Le mystère de la table à café

Vendredi 14 Janvier 2022

C’est l’histoire rocambolesque d’une mosaïque qui aimait voyager. C’est l’histoire d’un savant éclairé qui écrivait des livres. C’est l’histoire d’un empereur fou qui aimait festoyer. C’est l’histoire d’un couple amateur de café qui vivait sur Park Avenue à New-York …. C’est l’histoire d’un trésor inestimable !

Cela commence à Rome et finit à Rome car, comme chacun le sait, tous les chemins y mènent.

Un professeur italien spécialisé dans les belles pierres, Dario Del Bufalo, présente à Manhattan en 2013, un livre sur le porphyre, cette roche magmatique rouge, fort utilisée dans l’antiquité. A cette occasion, il entend par hasard un couple discuter de l’une des photos qui illustre l’un de ses ouvrages: “Cela ressemble vraiment à notre table à café…..!” dit l’homme. “Mais, c’est elle!”, aurait répliqué sa compagne. Interloqué, Dario Del Bufalo les suit et les aborde pour en savoir plus !

Ce sont des américains d’origine italienne… Madame possède une galerie d’art à New-york. Elle avait, parait-il, acheté la mosaïque à une famille de nobles italiens et l’avait transformée en table à café dans les années 50. Elle avait l’oeil, cette femme, mais curieusement sa curiosité s’était arrêtée là! Surprenant de croire qu’elle n’ait pas cherché à en savoir plus, étant donné son métier et son appartement à New-york.

Difficile d’imaginer que c’est l’empereur Caligula lui-même qui est à l’origine de cette “table à café”. En effet, l’empereur fantasque commanda, pour agrémenter ses plaisirs qu’on sait être variés, deux fabuleux bateaux, à la pointe de la technologie et du luxe, pour voguer sur le lac Nemi près de Rome et y célébrer le culte de Diane, en 37 après JC ! Ces navires de prestige étaient recouverts de marbre de Carrare et de mosaïques magnifiques. Il y avait bien entendu le chauffage, et même des thermes dans celui de l’empereur, pour se relaxer entre deux fêtes. Des jardins suspendus regorgeaient de fruits délicats, et les orgies y étaient somptueuses. Les artistes rivalisaient de talent pour décorer l’ensemble, qui devait impressionner les invités et les convaincre de la puissance du jeune Augustus Germanicus, surnommé Caligula qui signifie en fait “la petite sandale” en latin!

Caligula qui n’avait rien d’un joyeux drille, malgré sa sexualité hors du commun, a fini par être assassiné au mont Palatin par sa garde prétorienne, aidée par ses propres soeurs qui en avaient sans doute assez de subir les assauts de l’empereur. Ceci dit, c’était déjà courant à l’époque!

Son successeur, l’empereur Claude, fit ensuite désarmer puis couler les navires au fond du lac. Faute d’être accessibles facilement, ils y restèrent bien tranquilles.

Deux millénaires plus tard, Benito Mussolini, qui vouait en bon dictateur un véritable culte à Caligula, voulut ressusciter cette magnificence. Il décida en toute simplicité de vider entièrement le lac pour en sortir les deux bateaux. Le commandant Cousteau n’était pas encore opérationnel! L’opération ne dura pas moins de deux ans ! Le premier navire fut dégagé en 1929, le second en 1930 et leur découverte attira de nombreux visiteurs.

En 1940, un musée fut créé près du lac Nemi pour exposer les objets retrouvés lors des différentes fouilles. C’est là qu’apparut pour la première fois au public, une grande mosaïque de marbre vert et de porphyre, qui décorait le sol de l’un des navires. Le style était résolument moderne pour l’époque, et n’aurait pas juré dans un salon art-déco! Les experts attribuent cette originalité à la très grande liberté donnée à ses artistes par Caligula, qui se moquait éperdument de rompre avec les traditions de l’époque. C’est la première oeuvre d’art qui utilise le porphyre pour représenter le pourpre, si prisé à l’époque romaine.

Mais à la fin de la deuxième guerre mondiale, le musée fut détruit entièrement dans un gigantesque incendie. La splendide mosaïque disparut à ce moment là, avec de nombreux autres objets.

Elle réapparut ensuite sur Park Avenue chez notre fameuse galériste, qui la transforma en une banale table à café.

Dario Del Bufalo fut vraiment tenace après sa rencontre avec Helena Fioratti, et mena une véritable campagne pour récupérer cette mosaïque et la rendre à son musée d’origine. Cela prit quatre ans pour finalement obtenir que le procureur général de Manhattan ouvre une enquête pour recel de bien volé. Notre galériste échappa de justesse à une inculpation. Les mauvaises langues pointèrent que son père était un diplomate fasciste connu sous Mussolini, et que la mosaïque avait en fait disparu juste avant l’incendie du musée…

Le tribunal de New-york reconnut finalement son caractère de “bien volé”, ce qui permit de la renvoyer en Italie, où elle est maintenant exposée dans le nouveau musée du lac Nemi.

N’hésitez pas à aller y faire un tour , c’est tout prés de Rome!

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