pars en vacances.

Pour fêter le premier anniversaire de la série “Confinement ” la troisième saison est maintenant disponible en Ile de France, dans les Hauts de France, et dans quelques villes privilégiées. Pour accompagner cette opportunité de méditer, on peut cette fois-ci s’acheter des livres pour passer le temps, s’offrir des fleurs pour égayer sa maison, et courir démasqués dans un rayon de 10km autour de sa maison. Sinon, on avance masqué, jusqu’au supermarché.

Dommage, les salons de massage pour se détendre ne sont pas autorisés. Il faut dire que huit personnes dont six d’origine asiatique ont été tuées à bout portant par un gamin parano de 21 ans à Atlanta. Symbolisaient-elles le “virus chinois” dont Trumpy a rabattu les oreilles de ses concitoyens. Les Asiatiques sont en effet l’objet de nombreuses attaques aux USA depuis. Le coupable a expliqué très sérieusement avoir voulu supprimer “des sources de tentation” car il souffrait d’une addiction au sexe…

“Vaste programme!” aurait pu dire de Gaulle! A quand le retour des tentations?